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dimanche 19 janvier 2020

Suivre Jésus pour devenir pleinement humain

Lectures bibliques : Ps 1. 1-4.6 ; Mt 5, 1-10 ; 5, 38-45 ; 5, 13-16 (voir ci-dessous, en bas de page)

Thématique : l’Evangile pour devenir pleinement humain
Prédication de Pascal LEFEBVRE / Bordeaux, le 19/01/2020

Chers amis,

* Nous connaissons bien ces passages des évangiles. J’aimerais - avec vous - tisser un lien entre ces textes et les relire un peu à la façon d’un héritage que nous confierait Jésus… une sorte de programme de vie qu’il nous invite à adopter au quotidien. 

Quand on parle de l’Evangile, on pense tout de suite - en tant que Protestants - à la Grâce : 
L’Evangile, c’est, d’abord et avant tout, la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour nous, ses créatures, ses enfants. 

Mais, il ne faudrait pas oublier que l’Evangile, c’est aussi un programme de vie qui nous est proposé. 
Jésus parle de l’Evangile du « Royaume », parce qu’il nous invite à entrer dans une nouvelle réalité, une nouvelle mentalité… ou, pour le dire avec les mots de la théologie : il s’agit d’une vie nouvelle… une vie transformée… dont le baptême ou la Ste Cène sont d’ailleurs des signes. 

Être chrétien, qu’est-ce que c’est ? 
On répond habituellement, c’est faire confiance à Dieu et essayer de suivre les enseignements de Jésus Christ. 

De ce point de vue là, on ne peut pas dire que les apôtres étaient des « bons chrétiens », car beaucoup avaient des doutes au sujet de Jésus. 
A de multiples reprises, les évangiles témoignent du fait qu’ils avaient plutôt une foi vacillante et fragile. Et personne - dans un premier temps - n’a osé suivre le Maître jusqu’à la Croix. Il a été renié, trahi, abandonné de tous. 

Certainement - deux mille ans plus tard - nous ne sommes pas meilleurs que ces proches disciples… et de ce point de vue là…  qu’on soit pasteur, bénévole, membre d’un Conseil Presbytéral, ou laïque… nous ne sommes certainement pas de « bons chrétiens ». 

Je vous propose donc une autre définition : 
Être chrétien, qu’est-ce que c’est ?
C’est apprendre à devenir plus humain… 
c’est à la fois vivre en conscience … et ancrer son humanité dans une plus grande liberté, une plus grande profondeur et une plus grande plénitude… à l’image du Christ. 

Là… il me semble que cette réponse est nettement plus existentielle… elle nous concerne tous. 

Jésus nous apprend à être plus humain… à devenir véritablement humain. 

C’est un programme de vie qui implique des changements, mais qui est à la portée de tous !

C’est d’ailleurs la manière dont la théologie a parlé de Jésus. Car, de tout temps - à commencer par ses contemporains - des hommes et des femmes se sont demandés : mais qui est-il ce Jésus ?

L’apôtre Paul le présente comme le nouvel Adam, l’homme véritable. 

Les théologiens - aux cours des siècles - ont cherché - à juste titre - à montrer que Jésus a été le prototype - le modèle - d’un homme vraiment et pleinement humain. … un être humain extraordinaire, car en relation - en communion - avec Dieu et avec son prochain. 

D’ailleurs, même quand la théologie a défini Jésus comme un homme - divin ; « l’Homme-Dieu »… elle n’a jamais voulu dire que Jésus était une sorte de héros, de demi-dieu… comme dans la mythologie, les séries de science fiction ou les mangas… où les héros ont des super-pouvoirs… 
Non !… ce que les témoins du Christ ont voulu dire, c’est qu’on pouvait faire l’expérience du divin - du spirituel, du transcendant - en rencontrant l’homme Jésus. 
C’est au coeur de son humanité, qu’on pouvait rencontrer Dieu (ou l’Esprit de Dieu). 

J’en viens à la grille de lecture que je propose pour relire ensemble ces passages. 

La question est : comment devenir humain ?… Et Jésus nous offre des réponses dans chacun de ces textes. Il nous aide à trouver un chemin… car, lui, a véritablement expérimenté ce que c’est « être humain ». 

Bien sûr - et c’est là la difficulté - les réponses de Jésus ne collent pas vraiment avec ce que nous apprend l’expérience dans notre société, dont l’injonction demeure souvent : la loi du plus fort ; le « chacun pour soi » ; le fait de devoir lutter et se battre pour vivre, pour réussir, pour gagner sa place (gagner plus de sécurité, d’avoir et de pouvoir)… donc une mentalité de survie, fondée sur la rivalité, la concurrence, la domination. 

Une réalité - assez triste - dont les journaux télévisés nous montrent quotidiennement les conséquences désastreuses… aussi bien au niveau des individus que des sociétés… dans la mesure où, à l’image des personnes, les Etats eux-mêmes - comme les Etats Unis, par exemple - appliquent la doctrine du « chacun pour soi », à travers une politique de préférence nationale : l’Amérique d’abord… les autres, on s’en moque !

