dimanche 18 octobre 2026

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Bienvenue sur ce blog !

Les méditations proposées ici se situent dans l'horizon d'une Spiritualité chrétienne... Elles se fondent sur l'interprétation de l’Évangile comme "Bonne Nouvelle", qui nous rappelle qu'une Grâce originelle nous est offerte... laquelle nous ouvre à la liberté et la confiance !

Lors des cultes du dimanche, les Protestants essaient de mettre en lien leur vie présente avec l’Évangile... Il s'agit de se laisser inspirer par l'Esprit au quotidien... de s'ouvrir à quelque chose de Nouveau... 

Vous trouverez essentiellement sur ce blog des Prédications ou des Méditations :
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  Bonne lecture !

samedi 17 octobre 2026

Dernières prédications

Retrouvez les dernières prédications en ligne :  

  • Une vigne pour porter du fruit (11/10/26)
  • Une foi qui se laisse déplacer (04/10/26)
  • La grâce qu'on ne veut pas toujours - Jonas (27/09/26)
  • De la dette à la Grâce (13/09/26)
  • Du désir de soi au désir de Dieu : renoncer à être le centre (06/09/26) 
  • Que ferons-nous de ce qui nous est confié ? (23/08/26)
  • Il n'est jamais trop tard ! (02/08/26) 
  • Choisir le Règne de Dieu (26/07/26)
  •  ... Prédications en cours de relecture...
  •  Le combat spirituel (21/06/26 & 05/07/26)
  •  Vivre la communion - Le sens de la Sainte-Cène (fête église - 14/06/26) 
  •  Quand le Christ vient donner de la saveur à la vie tout entière (07/06/26)
  •  Pouvoir et service : culte avec les jeunes : culte autrement (31/05/26) 
  •  Quand l'Esprit Saint transforme notre vie : Pentecôte 2026 (24/05/26)
  •  Changement de regard sur la bénédiction (10/05/2026)
  • Ressuscités avec le Christ - Pâques 2026 (05/04/26) 
  • Pain partagé, vie donnée - jeudi saint (02/04/26)
  • Dimanche des Rameaux : en cours de relecture ...
  • Vivre en grand, vivre en plénitude (22/03/26) 
  • Marthe et Marie, trouver la bonne place (08/03/26)
  • J'étais aveugle et maintenant je vois !  (01/03/26)
  • Vous pouvez également retrouver les prédications précédentes dans la colonne "archives du blog" ou dans l'Index


    dimanche 11 octobre 2026

    Mt 21, 33-46

    Lectures bibliques : Es 5, 1-7 ; Mt 21, 33-46 ; Rm 14, 17 ; Ga 5, 22-23.25 = voir textes en bas de cette page
    Thématique : une vigne pour porter du fruit
    Prédication de Pascal LEFEBVRE - le 20/09/26, Bdx Bastide & le 11/10/26, temple du Hâ

    Il y a beaucoup de violence dans les textes d’aujourd’hui… mais il y a aussi une Bonne Nouvelle : est-ce que vous l’avez trouvée ? 

    Dans la vie, il y a une différence assez importante entre ce qui nous appartient et ce qui nous est confié…

    Nous disons facilement : « ma vie », « mon temps », « mon travail », « mes enfants », « mon argent » et même « mon Église »… Nous parlons comme si tout cela était vraiment à nous.

    Et pourtant, si nous y réfléchissons un instant, beaucoup de choses que nous appelons « les nôtres », nous ont, en réalité, été confiées.

    Nous ne sommes pas à l’origine de notre propres existence… 
    Nous n’avons pas créé, ni choisi, les personnes qui nous ont aimés.
    Nous n’avons pas inventé les rencontres qui nous ont construits.

    Et même ce que nous avons réalisé et bâtit par notre engagement, nos efforts, notre courage et notre travail, nous l’avons édifié à partir de quelque chose que nous avions d’abord reçu : une vie, du temps, des capacités, des compétences, des relations. 

    Cette réalité nous ouvre à une question assez simple, mais pourtant cruciale : Qu’est-ce qui m’appartient vraiment ?… Et qu’est-ce qui m’est confié ?

    C’est une question qui se trouve au cœur de la parabole que Jésus raconte : 
    Un homme possède une vigne… Et ce qui est remarquable, c’est tout ce qu’il fait avant même de la confier à quelqu’un : 
    Il plante la vigne… Il en prend soin… Il l’entoure d’une clôture… Il y creuse un pressoir… Il construit une tour… Tout est prêt !
    Puis il la confie à des vignerons…. Et il part en voyage.

    Les vignerons arrivent donc dans une histoire qui a commencé avant eux.
    Ils n’ont pas planté la vigne. Ils ne l’ont pas préparée. Ils n’ont pas créé les conditions qui permettent à la vigne de vivre… Mais ils en reçoivent la responsabilité.

    Au début, rien ne semble anormal… Puis vient le temps des vendanges.

    Le propriétaire envoie alors ses serviteurs chercher les fruits. Et c'est là que tout bascule… Les vignerons refusent de donner ce qui revient au propriétaire.

    Ils frappent un serviteur… Ils en tuent un autre.
    Le propriétaire en envoie d’autres, plus nombreux… Même chose ! … Et finalement, il envoie son fils. Les vignerons se disent alors : « Voici l’héritier. Venez ! tuons-le, et nous aurons son héritage. »

    C’est étrange !  Ils n’ont pas seulement cessé de prendre soin de la vigne…. Ils ont fini par vouloir se l’approprier… 
    Ils ont confondu deux choses : être responsable de quelque chose… et en être propriétaire.

    Et c’est sur ce point que cette parabole nous rejoint et peut véritablement à nous parler…

    Une vigne qui nous est confiée

    Car nous aussi, nous sommes des vignerons.
    Nous recevons beaucoup plus que nous ne produisons… 

    Nous recevons la vie… des relations… 
    Nous recevons des paroles qui nous ont fait grandir.
    Nous recevons une famille, une amitié, parfois une rencontre décisive, un amour…
    Nous recevons aussi des talents, des capacités, des responsabilités.

    Et, pour nous qui sommes chrétiens, nous recevons aussi une histoire qui ne commence pas avec nous… Nous recevons l’Évangile. 

    Nous recevons la foi de ceux qui nous ont précédé.
    Nous recevons des prières, des chants, des paroles de Jésus.
    Nous recevons cette espérance qu’une autre manière de vivre est possible.
    Nous recevons cette promesse d’un Royaume de Dieu fait de justice, de paix et de joie.

    Tout cela nous précède… Nous entrons dans une vigne que nous n’avons pas plantée.

    Et c’est peut-être une première manière de comprendre la Grâce

    La Grâce, c’est recevoir… avant de produire.

    Avant même que nous ayons fait quoi que ce soit, quelque chose nous a été donné : l’amour de Dieu.

    La vie n’est pas notre œuvre… L’amour que nous avons reçu nous précède… L’Évangile ne vient pas de nous… tout cela nous est donné !

    Et c’est une Bonne Nouvelle !… Cela veut dire que nous ne devons pas mériter les choses… Nous n’avons pas à mériter le fait d'être là… ni à justifier notre existence : C’est un cadeau ! 

    Nous commençons donc par recevoir… Mais recevoir ne signifie pas être passif.

    Le propriétaire confie la vigne aux vignerons… Il leur fait confiance… Il leur donne une responsabilité.

    Et c’est là que le texte devient intéressant… Parce qu’il ne leur demande pas simplement de conserver la vigne… Il attend quelque chose d’elle…. Il en attend du fruit.

    « Il cherchait du fruit »

    Pour comprendre ce mot, il faut se souvenir que Jésus raconte cette parabole dans un univers biblique, où l'image de la vigne est connue et très ancienne.

    Quelques siècles auparavant, le prophète Ésaïe avait déjà raconté l’histoire d’une vigne (cf. Es 5, 1-7) : 

    Dieu avait planté sa vigne avec attention et bienveillance. Il l’avait protégé et en avait pris soin. Il attendait qu’elle produise de bons raisins. Mais elle produisait de mauvais fruits.

    Et Esaïe explique alors ce que Dieu attendait : Dieu espérait le droit et la justice… Et il trouve finalement l’injustice et le cri de ceux qui souffrent.

    C’est important…. Parce que cela signifie que, dans la Bible, le fruit que Dieu attend, n’est pas d’abord une réussite religieuse ou sociale.
    Il ne s’agit pas d’avoir une belle vigne, bien entretenue, qui donne une bonne image… belle et attirante…

    Dieu attend que quelque chose de bon sorte de cette vigne… Il attend que la vie porte du fruit pour la vie des autres.

    C’est exactement ce que Paul dira plus tard (cf. Ga 5, 22-23.25), lorsqu’il parlera du « fruit de l’Esprit » : l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la générosité, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi.

    Remarquons d’ailleurs qu’il parle du fruit, au singulier… comme si toutes ces réalités formaient une seule et même manière de vivre : une existence peu à peu transformée par l’Esprit.

    Et lorsque l’apôtre parle du Royaume de Dieu, dans l’épître aux Romains, il dira simplement : « Le Royaume de Dieu, c’est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint. » (cf. Rm 14, 17).

    Ainsi la parabole des métayers révoltés - si on la met en résonance avec ces autres textes - nous interroge, en réalité, sur la questions des fruits… et nous rejoint, à la fois, sur un plan personnel et communautaire…

    Il ne s’agit pas de savoir si ma vigne est belle… si je suis un « bon chrétien »… ou si « mon » église est valable… grande et flamboyante…
    Mais : « suis-je fidèle à ce qui m’a été confié ? »

    Qu’est-ce que ma foi produit dans ma vie ?


    Cette question est d’autant plus importante qu’on vit aujourd’hui dans une société marquée par l’individualisme, le « chacun pour soi » et par la peur…

    On a peur de tout : peur du lendemain, de l’avenir, peur des pandémies, peur de la guerre, peur des autres, des étrangers, peur des extrêmes, peur du dérèglement climatique… etc. [et dans l’actualité qui est la nôtre… avec les manifestations et les mécontentements… on pourrait ajouter : peur des casseurs… et peur des violences policières…]

    Dans ce contexte anxiogène…  qui traduit un certain désespoir… quelle parole de confiance et d’espérance nous ouvre à un autre avenir… si ce n’est l’Evangile ? 

    Plus précisément… qu’est-ce que l'Évangile fait pousser en moi… et autour de moi ?…  Que fait-il fructifier dans ma vie ?

    Est-ce qu’il fait grandir la confiance ? Est-ce qu’il me rend plus libre ? Plus aimant ? 
    Est-ce qu’il m’aide à espérer ?… à prendre soin ?… à pardonner ?
    Est-ce qu’il produit davantage de paix autour de moi ?… davantage de justice ?… de joie ?

    Pour le dire autrement… Qu’est-ce qui a changé en moi parce que j’ai rencontré le Christ ?

    Ce sont des questions exigeantes… Parce qu’on peut connaître beaucoup de choses sur la foi - avoir une belle intelligence biblique, être incollable sur l’histoire du Protestantisme - sans que la foi transforme réellement notre manière de vivre.

    On peut connaître les textes, les doctrines, les traditions…. Mais est-ce là l’essentiel ? 

    Visiblement, non !… sinon Jésus n’aurait pas raconté cette parabole aux grands prêtres et aux Pharisiens… c’est-à-dire à ceux qui étaient considérés comme les « bons croyants »… les plus « religieux » de son époque. 

    Alors… finalement… ce questionnement soulevée par la parabole se transmet de génération en génération…

    C’est la question que porte le propriétaire de la vigne : Où sont les fruits ?

    Encore une fois, il faut bien comprendre que les fruits en questions ne sont pas quelques choses que nous devons mériter… puisque la vigne nous est confiée… Mais les fruits représentent la réponse au don reçu… ce qui résulte de la responsabilité offerte. 

    Ce qui est demandé aux vignerons, c’est tout simplement que ce que Dieu donne gratuitement, puisse devenir fécond dans notre vie.

