dimanche 14 janvier 2018

2 Co 4,16 - 5,10

Lectures bibliques : Es 61, 1-4. 8. 10-11 ; Mt 22, 1-14 ; 2 Co 4, 16-18 + 5, 1-10
Thématique : revêtir l’Esprit du Christ… pour vivre une vie nouvelle
Prédication de Pascal LEFEBVRE / Tonneins, le 14/01/18

* En ce moment… c’est l’hiver… la période de l’année où il y a plus de décès et d’enterrements… en tout cas, c’est le cas cette année. 

En recevant un certain nombre de familles pour préparer des cultes d’action de grâce à l’occasion des obsèques, je me rends compte qu’il n’y a pas forcément beaucoup d’espérance dans les coeurs. Ce n’est pas un jugement de ma part, mais un constat… un constat un peu malheureux. 

Je crois que cet état de fait vient de la manière dont nous pensons notre vie et notre réalité humaine. 

Nous sommes dans un monde très matérialiste et scientiste, où - globalement - nous pensons la réalité à partir de nos sens : de ce que nous pouvons voir, sentir, toucher… expérimenter avec nos moyens corporels. 
Il en résulte que nous avons une vision - me semble-t-il - très réduite de la réalité, de nous-mêmes et de notre vie. 

Ainsi, pour nous - puisque nous avons tendance à nous arrêter à ce que nos yeux peuvent voir… ce que nos mains peuvent toucher -… pour nous, nous sommes des corps : Je suis ce corps qui se tient devant vous et qui vous parle. 

Le problème, c’est que si l’on réduit son identité - sa personnalité, son individualité - au corps : le jour où ce corps perd la santé, un certain état d’équilibre, et qu’il fonctionne mal : c’est le début de la catastrophe… et le jour où ce corps nous lâchera, pour s’arrêter, pour mourir et se dégrader : ce sera la tragédie : la fin de tout. 

Oui… si nous ne sommes que des corps : la mort  signe l’entrée dans le néant : la fin de notre vie… le « clap » définitif et final. 

Dans les textes que nous avons entendus, l’apôtre Paul nous propose une autre manière de voir les choses, qui transcende une vision purement matérialiste de la vie : 

Pour lui - en tout cas, pour le lecteur que je suis, car c’est une interprétation possible de ses écrits (je ne prétends pas que ce soit la seule) - … pour lui, notre réalité ne se limite pas au corps, à « l’homme extérieur ». 
Il y a, à côté de cette extériorité, une intériorité qu’il appelle « l’homme intérieur »… et que d’autres - théologiens ou philosophes - ont appelé l’âme ou l’esprit. 

Il y aurait donc plusieurs dimensions à notre individualité, notre personnalité : le corps, l’homme extérieur (que Paul appelle ailleurs l’homme charnel, animé par les désirs de la chair, les passions liées au corps et à l’ego)…  - Cet « homme extérieur » va inévitablement vers sa ruine - nous dit Paul (car nous savons qu’il est inscrit dans la matérialité et la finitude) - … et - d’autre part - « l’homme intérieur » - l’esprit ou l’âme - qui se renouvelle de jour en jour (cf. 2 Co 4, 16, 18). 

Cette vision de l’humanité (cette anthropologie) me semble beaucoup plus ouverte à l’espérance qu’une vision purement matérialiste. Car, elle nous laisse à penser que si le corps (l’homme extérieur) va un jour disparaitre… l’homme intérieur, quant à lui, va poursuivre sa course au-delà de notre existence matérielle et biologique : 
Cela nous ouvre à l’espérance d’une poursuite de notre individualité… dans la vie éternelle… ou, tout du moins, dans une autre sphère de réalité. 

En ce sens, Paul parle dans la première épitre aux Corinthiens (cf. Chap. 15) de « corps spirituel » (corps régi par l’esprit), pour évoquer la réalité de cette vie transformée : une forme de vie transcendante et spiritualisée, en quelque sorte… que Paul distingue du « corps psychique ou animal », qui correspond à notre incarnation présente, dans la chair. 

En d’autre terme, je dirais que la vision paulinienne de l’homme nous ouvre à l’espérance. Par ailleurs, elle nous rappelle que nous vivons actuellement - comme être humain incarné, vivant en chair et en os sur la planète terre - dans deux réalités : le monde physique (le monde de la matérialité, qui est à la fois le monde de la relativité et de la biochimie) et le monde de Dieu que je qualifierai de monde spirituel : 
Non pas que Dieu ne soit pas aussi le Dieu de notre monde matériel, mais nous avons l’habitude de parler de Dieu comme une réalité spirituelle : lorsque nous disons que Dieu est Esprit, Souffle saint… qu’il est l’Eternel, la Lumière, l’Amour, la cause première de toute vie et de tout être, nous parlons - à travers ces images - de Dieu, comme une Force de vie, une réalité invisible et impalpable.