Or, Jésus nous propose tout-à-fait un autre programme :

1) Première réponse de Jésus : être humain, c’est oser aller de l’avant et c’est choisir (et accepter) la vulnérabilité. 

Cette première réponse, on peut la tirer des « Béatitudes ». 

Evidemment, la traduction courante avec le mot « heureux » ou « bien heureux » pose problème et risque de nous induire en erreur. 
Jésus ne brosse pas le programme du bonheur assuré, pour être parfaitement content et pleinement joyeux. 

L’expression «  heureux » est sans doute inspirée du Psaume 1 : « Heureux l’homme qui ne va pas au conseil des méchants… mais qui se plaît dans la loi du Seigneur » (voir aussi Ps 41,2-3 ; 84,5 ; 112,1). 

Elle appartient au genre littéraire des conseils de sagesse, qui rappellent que celui qui adopte telle ou telle attitude se trouve en accord avec la volonté profonde de Dieu, et donc en conformité avec sa vocation d’être humain. 

Ainsi, plutôt que « heureux » (ou « bienheureux »), il faudrait traduire par : « C’est bien, ils sont sur la bonne voie… ils sont debout et en marche … sur le juste chemin… ceux qui sont comme ceci ou qui agissent comme cela. »

Maintenant, il faut voir les attitudes que Jésus met en avant : la pauvreté de coeur ; la douceur ; le fait de vivre et d’exprimer ses émotions, sa peine ou son chagrin ; la recherche de la justice ; la compassion ; la miséricorde ; la pureté de coeur ; la participation à construire la paix ; etc. 

Jésus est en train de dire que nous sommes sur la bonne voie - la voie d’une humanité unie à Dieu et au prochain - lorsque nous acceptons d’être simples, humbles, vulnérables… lorsque nous éprouvons de la compassion ou acceptons de montrer nos fragilités et nos faiblesses. 

Lorsque nous sommes ainsi dépouillés de notre ego et de nos principes mondains…. lorsque nous sommes ouverts à nous-mêmes, à l’expression de notre âme… nous sommes prêts à accueillir Dieu et à rencontrer le prochain… nous sommes sur le chemin d’une humanité plus réelle et plus épanouie. 

L’attitude la plus propice à l’entrée dans le règne de Dieu serait donc la vulnérabilité, la douceur, l’humilité, la paix… Ce serait la fragilité de la compassion et de la compréhension, plutôt que la force de la domination, et de l’égoïsme.

Autrement dit, les « Béatitudes » pourraient être lues non comme des affirmations paradoxales, mais comme un éloge de la vulnérabilité … un éloge de la douceur et de la sensibilité. 

Voilà, pour Jésus, une manière d’être plus humain… d’accéder à notre véritable humanité. 
Car, en acceptant de se montrer tel que l’on est, avec ses fragilités, on incite aussi les autres à oser exprimer leur propre sensibilité.

La conséquence - la récompense, si j’ose dire - c’est qu’en étant plus humain, on trouvera - dès à présent - plus d’humanité autour de nous : de la compréhension, de la consolation, du réconfort. 
C’est la promesse que formule Jésus. 


2) Deuxième réponse : on la trouve un peu plus loin, dans ce qu’on appelle les antinomies évangéliques : « on vous a dit (vous avez appris) ceci… et bien moi, je vous dit cela… »

Cette deuxième réponse pourrait être formulée de la façon suivante : être humain, c’est oser innover et inventer d’autres comportements… 
C’est ouvrir de nouveaux possibles… c’est surmonter la frontière du « chacun pour soi »… en dépassant le système de la réciprocité et du donnant-donnant.

Bien sûr, on ne peut pas lire les affirmations de Jésus au premier degré, comme un mode d’emploi à réaliser point par point. 
Le Christ brosse plutôt un horizon vers lequel on peut essayer de tendre. 

Face à la loi du talion, caractéristique du système d’égalité et de donnant-donnant : « oeil pour oeil, dent pour dent »… Jésus propose aux disciples un autre type de réponse : inventer le pardon, initier la générosité. 

« Ne pas résister au méchant » ne signifie pas d’accepter de subir passivement l’outrage ou l’injustice sans réagir… mais invite à refuser de donner de l’espace au mal, par la vengeance. 

« Faire deux mille pas avec celui qui en demande mille », « tendre l’autre joue - celle de la réconciliation - à celui qui nous a frappé sur la première » …  Ces images formulent d’autres solutions possibles que le système habituel des relations de miroir, du tac-au-tac ou de la réponse violente. 

Il s’agit d’inventer des solutions qui permettent de sortir l’autre (celui qui reste mon frère ou ma soeur, quoi qu’il arrive) de la spirale de la rivalité. 

L’idée sous-jacente à ce comportement inattendu que propose Jésus - un comportement en faveur d’autrui, en faveur de la relation à l’autre - c’est qu’il n’y a que la bonté qui puisse faire changer positivement quelqu’un. 

La réciprocité ou la violence ne le permettent pas … elles ne suscitent que plus de rivalité et de haine. 

