dimanche 9 juillet 2017

Lc 19, 1-10

Lectures bibliques : Lv 25, 35-38 ; Lc 5, 27-32 ; Lc 19, 1-10
Thématique : une rencontre bouleversante : quand Jésus croit toujours en l’humain !
Prédication de Pascal LEFEBVRE / Tonneins, le 09/07/17

Depuis les bancs de l’école biblique ou du catéchisme, nous sommes nombreux à connaître l’histoire de la rencontre entre Jésus et Zachée. 

* De quoi s’agit-il, en quelques mots ?

C’est l’histoire d’un homme, grand par la fortune… un homme riche… qui est pourtant petit par la taille et en matière de reconnaissance sociale, car il est méprisé de tous. 

Cela est dû à sa fonction : il est collecteur d’impôts… c’est-à-dire qu’il collabore avec l’occupant romain, avec ceux qui occupent le pays des Juifs… pour récupérer les impôts et les taxes… et sans doute, au passage, prend-il quelques commissions ou marges pour son propre compte, pour son profit personnel. 

Voilà qu’un jour, Jésus - le maître itinérant et guérisseur bien connu de ses coreligionnaires passent à Jericho. Contre toute attente, le maître ne choisit pas de demeurer dans la maison d’un notable Juif, d’un bon croyant reconnu de tous. Mais, il choisit de se faire inviter dans la maison du petit et riche Zachée. Quelle surprise ! C’est la révolution ! 

Révolution pour tous les bien-pensants qui se scandalisent du geste de Jésus, qui fait bon accueil et côtoie des « pécheurs » (c’est-à-dire, pour eux, des gens qui ne respectent pas vraiment la Torah, la loi… des gens qui sont jugés « impurs » ou « infidèles » par rapport à ce qui est « permis » ou « défendu »). **

Révolution aussi pour Zachée : alors qu’il est détesté de tous (parce qu’il travaille pour le compte des Romains… et qu’il s’en met peut-être plein les poches, à l’occasion)… c’est chez lui que Jésus a décidé de crécher. Jésus fait fi des préjugés et montre à Zachée, en se rendant chez lui, qu’il est un être humain à part entière, aimé et reconnu de Dieu, aimé pour ce qu’il est… et non pour ce qu’il fait… non pour ses actes ou ses mérites.

En faisant un accueil inconditionnel à Zachée, en allant vers lui (en s’invitant chez lui), Jésus fait plus qu’offrir à cet homme une forme de reconnaissance. Il accompli un miracle : 

Se sentant pour la première fois pleinement reconnu par quelqu’un, se sentant valorisé et aimé sans condition, tel qu’il est, pour ce qu’il est : un être humain, un enfant de Dieu (un fils d’Abraham), comme les autres, Zachée peut enfin lâcher-prise, suspendre ses comportements « compulsifs » et « irrationnels », par lesquels il compensait un manque d’amour et de reconnaissance par un plus d’avoir et de possession. 
Zachée peut enfin cesser d’accaparer et de convoiter, pour apprendre à lâcher-prise, à ouvrir son coeur et ses mains et aimer à son tour. 

Parce qu’il se découvre aimé et aimable, Zachée peut, à son tour, faire preuve d’amour et de générosité. Il peut se dé-préoccuper de lui-même, pour se tourner vers les autres. Il peut entrer dans le règne de Dieu, le don de soi… car Jésus lui ouvre la voie d’une reconnaissance et d’un amour inconditionnel. 

« Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison » - dit Jésus

Le salut, c’est quand quelque chose change, quand quelque chose de nouveau apparaît : qu’il y a transformation, libération, guérison. 

Et, en général, pour que quelque chose change, il faut le choisir, il faut soi-même oser répondre aux coïncidences - aux belles occasions - de la vie, il faut soi-même oser changer les choses :
  • le vouloir, réorienter son désir
  • s’y engager
  • et faire enfin confiance à Dieu.

Le salut, c’est accepter d’entrer dans un nouveau chemin.
Ce n’est pas attendre que Dieu ou les autres fassent tout le boulot. C’est saisir une rencontre, un évènement, une opportunité, pour changer une situation, une manière de penser, de vivre ou de se comporter. 

Autrement dit, grâce à Jésus, Zachée est sauvé du regard des autres (du mépris, de l’exclusion) et d’un mauvais usage de l’argent (dépassant son intérêt personnel égoïste, il va désormais accepter de partager.)

* Que peut-on retenir de cette rencontre pour notre vie d’aujourd’hui ? 

Nous cherchons, nous aussi, parfois une forme de reconnaissance dans notre vie par nos actes… en nous rendant prisonniers de l’image que nous voulons montrer de nous-mêmes ou de l’image que les autres peuvent se faire de nous… ou en nous conformant à certaines normes :

Les religieux (les pharisiens, que Jésus traite parfois d’hypocrites) trouvent cette reconnaissance en étant « parfaits » ou « irréprochables » sur le plan de la piété ou du respect des rites et des règles. 

Certains la trouvent en étant hyper investis et engagés dans leur travail : ils veulent êtres reconnus pour leur professionnalisme, leur savoir-faire et leur réussite. 