Il découle donc de cette manière de voir que nous vivons, à la fois, dans un monde « matériel » (dont nous ne connaissons qu’une infime partie, par rapport à l’infinité des mondes de l’univers ou des multivers) et dans un monde plus vaste et transcendant - qu’on pourrait appeler le monde de Dieu : le règne de Dieu ou le Royaume, dans le sens d’une réalité spirituelle dont Dieu est l’origine et le maître, si on pense que Dieu est l’Intelligence suprême, le Créateur éternel, la cause première de toute chose.

La difficulté - pour nous - c’est que nous avons tendance à réduire notre existence à ce monde monde matériel auquel nous appartenons, ici bas, dans l’expérience de vie qui est actuellement la nôtre… et, finalement, nous passons beaucoup de temps à nous en préoccuper, à travers nos besoins (manger, boire, nous vêtir, nous abriter, …) et nos désirs (avoir, posséder plus de biens, plus de pouvoir, d’argent, de confort, etc.). 

(Disons que notre « corps » est parfois même idolâtré ou idéalisé…  Il faut maintenir sa jeunesse, sa beauté, sa forme - de même que nous tenons à répondre à la plupart de nos désirs de possession… Nous avons ainsi tendance à sacraliser la matérialité : notre corps, notre téléphone portable, notre voiture,… oubliant que ce sont des instruments de communication… qui sont sensés permettre à notre esprit d’habiter ce monde et d’y agir en relation avec les autres, en vue du bien de tous.)

Du même coup (à cause de cette obsession à l’égard de la matérialité) - nous oublions souvent - ou disons, que nous nous préoccupons assez peu - sauf, bien sûr, ce matin, au moment de ce culte ou dans nos temps de méditations ou de prières personnelles - de notre vie spirituelle, c’est-à-dire du fait que nous appartenons aussi au monde de Dieu (au « Règne de Dieu » ou « Royaume des cieux », pour reprendre les mots de Jésus). 

Quand je dis cela, et que je fais cette distinction, je ne veux pas dire que le monde matériel n’appartient pas à Dieu, mais j’essaie de dire que notre esprit, notre âme - qui constitue (à mon sens) l’essence de notre personnalité, de notre individualité - appartient au monde de Dieu… et que, certainement, nous devrions nous occuper plus d’avancer et de progresser au niveau spirituel, que de nos besoins élémentaires. 

En effet, si nous pensons que notre âme / ou notre esprit / est éternel… et que notre corps, qui n’est que notre enveloppe, notre véhicule, notre « tente » (pour reprendre l’image, la comparaison de Paul) n’est là que pour 100 ans environ, nous devrions modifier et retourner l’ordre de nos priorités… et nous dire que notre mission de vie - à travers la matérialité - est de faire progresser notre âme, de permettre à notre esprit d’expérimenter l’amour, la paix, la bonté, la bienveillance, la joie, etc. 

Il ne s’agit absolument pas de nier notre vie matérielle et physique, ses attraits et ses difficultés - bien au contraire - mais de l’envisager comme un moyen, un instrument… et non comme un but, une destination finale. 

Pour Paul, la vie terrestre n’est qu’une « tente », un instrument, une demeure provisoire… la destination finale, c’est de vivre dans la présence et la lumière de Dieu.
 (Il parle de demeurer auprès du Seigneur, comme un but, un accomplissement : cf . 2 Co 5, 1-10)

Il me semble donc que les épitres de Paul nous invite à regarder notre vie de manière nouvelle : 
La vie terrestre est à saisir comme le moyen qui nous est donné - à travers toutes nos rencontres humaines (notre vie familiale, professionnelle, associative, de voisinage, etc) - de progresser dans l’amour… de faire progresser notre esprit ou notre âme, pour qu’il s’approche de plus en plus de Dieu, de son état d’esprit, qui est la Bonté même, la Bienveillance même, la Miséricorde même, la Gratuité même. 

Nous sommes appelés à expérimenter et à concrétiser dans cette vie charnelle, les valeurs qui sont des valeurs éternelles. 
Et, bien sûr, ce qui va rester de ce que nous aurons fait sur cette terre, ce n’est que l’amour, la paix, la justice, l’amitié, la lumière, la joie que nous y auront apporté. Tout le reste (tout ce qui se cantonne au matériel) n’a pas d’importance et risque de disparaitre tôt ou tard. Ce qui compte c’est l’amour que nous aurons su donner et recevoir.
C’est toujours le constat que nous faisons lors des obsèques d’une personne : nous nous souvenons essentiellement de l’amour donné et reçu. 