L’amour et la bonté - au contraire - sont susceptibles de provoquer une transformation…. Car tenter d’écouter ce qui se cache réellement derrière les comportements de l’autre… et exprimer sa vulnérabilité, sa compassion et sa solidarité ne peuvent que ouvrir l’autre à plus d’humanité. 

[Nous en avons d’ailleurs un exemple frappant dans la littérature avec les Misérables de Victor Hugo (= rappeler brièvement l’histoire : le personnage Jean Valjean change grâce au geste de don et de bonté d’un évêque.)]

Ainsi, la bonté nous rend meilleur… l’amour nous rend aimable…  la compassion de l’un, finit par éveiller la conscience de l’autre : 
C’est ce pari que Jésus nous invite à faire. 

Il s’agit donc d’innover, pour sortir de la mentalité ancestrale de domination et de survie. 

Et l’enjeu supplémentaire, c’est que ce nouveau comportement ne doit pas être réservé aux mêmes, aux semblables, aux proches… il peut être universel : 
Il ne s’agit pas d’octroyer seulement sa bienveillance à ses « frères » ou ses « coreligionnaires »… on peut inclure les différents, et même les ennemis, voire les persécuteurs.

Ces paroles de Jésus ont certainement inspiré les prophètes contemporains de la non-violence, comme Gandhi ou Martin Lutherking, …

Pour le Christ, le fondement de cette nouvelle attitude, de cette inventivité, c’est la manière d’agir de Dieu lui-même. 

De la même façon que Dieu agit totalement gratuitement… de la même manière qu’il invente, qu’il crée, qu’il innove, par son amour et sa bonté… nous pouvons, nous aussi, essayer de faire de même. 

Cet appel à s’inspirer de la générosité infinie du Père céleste, on la retrouve aussi dans l’évangile de Luc : 
« Soyez généreux - et compatissant - comme votre Père céleste est généreux - et compatissant - dira Jésus (Lc 6,36). 

3) Enfin, troisième réponse du Christ : Être humain, qu’est-ce que c’est ?

C’est choisir l’engagement « corps et âme »… c’est accepter d’entrer dans le don de soi, dans la générosité et la miséricorde, pour être un reflet de l’amour qui vient de Dieu.

Les petites paraboles du sel et de la lampe figurent la façon dont le chrétien est appelé à recevoir l’Evangile et à s’engager. 

Selon les archéologues, au 1er siècle, le sel pouvait servir de catalyseur - de substance active - pour accélérer la cuisson des aliments au four. 

C’est ainsi qu’on peut comprendre un verset assez mystérieux dans l’évangile de Marc : Jésus dit « Chacun sera salé au feu » (Mc 9,49). Qu’est-ce que ça veut dire ? 
Ça signifie peut-être : « Chacun peut être comme du sel pour le feu ». 

Chacun est appelé à être un catalyseur (un élément favorable) pour que, par lui, l’Evangile accélère les changements de mentalité et l’évolution de la société, vers une humanité plus réussie… plus aimante, plus libre, plus solidaire. 

Le problème, c’est que certains catalyseurs finissent par perdre leur pouvoir…  
De même, que le sel peut perdre ses propriétés, sa saveur… certains chrétiens en viennent parfois à se lasser de chercher à rendre le monde plus humain. 

La deuxième parabole - celle de la lumière de l’Evangile, qu’il faut placer en hauteur, pour qu’elle éclaire toute la maison… (la plupart des maisons n’avait qu’une seule pièce, à cette époque)… se conclut sur le pourquoi… sur la raison pour laquelle nous sommes appelés à faire briller cette lumière du Christ : 
C’est pour qu’en voyant de belles oeuvres, les hommes puissent rendre gloire au Père céleste. 

Il ne s’agit pas d’obtenir un label de vertu, pour ses actes et ses mérites, mais d’être perçu comme un simple reflet de la bonté et de la générosité de Dieu. 

Le Chrétien est ainsi appelé à témoigner de la Grâce de Dieu pour tous ceux qui croisent sa route… comme le Christ a été le témoin de l’amour inconditionnel de Dieu. 

C’est un appel à l’engagement et au don de soi : 
Être humain, c’est donner le meilleur de soi, pour faire surgir le meilleur de l’autre. 

Ce que Jésus traduit en paroles par son fameux : « Donnez et vous recevrez » (Lc 6,38 ; Mt 7, 7s). 
Il nous appelle à prendre l’initiative…. à initier la nouveauté.  

* Pour conclure… je ne vais pas reprendre ces trois points en détail… et me répéter… mais, je voudrais souligner que ce à quoi Jésus nous appelle, finalement, c’est à sortir de la logique ancestrale de rivalité et de survie, qui marque encore notre monde. 

Si nous connaissons encore tant de malheurs, de conflits et de misères sur notre terre… c’est que nous sommes encore loin de mettre en pratique ces paroles de Jésus…   C’est que nous sommes encore enlisés dans la mentalité primitive de défense de notre ego et du « chacun pour soi ». 

