dimanche 16 juillet 2017

Le chemin étroit de la confiance qui transforme

Lectures bibliques : Mt 6, 21-34 ; Mt 7, 13-14  [Lc 12, 16-21]
Thématique : la foi, entrer dans un chemin de confiance qui nous transforme et nous ouvre à notre véritable vocation.
Prédication de Pascal LEFEBVRE / Tonneins, le 16/07/17 (dernière partie inspirée d’Anselm Grün)

Nous accueillons aujourd’hui un petit baptisé en la personne de Maxime. En demandant le baptême pour leur enfant, les parents de Maxime ont souhaité placer son existence sous le regard de Dieu. Ils ont voulu, par un signe à la fois concret et symbolique, que soit attesté devant l’Eglise et le monde que Maxime est « enfant de Dieu ». 
C’est un nouveau chemin - un chemin de confiance avec le Seigneur - qui s’ouvre désormais pour Maxime. Nous souhaitons qu’il le découvre lui-même un jour et qu’il puisse y répondre, lui aussi, avec foi. 

Le baptême… l’entrée dans la vie chrétienne… est un nouveau chemin qui s’ouvre… 
Mais de quel chemin parle-t-on exactement ?

Les passages de l’évangile que nous avons entendu en ce jour peuvent nous fournir quelques éléments de réponse. 

A priori, cela peut d’abord nous effrayer ou nous sembler difficile, car Jésus parle d’un chemin resserré, d’une porte étroite… pour accéder à la vie… et, au contraire, d’un chemin spacieux, qui mène à la perdition. 

Aïe, Aïe, Aïe !… dans quelle galère tes parents t’ont-ils mis ce matin, mon cher Maxime… te voilà confronté à deux chemins… 
Voilà qu’un jour… voilà que chaque jour même… tu seras conduit à choisir entre le chemin resserré plein de promesses de vie, mais que peu de personnes découvrent … et le chemin large que beaucoup empruntent, mais qui ne mène nulle part. 

Comment comprendre ces paroles ? Qu’est-ce qu’elles peuvent bien signifier pour nous aujourd’hui ? 

Je vous propose 3 pistes de réflexion :

* La première, c’est d’abord de comprendre que le chemin que Jésus propose est un chemin avec Dieu, un chemin dans la confiance.

Il est difficile pour nous de faire confiance à une « Force », une « Réalité » qu’on appelle « Dieu ». Nous vivons dans un monde que nous appréhendons par nos cinq sens. Comment croire, comment faire confiance, à quelque chose ou plutôt quelqu’un, que nous ne voyons pas ?… que nous ne pouvons pas toucher, saisir… et appréhender ni par nos sens ni avec l’aide de notre raison ?

C’est déjà difficile de faire confiance à nos proches : nos collègues, nos voisins, nos amis, notre conjoint, nos enfants… mais commencer à faire confiance à Dieu qu’on ne voit pas : ce n’est pas si simple. 

En plus, nous vivons dans une société très matérialiste… alors faire confiance à Dieu : ça peut sembler un peu fou… et carrément « décalé ». 

Pourtant, voyez-vous, nous devrions réfléchir à des choses toutes simples de notre quotidien : 
Imaginez un instant que vous puissiez parler à l’un de vos aïeux ou ancêtre du 18ème siècle … et que vous lui racontiez qu’un jour - aujourd’hui, à votre époque - on peut entendre parler (à la radio) ou voir (à la télévision) dans une petite boite ou sur un écran « HD » une personne qui parle à des centaines ou des milliers de kilomètres de chez vous… il vous prendrait peut-être pour un fou.

Imaginez que vous racontiez à votre arrière-arrière grand père, que vous pouvez faire une photo (avec un appareil numérique) et l’envoyer à quelqu’un par les airs… par le wifi et par Internet ou par satellite… grâce aux ondes… il vous prendrait peut-être pour un illuminé. 

Imaginez que vous lui racontiez qu’il existe des appareils médicaux, comme l’IRM, qui grâce à la résonance magnétique, sont capables de voir à l’intérieur du corps humain… nul doute qu’il aurait du mal à vous croire. 