    Quand le don devient possession

    Le problème principal de cette histoire racontée par Jésus… c’est que les vignerons en question prennent une autre direction : 
    Ils ont reçu la vigne…. Et ils veulent finalement la posséder.

    C’est là que leur comportement devient violent…

    En réalité, le propriétaire envoie ses serviteurs, pour leur rappeler quelque chose qu’ils ne veulent pas entendre : « Cette vigne n’est pas à vous. »

    Et lorsqu’il envoie son fils, ils veulent le supprimer…. Parce qu’il est l’héritier… parce qu’il représente Celui à qui appartient la vigne.

    La parabole décrit ainsi quelque chose de profondément humain : 

    On peut recevoir un don… et finir par croire qu’il nous appartient.
    On peut recevoir une responsabilité… et finir par la considérer comme un droit.
    On peut recevoir un pouvoir… et finir par vouloir le conserver.

    Cette tendance peut se manifester aussi bien dans un environnement professionnel, que dans les milieux associatifs ou politiques…

    On peut aussi recevoir une tradition… et vouloir empêcher qu’elle change.
    On peut même recevoir une foi… et finir par penser qu’elle nous appartient.

    Et c’est alors qu’un renversement risque de s’opérer : 
    Au lieu de dire : « Comment vais-je prendre soin de ce qui m'est confié ? »… nous commençons à dire : « Comment vais-je garder ce qui est à moi ? »

    Ce risque existe… pour tout ceux qui reçoivent un don ou une responsabilité… et qui finissent par l’envisager comme un privilège personnel…

    Et cela peut arriver… dans notre vie personnelle….  professionnelle… dans un mandat associatif ou politique… et même dans une communauté chrétienne…

    Une Église peut, elle aussi, oublier qu’elle n’est pas propriétaire de l’Évangile.
    Elle peut parfois confondre ce qu’elle est (en tant qu’institution) avec la vérité dont elle témoigne. 

    Elle peut aussi confondre « fidélité » et « conservation »… 
    Elle peut penser que « transmettre » signifie simplement « reproduire ce qui existait avant ».

    La fidélité

    Or « être fidèle », ce n’est pas nécessairement garder les choses exactement comme elles étaient… c’est plutôt les faire vivre… et transmettre quelque chose de vivant… de vivifiant…

    Une graine n’est pas faite pour être conservée indéfiniment dans une boîte…. Elle est faite pour être semée.

    Une vigne n’est pas faite seulement pour être protégée… Elle est faite pour porter du fruit.

    Et une foi vivante n’est pas faite pour devenir une pièce de musée… Elle est faite pour devenir une nouvelle manière de vivre.

    « Être fidèle », c’est permettre, à ce que l’on a reçu, de continuer à vivre.

    Une vigne pour aujourd’hui et pour demain

    C’est pour cela que cette parabole de la vigne et des vignerons nous interroge… et nous dérange aussi…

    Nous aussi, nous avons beaucoup reçu… Nous avons reçu une histoire…des textes… des prières… des confessions de foi, héritées de la réforme…ainsi que des chants nombreux depuis le XVIe siècle jusqu’à aujourd’hui… des lieux, des temples… des témoins.
    Des générations de femmes et d’hommes qui ont essayé, avec leurs limites et leurs grandeurs, de faire vivre l’Évangile.

    Nous avons reçu une certaine manière de comprendre la grâce, la liberté, la responsabilité, l’espérance.
    Mais nous n’en sommes pas propriétaires…. Nous sommes des vignerons.

    Alors… quels fruits notre Église produit-elle autour d’elle ?
    Et… qu'allons-nous faire de ce que nous avons reçu ?


    C’est ici que la question de la transmission apparaît : 

    Nous pouvons nous demander : « Qu’est-ce que nous voulons transmettre à ceux qui viennent après nous ? »… Mais peut-être faut-il poser la question autrement… 

    Pas seulement : « Comment faire pour que les générations suivantes continuent à faire comme nous ? »… Mais : « Qu’avons-nous reçu qui mérite d’être transmis, parce que cela a porté du fruit dans nos vies ? »

    Qu’est-ce qui, dans notre foi, nous a réellement fait vivre ?
    Qu’est-ce qui nous a donné confiance ?
    Qu’est-ce qui nous a rendu plus libres ?
    Qu’est-ce qui nous a permis de traverser les épreuves ?
    Qu’est-ce qui nous fait encore espérer ?

    C’est cela que nous avons à transmettre… 
    Pas nécessairement toutes les formes du passé…. Mais ce qui, à travers elles, était vivant… et le reste encore…

    Comme une vigne vivante continue à porter du fruit… Nous sommes appelés à communiquer ce qui est vivant en nous : Une autre manière de regarder Dieu, le monde et les autres… Une confiance… Une espérance… Et la conviction que la vie est plus forte que la mort.

    Peut-être, est-ce cela, finalement, la fidélité chrétienne : accepter d’être seulement des témoins, des serviteurs, des vignerons… pour recevoir, prendre soin, faire fructifier et transmettre.

    Conclusion  Quelques mots pour conclure…

    La question importante n’est donc pas de savoir ce que je possède… ni même ce que j’ai réussi à conserver… mais ce que cela produit de bon… 

    Qu’est-ce que ma vie fait pousser ?…  Et qu’est-ce qui grandit autour de moi ?
    De la peur ou de la confiance ?… De la dureté ou de la douceur ?
    De l’indifférence ou de la justice ?… De la tristesse ou de la joie ?

    Si Dieu regardait aujourd’hui la vigne de notre vie : quels fruits pourrait-il y trouver ?

    Cette question ne concerne pas seulement chacun de nous, individuellement… Elle concerne aussi la vigne que nous cultivons ensemble : 
    Qu’est-ce que notre Église fait pousser autour d’elle ?… 
    Quelles sont ses fruits ? 


    Est-ce qu’elle fait grandir la confiance ? … La fraternité ?… La justice ?… La liberté ?… L’espérance ?

    Lorsqu’une personne franchit la porte de notre temple, lorsqu’elle rencontre notre communauté, lorsqu’elle écoute une parole que nous transmettons : quel fruit peut-elle recevoir de nous ?

    C’est bien là l’enjeu dont nous parle la parabole : travailler dans la vigne… en restant fidèle au propriétaire… afin de porter du fruit…  pour quelqu’un d’autre…

    Car la vigne n’est pas à nous… Elle nous est confiée… 
    Elle nous est confiée pour porter du fruit… 
    Et même ces fruits ne sont pas seulement pour nous… ils sont là pour être partagés et offerts aux autres…

    Alors, qu’il en soit ainsi, chers amis !  

    Amen !

    Lectures bibliques 

    Es 5, 1-7

    1 Que je chante pour mon ami,
    le chant du bien-aimé et de sa vigne :
    Mon bien-aimé avait une vigne
    sur un coteau plantureux.
    2 Il y retourna la terre, enleva les pierres, et installa un plant de choix.
    Au milieu, il bâtit une tour
    et il creusa aussi un pressoir.
    Il en attendait de beaux raisins,
    il n'en eut que de mauvais.
    3 Et maintenant, habitants de Jérusalem et gens de Juda,
    soyez donc juges entre moi et ma vigne.
    4 Pouvais-je faire pour ma vigne
    plus que je n'ai fait ?
    J'en attendais de beaux raisins,
    pourquoi en a-t-elle produit de mauvais ?
    5 Eh bien, je vais vous apprendre
    ce que je vais faire à ma vigne :
    enlever la haie pour qu'elle soit dévorée,
    faire une brèche dans le mur pour qu'elle soit piétinée.
    6 J'en ferai une pente désolée,
    elle ne sera ni taillée ni sarclée,
    il y poussera des épines et des ronces,
    et j'interdirai aux nuages
    d'y faire tomber la pluie.
    7 La vigne du SEIGNEUR de l'univers,
    c'est la maison d'Israël,
    et les gens de Juda sont le plant qu'il chérissait.
    Il en attendait le droit,
    et c'est l'injustice.
    Il en attendait la justice,
    et il ne trouve que les cris des malheureux.

    Mt 21, 33-46

    33 « Ecoutez une autre parabole. Il y avait un propriétaire qui planta une vigne, l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour ; puis il la donna en fermage à des vignerons et partit en voyage. 34 Quand le temps des fruits approcha, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour recevoir les fruits qui lui revenaient. 35 Mais les vignerons saisirent ces serviteurs ; l'un, ils le rouèrent de coups ; un autre, ils le tuèrent ; un autre, ils le lapidèrent. 36 Il envoya encore d'autres serviteurs, plus nombreux que les premiers ; ils les traitèrent de même. 37 Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : “Ils respecteront mon fils.” 38 Mais les vignerons, voyant le fils, se dirent entre eux : “C'est l'héritier. Venez ! Tuons-le et emparons-nous de l'héritage.” 39 Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. 40 Eh bien ! lorsque viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons-là ? » 41 Ils lui répondirent : « Il fera périr misérablement ces misérables, et il donnera la vigne en fermage à d'autres vignerons, qui lui remettront les fruits en temps voulu. » 42 Jésus leur dit : « N'avez-vous jamais lu dans les Ecritures :
    La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs,
    c'est elle qui est devenue la pierre angulaire ;
    c'est là l'œuvre du Seigneur :
    Quelle merveille à nos yeux.
    43 Aussi je vous le déclare : le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits. 44 Celui qui tombera sur cette pierre sera brisé, et celui sur qui elle tombera, elle l'écrasera. » 45 En entendant ses paraboles, les grands prêtres et les Pharisiens comprirent que c'était d'eux qu'il parlait. 46 Ils cherchaient à l'arrêter, mais ils eurent peur des foules, car elles le tenaient pour un prophète.

    Rm 14, 17 : 

    17 Le Règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson ; il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint.

    Ga 5, 22-23.25 : 

    22 Voici le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, 23 douceur, maîtrise de soi ; contre de telles choses, il n'y a pas de loi. […] 25 Si nous vivons par l'Esprit, marchons aussi sous l’impulsion de l’Esprit.

    dimanche 4 octobre 2026

    Mt 21, 23-32

    Lectures bibliques : Esaïe 1, 16-17 ; Michée 6, 8 ; Mt 7,21 ; Mt 21, 23-32 = voir lectures en bas de cette page
    Thématique : Une foi qui se laisse déplacer… Sommes-nous encore capables de changer ?
    Prédication de Pascal LEFEBVRE - Temple du Hâ - 04/10/2026

    Il nous arrive parfois d’avoir des certitudes…  Sur certains sujets, nous pensons savoir ce qu’il faut penser, ce qu’il faut croire, ce qu’il faut faire… Nous avons tous des convictions, des habitudes, des repères. 
    Et tout cela est évidemment important : nous avons besoin de points d’appui, pour avancer dans la vie.

    Mais il arrive aussi que ces repères deviennent des certitudes tellement solides, qu’elles finissent par nous empêcher d’entendre autre chose… ou même de regarder autrement une situation ou une personne…

    Nous pouvons alors être certains et convaincus de ce que nous croyons… tout en passant à côté de quelque chose de nouveau et d’essentiel. 

    C’est un peu ce qui se joue dans le texte de l’Évangile que nous venons d’entendre :

    Jésus se trouve à Jérusalem. Les grands prêtres et les anciens viennent lui demander au nom de quelle autorité il agit. 
    Mais, au fil de la discussion, une question plus profonde apparaît : Comment reconnaître ce qui vient véritablement de Dieu ? 

    Et surtout, sommes-nous prêts à nous laisser transformer par ce que nous reconnaissons ?


    Car il ne suffit pas toujours de savoir ce qui est juste. Encore faut-il accepter d’en tirer les conséquences.

    L'autorité : à qui / à quoi faisons-nous confiance ?