Ceci explique pourquoi Jésus insiste tant dans les paroles de l’Evangile sur la justice et le don de soi (le service) : 
- D’une part, parce que la vie est faite de ce que nous y semons et nous y donnons : « donnez et vous recevrez » (Lc 6,38). C’est de notre notre responsabilité de savoir ce que nous semons dans le grand champ du monde. 
- Et, d’autre part, le don de soi nous fait progresser sur un plan spirituel : il nous apprend le lâcher-prise, le détachement, la confiance, la gratuité, la générosité… toutes ces valeurs qui caractérisent la manière d’agir et de créer de Dieu… et qui nous font avancer nous-mêmes… qui nous font devenir semblables à notre Père céleste… qui nous font vivre et agir à la manière de Dieu… et donc devenir ses enfants… Puisque sont véritablement « enfants de Dieu » ceux qui agissent à la manière de Dieu (cf. Mt 5, 43-48).

En parlant de tout cela - nous l’avons entendu - Paul utilise, à la fois, l’image du vêtement et de l’habitation : il dit que nous avons un vêtement provisoire : notre corps, notre tente… qui se détruit… et que nous avons une demeure éternelle dans les cieux qui nous attend… 
Pour accéder à cette habitation céleste, nous devrons un jour ou l’autre nous dévêtir…  même si nous ne le voulons pas forcément…  en tout cas, pas immédiatement… il nous faudra quitter notre habit provisoire et éphémère.
(Il dit ailleurs que « la chair et le sang ne peuvent hériter du Royaume de Dieu » cf. 1 Co 15)

Mais, la question est de savoir dans quelle disposition nous serons au moment de quitter notre tente, notre habit provisoire : 
Serons-nous nus ? Ou  Aurons-nous revêtu un autre vêtement ? 

C’est précisément ce que Paul nous appelle à faire et à vivre : il nous appelle à revêtir un autre vêtement qu’il appelle « Christ » ou « l’homme nouveau ». 
Il nous faut - dit-il - « revêtir un vêtement par-dessus l’autre, afin que ce qui mortel soit englouti par la vie » (2 Co 5, 4). 

Pour ce faire, nous avons reçu les arrhes de l’Esprit, c’est-à-dire que nous avons reçu l’Esprit du Christ, qui est l’Esprit de Dieu lui-même (voir aussi 2 Co 3,17-18). 

Il s’agit donc pour Paul de revêtir dès maintenant un vêtement d’éternité - un vêtement spirituel - qu’il nomme « Christ », l’Esprit du Christ, c’est-à-dire un nouvel état d’esprit qui était celui de Jésus Christ… et par lequel il a été trouvé juste devant Dieu… par lequel Dieu l’a relevé et justifié… par lequel Dieu l’a ressuscité d’entre les morts. 

Je vous cite quelques passages des épitres de Paul :

- dans l’épître aux Ephésiens (4, 22-24) :
« Il vous faut, renonçant à votre existence passée, vous dépouiller du vieil homme […] il vous faut être renouvelés par la transformation spirituelle de votre intelligence et revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité. »

- Dans l’épître aux Romains  (Rm 13, 12-14)
« La nuit est avancée, le jour est tout proche. Rejetons donc les œuvres des ténèbres et revêtons les armes de la lumière. […] Revêtez le Seigneur Jésus Christ et ne vous abandonnez pas aux préoccupations de la chair pour en satisfaire les convoitises. »

- Dans l’épître aux Galates (Ga 3, 26-28)
« Tous, vous êtes, par la foi, fils de Dieu, en Jésus Christ. Oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ. »
(Le baptême est ici présenté comme le sacrement de la transformation de nos vies en celle de Jésus. Nous revêtons Christ, par la foi et par le baptême.)

- Enfin, dans l’épître aux Colossiens (3, 5-15)
« Faites donc mourir ce qui en vous appartient à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais et cette cupidité, qui est une idolâtrie. […]  Maintenant donc, vous aussi, débarrassez-vous de tout cela : colère, irritation, méchanceté, injures, grossièreté sortie de vos lèvres. Plus de mensonge entre vous, car vous vous êtes dépouillés du vieil homme, avec ses pratiques, et vous avez revêtu l’homme nouveau, celui qui, pour accéder à la connaissance, ne cesse d’être renouvelé à l’image de son Créateur […]  Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. […] Et par-dessus tout, revêtez l’amour : c’est le lien parfait. Que règne en vos cœurs la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés tous en un seul corps. Vivez dans la reconnaissance. »

Paul appelle donc les disciples de Jésus Christ à ne pas attendre que nous ayons quitté notre vêtement terrestre, notre tente provisoire, pour revêtir - dès maintenant - un vêtement  par dessus l’autre : un vêtement d’éternité : l’Esprit du Christ… qui désigne - on le sent - une nouvelle manière de vivre, marquée par la bonté et la justice… une façon de vivre qui reflète l’existence même du Christ.