Pour terminer, je voudrais revenir un instant sur le texte que nous avons entendu - au cours du culte - au moment d’énoncer « la volonté de Dieu » :

« Ne vous inquiétez pas pour votre vie… vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône… Cherchez d’abord le Royaume et tout le reste vous sera donné par surcroit… » (ext. Lc 12,22.33.31)

Il me semble que si ce passage énonce quelque chose - une attitude - qui nous parait difficile (voire impossible) à adopter… c’est précisément parce que nous avons tous affaire avec ce qu’on appelle « l’avidité ». 

« L’avidité », c’est potentiellement ce qui nous empêche d’accepter la vulnérabilité… de sortir de la réciprocité pour inventer de nouveaux possibles… d’entrer dans le don de soi et devenir le reflet de l’amour de Dieu.

J’ai eu la chance d’assister cette semaine à une conférence à Merignac donnée par le philosophe Alexandre Jollien. 

Selon lui, il y a deux forces qui nous transforment tous, plus ou moins, en marionnettes : ce sont la peur et l’avidité. 

Les peurs qui nous habitent sont souvent : la peur de la maladie, de la finitude et de la mort, la peur de perdre, la peur de l’inconnu, la peur du regard de l’autre, la peur d’être rejeté, la peur de la solitude, etc.…  Toutes ces peurs nous font vivre avec des masques, elles nous enferment ou nous font agir de façon irrationnelle. 

Il y a aussi l’avidité : le désir de posséder plus … plus de sécurité, d’argent, de pouvoir, de reconnaissance, d’affection, de biens, etc. 
Or, l’avidité nous empêche aussi d’être libre, de vivre dans un certain détachement, pour être réellement disponible aux autres…

Pour Jollien, les religions ont pour point commun de nous inviter à nous désencombrer de nous-mêmes, à se déprendre de soi, à quitter la peur, en entrant dans la confiance… à se décentrer de l’ego et à se libérer de l’avidité. 

Il me semble, en tout cas, que c’est ce chemin - ce programme de vie - que nous propose Jésus : 

Parce qu’il avait totalement confiance en Dieu, son Père… Jésus était totalement libre… il n’avait pas peur d’être vraiment lui-même : de se montrer vulnérable… d’éprouver de la compassion… d’emprunter le chemin du pardon, en sortant de la logique de la réciprocité ou de la loi… de tout quitter, pour vivre dans le don de soi sans limite… 
Car il était sûr que sa vie - son âme - était aimée et sauvée par Dieu, quoi qu’il puisse arriver… même s’il devait souffrir ou mourrir… il était sûr que son âme était éternelle : éternellement liée à Dieu. 

Jésus nous invite à entrer dans ce chemin de la liberté… qui nous ouvre à l’amour : c’est par la confiance - la confiance en l’amour de Dieu (quoi qu’il puisse nous arriver) - que nous pouvons oser lâcher-prise : sortir de l’avidité, pour entrer dans le don de soi. 

C’est ce chemin à vivre au quotidien - de confiance, de liberté, de don de soi - que Jésus nous propose pour devenir pleinement humain.

Amen. 


Lectures bibliques

Psaume 1 (extraits)

Heureux l’homme qui ne prend pas le parti des méchants,
ne s’arrête pas sur le chemin des pécheurs
et ne s’assied pas au banc des impies,
mais qui se plaît à la loi du SEIGNEUR
et récite sa loi jour et nuit !

Il est comme un arbre planté près des ruisseaux :
il donne du fruit en sa saison
et son feuillage ne se flétrit pas ;
il réussit tout ce qu’il fait.

Tel n’est pas le sort des méchants : [ils ne pèsent rien]
ils sont comme la bale que disperse le vent. […]
Le SEIGNEUR connaît le chemin des justes,
mais le chemin des méchants se perd.

Matthieu 5, 1-10

A la vue des foules, Jésus monta dans la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. 
Et, prenant la parole, il les enseignait :

« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.
Heureux les doux : ils auront la terre en partage.
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.
Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux. […] »

Matthieu 5, 38-45

« Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent
Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. 
Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. 
A qui veut te mener devant le juge pour prendre ta tunique, laisse aussi ton manteau. 
Si quelqu’un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. 
A qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos. »

« Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. 
Et moi, je vous dis : Aimez ceux qui vous traitent en ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, 
afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, 
car, Lui,  Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. […] » 

Matthieu 5, 13-16

« Vous êtes le sel de la terre. Si le sel perd sa saveur, comment redeviendra-t-il du sel ? Il ne vaut plus rien ; on le jette dehors et il est foulé aux pieds par les hommes. »

« Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une hauteur ne peut être cachée. Quand on allume une lampe, ce n’est pas pour la mettre sous le boisseau, mais sur son support, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. 
De même, que votre lumière brille [pour tous les] hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux. »



VOLONTE DE DIEU

Pardonnés et libérés, Ecoutons ce que Dieu veut pour nous et ce qu’il souhaite que nous fassions, à travers les paroles de Jésus rapportées dans l’évangile selon Luc, au chapitre 12 : 

« Je vous dis : ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. Car la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement. […] 
Cherchez d’abord le Royaume de Dieu, et tout le reste vous sera donné par surcroît. […] 
Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses inusables, un trésor inaltérable dans les cieux ; là ni voleur n’approche, ni mite ne détruit. 
Car, où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. » 