    La scène commence par une question adressée à Jésus : « Par quelle autorité fais-tu cela ? Et qui t’a donné cette autorité ? »

    La question n’est pas absurde… Elle semble même légitime. 
    Les grands prêtres et les anciens sont responsables de la vie religieuse du peuple. Ils cherchent à comprendre au nom de quoi Jésus intervient dans le Temple et bouscule certaines habitudes.

    Mais Jésus ne répond pas directement… Il leur pose, à son tour, une question à propos de Jean-Baptiste : son baptême venait-il du ciel ou des humains ?

    Et c’est là que les choses deviennent étonnantes… et basculent… car les interlocuteurs de Jésus se mettent à calculer… Ils ne semblent pas chercher à savoir ce qui est vrai. Ils calculent plutôt les conséquences de leur réponse. 

    S’ils disent que Jean venait de Dieu, Jésus leur demandera pourquoi ils n’ont pas cru en lui. 
    Et s’ils disent qu’il venait des humains, ils craignent la réaction de la foule.
    Ils refusent donc de se positionner ! 

    Autrement dit… ils raisonnent moins en fonction de la vérité que de la position qu’ils risquent de perdre.
    Ils sont enfermés dans une logique de « préservation » : ils veulent préserver leur autorité, leur réputation, leur place.

    Il faut se demander si cette logique de « préservation » ne révèle pas, en réalité, une peur… car s’ouvrir à la nouveauté implique forcément d’accepter de remettre en question ses présupposés. 

    Au-delà de cette confrontation… cette scène nous renvoie à une question qui nous concerne tous : Qu'est-ce qui fait véritablement autorité dans notre vie ?

    Nous sommes traversés par différentes formes d'autorité : la loi, la raison, la science… notre éducation, notre histoire, nos traditions, les personnes auxquelles nous faisons confiance… nos convictions, notre expérience… 
    Et, pour nous chrétiens - bien sûr - les Écritures et la Parole du Christ.

    Toutes ces références peuvent nous aider à avancer, à discerner, à faire des choix… Mais aucune ne devrait devenir un prétexte pour cesser de réfléchir, d’écouter et de nous interroger.

    Car il y a une différence entre une autorité qui nous aide à grandir… et une autorité dont nous nous servons pour nous protéger de toute remise en question.

    L’autorité de l’Évangile, elle, n’est pas destinée à nous enfermer dans une soumission passive ou une obéissance aveugle. Elle nous appelle à une « suivance »… qui engage notre liberté, notre discernement et notre responsabilité

    Mais encore faut-il savoir reconnaître ce que cette parole nous demande réellement… Et c’est précisément ce que la parabole va nous aider à comprendre…

    Le discernement : comment reconnaître la volonté de Dieu ?

    Jésus raconte l’histoire de deux fils auxquels leur père demande d’aller travailler dans la vigne : 
    - Le premier refuse, puis change d’avis et y va. 
    - Le second accepte, mais n’y va pas.

    Et Jésus pose cette question : lequel des deux a fait la volonté du père ?

    La réponse paraît assez évidente… Pourtant, elle touche à une question théologique fondamentale : Qu’est-ce que faire la volonté de Dieu ?
    S’agit-il simplement d’avoir la bonne réponse ? Ou de la vivre ?


    Et quelle est-elle donc cette volonté divine ? 


    Nous pourrions être tentés de répondre qu’il s’agit avant tout d’obéir à ses commandements, de respecter les prescriptions religieuses, de faire ce qui est demandé… Mais les prophètes d’Israël nous ont précisément appris à nous méfier d’une religion qui se contenterait de pratiques extérieures, sans transformation de la vie.

    Le prophète Michée résume ainsi ce que Dieu attend de l’être humain :
    « Pratiquer la justice, aimer la fidélité et marcher humblement avec ton Dieu. »

    La volonté de Dieu n’est donc pas d’abord une affaire de conformité religieuse… de règles… d’obéissance scrupuleuse… 

    Elle se reconnaît dans la justice, la miséricorde, la fidélité… et même l’humilité… dans ce qui permet à la vie de grandir et aux relations humaines de devenir plus justes et plus fraternelles.

    Et cela nous invite à nous poser cette question : comment discerner, concrètement, ce que Dieu attend de nous ?

    Il ne suffit pas de répéter des principes, même bibliques. 
    Il nous faut aussi apprendre à écouter, à regarder les situations, à considérer les conséquences de nos choix… à entendre la parole de ceux qui nous ont précédé, mais aussi la parole de ceux que nous n’écoutons pas toujours spontanément.

    Le discernement suppose de ne pas confondre trop vite nos propres convictions, nos intérêts ou nos habitudes… avec la volonté de Dieu.

    C’est aussi ce que rappelle Jésus, dans l’Évangile selon Matthieu, lorsqu'il dit : « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : ‘Seigneur, Seigneur’, qui entreront dans le Royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté de mon Père. » (cf. Mt 7,21)

    Cela signifie que la foi ne peut pas rester une simple déclaration d’intention. Elle ne peut pas se limiter à de belles paroles… ou même à une appartenance ancestrale (parce que mes ancêtres étaient de « bons croyants »… si possible des protestants réformés ou luthériens)

    Plus fondamentalement, la foi est appelée à prendre corps, à s’incarner… à devenir une manière de vivre… pour produire des fruits de justice, de paix et de fraternité.

    Depuis la Réforme, les protestants ont beaucoup insisté sur la Grâce de Dieu - et c’est fondamental ! - Mais l’Évangile nous rappelle aussi que cette grâce, lorsqu’elle est reçue, ouvre notre vie à une transformation progressive…

    Autrement dit… même lorsque nous avons entendu une parole juste, même lorsque nous avons entrevu ce que Dieu attend de nous… rien n’est encore joué… Il reste encore une question : celle de l’appropriation, de l’intégration et de la transformation. 

    Car nous pouvons bien savoir ce qui est juste … sans parvenir à le reconnaître dans notre propre situation… ou sans parvenir à le vivre…

    Nous pouvons aussi reconnaître que nous nous sommes trompés… sans parvenir à remettre en question nos certitudes… sans rien vraiment changer en profondeur…

    En d’autres termes, le discernement est nécessaire… mais il ne peut se réaliser sans humilité, sans remise en question… et il appelle encore une étape suivante : celle de la transformation…

    C’est précisément ce qui va apparaître dans la dernière partie de cette parabole.

    La conversion : accepter d'être déplacé

    A nouveau… regardons bien les deux fils de la parabole :
    - Le premier dit « non » à son père. Puis il change d’avis et va travailler dans la vigne.
    - Le second dit « oui », mais finalement n’y va pas.

    À première vue, nous pourrions simplement en tirer une leçon sur la nécessité de tenir ses engagements : mieux vaut faire ce que l’on dit, que se contenter de belles paroles.

    Mais Jésus va plus loin… Car ce qui distingue les deux fils, ce n’est pas seulement leur choix initial et leur comportement. C’est aussi leur capacité - ou leur incapacité - à évoluer.

    Le premier avait commencé par refuser. Il n’était pas à l’écoute, pas disponible. Il ne voulait pas répondre à la demande de son père. Et pourtant, quelque chose a changé en lui. Il est revenu sur sa décision.

    Le second, lui, avait donné la « bonne réponse » du premier coup. Il avait dit ce qu’il fallait dire. Mais son « oui » n’a pas été suivi d’un déplacement réel.

    Et c’est ici que cette parabole nous parle véritablement… 

    Car nous avons tous nos propres refus, nos résistances, nos hésitations. 
    Nous avons tous des moments où nous ne sommes pas prêts, pas disponibles… des moments où nous ne mesurons pas les enjeux, où nous ne voulons pas entendre ce qui nous est proposé. 

    Mais un refus n’est pas nécessairement définitif. 
    Une erreur… un mauvais choix… ne condamne pas toute une existence. 
    Nous pouvons revenir sur une décision, reconnaître que nous nous sommes trompés, changer de direction.

    Le premier fils nous rappelle ainsi que nos premiers mots - nos premiers choix - ne peuvent pas résumer toute notre histoire.

    Le verbe grec utilisé par Matthieu pour parler de ce changement d'attitude est « metamelomai ». Il évoque le fait de revenir sur une décision, de regretter, de changer d’avis. 

    C’est une dimension essentielle de la conversion : 

    « Se convertir » : ce n’est pas seulement corriger un comportement. C’est aussi accepter de reconnaître que notre manière de voir, de comprendre ou de juger était peut-être insuffisante… et laisser cette prise de conscience transformer notre manière d
    ’agir.

    Cela implique d’accepter de ne pas avoir toujours raison… 
    Ce qui demande une certaine humilité… et une prise de risque : la capacité de mettre régulièrement en jeu certaines de nos croyances…

    La réalité… c’est que nous aimons bien nos convictions. Elles nous rassurent ! … Elles donnent de la cohérence à notre existence… Et nous avons besoin de repères !… Mais il arrive aussi qu’elles deviennent des certitudes tellement figées, qu’elles ne nous permettent plus d’entendre une parole nouvelle, susceptible de les interroger.

    Nous pouvons être tellement attachés à ce que nous croyons savoir de Dieu que nous ne reconnaissons plus ce qu’il est en train de nous révéler… d’une autre façon…

    C’est précisément ce qui arrive aux grands prêtres et aux anciens… 

    Au verset 32, Jésus leur reproche de ne pas avoir changé d’attitude, même après avoir vu ce qui s’était passé : 

    Ils ont vu des publicains et des prostituées accueillir la prédication de Jean-Baptiste. Ils ont vu des personnes considérées comme éloignées de Dieu, reconnaître un appel et prendre un autre chemin… C’était pourtant des signes !… Mais cela ne les a pas conduits à revoir leur jugement.

    Le même changement que le premier fils a été capable d’opérer, les interlocuteurs de Jésus n’ont pas été capables de l’accomplir.

    Et c’est sans doute là que se trouve le véritable problème : 
    - Non pas de s’être trompé… mais de ne plus être capable de se remettre en question.
    - Non pas d’avoir des convictions… mais de ne plus accepter qu’elles soient interrogées.
    - Non pas d’avoir dit « oui » ou « non »… mais de ne plus pouvoir changer de réponse.

    Ce passage de l’évangile nous rappelle qu’une forme de « fermeture spirituelle » peut parfois se cacher derrière une grande assurance religieuse.

    On peut connaître les Écritures, parler de Dieu, défendre des convictions justes, et pourtant ne plus se laisser transformer par l’Évangile.

    La foi devient alors une sorte de territoire familier… dans lequel nous nous installons… plutôt qu’un chemin sur lequel nous avançons.

    Le paradoxe mis en-avant par Jésus dans cette parabole, c’est que ceux que l’on croit éloignés de Dieu, peuvent parfois nous précéder dans la dynamique du Royaume.

    Des situations et des personnes peuvent nous rappeler que Dieu peut nous surprendre… que sa Grâce peut se manifester là où nous ne l’attendions pas… et que nous avons toujours quelque chose à apprendre des autres, de ceux que nous avions peut-être trop vite jugés.

    « Se convertir » : C’est donc aussi accepter d’être déplacé dans nos regards et nos représentations sur les autres.
    C’est renoncer à croire que nous détenons définitivement la bonne manière de comprendre Dieu, les autres et le monde.
    C’est demeurer disponible à une parole qui peut nous questionner, nous déranger, et nous conduire ailleurs.

    Cela ne veut pas dire - bien évidemment - que tout se vaut… que toutes les convictions seraient équivalentes ou qu’il faudrait renoncer à discerner le vrai et le juste… 
    Cela signifie plutôt que notre discernement lui-même a besoin d’être continuellement nourri, éprouvé, approfondi… C’est ce qui fait de la foi : une foi véritablement vivante ! 

    Une foi vivante n’est pas une foi qui n’a plus besoin de se convertir. 
    C’est - au contraire - une foi qui demeure capable de l’être.