Pour Paul, l’acte symbolique de changer de vêtement, de revêtir un  nouveau vêtement, est un signe de conversion, de vie nouvelle. 

Pour lui, que nous conservions - encore quelque temps - notre demeure terrestre ou que nous la quittions - bientôt - notre ambition, notre projet, doit être de « plaire à Dieu » (cf. 2 Co 5,9). 
« Plaire à Dieu » , cela signifie participer à son règne d’amour : c’est faire advenir sa volonté d’amour, de fraternité et de paix pour le monde… c’est être un artisan de son règne de justice, à la suite de Jésus… c’est vivre, dès à présent, les valeurs de l’Evangile, c’est revêtir l’Esprit du Christ. 

* Ces images que nous donne l’apôtre Paul peuvent nous aider à mieux comprendre le passage de l’Evangile de Matthieu que nous avons entendu (cf. Mt 22, 1-14) : 
Dans la parabole racontée par Jésus, quel est donc ce vêtement de noce qui manquait à l’un des convives entré dans la salle de noce… et à cause duquel il en a finalement été chassé ?

Ici aussi l’image du vêtement, d’un nouvel habit à revêtir, est un symbole de changement de vie… ou, en l’occurence, d’absence de changement de vie, s’il est manquant : 

Les pères de l’Eglise ont vu, dans ce vêtement de noce, le symbole de la foi. D’autres y ont vu le symbole de la charité (de l’amour à l’égard des plus petits) ou - connaissant bien Matthieu - ils y ont vu le symbole de la justice, c’est-à-dire des bonnes oeuvres, des oeuvres justes que nous accomplissons lorsque nous vivons en accord avec la volonté bonne de Dieu. (Dans la mesure où les bonnes oeuvres peuvent être considérées comme un signe de conversion… comme les fruits d’un véritable de changement de vie.)

En d’autres termes, l’homme est jeté dehors, parce qu’il n’a pas ajusté sa vie - ici symbolisé par sa tenue (signe de son identité) - au lieu où il était. 
Sa manière d’être ne correspond pas à l’invitation du maître. 
Il est entré dans le « Royaume de Dieu », symbolisé part le festin nuptial, mais il n’en a pas réellement tenu compte : il n’a rien changé à sa vie… il n’est pas entré dans la confiance, ni dans la charité, ni dans la justice attendues par le maître. 

Bien sûr, c’est une parabole, c’est donc un récit imagé - une comparaison - qui est destiné à frapper nos esprits et à nous appeler à un retournement, un changement de regard et d’orientation. 

* Il nous faut ainsi réfléchir - là où nous sommes, et à travers ce que nous faisons dans notre quotidien - de quelle manière nous pouvons revêtir nos pensées, nos paroles et nos actes : de lumière, de bonté, de compassion, de bienveillance… en nous laissant inspirer par l’Esprit de Dieu… afin que nos relations humaines soient belles et justes… qu’elles soient porteuses de vie, d’harmonie, de paix et de justice.  Et qu’elles contribuent, à la fois, à notre propre progression spirituelle et à la progression spirituelle des autres, de ceux que nous côtoyons. 

Car le Christ nous appelle à être les disciples et les artisans du Royaume de Dieu : de ce règne spirituel d’amour, dès maintenant.  Et cela nous pouvons essayer de le vivre en chair et en os, dans notre incarnation présente, ici bas… sans attendre la mort… sans attendre d’avoir rejoint notre habitation céleste. 

Oui… l’Esprit de Dieu nous est offert… sachons donc nous mettre à son écoute… et nous laisser inspirer par lui au quotidien… pour revêtir le Christ (comme le dit Paul)… afin que notre vie présente soit transfigurée… et que nous soyons un jour accueillis dans la salle de noces, pour la fête et la joie à laquelle Dieu nous appelle et nous attend. 

En cette période d’hiver, n’oublions donc pas - face à la pluie ou au froid - de revêtir un vêtement par-dessus l’autre : ce vêtement ne symbolise pas seulement le sacrement du baptême… il est le signe d’une existence véritablement placée sous le règne de l’Esprit du Christ : il symbolise l’entrée dans une vie nouvelle, qui nous appelle à rayonner de bonté et de lumière… et qui nous donne une espérance : la vie éternelle !


Amen.