Zachée, à sa manière, la cherchait peut-être aussi. Il voulait peut-être compenser un handicap physique - sa petitesse - par une forme de reconnaissance, dans plus de pouvoir, de puissance ou de richesses - en étant un homme important, le chef des douanes, le responsable des collecteurs d’impôts.***

En dépassant les préjugés et les « qu’en dira-t-on », Jésus rappelle à cet homme - et nous rappelle aussi, nous, lecteurs de l’Evangile - qu’on est aimé par Dieu, gratuitement et sans condition. Cela ne dépend pas de nos qualités, de nos mérites, de nos actes. Nous sommes accueillis et aimés pour ce que nous sommes, pas pour ce que nous faisons. 
Inutile donc de vouloir se sauver soi-même ou de se justifier à chaque instant. 

Dès lors, puisque notre valeur est incommensurable et inconditionnelle aux yeux de Dieu, puisque nous sommes (chacun) uniques et aimés, nous n’avons rien à prouver à personne. 

Dès lors, nous pouvons nous dé-préoccuper de nous-mêmes (cesser de chercher à être reconnu, puisque nous le sommes de Dieu), pour nous ouvrir à la relation aux autres et nous tourner vers eux. 

Malgré les habitudes (qui ont souvent la vie dure), cette rencontre nous montre qu’il est possible d’essayer de faire comme Jésus : de dépasser les préjugés qui marquent parfois certaines « catégories » de personnes (les étrangers, les migrants, les personnes de couleur, les personnes homosexuelles, les femmes voilées, les malades, les pauvres, les SDF, les personnes handicapées, les manouches, etc. ) 

En refusant les catégorisations, Jésus nous apprend à surmonter les étiquettes et les préjugés. 
Jésus, en effet, se tourne vers les autres, même ceux qui sont « jugés » peu recommandables (collecteurs d’impôts, prostituées, malades, lépreux, infidèles, etc. : les exclus et les parias de l’époque). Il espère toujours en autrui. Il croit en l’humain, parce qu’il croit en Dieu… en la capacité de Dieu de faire toute chose nouvelle. 

Plutôt que d’exclure, il inclut, il accueille avec bienveillance, il offre son écoute et sa compassion, il entre en relation avec ceux qui ont le plus besoin de lui : les malades de la relation humaine : ceux qui ont faim et soif de guérison intérieure… et à qui on a plutôt tendance à fermer des portes… car ils ne répondent pas forcément aux critères de la bien-séance ou de la bien-pensance. 

Ce ne sont pas les bien-portants, mais les malades de la relation humaine qui ont besoin de médecin (Lc 5, 31), de personnes pour les accueillir, de frères et de soeurs pour les reconnaitre, les valoriser, les encourager, leur donner confiance. 

Ainsi donc, cette histoire nous invite à aller vers les autres, à accueillir et à donner sans condition… en un mot : à prendre l’initiative du bien. 

En ayant une attitude inattendue d’accueil et de bonté (imaginez la surprise de Zachée, après que le Maître itinérant décide de se rendre dans sa maison, lui qui est détesté de tous)… par son attitude… Jésus permet un retournement, un changement radical de comportement de la part de Zachée. C’est ce qu’on appelle une « conversion », un demi-tour, dans le jargon religieux. 

En d’autres termes, cette petite histoire nous révèle que l’amour et la bonté sont contagieux : nous devrions le savoir en tant que disciples de Jésus.
Parce qu’il se découvre aimé par Jésus, Zachée peut aimer à son tour… et du coup faire preuve de générosité envers les autres, notamment les plus pauvres que lui. 

On pourrait dire que cette rencontre est une illustration de la règle d’or : « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites le vous-mêmes [d’abord] pour eux. » ou de la confirmation de l’affirmation selon laquelle « ce que l’homme sème, il le récoltera » ou encore le fameux « donnez et vous recevrez ». 

En semant du « bon », du « bien », Jésus provoque une transformation et récolte du bon. Nous pouvons faire de même. Le Christ nous montre l’exemple.

* En conclusion, cette petite histoire de l’Evangile est bien précieuse. C’est sans doute pour cela que l’évangéliste Luc en a gardé la mémoire. Elle nous redit que ce n’est jamais le mépris ni l’exclusion qui permettent quelque changement que ce soit. Cela conforte plutôt les gens dans leurs sentiments de peur, de haine ou de rejet de l’autre.

C’est, au contraire, l’accueil inconditionnel et l’amour qui ouvrent une transformation possible, qui favorisent le changement et la conversion des personnes, des mentalités et des comportements. 

Si on veut contribuer - tant soit peu - à la transformation positive d’une personne - à son salut - (en latin « salvus » veut dire « guéri »)… si on veut contribuer à la guérison de nos semblables, il n’y a qu’un remède : prescrire et donner de l’amour. 

C’est l’ordonnance que le médecin Jésus délivre à tous. « Donner le meilleur de soi, pour faire surgir le meilleur de l’autre ».

C’est ce que fait Jésus et ce qu’il nous invite à vivre. 
Il nous dit « va, et toi, aussi fais de même ! » (cf. Lc 10, 37)


Amen. 


Notes
** Ce sont des « murmures » qui se font entendre : murmures des bons pratiquants et récrimination des bien-pensants à l’encontre de l’initiative, du geste d’accueil, et de la proximité de Jésus et de ses disciples avec les pécheurs et les soi-disant « exclus » de l’alliance. 
*** La position de ce petit homme dans son sycomore résume bien la contradiction dans laquelle se tient Zachée : riche de biens et de pouvoirs, mais pauvre d’estime et d’amour ; grand sur son sycomore, mais petit dans la foule.