(Lc 12, 22.23.31.33.34)

dimanche 19 mai 2019

Nous sommes UN

Textes bibliques : Lc 14, 12-14 ; Mt 25, 31-46
Prédication de Pascal LEFEBVRE / Bordeaux, le 19/05/19

Introduction 

Nous venons d’entendre un passage biblique qui est - à mon avis - un des plus beaux textes du Nouveau Testament. Et c’est pour le partager et le méditer ensemble, que je l’ai choisi ce matin. Je voudrais vous montrer : Pourquoi ce passage est magnifique…. Quelle bonne nouvelle il nous livre … Et ce qu’il dit de notre humanité…

Au premier abord, cependant…  pour la plupart de nos contemporains qui connaissent encore ce texte…  il faut l’avouer : ce n’est généralement pas une réaction très positive qu’il génère… bien au contraire :
Soit, il suscite l’incompréhension voire l’embarras…  Soit même, il provoque une sorte de rejet… sans doute à cause des images et de l’arrière fond de peur et d’angoisse, qu’il a inspiré durant l’histoire. 

En effet, ce texte a nourri, pendant des siècles, l’inspiration des artistes qui ont peint, ici ou là, sur des tableaux ou les murs des cathédrales - et dont notre culture et notre inconscient collectif sont héritiers - cette grande fresque du jugement dernier : fresque terrible qui annonce le jugement final de Dieu, qui nous attendrait sur son trône de gloire, pour examiner notre vie et nos actes, et nous classer définitivement parmi les justes, les sauvés, les élus, ou, au contraire, nous envoyer en enfer, parmi les injustes, les réprouvés, les maudits et les bannis, et nous jeter dans le feu qui ne s’éteint jamais, en vue de souffrances éternelles. 

Voilà ce dont notre inconscient collectif est sans doute héritier, face à ce texte : l’image d’un Dieu terrible qui nous attend au tournant pour un jugement dernier… et sachant cela, les humains n’ont qu’à bien se tenir !
Car rien n’est sûr…. le pire est à craindre… la perspective de pourrir ou plutôt de rôtir en enfer est ouverte… et nous attend, si nous ne faisons pas ce que Dieu commande.

C’est donc l’image d’un Dieu capable de punir que la tradition artistique - à la suite de la tradition de l’Eglise -  a retenu. Car les artistes n’ont fait que mettre en lumière la compréhension qu’ils avaient reçue de ce texte.…  C’est l’image d’un Dieu juge et implacable qui suscite la peur que la tradition nous a communiquée. 

On peut même ajouter que cette manière de comprendre Dieu et ce texte sont peut-être à l’origine de l’athéisme de beaucoup de nos contemporains  …. Car comment croire au 21e siècle à ce Dieu juge, qui nous attendrait au tournant pour nous punir ? Tout ça ne tient pas debout !

D’autre part… si vous êtes lecteurs de l’Evangile, vous remarquerez que l’image que Jésus Christ présente de Dieu, son Père (Notre Père) : l’image d’un Dieu d’amour qu’il présente, par exemple, à travers la parabole du fils prodigue, ou de la drachme perdue ou de la brebis perdue. Cette façon de comprendre Dieu, comme une présence paternelle ou maternelle, une force d’amour accueillante, bienveillante, attentionnée, réconfortante, n’a par grand chose à voir avec cette image traditionnelle et terrible d’un Dieu implacable, au jugement définitif. 

il y a donc une dichotomie … voire une contradiction… entre l’image traditionnelle qui nous a été communiquée au sujet de Dieu, notamment à travers une lecture littéraliste de textes fondateurs ou des mythes (comme le jugement dernier)… et, d’un autre côté, la bonne nouvelle d’un Dieu d’amour transmise par Jésus. 

C’est un problème d’herméneutique (d’interprétation) qui est sans doute à l’origine de tout cela. 
Je vous propose donc - ce matin - un travail un peu particulier : c’est d’essayer d’oublier tout ce qu’on vous a raconté sur ce texte et toutes les images d’un Dieu juge, véhiculées par notre culture chrétienne et notre inconscient collectif, pour essayer de discerner, avec un oeil neuf, la bonne nouvelle qui se cache dans ce passage biblique. 

Le contexte et le statut du texte :

Pour essayer d’y voir plus clair, je vous propose dans un premier temps de nous interroger sur le contexte et le statut du texte : de quoi s’agit-il ? 

Le projet littéraire de l’évangéliste Matthieu a sans doute été de compiler les textes des chapitres 24 et 25, pour présenter les enseignements de Jésus dans la perspective du retour du Christ, de son avènement (sa parousie), attendu d’abord, de façon imminente, par les premiers chrétiens, et, ensuite, pour la fin des temps : 

Matthieu présente ainsi - au chapitre 24 - les grandes tribulations et désolations qui auront lieu dans un temps de bouleversement cosmique, qui va coïncider avec l’avènement du Fils de l’homme, à la fin des temps. En attendant le retour du Christ, il invite les disciples à veiller, à se souvenir et à mettre en pratique les enseignements du maître.