    Conclusion - Une foi qui se remet en chemin

    Pour conclure… cette parabole vient donc nous interpeller : sommes-nous encore capables de nous laisser déplacer ?… déplacer dans nos certitudes, nos habitudes, dans notre façon de comprendre ce que Dieu attend de nous.

    Car le véritable danger : ce n’est pas seulement de dire « non » à Dieu…. c’est aussi de lui avoir dit « oui » un jour, et de ne plus jamais nous demander ce que ce « oui » implique vraiment dans notre vie.

    La bonne nouvelle, c’est que Dieu ne nous enferme pas dans nos réponses d’hier. Il ne nous réduit, ni à nos refus, ni à nos incohérences, ni à nos erreurs… Il nous appelle encore et toujours. Il ouvre encore un chemin pour chacun de nous…

    Mais Jésus nous rappelle aussi qu’une foi vivante n’est pas seulement celle qui a toujours les bonnes réponses… C’est celle qui demeure capable d’écouter une parole nouvelle, de discerner, de changer de regard et de se remettre en chemin.

    Qu’est-ce que l'Évangile est encore en train de transformer en moi ?

    Quelle nouveauté peut-il faire advenir dans ma vie ?… et dans ma relation aux autres ? 


    La volonté de Dieu n’est pas simplement que nous parlions de justice, de paix, de fraternité ou de Grâce…. C’est que ces paroles puissent devenir un témoignage concret… quelque chose de vivant dans notre manière d’être… de vivre ensemble… à la fois, dans nos relations, dans nos engagements, et dans notre Église. 

    Une communauté chrétienne n’est pas appelée à être celle qui aurait définitivement tout compris, qui détiendrait toutes les réponses ou qui serait arrivée au terme de son chemin.

    Dans l’évangile, le Christ est toujours celui qui appelle, qui interpelle, qui met en route, qui envoie, qui ressuscite… Il est « chemin, vérité et vie »… Nous ne pouvons pas le réduire à une vérité que nous posséderions une fois pour toutes : il demeure celui qui nous conduit vers une vie nouvelle.

    Une communauté chrétienne est ainsi appelée : à demeurer à l’écoute, à se laisser interroger et transformer… pour que d’autres puissent découvrir, à leur tour, à travers elle, quelque chose de cette Grâce active et de cette Parole nouvelle qui ouvrent un avenir.

    L’Évangile ne nous demande pas seulement de dire « oui » ou « amen » à Dieu… Il ouvre, aujourd'hui encore, un chemin de transformation… pour que ce « oui » devienne une manière de vivre… et qu’il puisse, à travers nous, ouvrir un avenir pour d’autres.

    Ainsi soit-il !


    Lectures bibliques

    Esaïe 1, 16-17


    « 16Lavez-vous, purifiez-vous. Otez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal.
    17Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, tirez d'affaire l'opprimé, rendez justice à l'orphelin, défendez la cause de la veuve. »

    Michée 6, 8

    « On t'a fait connaître, ô humain, ce qui est bon ; et ce que le Seigneur réclame de toi : rien d'autre que de pratiquer la justice, d'aimer la fidélité et de marcher humblement avec ton Dieu. »

    Matthieu 7,21

    21« Il ne suffit pas de me dire : “Seigneur, Seigneur !” pour entrer dans le Royaume des cieux ; il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. »

    Matthieu 21, 23-32

    23Quand il fut entré dans le temple, les grands prêtres et les anciens du peuple s'avancèrent vers lui pendant qu'il enseignait, et ils lui dirent : « En vertu de quelle autorité fais-tu cela ? Et qui t'a donné cette autorité ? » 24Jésus leur répondit : « Moi aussi, je vais vous poser une question, une seule ; si vous me répondez, je vous dirai à mon tour en vertu de quelle autorité je fais cela. 25Le baptême de Jean, d'où venait-il ? Du ciel ou des hommes ? » Ils raisonnèrent en eux-mêmes : « Si nous disons : “Du ciel”, il nous dira : “Pourquoi donc n'avez-vous pas cru en lui ?” 26Et si nous disons : “Des hommes”, nous devons redouter la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète. » 27Alors ils répondirent à Jésus : « Nous ne savons pas. » Et lui aussi leur dit : « Moi non plus, je ne vous dis pas en vertu de quelle autorité je fais cela. »

    28« Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. S'avançant vers le premier, il lui dit : “Mon enfant, va donc aujourd'hui travailler à la vigne.” 29Celui-ci lui répondit : “Je ne veux pas” ; un peu plus tard, pris de remords, il y alla. 30S'avançant vers le second, il lui dit la même chose. Celui-ci lui répondit : “J'y vais, Seigneur” ; mais il n'y alla pas. 31Lequel des deux a fait la volonté de son père ? » – « Le premier », répondent-ils. Jésus leur dit : « En vérité, je vous le déclare, collecteurs d'impôts et prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu. 32En effet, Jean est venu à vous dans le chemin de la justice, et vous ne l'avez pas cru ; collecteurs d'impôts et prostituées, au contraire, l'ont cru. Et vous, voyant cela, vous ne vous êtes pas dans la suite davantage repentis pour le croire. »

    dimanche 27 septembre 2026

    La grâce qu'on ne veut pas toujours

    Lecture biblique : le livre de Jonas (pour la chapitre 2 : uniquement des extraits) = voir texte en bas de cette page
    Thématique : la grâce qu’on ne veut pas toujours / Et si Dieu était plus grand que nous ?
    Prédication de Pascal LEFEBVRE / 27/09/26 - temple du Hâ - Bordeaux (culte avec les jeunes & avec sainte Cène)

    Vous avez peut-être remarqué quelque chose d’assez étrange dans cette histoire : 
    Jonas est un prophète… il est censé être à l’écoute de Dieu… d’être un porte-parole de Dieu… et pourtant, il fuit… il prend la direction opposée à la mission que Dieu lui confie…

    Nous aussi… nous pouvons avoir envie de fuir certaines situations, certaines personnes, certaines responsabilités… surtout quand nous sommes en désaccord avec certaines choses ou certaines décisions…

    Et puis, à la fin de l’histoire, Jonas est encore en désaccord avec Dieu… C’est assez étonnant pour un prophète ! Il est même en colère contre Lui.

    Entre les deux, il y a un véritable périple : un bateau, une tempête, un gros poisson, une ville entière qui change de comportement, une histoire de plante et de ver…

    On se demande qui est appelé à changer dans cette histoire : les Ninivites, certainement !… mais Jonas aussi ! 

    Et, à la fin… la question reste entière : est-ce que Jonas a vraiment changé ? Personne ne le sait !

    En écoutant un peu rapidement ce récit, on pourrait croire que c’est simplement un homme qui désobéit à Dieu, puis qui comprend qu’il faut mieux lui obéir… Mais ce n’est pas vraiment ce qui se passe… Le problème de Jonas est beaucoup plus profond.

    Jonas doit accepter le fait que Dieu n’est pas comme il le souhaite… qu’il agit différemment de nos mentalités humaines… 

    Voyez-vous… lorsque Jonas est envoyé à Ninive… c’est une mission très délicate… Car Ninive, ce n’est pas une ville quelconque… Pour Jonas, c’est la ville de l’ennemi : 
    Elle représente un peuple violent, qui a fait souffrir Israël … qui organise régulièrement des incursions, des vols, des rapts, des « kidnaping », des meurtres… 

    Alors quand Dieu lui dit : « Va à Ninive », il ne comprend pas comment Dieu peut lui demander de porter sa parole vers ce peuple… dont on a toutes les raisons de se méfier… et dont on n’a même pas à souhaiter le salut.

    Ainsi, quand Dieu lui donne cet ordre…  Il part en sens inverse. 

    Ce n’est pas parce qu’il ne prend pas Dieu au sérieux… c’est sans doute parce qu’au fond de lui, il refuse cette mission… 

    Et le livre nous en donne l’explication au dernier chapitre : 
    À la fin, Jonas dit lui-même à Dieu : « Je savais que tu es un Dieu qui fait grâce et qui est compatissant, lent à la colère et riche en fidélité. »

    Voilà précisément pourquoi Jonas avait fui : Ce n’est pas qu’il ne savait pas que Dieu était miséricordieux. C’est justement parce qu’il le savait trop bien.
    Jonas avait peur que Dieu fasse grâce à Ninive…. Et cela, pour lui, c’est impossible à accepter.

    C’est un fait… nous aussi… nous aimons bien la grâce de Dieu… surtout quand elle nous concerne : Nous aimons savoir que Dieu est bon et miséricordieux… qu’il peut nous pardonner. Et qu’ainsi, nous pouvons recommencer… Nous avons droit à une deuxième chance.

    Mais parfois, c’est beaucoup plus difficile, lorsque cette deuxième chance est accordée à quelqu’un d’autre… surtout quelqu’un qui nous a blessé… qui nous a fait du mal… 

    Quelqu’un que nous trouvons désagréable ou injuste… quelqu’un dont nous pensons : « Lui, elle, après ce qu’il a fait… franchement, il ne faudrait quand même pas abuser avec le pardon ! »

    Et c’est sur ce point que l’histoire de Jonas fait écho à la nôtre. 

    Regardez ce qui se passe dans ce récit : tout montre la patience de Dieu. 
    - Jonas fuit. Dieu ne l’abandonne pas.
    - Jonas tombe dans la mer. Dieu le sauve.
    - Jonas prie. Dieu lui donne une deuxième chance.

    Mais, en même temps, Dieu ne lâche pas l’affaire… Il compte toujours sur Jonas, pour sa mission… Il lui dit encore une fois encore : « Va à Ninive. »… une deuxième fois.

    J’aime beaucoup cette petite expression : « une deuxième fois » !… Parce qu’elle nous dit quelque chose de Dieu.

    Dieu n’est pas celui qui dit : « Tu as raté. Tu n’as pas écouté… C’est trop tard ! c’est terminé ! »… Dieu dit toujours : « Recommence. »

    Tu as fait une erreur… tu as pris le mauvais chemin ?… Recommence.
    Tu as eu peur… tu n’as pas osé ?…. allez maintenant… Recommence ! 

    La relation entre Dieu et Jonas… nous montre la patience et la persévérance de Dieu : 
    Dieu n’abandonne pas quelqu’un, simplement parce qu’il s’est trompé.

    Jonas est donc rattrapé par Dieu… et par sa mission… et voilà qu’il va enfin à Ninive…. Et là… il fait son travail de prophète : Il annonce que la ville court à sa perte… que les conséquences des mauvais comportements risquent d’être terribles !… qu’une catastrophe se prépare… Car la violence engendre toujours davantage de violence… 

    [On aimerait que les chefs d’état - aujourd’hui encore - entendent ce message et cet avertissement !… et qu’ils parlent enfin de dialogue, de vivre ensemble et de paix…]

    Et c’est alors que quelque chose d’incroyable se produit : Les habitants de Ninive écoutent… et ils se mettent à changer.
    Contre toute attente… ils semblent prendre vraiment au sérieux ce qui leur est dit. Ils renoncent à leur violence.

    Et Dieu voit cela…. Et Dieu fait Grâce.

    Jonas aurait pu être heureux d’avoir réussi sa mission… mais Non !… justement… il est furieux !

    C’est quand même extraordinaire : Tout le monde est content… sauf lui :
    - Les Ninivites sont contents d’avoir une autre chance…
    - Dieu est content du changement annoncé… 
    - Mais le prophète Jonas, lui, est en colère.

    Pourquoi ?… Parce que Dieu a été exactement comme Jonas savait qu'il était : « un Dieu qui fait grâce et qui est compatissant. »
    Et cette bienveillance divine lui reste en travers de la gorge !… 

    Jonas aurait sans doute préféré un « dieu classique »… un dieu qui récompense les gentils et qui punisse les méchants… un dieu qui soit de notre côté - du côté des « bons » - mais surtout pas avec les autres, avec « les mauvais »… Il aurait aimé un dieu qui confirme nos certitudes… nos frontières… nos manières de penser… 

    Mais, le problème…  c’est que Dieu ne rentre pas dans les cases de Jonas… ni dans les nôtres : 
    Dieu est toujours plus grand que l’idée que nous nous faisons de lui.
    Il est le Dieu, au dessus de dieu… le Dieu au-dessus du dieu moral…


    Et cela peut nous faire penser à cette autre parole qu’on trouve dans le livre d’Esaïe (Es 55, 8) : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, Et vos voies ne sont pas mes voies - dit l’Eternel. »… ou encore à cette parole que Jésus dira à Pierre  (Mt 16,23) : « Tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes ». 