Alors, finalement, si le monde autour de nous est fait d’énergies et d’ondes invisibles : pourquoi ne pourrait-on pas croire en une « Force », un « Souffle », qu’on appelle Dieu. Cela n’a rien d’impossible… à bien y réfléchir. 

Mais, me direz-vous, il y a encore une différence entre dire que Dieu est ou existe (pourquoi pas, après tout !) et dire qu’on peut lui faire confiance. 

Après tout… on ne le connait pas ce Dieu… on ne sait pas trop ce qu’il veut et quelles sont ses intentions… alors… de là à lui faire confiance, il y a encore un pas à franchir. 

Surtout, si on écoute les discours religieux qui, par le passé, ont pu parler d’un Dieu capable de juger les humains… de punir les méchants et de récompenser les bons… : tout cela à de quoi nous interroger… ou nous effrayer. 

Mais, là encore, il faut lire et relire l’Evangile : Jésus, lui, nous parle d’un Dieu bienveillant et gratuit… Un Dieu qui ne compte pas les points et qui agit seulement par grâce, puisqu’il fait lever son soleil sur tous, bons ou méchants, et pleuvoir sa pluie sur tous, justes ou injustes (cf. Mt 5,45). 
Il nous parle d’un Dieu qui agit par pure grâce, sans compter, indépendamment de nos mérites, de nos réussites ou de nos échecs. 

Pour Jésus, la seule raison pour laquelle, on peut se fier à Dieu - au Dieu vivant, au Dieu de la vie - c’est sa bonté. « Dieu est bon et miséricordieux ». « Dieu est amour » dira Jean (cf. 1 Jn 4). Il est comme une Force paternelle ou maternelle qui nous aime. Il est comme notre Père céleste. Il veut notre bien. C’est pour cela qu’on peut lui faire confiance. 

Jésus précise même que Dieu pourvoit à nos véritables besoins (cf. Mt 6, 32)… qu’il nous connait et sait quels sont nos vrais besoins et qu’il y répond à sa manière. 

Donc : première caractéristique du chemin proposé par Jésus : oser faire confiance à Dieu… entrer dans le chemin de la foi. 

* Deuxième piste de réflexion : cette confiance - ce chemin étroit de la confiance - peut nous transformer… faire changer nos comportements et nos attitudes vis-à-vis des autres. 

Dans l’Evangile, Jésus nous rappelle que la plupart du temps, nous nous faisons beaucoup de soucis pour les choses matérielles de la vie : notre maison, notre voiture, nos possessions, notre compte en banque, notre apparence, etc. 

Par peur de manquer, ou peur du lendemain, nous accumulons, nous thésaurisons, nous construisons des greniers ou faisons des réserves dans des banques. 

Cela fait des siècles que l’être humain répète ce même comportement : mais, pourquoi fait-il cela, exactement ?

Nous le faisons, d’une part, parce que nous voulons prévoir les coup durs : « on ne sait jamais de quoi demain sera fait ! » 
D’autre part, parce que nous croyons que plus d’avoir et de pouvoir nous rendront plus heureux. Nous écoutons, en fait, inconsciemment, le discours de la société qui nous dit que l’argent fait le bonheur ou y contribue grandement. 

Du coup, cette attitude, qui nous pousse à tout garder pour se protéger ou pour vivre heureux, nous incite, malgré nous - inconsciemment - à fermer les mains. Et nous ne parvenons plus à partager. 

C’est un constat facile à faire : en 2017, une minorité sur notre terre (une poignée de plus riches : 8 personnes, exactement) possède autant que la moitié la plus pauvre du monde (3,5 millards d’individus). Ou pour reprendre des chiffres de 2015, le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches du monde a dépassé celui des 99 % restants. 
Et, nous-mêmes, en France, même si nous ne sommes pas spécialement fortunés, sommes dans les 20 % des habitants les plus riches du monde. 