Ainsi, le chapitre 25 se compose de 3 paraboles. 
Ces paraboles sont des comparaisons qui servent à parler du Royaume des cieux, de la présence et de la réalité de Dieu. A quoi les comparer ? 
On trouve : 
  • la parabole des dix vierges, qui invite à l’espérance et à veiller en attendant l’arrivée de l’époux, à savoir le Christ. 
  • La parabole des talents, qui invite à entrer dans la confiance, à utiliser à bon escient les talents reçus (sans peur).
  • Enfin, la parabole du jugement dernier - qui nous intéresse aujourd’hui - invite le lecteur à entrer dans l’amour et à vivre la charité et la solidarité. 

C’est donc la foi, l’espérance et l’amour qui sont présentées dans ces 3 paraboles. 

Cependant, le statut de cette dernière parabole est un peu particulier, car elle utilise le langage du mythe. C’est à la fois une parabole et un mythe. 

Qu’est-ce qu’un mythe ? C’est un langage qui essaie de dire, de transcrire, une vérité à travers un récit, une histoire transmise par la tradition et mettant en scène des personnages symboliques représentant des forces physiques ou métaphysiques. 
Ce qui intéressant en tant que tel, ce n’est pas l’histoire, mais la leçon qui se dégage du récit. 

Le jugement des morts ou des âmes appartient au langage du mythe. Il est présent dans de nombreuses cultures : chez les Grecs, les Perses, en Inde, etc. 
On le retrouve dans l’Ancien Testament (Zacharie ou Daniel) tout comme dans la mythologie grecque : Hésiode parle du jugement des morts et de l’île des Bienheureux ; Dans la mythologie traditionnelle, on voit les morts jugés par trois juges : Eaque, Minos et Rhadamante. C’est probablement Socrate (ou Platon) qui imagine la scène fondatrice de la décision de Zeus, qui discerne un avant, où les morts seraient jugés de leur vivant, vêtus dans leur gloire, et un après, où ils sont jugés nus et même sans apparence corporelle, réduits à leur âme. 

Le langage mythique se présente comme un conte sur le mode du « il était une fois…. » par lequel le narrateur raconte, à l’aide de personnages schématiquement dessinés, le déroulement d’une histoire assez simple (énonçant une donnée, un problème et sa résolution), dans un cadre relevant du merveilleux. 

Cependant, Socrate distingue et oppose les termes « mytos » et « logos » : le mythe et la parole explicative, la raison (la logique). 
Le récit, qui donne le cadre, peut être fictif, dans le sens où il comporte des éléments fantastiques, fabuleux ou légendaires. Mais la leçon, au début et à la fin du texte, est chargée de sens : elle s’adresse à notre raison et nous invite à un changement de mentalité ou une évolution de notre niveau de conscience. 

Autrement dit, lorsque nous lisons ce récit du jugement dernier, nous ne devons pas le faire de façon littérale ou fondamentaliste, et tout prendre au même degré : 
il nous faut discerner la leçon qui émerge, au delà du cadre du récit et de ses éléments mythiques.  Alors, quels sont-ils ? 

Les éléments du langage mythique : 

Ils sont facilement décelables : le retour du Fils de l’homme, un personnage qui représente l’humanité et qui est envoyé par Dieu pour opérer une distinction, un jugement. Il est présenté comme un arbitre et comme un roi. 

Le décor : les anges, messagers de Dieu ; le trône de gloire ; le fils de l’homme rassemble toutes les nations ; il a un rôle de juge : il va séparer les justes et les injustes à la fin des temps.

Autres éléments du langage mythique (un peu plus loin dans le texte) : le feu éternel, le diable. Et les conséquences du jugement : d’un côté le châtiment éternel, de l’autre, la vie éternelle. 

Dans le récit, des images émergent aussi, comme des petites paraboles : elles servent d’éléments de comparaison : 
Le Fils de l’homme est comme un berger. Certains humains sont comme des boucs ou des chèvres. D’autres comme des brebis. 

L’image de la brebis, c’est évidemment l’obéissance et la docilité : la brebis écoute la voix du berger. Elle pait tranquillement, en laissant le pâturage tondu à ras, mais non endommagé. Elle vit en troupeau. Elle joue le jeu du collectif. 
L’image du bouc ou de la chèvre est celle de la désobéissance, de la rébellion : la chèvre ne respecte rien et n’en fait qu’à sa tête. Elle mange tout ; elle est spoliatrice et voleuse. Elle est individualiste : c’est le chacun pour soi.

La sentence / Le dénouement : 

Pour ceux qui sont à droite (comparés à des brebis), c’est le mot « venez » : le Fils de l’homme accorde à ceux qui sont à droite un mouvement vers le Père ; ils entrent dans la proximité de Dieu. 
Leur récompense, c’est de se rapprocher de Dieu, et de recevoir les promesses : « recevez en partage le Royaume préparé depuis le début » - c’est-à-dire : entrez dans la proximité de la présence aimante de Dieu. 