    [[ En ce qui nous concerne… c’est sans doute la même, chose… 
    Comme Jonas… nous avons tous des images de Dieu.
    Et parfois ces « apriori »… ces « préjugés »… peuvent être bloquants. 

    Par exemple, si vous discutez avec une personne qui se dit « agnostique »… elle risque de vous dire : « Je ne sais pas si je crois en Dieu »… « je ne le connais pas »… Mais derrière cette affirmation, il y a déjà toute sorte d’idées au sujet de Dieu… souvent des préjugés religieux sur ce que serait ce Dieu auquel il est difficile de croire…

    Inconsciemment… cette personne… comme nous, certainement aussi… nous avons en nous des représentations, des images :  
    Un Dieu qui surveille ? Un Dieu qui juge ? Un Dieu qui punit ?
    Un Dieu qui récompense les gens bien ?… et qui attend les autres au tournant…
    Ou simplement … Un Dieu « inconséquent » ou « inactif »… qui laisse faire les choses ?

    Ou encore… un Dieu qui ne pense pas du tout comme nous… et qu’on ne comprend absolument pas…
    C’est ce qui fait dire à certains : Mais « qu’est-ce que j’ai fais au ‘bon dieu’, pour qu’il m’arrive telle ou telle chose ? »… et généralement, ce n’est pas une bonne chose… et le « dieu » en question n’est certainement pas si « bon » que cela. 

    Tout cela nous montre que nous avons facilement tendance à fabriquer un « dieu » qui… soit nous semble impossible à croire… soit nous ressemble beaucoup : Un dieu qui doit certainement aimer les gens que nous aimons. Et qui doit détester ceux que nous détestons.

    Évidement… la lecture de la Bible nous fait comprendre qu’il n’en est rien … Aucune de nos images de Dieu ne peut prétendre enfermer Dieu dans une définition… ]]

    C’est le message fort que nous délivre le livre de Jonas…

    Le Dieu qui se révèle dans cette histoire… n’est pas un Dieu qui nous donne raison… mais un Dieu qui nous dérange… qui nous interroge… 

    C’est la voix divine que nous entendons à deux reprises et qui questionne Jonas : « As-tu raison de penser ce que tu penses ? »… « As-tu raison de te mettre en colère ?… »

    Car, évidemment, les choses ne se passent pas comme Jonas l’aurait souhaité… Et Dieu se révèle comme étant le Tout-Autre, un Dieu bien plus grand que ce que le prophète aurait voulu… un Dieu qui accepte même ceux qui semblent inacceptables… 
    Il aime Israël, mais aussi Ninive…. Et cette bienveillance universelle met le prophète en colère.

    Alors, à la fin de l’histoire, Dieu tente, à nouveau, de faire réfléchir son prophète… à travers un élément du quotidien : 
    Il fait pousser une plante au-dessus de Jonas. Celui-ci en est heureux. Car il fait chaud… Enfin quelque chose qui va bien ! Il a de l’ombre… c’est parfait ! 

    Mais voilà que la plante disparaît… Et Jonas recommence à se mettre en colère.

    Et Dieu lui pose cette question très simple : « Tu as eu pitié de cette plante… et moi, je n’aurais pas pitié de Ninive ? »… Et le livre s’arrête là, sur cette interrogation…. Il n’y a pas de réponse… 
    On ne sait pas si Jonas a compris la leçon… car, en réalité, cette question est adressée à l’auditeur… Elle résonne pour nous… 

    « Et toi, qui est ta Ninive ? » demande Dieu à chacun d’entre nous…
    Qui est la personne pour laquelle tu as du mal à croire que Dieu puisse avoir de la compassion ?
    Qui est celui ou celle à qui tu n’as pas envie d’accorder une deuxième chance (à cause d’une tension ou d’une blessure) ?
    Qui est celui ou celle que tu as enfermé dans une étiquette ?
    « Lui, c'est toujours pareil. »… « Elle, elle ne changera jamais. »…

    C’est peut-être un voisin… un membre de sa famille… un paroissien… un homme politique… ou quelqu’un d’autre…

    « Qui est ma Ninive ? »… qui est celui ou celle qui provoque ma résistance ?… qui me donne envie de fuir ?

    Ce n’est pas forcément quelqu’un que je déteste… Cela peut être :
    - quelqu’un de différent de moi… ou qui m’agace, 
    - quelqu’un qui m’a blessé ou qui a fait quelque chose que je juge impardonnable, 
    - quelqu’un dont je ne comprends pas qu’il puisse avoir droit à une nouvelle chance… car il ne semble pas vraiment la mériter. 

    C’est bien le problème de Jonas… Comment admettre que son Dieu, le Dieu du Royaume du nord d’Israël, puisse aussi être un Dieu universellement miséricordieux, y compris pour son ennemi ? 

    Comment admettre que Dieu puisse aimer aussi celui que nous détestons… ou que nous ne parvenons pas à aimer ?

    Cette question n’est pas théorique… Elle est toujours d’une grande actualité… Et on pourrait même la transposer dans notre monde d’aujourd’hui :

    Comment admettre que Dieu aime autant la Russie que l’Ukraine ?… qu’il aime autant les habitants d’Israël que ceux qui vivent en Palestine ?… qu’il soit le Dieu d’amour inconditionnel ? 

    Quand il y a des différents et de la souffrance… quand nous sommes directement impliqués… ce n’est pas simple ! 

    Et d’ailleurs, je ne crois pas que Dieu nous demande d’agir comme si c’était facile… ou comme si le mal n’existait pas.
    Il ne nous demande pas d’être insensibles… ni d’approuver ce qui est injuste…. Il y a toujours lieu de dénoncer les injustices ! 

    Mais il nous pose une question : Est-ce que ton regard sur l’autre est déjà définitivement fermé ?

    Parce que si Dieu est capable de regarder Ninive autrement… il nous appelle aussi à le faire… il nous invite à voir et à agir autrement.

    Et c’est bien cela dont parle cette histoire : en réalité, tout le monde a besoin de conversion… 
    Ninive avait besoin de changer… Mais Jonas aussi ! 

    Et c’est précisément, parce que Dieu est Grâce, qu’un changement est possible !
    - Si les Ninivites changent leur manière de vivre et renoncent à la violence… c’est parce que Dieu a créé une ouverture par sa Grâce… 
    Il leur a offert la possibilité de sortir de la situation par le haut… et de recommencer autrement…
    - Au contraire… sans aucune grâce… l’ennemi restera toujours l’ennemi. Rien de nouveau ne pourra survenir… 

    Par ailleurs, si Dieu prend aussi le temps de dialoguer avec Jonas… ce prophète colérique et imparfait… c’est pour permettre, ici encore, un changement de mentalité… 

    Et bien sûr… cela nous concerne également… car nous avons aussi besoin de conversion… de changer bien des choses, dans notre vie et notre monde… à commencer par cette mentalité de rivalité et de concurrence qui empoisonne les relations, aussi bien au niveau individuel qu’au niveau international. 

    Ce que nous rappelle ce passage de la Bible : c’est que Dieu ne nous demande pas d’être parfait, pour changer… Mais il nous propose de nous mettre à son écoute et d’accueillir sa Grâce, pour que quelque chose change enfin… pour que nous acceptions de remettre en cause nos préjugés… pour que nous puissions élever notre niveau de conscience… surmonter nos différents… et prendre un autre chemin.

    Encore une fois… une deuxième fois… une troisième fois…. si besoin. 
    Être capable de changement… c’est d’abord se laisser infléchir par la Parole de Dieu… oser s’interroger… et agir autrement…

    Et c’est pour cela qu’il est bon de lire la Bible… et de venir au culte… pour être confronté à une parole qui nous déplace… qui nous bouscule… qui nous appelle à une transformation…

    C’est cela la foi de l’Eglise : croire que la Parole de Dieu est capable de nous transformer réellement… pour autant que nous nous mettions à son écoute… 

    Voilà donc la question qui nous est posée :  Sommes-nous prêt à recevoir une deuxième chance de la part de Dieu ?… et sommes-nous prêts à donner une deuxième chance aux autres ? 

    Ce sont des questions très concrètes… qui concernent notre vie personnelle… communautaire… et même « le vivre ensemble » au quotidien.

    Dans quelques instants, nous allons partager la Sainte Cène…. Et je trouve que cela rejoint profondément l’histoire de Jonas.

    Parce qu’à la table du Christ, nous ne venons pas parce que nous sommes les « meilleurs » ou les « parfaits »… Nous ne venons pas parce que nous avons tout compris ou tout réussi… Nous venons parce que nous sommes invités.

    Et autour de cette table, il y a toujours des personnes différentes… Il y a des femmes et des hommes, des jeunes et des moins jeunes, des croyants qui doutent, des croyants qui espèrent, des personnes qui recommencent, des personnes qui cherchent leur chemin…

    C’est une table ouverte… plus large que nos frontières et nos croyances… et nous y sommes accueillis par un Dieu plus grand que l’idée que nous nous faisons de lui… un Dieu qui est Grâce universelle… Conscience universelle… qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons… et pleuvoir sur les justes et les injustes » (Mt 5,45).

    Celui qui nous accueille, ne nous invite pas à rester les mêmes… Il nous appelle à une transformation… 
    Il nous invite à nous laisser changer par sa Grâce… 

    Car s’il est le Tout Autre… s’il est plus large, plus généreux et plus accueillant que nous ne pouvons l’imaginer… il nous appelle à élargir notre regard… et à devenir, à notre tour, des personnes plus généreuses, plus indulgentes et plus compatissantes avec les autres…

    Et cela… c’est son Esprit Saint qui peut le faire en nous… C’est lui qui peut agir dans notre for intérieur… pour autant que nous écoutions sa Parole…

    Amen.

    Lecture biblique : extraits du livre de Jonas

    Jonas 1,1-16  (Jonas essaie de fuir loin du Seigneur)
    1 La parole du Seigneur fut adressée à Jonas, fils d'Amittaï : 
    2 « Lève-toi, pars pour Ninive, la grande ville. Prononce des menaces contre elle, car sa méchanceté est arrivée jusqu'à moi. » 
    3 Et Jonas se leva… pour fuir à Tarsis, loin du Seigneur. Il se rendit à Jaffa, où il trouva un navire prêt à partir pour Tarsis. Il paya sa place et embarqua avec l'équipage pour aller à Tarsis, loin du Seigneur. / 4 Mais le Seigneur lança un vent violent sur la mer. Il y eut une telle tempête que le navire sembla prêt à se briser. 5 Les marins furent saisis de peur, chacun appela son propre dieu à grands cris. Puis ils jetèrent le chargement à la mer pour alléger le navire. 
    Jonas, lui, était descendu au fond du bateau, il s'était couché et dormait profondément. 6 Le capitaine du navire s'approcha de lui et l'interpella ainsi : 
    « Que fais-tu là ? tu dors ? Lève-toi donc, appelle ton dieu au secours ! Il se souciera peut-être de nous, lui, et il ne nous laissera pas mourir. » 
    7 Les marins se dirent entre eux : 
    « Tirons au sort pour connaître le responsable du malheur qui nous arrive. » 
    Ils tirèrent au sort et le sort tomba sur Jonas. 8 Ils lui dirent alors : 
    « Raconte, d'où nous vient ce malheur ? Que fais-tu ici ? D'où viens-tu ? Quel est ton pays, ton peuple ? » 
    9 Jonas leur répondit : 
    « Je suis hébreu et c'est le Seigneur, le Dieu qui est dans les cieux et qui a créé les mers et les continents, qui est mon Dieu. » 
    10 Les marins furent saisis d'une grande crainte en apprenant qu'il s'enfuyait loin du Seigneur. Ils lui demandèrent : 
    « Pourquoi as-tu agi ainsi ? 11 Que devons-nous faire de toi pour que la mer s'apaise autour de nous ? » 
    La mer était en effet de plus en plus démontée. 12 Il leur répondit : 
    « Prenez-moi, jetez-moi par-dessus bord et la mer s'apaisera. Car c'est à cause de moi que vous subissez cette grande tempête. » 
    13 Les marins ramaient pour essayer de gagner la terre ferme ; mais ils ne réussirent pas, car la mer se déchaînait encore plus. 14 Alors ils appelèrent le Seigneur au secours : 
    « Ah, Seigneur, ne nous laisse pas perdre la vie à cause de cet homme ! Ne nous rends pas non plus responsables de la mort de quelqu'un d'innocent. Car c'est toi, Seigneur, qui as agi comme tu l'as voulu. » 
    15 Puis ils prirent Jonas, le jetèrent par-dessus bord, et la tempête cessa de faire rage. 
    16 Alors ils furent remplis de crainte à l'égard du Seigneur ; ils lui offrirent un sacrifice et lui firent des promesses solennelles.