En d’autres termes, le chemin spacieux vers lequel tout le monde se perd : c’est le chemin habituel du « chacun pour soi », c’est le chemin du « moi d’abord », c’est le chemin de l’argent trompeur - de Mammon (comme l’appelle Jésus) - de la fausse confiance - qui nous fait croire qu’avec plus d’avoir et de pouvoir nous serons à l’abri du malheur et en sécurité. 

Bien sûr, c’est un leurre. Nous savons bien que la possession d’argent n’empêche pas, par exemple, de pouvoir tomber malade. Rien dans ce monde - aucun bien - ne peut nous protéger de la finitude et de la fragilité de vie. La mort est inévitable et nous incite à réfléchir à ce qui est vraiment important dans cette vie. 

Autrement dit, le bien le plus précieux que nous avons : c’est la vie elle-même, c’est le temps qui nous est donné… (alors à quoi allons-nous l’utiliser ? ) … et non l’argent ou nos quêtes matérielles !

C’est ce dont Jésus nous invite à prendre conscience : 

Cessez de vous soucier et de vous inquiéter pour savoir ce que vous mangerez… de quoi vous vous vêtirez… ce n’est pas ça la vraie vie - dit-il, à sa manière. Ce n’est pas que ce soit secondaire… que ce ne soit pas important. Pas du tout. Mais, d’une part, Dieu pourvoit à ces besoins. Alors, évitons de ne penser qu’à cela. Et, d’autre part, nous avons autre chose à faire de cette vie, du temps qui nous est offert. Nous sommes là pour autre chose, pour une autre vocation sur terre.

Quelle est-elle ?

« Cherchez d’abord le règne de Dieu et sa justice » et tout le reste vous sera donné en plus (cf. Mt 6, 33).

Difficile de définir en deux mots ce que signifie cette expression : En tout cas, ce qu’on peut dire, c’est que le règne de Dieu, c’est le règne de la gratuité. Dieu est le Dieu de la vie. Il donne la vie sans compter, avec abondance… il donne son amour sans calculer… il pardonne et fait miséricorde sans rien exiger en retour …. à part, peut-être, nous inviter à faire de même (cf. Mt 18 ; Lc 10).

Entrer dans le règne de Dieu, c’est entrer en gratuité… 
Et chercher la justice de Dieu, c’est agir à la manière de Dieu, qui aime et qui pardonne : c’est faire de même avec les autres, avec nos frères et nos soeurs, nos parents et nos enfants, nos collègues et nos voisins. C’est vivre des relations humaines justes : fondées sur la vérité et le pardon mutuel.

Pour le dire autrement… la confiance en Dieu devrait nous inciter à modifier nos comportements. Si vraiment nous avons confiance en Dieu, pourquoi nous inquiéter de ceci ou de cela… pourquoi faire des réserves, comme si nous devions parer, seuls - seulement par nous-mêmes (par nos seuls moyens) - à toute éventualité. 

Croire en la Providence de Dieu nous libère de la peur et de la crainte du lendemain… et, du coup, nous pouvons ouvrir les mains… aller vers les autres, ici et maintenant … et commencer à partager… car, de tout façon, nous n’emmènerons pas nos possessions au paradis. 

Notre vocation humaine est relationnelle… pas individualiste !  Jésus croit en un salut pour tous, pas au « chacun pour soi » !

* Troisième et dernière piste - pour aujourd’hui - le chemin de la confiance (de la foi) est un chemin étroit et resserré, qui permet l’accès au vrai Soi… qui permet de se trouver soi-même, dans notre vocation propre d’« enfant de Dieu ».

Nous sommes appelés à trouver notre véritable vocation dans cette vie qui nous est donnée. 
Pourquoi sommes-nous ici ? Qu’avons-nous à vivre ? Quels sont nos qualités, nos charismes, nos dons ? Comment les mettre à profit et les faire fructifier pour le service de tous ?

C’est ce que Maxime devra lui aussi découvrir, avec l’aide de ses proches. 