Pour ceux qui sont à gauche (comparés à des chèvres) : c’est le contraire, c’est un éloignement : « allez vous en loin de moi ». 
Pour accentuer la sentence, des éléments du langage mythique sont employés : l’éloignement est accentué par le feu éternel et l’image du diable. 
Sachant que le sens du mot « diabolos » veut dire : ce qui divise, ce qui sépare… c’est donc un éloignement, vers plus de distance, plus de séparation. 

L’explication du critère du jugement est donnée : c’est l’amour

Ceux qui reçoivent une récompense, qui récoltent les fruits de leurs actes, sont ceux qui ont accompli des actes d’amour concrets et simples dans cette existence : donner à manger ou à boire à ceux qui ont faim et soif ; accueillir et recueillir l’étranger ; vêtir ceux qui n’ont rien ; donner du temps et visiter les malades et les prisonniers. 
Ce qui est mis en avant, c’est leur attitude altruiste : ils se sont comportés comme des frères en humanité. 

A contrario, ceux qui reçoivent un reproche sont ceux qui n’ont rien fait, aucun acte solidaire ou fraternel. 
Ils n’ont vécu que pour eux-mêmes, dans l’inconscience, l’indifférence ou l’égoïsme : ils ont oublié qu’ils avaient des frères… qu’ils étaient des frères… ils ont manqué de compassion et sont passés à côté du sens de la vie. 

La leçon (v.40. 45) : 

Une question provoque l’explication donnée : Elle sert à déterminer le lien entre le Fils de l’homme (le représentant de Dieu) et chaque être humain : « Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé, nu, malade ou en prison » ? 

Cette question est évidemment pertinente : car, qui de nous peut dire qu’il a vu le Christ ou qu’il a rencontré Dieu (concrètement) ? 
Cette question est nécessaire pour comprendre le lien de solidarité que Jésus présente entre Dieu et les êtres humains… Car, au fond, pourquoi le critère du jugement est-il l’amour ? Pourquoi Dieu se préoccuperait-il de l’homme affamé, du misérable, du pauvre, de l’exclu ? Si j’ose dire : Qu’est-ce que Dieu peut bien en avoir à faire des petits ? 

S’il s’en préoccupait vraiment - pense-t-on - il devrait faire quelque chose du haut du ciel … en tout cas, c’est ce qu’imagine la plupart de nos contemporains (ou des athées) : si Dieu existait, on le saurait, il ferait quelque chose… il résoudrait les problèmes de l’humanité : la misère et l’injustice !

Sauf, que ce texte nous révèle que c’est à nous de le faire : c’est à nous de résoudre les problèmes que nous avons nous-mêmes créés… car nous sommes les mains, les bras, les coeurs et les bouches de Dieu… nous sommes son corps. Nous sommes Un. 

Précisément, ce qui provoque la surprise, l’étonnement du lecteur, c’est l’identification du Fils de l’homme avec chaque être humain rencontré dans l’existence, et même ici, plus précisément, avec les plus petits parmi les frères : 
« A chaque fois que vous l’avez fait - que vous avez nourri, vêtu, visité, soigné - un des plus petits - qui sont mes frères - dit la voix du Représentant de Dieu - c’est à moi que vous l’avez fait ».

Ainsi - sans en avoir l’air - à travers cette histoire au cadre fantastique, ce texte est en train de nous dire quelque chose de révolutionnaire : 
le Fils de l’homme, c’est-à-dire le Christ lui-même, présence et manifestation de Dieu, est présent dans chacun de mes frères, en tout être humain. 

Le fait est que - dans ce récit, comme dans la vie - certains ont reconnu (sans forcément le savoir) une dignité inaliénable en chacun, la présence inconditionnelle de Dieu dans chaque être humain, et ont agi comme des frères … Et que d’autres n’ont pas reconnu cette présence de Dieu dans chaque être humain, et de ce fait n’ont pas agi de façon solidaire.

Cette différence est une réalité : le monde est pluriel. 
C’est un fait d’expérience : autour de nous, certains éprouvent de la compassion et de l’altruisme, face à la misère, d’autres non. 
Mais, on sait bien que les choses ne sont pas si tranchées, pas aussi manichéennes (tout blanc ou tout noir) que nous le présente Matthieu : 
Chacun de nous évolue au cours de son existence ; il peut nous arriver d’avoir des élans de solidarité et des moments d’indifférence et d’égoïsme. 

Pour autant, l’explication nous est donnée : Ce qui différencie les deux attitudes, c’est que certains ont oublié qui ils sont, et que d’autre le savent peut-être inconsciemment… en tout cas, une part d’eux-mêmes s’en souvient… cela remonte à leur conscience…  et ils agissent alors comme des frères. 

Notons que ceux qui n’ont pas agi, ne l’ont pas fait, pour mal faire… ils n’ont pas forcément été « mauvais » … mais, aux yeux de Matthieu, ils n’ont pas été « justes »… sans doute parce qu’il n’avaient pas conscience de ce qui se joue en réalité dans la vie, en chaque être humain, à savoir la présence de l’étincelle divine en chacun de nous. 