    Jonas 2 : extraits (la prière de Jonas)
    1 Le Seigneur envoya un grand poisson qui avala Jonas. 
    Durant trois jours et trois nuits, Jonas demeura dans le ventre du poisson 
    2Depuis le ventre du poisson, il adressa cette prière au Seigneur, son Dieu : 
    3 « Quand j'étais dans la détresse, j’ai crié vers toi, Seigneur, et tu m'as répondu ; du gouffre de la mort, j’ai appelé au secours et tu m'as entendu. […] 
    8 Au moment où la vie me quittait, je me suis souvenu de toi, Seigneur, et ma prière est parvenue jusqu'à toi […] 10 Avec reconnaissance, je t'offrirai un sacrifice, je tiendrai les promesses que je t'ai faites. Oui, c'est toi, Seigneur, qui me sauves ! »
    11 Le Seigneur parla au poisson et celui-ci rejeta Jonas sur la terre ferme.
    ________

    Jonas 3, 1-5 (Revirement à Ninive)
    1 La parole du Seigneur fut adressée à Jonas une deuxième fois : 
    2 « Lève-toi, pars pour Ninive, la grande ville, et fais-y entendre le message que je te communique. » 3 Alors Jonas se leva et se mit en route pour Ninive, selon la parole que le Seigneur lui avait adressée. C'était une ville prodigieusement grande, il fallait trois jours pour la parcourir. 4 Jonas fit une première journée de marche en proclamant : 
    « Dans quarante jours, Ninive sera renversée ! » 
    5 Les habitants de la ville crurent en Dieu. 
    Ils décidèrent de jeûner et, du plus grand au plus petit, chacun revêtit la tenue de deuil. 
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    Jonas 3, 6-9 (Revirement à Ninive)
    6 Quand le roi de Ninive fut informé de ce qui se passait, il se leva de son trône, ôta son manteau, se couvrit d'un habit de deuil et s'assit sur de la cendre. 7 Puis il fit proclamer dans Ninive ce décret : « Par ordre du roi et de ses ministres, que les êtres humains ainsi que le gros et le petit bétail ne mangent ni ne boivent quoi que ce soit ! 8 Les êtres humains et les bêtes doivent se couvrir d'habits de deuil. Que chacun appelle Dieu au secours de toutes ses forces, que chacun renonce à ses mauvaises actions et à la violence qui colle à ses mains. 
    9 Qui sait ?… Peut-être qu'ainsi Dieu reviendra sur sa décision, renoncera à sa grande colère et nous laissera vivre. »
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    Jonas 3,10
    10 Dieu vit comment les Ninivites réagissaient : il constata qu'ils renonçaient à leurs mauvaises actions. Il revint alors sur sa décision et n'accomplit pas le malheur dont il les avait menacés.
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    Jonas 4, 1-11 (Jonas est confronté au Dieu bienveillant et plein de tendresse) 
    1 Jonas prit très mal la chose et se mit en colère. 2 Il adressa cette prière au Seigneur : 
    « Ah, Seigneur, voilà bien ce que je craignais lorsque j'étais encore dans mon pays et c'est pourquoi j'ai fui vers Tarsis. Je savais que tu es un Dieu bienveillant et plein de tendresse, lent à la colère et d'une immense bonté, toujours prêt à revenir sur tes menaces. 
    3 Eh bien, Seigneur, laisse-moi mourir, car je préfère la mort à la vie ! » 
    [réponse de Dieu] – 4 « As-tu raison d'être en colère ? » lui demanda le Seigneur. 
    5 Jonas sortit de la ville et s'arrêta à l'est de Ninive. Là, il se fit une cabane à l'abri de laquelle il s'assit. Il attendait de voir ce qui allait se passer dans la ville. 
    6 Le Seigneur Dieu fit pousser une plante, plus haute que Jonas, pour lui donner de l'ombre et le guérir de sa mauvaise humeur. Jonas en éprouva une grande joie. 
    7 Mais le lendemain, au lever du jour, Dieu envoya un ver s'attaquer à la plante et elle sécha. 
    8 Puis, quand le soleil parut, Dieu fit souffler de l'est un vent brûlant. Le soleil tapa sur la tête de Jonas qui faillit s'évanouir. Il souhaita mourir et dit : « Je préfère mourir que vivre ! » 
    9 Dieu lui demanda : « As-tu raison d'être en colère au sujet de cette plante ? » 
    Jonas répondit :  « Oui, j'ai de bonnes raisons d'être en colère au point de désirer mourir. » 
    10 Le Seigneur reprit : « Écoute, cette plante ne t'a donné aucun travail, ce n'est pas toi qui l'as fait pousser. Elle a grandi en une nuit et elle a disparu la nuit suivante. Pourtant tu en as pitié. 11 Et tu voudrais que moi, je n'aie pas pitié de Ninive, la grande ville, où il y a plus de 120 000 êtres humains, qui ignorent ce qui est bon ou mauvais pour eux, ainsi qu'un grand nombre d'animaux ? »

    dimanche 13 septembre 2026

    De la dette à la Grâce

    Lectures bibliques : Gn 4, 23-26 ; Ep 4,31-32 ; Rm 12,21 ; Mt 18, 21-35 = voir textes en bas de cette page
    Thématique : Dans quel monde voulons-nous vivre ? De la dette à la Grâce 
    Prédication de Pascal LEFEBVRE - temple du Hâ, le 13/09/26 & temple de Talence, le 18/10/26

    Introduction - « Combien de fois dois-je pardonner ? »

    Le pardon est un sujet délicat… On pardonne assez facilement une petite broutille, mais dès qu’il s’agit d’un sujet sensible ou familial, qui touche à notre vie personnelle ou intime, ou à une personne aimée… dès qu’il s’agit d’une cause de souffrance ou de blessure… « pardonner » peut s’avérer beaucoup plus compliqué… 

    L’apôtre Pierre le sait certainement…  mais il attend de Jésus des réponses concrètes et peut-être une règle de vie : qu’est-ce qui est pardonnable et qu’est-ce qui ne l’est pas… et combien de fois est-on appelé à pardonner ? « Jusqu'à sept fois ? ».

    Pierre cherche une limite. Il cherche à savoir où s’arrête son obligation. 

    Pardonner sept fois, c’est déjà beaucoup ! 
    Pierre pense probablement faire preuve d’une grande générosité… 
    Mais Jésus répond : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. »

    Évidemment, personne ne va sortir sa « calculatrice », pour faire la multiplication, et retenir le chiffre 490… Ce que Jésus veut dire… c’est qu’il n’y a pas de règle… pas de chiffre limite à atteindre… Il déconstruit la question elle-même.

    Pour lui, le pardon est « hors comptabilité »… Il invite Pierre à sortir de toute calcul… et à dépasser la logique habituelle des comptes… pour le remboursement de la dette et la réparation de la faute… 

    Jésus parle d’un autre monde, d’une autre logique… et pour ce faire il parle en parabole…

    « Une dette impossible à payer »

    Justement, dans cette parabole, la faute qui mérite réparation, est comparée à une dette… 

    En théorie, si quelqu’un commet une erreur et porte préjudice à autrui… il doit normalement réparer sa faute, et payer sa dette, en reconnaissant ses torts, en faisant amende honorable et en s’attachant à « réparer » le mal subi… en tout cas, en offrant une sorte de compensation. 

    Dans la petite histoire, Jésus présente le premier serviteur, qui a cumulé une dette de 10 000 talents. … qui représentent 60 millions de deniers. C’est une somme d’argent astronomique et totalement impossible à rembourser à l’époque antique… puisque ça représentait environ 200 000 années de travail, pour un travailleur ordinaire. 

    Autrement dit… on est dans une hyperbole… Jésus choisit volontairement une somme invraisemblable… pour signifier que le serviteur est « foutu » : il ne pourra jamais rembourser…Il se trouve devant une dette colossale qui dépasse complètement ses capacités.

    Dans le dialogue qui suit, il fait appel à la patience et à la compassion de son maître. Et ça marche… Le roi est bon… Il se laisse émouvoir et fait quelque chose d’inattendu :

    « Ému aux entrailles… saisi de compassion envers ce serviteur…le maître le laissa aller et lui remit la dette. »

    En d’autres termes, il lui fait grâce… Il abandonne son bon droit… il lâche-prise… il accepte de ne jamais obtenir réparation, par le paiement de la dette. 

    Il fait ainsi quelque chose qui échappe complètement à la logique comptable de la dette - à ce monde où tout se paie, se marchande et se vend - lui, remet totalement la dette. 

    Les verbes grecs employés sont les mots « délier », laisser aller… et « remettre », c’est-à-dire libérer, abandonner, pardonner. 

    Ce n’est pas seulement une belle action ou un geste de gentillesse… en réalité, le roi (de la parabole) fait quelque chose de totalement insensé : Il renonce à maintenir son serviteur dans l’esclavage… sous l’obligation de rendre… Il fait carrément disparaître ce qui était impayable…

    Et là - tout se suite - l’auditeur comprend… la figure de ce roi peut nous faire penser à Dieu… à la Grâce de Dieu. 

    Personne ne mérite la Grâce divine… personne ne peut rembourser sa dette… celle de la Vie… ou celle du péché… Mais, pourtant, cette Grâce : on la reçoit… car Dieu est comme ce roi saisi de compassion. 

    La Grâce, c’est donc une réalité transcendante… c’est quelque chose qui ne fonctionne plus selon la logique du « dû »… Ce qui surmonte totalement le calcul. 

    « Pourquoi celui qui a été gracié ne sait-il pas faire grâce ? »

    Et c’est là que la parabole devient presque incompréhensible : 

    À peine sorti de chez son maître, ce serviteur rencontre quelqu'un qui lui doit 100 deniers…. Et il réclame son « dû » : « Paie ce que tu dois ! » dit-il. Puis il le fait jeter en prison.

    La disproportion est évidemment énorme : D’un côté 10 000 talents, une somme gigantesque.  / D’une autre côté, 100 deniers, l’équivalent de trois mois de salaire de base. 

    Mais ce qui pose question, ce n’est pas seulement la disproportion des sommes. C’est l’agir de ce serviteur : 
    Comment peut-on recevoir une grâce immense, tout en continuant immédiatement à fonctionner selon la logique de la dette ?

    Ça semble incompréhensible !… Mais - à bien y regarder - n’est-ce pas ce que nous faisons pourtant parfois, nous aussi ? 

    Le constat vers lequel nous entraine la parabole, c’est que le premier serviteur a reçu le pardon, mais qu’il semble ne pas l’avoir intégré dans sa vie relationnelle avec les autres. 