Au fil de nos expériences humaines, joyeuses ou éprouvantes, nous expérimentons la vie - nous sommes là pour ça - et nous découvrons peu à peu qui nous sommes. 
« Tout est possible, tout est permis, mais tout n’est pas profitable » dira Paul. (1 Co)

Franchir la porte étroite, choisir le chemin resserré, cela signifie trouver la voie qui nous convient à nous, personnellement, pour découvrir/ vivre notre vocation et actualiser/ réaliser nos potentialités… grâce à notre imagination. 

Franchir la porte étroite veut dire que nous devons trouver la porte toute personnelle par laquelle passer pour laisser une trace spécifique en ce monde. Ce n’est pas en empruntant la voie des autres que nous le vivrons et ferons, mais en innovant, en faisant preuve de créativité, et de discernement (c’est-à-dire à la fois d’audace et de prudence), en découvrant notre voie personnelle.

Le chemin large est celui que tous empruntent… c’est le chemin du conformisme et des habitudes… c’est la voie du mimétisme et de la répétition…. tandis que le chemin resserré est celui que Dieu a spécialement prévu pour nous, le chemin sur lequel nous réaliserons l’image unique qu’il a placé en nous… l’image merveilleuse qu’il se fait de nous. 

La différence entre les deux chemins, c’est la conscience… la prise de conscience que c’est nous qui choisissons et décidons notre chemin (avec l’Evangile, bien sûr). 

Le chemin étroit, c’est celui qu’on choisit consciemment. Alors qu’il y a tant de choses que l’on fait par habitude ou par imitation, inconsciemment. 

Vivre chaque évènement, chaque choix, chaque relation humaine en toute conscience peut sembler fatigant, à première vue. Mais, en vérité, ce choix nous mène au large et nous permet d’accéder à l’harmonie intérieure. 

Nous n’atteindrons notre pleine envergure humaine que si nous trouvons notre chemin tout personnel et nous nous y engageons résolument. 

Bien sûr, cela implique que nous nous interrogions et réfléchissions consciemment : qui sommes-nous vraiment ? Quelle est notre mission ? Quelle trace entendons-nous laisser de notre passage en ce monde ? 

Il ne s’agit pas de s’aligner sur les autres ou de se comparer à eux, mais de trouver la porte qui nous est réservée et qui mène à la vie. 

Cette porte est étroite, non parce qu’elle exige trop de nous. Mais parce qu’elle nous invite à sentir consciemment en nous-même ce qui correspond à notre Être véritable (en relation avec Dieu) et à discerner quel chemin Dieu aimerait nous voir emprunter. 

Nous sommes ainsi appelés à vivre et à réaliser l’image unique que Dieu s’est faite de nous. Nous ne pouvons la découvrir qu’en faisant confiance à Dieu et en méditant en toute conscience. 

Quand nous la vivons, nous devenons alors « bénédiction » pour les autres, car nous sommes à la juste place. 

Le prêtre anglican John A. Stanford, un disciple de C.G. Jung, écrit ce qui suit à propos des divers chemins : « le chemin large est le chemin de vie que nous empruntons inconsciemment, celui de la moindre résistance et de l’identification avec la grande masse. Le chemin resserré exige une prise de conscience, une attention de tous les instants pour ne pas dévier du sentier. »

Cela signifie que si nous voulons vraiment savoir qui nous sommes et quel est le mystère de notre âme, il nous faut entrer dans la confiance et accepter de sortir des sentiers battus. 
Nous devons accepter d’aller à contre-courant, de lâcher nos peurs, même si cela implique quelques difficultés, d’affronter des résistances, des préjugés et des idées-reçues. 
Ce n’est pas en agissant par peur ou conformisme de masse que nous découvrirons notre vocation véritable et unique d’« enfant de Dieu ». 

* Pour conclure… en ce jour de baptême… à travers l’Evangile, Jésus nous rappelle que nous sommes tous - et chacun - uniques et précieux aux yeux de Dieu. 

Le chemin de vie que Dieu, notre Père, nous propose est un chemin qui implique un lâcher-prise, pour se trouver soi-même et aller vers les autres. Ce chemin passe par la confiance.

C’est ce que nous pouvons souhaiter à Maxime : de s’ouvrir un jour à la confiance en Dieu.


Amen.