Et c’est bien à cette information cruciale que tout ce texte nous renvoie : 
il nous révèle que Dieu est présent en chaque être humain et que certains - qu’ils en est conscience ou non - le sentent au font d’eux-mêmes et agissent en conséquence. 

En d’autres termes, ce passage du Nouveau Testament est comme une petite apocalypse, une révélation : il nous apprend ou nous rappelle une bonne nouvelle : 
Dieu se rencontre incognito dans le visage de chaque être humain. Il existe un lien secret qui unit Dieu et tous les humains. 

Si Dieu est solidaire de chaque être humain (à commencer par le plus petit, le plus pauvre, le plus misérable), alors ce texte nous révèle la communion qui existe, au fondement de l’être, entre tous les vivants et Dieu lui-même : Dieu est la vie… et il est en nous… comme nous sommes en lui… il n’y a plus de séparation entre chaque être humain et Dieu, et entre les êtres humains entre eux : Nous sommes une seule âme. Nous sommes Un, tous unis, dans une communion de destin et pour l’éternité.

La séparation que nous imaginons du fait de notre individualité, de notre personnalité, dans cette existence présente, est, d’une certaine manière, superficielle et provisoire : 
C’est un phénomène visible et concret, du point de vue de nos sens, de notre expérience : Je suis Pascal, mais j’aurais pu très bien être Arthur, Pierre, Paul, Jacques, Philippe… finalement, peu importe…

Le point de vue de Dieu, de la réalité profonde et sous jacente à la vie, c’est que nous sommes Un ; nous ne sommes pas séparés ; nous sommes unis. Le Créateur et la création ne peuvent pas être séparés. 

Et la conséquence de cette unité, c’est que quand nous aimons ou nous faisons du bien à autrui, en réalité nous faisons du bien à tous, à Dieu lui-même, et à nous-mêmes… 
Et lorsque nous ne le faisons pas, nous ne le faisons pas à Dieu, ni à nous-mêmes. 

Ce n’est donc pas, en réalité, l’histoire d'un jugement ou d’un dieu comptable que ce texte nous raconte. Mais, il nous livre un secret : l’unité cachée, la communion fondamentale de tous les êtres humains ensemble avec Dieu.  

Et la connaissance de cette réalité, au fondement de notre être, est censée éveiller ou réveiller notre conscience : nous rappeler qui nous sommes vraiment (en communion avec Dieu) et nous appeler à agir en conséquence dans l’existence, comme des enfants de Dieu unis et solidaires… Nous sommes appelés à aimer sans condition… aimer notre prochain, comme nous-mêmes (car nous partageons la même étincelle divine en nous). 

Deux points pour conclure :

- On voit donc bien que l’enjeu réel de ce texte n’est pas une question de punition ou de récompense : ce n’est pas l’imaginaire fantastique d’un Dieu juge assis sur son trône de gloire qui nous attend au tournant. Mais il consiste davantage à nous livrer une vérité fondamentale au sujet de notre vie : Dieu est en nous comme nous sommes en Lui… et si tel est le cas, ce que décrit la parabole, dans un langage mythique, est résolument logique : 

Ce qui arrive aux justes ou aux injustes, n’est pas la récompense ou la sanction d’un Dieu extérieur… c’est simplement l’effet de la prise en compte d’une réalité intérieure : de qui nous sommes… Chacun récolte ce qu’il a lui-même semé dans son existence :

Celui qui a semé l’amour, récolte plus d’amour : il entre dans la communion avec ses frères et la proximité de la présence de Dieu : les deux choses vont de pair. 

Celui qui n’a pas semé d’amour, est passé à côté de la signification de la vie : de fait, il s’est éloigné lui-même de l’amour - puisque Dieu est amour - il s’est éloigné de la présence aimante de Dieu, de lui-même, de sa vocation, par indifférence ou ignorance. 

(2ème point) 
- Si nous prenons au sérieux, non pas le cadre du récit, mais la leçon de la parabole, nous ne sommes plus les mêmes… cette parole nous transforme… dans la mesure où elle nous rappelle une vérité sur notre identité… une vérité que nous avions peut-être oubliée…. Car notre société matérialiste et individualiste ne nous aide pas à nous en souvenir. 

Pour le lecteur : la parole qui entoure le mythe, l’explication du verdict sert de leçon : elle sert à avertir le lecteur. 
En racontant cette histoire, Jésus veut prévenir ses auditeurs. Désormais, nous sommes des lecteurs et auditeurs avertis et avisés… 

En regardant le monde, ses misères et ses souffrances, nous ne pourrons plus nous dire, qu’il n’y a rien à faire, ni penser que Dieu ne fait rien… nous ne pourrons plus penser à un Dieu - source de peurs et d’angoisses - qui nous attend pour nous juger… car nous venons de nous souvenir ou d’apprendre que Dieu est en nous, comme nous sommes en lui…. qu’il nous aime… et qu’il est solidaire de notre humanité, au point d’être en nous, d’être un frère, d’être présent parmi les plus petits parmi nos frères. 

Ainsi, Dieu nous appelle à aimer : il vient à notre rencontre dans le visage du prochain et nous le rencontrons dans chaque visage humain. 


Amen.