    Il a été libéré de sa dette, mais il continue à vivre comme si le monde était toujours gouverné par la dette.

    Pour le dire autrement, il est sorti de la dette… mais la dette, elle, n’est pas sortie de lui.

    Bien qu’il découvre le monde de la Grâce, il continue à vivre dans celui du « donnant-donnant »… il continue d’agir comme si tout devait être payé… 

    Et c’est là que se trouve la faille… C’est là que la parabole nous rejoint : 

    Nous pouvons, nous aussi, avoir reçu énormément de la vie, de Dieu ou des autres : de la compréhension ; de la bienveillance ; de la confiance ; de l’amour… du pardon ; de la patience ; des secondes chances… tout en continuant, parfois, à tenir des comptes avec les autres. 

    Qui n’a jamais entendu autour de lui… qui n’a jamais dit ou pensé :  « Après tout ce que j’ai fait pour toi... », « Tu me dois bien ça. », « Je ne pourrai jamais oublier ce que tu m’as fait. », « Il faut bien qu’il paie. »…
    Tant d’expressions qui trahissent, intérieurement, le livre de comptes, qui reste parfois ouvert en nous. 

    Car il existe des dettes financières… mais aussi des dettes affectives, familiales… des dettes morales ou symboliques… Et parfois nous continuons à entretenir ce livre de comptes intérieur.

    C’est alors qu’interviennent les compagnons… témoins de l’attitude intransigeante du serviteur gracié… Ils sont choqués par son manque de compassion… 

    Leur tristesse porte le questionnement qui est posé à l’auditeur de la parabole : 
    « Qu’est-ce que tu as réellement fait de la Grâce que tu as reçue ? »… « Cette Grâce est-elle active dans ta vie ? »… « En es-tu conscient ? »… « Ou l’as-tu déjà oubliée ? »

    « Comme Dieu vous a pardonné »

    Précisément… l’autre texte que nous avons entendu auparavant, l’épître de Paul aux Éphésiens (cf. Ep 4,31-32), nous permet de réactiver la mémoire de cette Grâce. 
    Je cite : « Que toute amertume, toute animosité, toute colère [...] disparaissent du milieu de vous. Soyez bons les uns envers les autres, compatissants ; pardonnez-vous réciproquement comme Dieu vous a pardonné en Christ. »

    Le mot important est : « comme ».

    Paul ne dit pas simplement : « Pardonnez, parce que c’est moralement préférable. ».. Il dit : « Comme Dieu vous a pardonné, faites de même. »

    C’est toute la logique de la parabole. L’histoire commence par la Grâce originelle, offerte par le Roi. 

    Le pardon chrétien n’est donc pas d’abord une performance morale. Il est une conséquence de la Grâce.

    Nous ne pardonnons pas pour être de gens biens… des « bons Chrétiens »… aimés de Dieu… Nous apprenons à pardonner, parce que nous croyons être déjà aimés et pardonnés… 

    Nous sommes appelés à vivre dans le prolongement de la Grâce reçue…  pour la faire circuler… et ainsi prendre part au monde nouveau de Dieu. 

    « Dans quel monde voulons-nous vivre ? »


    En d’autres termes, la parabole nous place devant deux mondes : 

    - Le monde de la dette… où tout se compte, tout se mérite, tout se rembourse.
    Toute faute appelle réparation… toute blessure entraine une réponse…. toute dette doit être soldée.

    C’est un monde de comptes… dans lequel nous sommes parfois enfermés… ou dans lequel nous choisissons de vivre, de génération en génération… 

    - Et puis il y a le monde de la Grâce… un monde où une dette impossible peut être remise… où le passé ne produit pas nécessairement une condamnation définitive.

    C’est un monde où quelqu'un peut recommencer… où un avenir nouveau est possible… où l’on peut recevoir sans avoir mérité.

    A travers cette petite histoire, Jésus semble poser cette question : Dans quel monde voulez-vous vivre ?

    Parce qu’il faut faire un choix… Nous ne pouvons pas avoir les deux…

    Le premier serviteur aurait bien voulu bénéficier du monde de la Grâce pour lui-même, tout en continuant à faire vivre, autour de lui, le monde de la dette. Mais ça ne fonctionne pas ! C’est précisément ce que la parabole dénonce.

    Genèse 4 : de la spirale de la vengeance à la spirale du pardon

    Un écho avec le livre de la Genèse… nous révèle que la question de la dette, c’est aussi une manière de nous parler de la vengeance et du pardon… Et cela nous le voyons bien, si nous mettons en perspective ce texte de Matthieu 18 avec celui de Genèse 4. 

    Dans le livre de la Genèse, souvenons-nous qu’après le meurtre d’Abel par Caïn, Dieu met une marque sur Caïn et déclare que celui qui le tuera sera vengé sept fois. La menace de cette vengeance doit dissuader ceux qui voudrait tuer Caïn de devenir, à leur tour, violents. 

    Ainsi, cette marque rappelle le crime commis, mais elle vise aussi à protéger Caïn : elle sert d’avertissement pour lui épargner la vengeance des autres hommes.

    Quelques versets plus loin, apparaît ensuite le personnage de Lamek, un descendant de Caïn…. Lamek vient de tuer un homme. Et il déclare à ses femmes : « Caïn sera vengé sept fois, et Lamek soixante-dix-sept fois. »

    C’est une parole qui montre l’escalade de la violence :
    Caïn : sept fois. / Lamek : soixante-dix-sept fois.

    Le texte décrit ainsi l’accentuation d’une logique déjà présente : une violence appelle une vengeance… qui appelle une vengeance plus grande encore.

    Et c’est précisément là - en écho à ce récit - que la parole de Jésus prend une profondeur extraordinaire.

    Pierre dit : « Jusqu'à sept fois ? » / Jésus répond : « Non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois. »

    D’une certaine manière, il reprend l’amplification de Lamek. Mais il en inverse la logique : 
    Chez Lamek, c’était soixante-dix-sept fois… la vengeance.
    Chez Jésus, c’est soixante-dix fois sept fois… le pardon.

    C’est un peu comme si Jésus disait : Vous connaissez la logique qui multiplie la violence… Je vous propose une autre logique : celle qui multiplie la Grâce.

    Et si le pardon était une manière de briser la chaîne ?

    Tout cela c’est très bien - me direz-vous… Mais, alors, qu’en est-il vraiment dans nos existences ? 

    Souvent, une offense produit une blessure… La blessure produit de la colère… un sentiment d’injustice et un besoin de réparation…

    La colère produit également du ressentiment… Et le ressentiment produit parfois une nouvelle violence. Et ainsi de suite….

    Ce n’est pas un hasard si l’épitre aux Éphésiens parle : « d’amertume, d’animosité, de colère… »

    Face à cette spirale… le pardon est un acte d’abandon de la dette, un acte de « lâcher-prise »… Il ne signifie pas que ce qui s’est passé n’est pas grave. Il ne vise pas à relativiser les choses…
     
    Il témoigne plutôt du fait qu’il est possible de refuser que le mal me détermine : je peux refuser que le mal qui m’a été fait, continue à produire du mal en moi et à travers moi. 

    C’est ce que Paul propose dans l’épitre aux Romains (cf. 12,21) : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. »

    « Pardonner » : ce n’est pas forcément oublier… ce n’est pas excuser… ce n’est pas dire que le mal était acceptable… ce n’est pas nécessairement se réconcilier.

    C’est plutôt un abandon, un renoncement consenti : renoncer à laisser l’offense déterminer entièrement ce que je vais devenir… refuser de se laisser empoisonner par le mal… permettre de s’en détacher…

    C’est ce qui donne au pardon une dimension de libération. 

    Conclusion : le jugement comme révélation de ce que nous choisissons de vivre

    Pour conclure… il faut également s’arrêter sur la fin de la parabole…

    Le texte semble se terminer durement : « C’est ainsi mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »

    Cette parole peut sembler « contredire » la Grâce. Mais la parabole nous invite à entendre cette finale autrement : 

    En effet, le premier serviteur voulait bénéficier de la Grâce, tout en continuant à vivre selon la logique de la dette. Or, Jésus nous montre que ces deux logiques sont incompatibles… Un choix s’impose… 

    Nous sommes donc appelés à franchir le pas de la foi… en entrant dans le monde de la Grâce…

    Refuser absolument de « pardonner », c’est refuser de vivre dans le monde du pardon.

    Le jugement final veut simplement nous montrer qu’un jour notre vie sera exposée à la Lumière… Nous serons confrontés à la vérité de ce que nous choisissons de vivre.

    C’est bien ce qui arrive au serviteur, qui choisit de rester dans le monde de la dette… Il ne peut pas réellement entrer dans le monde de la Grâce… 

    En réalité… il est resté dans la prison de la dette… parce qu’il a refusé d’en sortir avec les autres… alors que le roi lui avait donné la clé…

    La petite histoire le présente ainsi comme un « contre-modèle »… du fait de son intransigeance. 

    Jésus nous invite également - à travers cette parabole - à ouvrir les yeux sur la Source du pardon et la bonté providentielle qui viennent de Dieu. 
    Notre Père céleste ne compte pas… alors, pourquoi devrions-nous compter ?

    Nous vivons de ce que nous n’avons jamais mérité. Nous vivons de la Grâce.

    C’est la raison pour laquelle, le pardon n’est pas une « bonne action », une belle chose que Dieu nous demande de faire… C’est une autre manière d’habiter le monde… qui permet de briser la chaîne de la réciprocité et du mal…

    Le Christ nous invite donc à prendre part à ce monde nouveau de Grâce et de liberté… en transmettant autour de nous cet acte de libération que Dieu nous offre toujours, à nouveau, inlassablement. 

    Qu’il en soit ainsi, chers amis ! 

    Amen. 
    ________

    Lectures bibliques

    Volonté de Dieu 


    Éphésiens 4,31-32
    31Que toute amertume, animosité, colère, clameur, calomnie, ainsi que toute malfaisance, soient enlevées du milieu de vous. 32Soyez bons les uns envers les autres, pleins d'une tendre bienveillance ; pardonnez-vous mutuellement, comme Dieu vous a pardonné en Christ.  [faites-vous grâce, comme Dieu vous a fait grâce dans le Christ.]

    Rm 12,21
    21 Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien.


    Lectures bibliques 

    Genèse 4, 23-26

    23 Lamek dit à ses femmes : « Ada et Cilla, écoutez ma voix !
    Femmes de Lamek, tendez l'oreille à mon dire !
    Oui, j'ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure.
    24 Oui, Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois. »
    25 Adam connut encore sa femme, elle enfanta un fils et le nomma Seth, « car Dieu m'a suscité une autre descendance à la place d'Abel, puisque Caïn l'a tué ». 26 A Seth, lui aussi, naquit un fils qu'il appela du nom d'Enosh. On commença dès lors à invoquer Dieu sous le nom de SEIGNEUR.

    Mt 18, 21-35
    21 Alors Pierre s'approcha et dit à Jésus : « Seigneur, quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois lui pardonnerai-je ? Jusqu'à sept fois ? » 22 Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois.
    23 « Ainsi en va-t-il du Royaume des cieux comme d'un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. 24 Pour commencer, on lui en amena un qui devait dix mille talents. 25 Comme il n'avait pas de quoi rembourser, le maître donna l'ordre de le vendre ainsi que sa femme, ses enfants et tout ce qu'il avait, en remboursement de sa dette. 26 Se jetant alors à ses pieds, le serviteur, prosterné, lui disait : “Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.” 27 Pris de pitié [ému, saisi de compassion], le maître de ce serviteur le laissa aller et lui remit sa dette. 28 En sortant, ce serviteur rencontra un de ses compagnons, qui lui devait cent pièces d'argent ; il le prit à la gorge et le serrait à l'étrangler, en lui disant : “Rembourse ce que tu dois.” 29 Son compagnon se jeta donc à ses pieds et il le suppliait en disant : “Prends patience envers moi, et je te rembourserai.” 30 Mais l'autre refusa ; bien plus, il s'en alla le faire jeter en prison, en attendant qu'il eût remboursé ce qu'il devait. 31 Voyant ce qui venait de se passer, ses compagnons furent profondément attristés et ils allèrent informer leur maître de tout ce qui était arrivé. 32 Alors, le faisant venir, son maître lui dit : “Mauvais serviteur, je t'avais remis toute cette dette, parce que tu m'en avais supplié. 33 Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j'avais eu pitié de toi ?” 34 Et, dans sa colère, son maître le livra aux tortionnaires, en attendant qu'il eût remboursé tout ce qu'il lui devait. 35 C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »

    dimanche 6 septembre 2026

    Du désir de soi au désir de Dieu

    Lectures bibliques : Mt 16, 21-27 ; Mt 25, 31-46 (= voir en bas de cette page)
    Thématique : Du désir de soi au désir de Dieu - Renoncer à être le centre
    Prédication de Pascal LEFEBVRE / le 06/09/26 - Bordeaux, temple du Hâ

    Aujourd’hui, nous entendons des passages de l’Évangile dérangeants et difficiles… surtout si nous avons en mémoire certaines représentations terrifiantes de la fameuse fresque du « Jugement dernier », comme celle de la cathédrale Ste Cecile d’Albi… commandé à la fin du XVe siècle… pour effrayer et édifier les fidèles… 

    Il nous faut pourtant relire ces textes autrement… et tenter de discerner le message qui nous est transmis… en surmontant les aspects mythiques ou mythologiques… 

    Pour commencer, je vous propose de méditer sur cette fameuse phrase de Jésus qui déclare : « si quelqu'un veut marcher à ma suite qu'il renonce à lui-même »… ou selon les traductions : « qu’il s’abandonne lui-même…qu’il se renie lui-même »… Qu'est-ce que ça signifie vraiment ? Que Jésus voulait-il dire ?

    Pour envisager ce chapitre 16 de l'évangile de Matthieu… il nous faut revenir au contexte… aux chapitres précédents : Jésus a opéré un certains nombres de guérisons, y compris les jour du sabbat… il a essuyé plusieurs controverses… et assumé des prises de position… 

    Du fait de ses paroles libératrices et de ses actions thérapeutiques subversives… il est, de plus en plus, mal vu des autorités religieuses de son temps… Et il se trouve menacé, car son Évangile vient remettre en cause l’image de Dieu véhiculée par le Judaïsme du temple, des grands prêtres, des Lévites… et sans doute aussi interroger la vision légaliste et rigoureuse des Pharisiens…

    Jésus est certainement conscient que ses paroles et ses actes ne seront pas sans conséquences… que sa liberté de parole et l’annonce de la proximité du Règne de Dieu… viennent bouleverser les mentalités… contester la religion instituée… et mettre à mal l’autorité des Religieux de son époque.

    C'est la raison pour laquelle, il annonce à ses disciples qu’il devra certainement souffrir et subir la colère des anciens et des grands prêtres. Il discerne certainement la fin funeste qui lui est réservée… s'il persiste à monter à Jérusalem, à annoncer l'Evangile de la grâce, de l'amour et du pardon. Mais, bien sûr, il a décidé d'aller jusqu'au bout… malgré tout… 

    De son côté, Pierre et, certainement, d’autres disciples avec lui… ont une manière toute différente de voir les choses. Ils espèrent que Jésus est bien le Messie qu’ils attendent… ce Messie qui doit libérer Israël de l’occupation romaine… et rendre sa gloire au peuple élu. Alors il n’est pas question pour Pierre que Jésus accepte le rejet, la souffrance et la mort…  il attend un « Jésus » tout autre… combatif et victorieux… un Messie conforme à son désir. 

    Les reproches qu'il adresse à Jésus révèlent que son projet pour le Christ est un projet fondé sur l’ego… sur le désir d’obtenir satisfaction… de gagner, de réussir… Il cherche - peut-être inconsciemment - à imposer à Jésus sa volonté personnelle… Il voudrait que le Christ soit à la hauteur de ses espérances… qu’il soit l’auteur et le décideur de tout ce qui va arriver.

    Jésus - nous le devinons - est dans une posture bien différente… Contrairement à Pierre, il ne cherche pas à vouloir attraper la vie, à vouloir la faire entrer dans nos projets, nos préférences ou nos peurs… Il ne cherche pas à la posséder ni à la diriger… Il comprend qu’il n'est pas séparé des autres… et qu’il ne pourra pas échapper à la pression collective… à son environnement… aux circonstances… Il sait que son sort s’inscrit dans l’interdépendance avec tous ceux qui l’entourent… y compris avec ceux qui détiennent le pouvoir. 

    C’est ce qui lui fait dire ces mots très forts… à savoir que Pierre est comme un « Satan »… un tentateur, un diviseur… car sa vision purement humaine… est fondée sur l’ego… Cet égo qui construit sans cesse une frontière entre « moi » et « le reste », entre mes désirs et les autres… 

    À chaque instant cet ego transforme l’interdépendance en séparation… car, la plupart du temps, nous nous voyons - comme Pierre - comme des individus isolés, face à un monde qui nous résiste… et nous voulons… et faisons tout… pour que ce monde se plie à nos désirs… à notre volonté… et entre dans nos projets. 

    Sans nous rendre compte… nous vivons souvent dans cette opposition entre « le moi » et le monde… car nous voulons contrôler les choses…
     
    A bien y regarder… cette impulsion est, de fait, un désir que la société elle-même nous transmet de génération en génération : chacun est appelé à s’affirmer, à se réaliser par lui-même, à mériter sa place…

    Depuis notre naissance, tout nous pousse à devenir quelqu’un… à nous distinguer… à être différents, uniques et remarquables. Très tôt, nous apprenons à défendre une identité, une réputation, une opinion… nous avons tendance à manifester notre désir d’exister, de croitre, de réussir, sans forcément nous préoccuper des autres… et souvent même en nous séparant des autres… ou pire, en les concurrençant ou en les éliminant…lors des concours ou des entretiens que nous passons…

    Fondamentalement… la raison profonde de ce comportement vient de notre mental… qui veut autre chose que ce qui est… Il veut modifier la réalité… la contrôler… Il veut négocier avec le présent. Il voudrait lui imposer ses conditions. 

    Mais, à chaque fois que nous faisons cela, nous renforçons - souvent inconsciemment - la sensation d’être des individus isolés, face à un monde qui nous résiste. Alors apparaissent l’effort, la tension, la rivalité… la soif de gagner et la peur de perdre… ainsi que le besoin permanent de contrôler les choses. Cet effort est immense… et c'est ainsi que nous fonctionnons la plupart du temps… 

    Pourtant, si nous observons la nature, nous voyons qu’elle fonctionne différemment… Une feuille ne lutte pas contre le vent, elle danse avec lui. Un poisson ne cherche pas à dominer le courant, il en suit les mouvements. Il se laisse porter. Bien sûr, les saumons peuvent remonter les rivières, mais seulement à certains moments, pour garantir la survie de leur progéniture, afin de trouver un environnement protégé. De la même manière, aucun arbre ne fait d’effort pour grandir. Aucun nuage ne décide de traverser le ciel. Dans la nature, tout suit naturellement les circonstances… car les êtres et les éléments vivent dans l’interdépendance. 

    Pour ce qui est de l’être humain, notre vision est souvent différente… car nous imaginons constamment qu’il faut intervenir pour améliorer ce qui est déjà en train de se produire. Nous voulons influencer le cours des choses, nous voulons réussir et convaincre. Nous désirons avoir une place et laisser une trace… Autrement dit, consciemment ou inconsciemment, nos actions cherchent souvent à imposer une volonté personnelle. 

    Et - à bien y regarder - c’est certainement ce qui nous fait souffrir… vouloir toujours être l’auteur de tout ce qui arrive… prétendre décider et avoir raison… et refuser les circonstances, sur lesquelles nous n’avons pas prise. 

    Visiblement… Jésus raisonne autrement : 
    - D’un côté, il agit, il lutte contre les injustices et des discriminations (notamment à l’égard des exclus, des pauvres, des malades, des personnes handicapées, des péagers, etc.)  … il se bat pour changer les choses… pour transmettre l’amour de Dieu… pour libérer et guérir, pour apporter pardon et réconciliation… 
    - Mais, d’un autre côté, il est tout à fait conscient qu’il ne pourra pas maîtriser les circonstances… il s’en remet donc à Dieu… il vit dans la confiance… parce qu’il vit pleinement en communion avec le divin et avec les autres… 

    « Faire confiance à Dieu » ne signifie pas se résigner, ni approuver tout ce qui arrive. Cela signifie reconnaître lucidement ce qui est hors de notre pouvoir, pour mieux discerner ce qui dépend encore de nous…

    Et c’est précisément ce que Jésus semble apprendre à Pierre et aux disciples : nous ne pouvons pas tout contrôler, nous ne pouvons pas faire entrer la réalité dans nos projets… mais nous pouvons toujours choisir comment nous allons vivre ce qui nous arrive, et comment nous allons agir au cœur de ces circonstances.

    Voilà la raison pour laquelle, le Christ appelle Pierre et les disciples à changer de mentalité et de comportement… « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même… et qu’il se charge de sa croix ».

    Nous pouvons entendre cette exhortation comme un appel à penser et à vivre autrement… à lâcher notre égo… nos désirs égocentriques… notre soif de contrôle… notre volonté de défendre notre sécurité et nos intérêts… pour discerner que nous ne sommes pas le centre et la mesure de toute chose… ni séparés les uns des autres. 

    Jésus veut nous faire sortir de cette illusion, qui nous pousse à croire que nos désirs devraient s’imposer… et que nous devons être dans la maîtrise… alors que lui nous propose simplement d’agir au mieux - de vivre dans l’amour - tout en faisant pleinement confiance à la Providence divine… quoi qu’il arrive…

    Il me semble que l’autre texte que nous avons entendu : la fameuse parabole du jugement dernier, peut nous éclairer sur le sens de ce dialogue entre Jésus et Pierre… pour en élargir la perspective…

    Ce matin, je n’entrerai pas dans le détail concernant cette parabole de Matthieu 25… Je vous propose simplement d’essayer d’en tirer quelques conséquences… 

    Grâce à ce texte, nous apprenons la chose suivante : 

    Nous ne sommes pas séparés les uns des autres… nous sommes tous Un… C’est ce que découvrent les hommes de la parabole du jugement dernier… qu'ils aient été, durant leur existence… aimants et obéissants, comme des brebis….ou indifférents et rebelles, comme des chèvres… Ils apprennent finalement que chaque être humain est lié à son frère… que chaque frère est lié au Christ… et que le Christ est lui-même lié à Dieu… 

    Autrement dit, au jour du jugement, tous prendront conscience que la vie est tissée de liens invisibles… que nous vivons une forme de communion et d’interdépendance… et donc qu’il y a une illusion à nous croire séparés les uns des autres… 

    Inévitablement… ce que nous faisons à l’autre nous transforme nous-mêmes, parce que notre manière d’entrer en relation avec lui façonne peu à peu notre manière d’être au monde et d’être devant Dieu.

    Cette grande scène symbolique du « jugement dernier » a pour fonction de transmettre - sous forme narrative - une information destinée à nous transformer. En effet, celui qui entend cette parabole change forcément de mentalité… car il est désormais informé… que la séparation est une illusion… que l’inter-dépendance est une réalité, peut-être invisible et cachée, mais réelle… 

    Dans ce « mythe » du jugement dernier… le problème de celles et ceux qui ont été indifférents aux autres… nous renvoie précisément à la question de l’égo… Ils représentent celles et ceux qui ont été animés par des désirs personnels et égocentriques… qui n'ont pensé séparément qu’à leur désir d’exister, sans se préoccuper des autres… en oubliant… ou en ne réalisant pas… que nous sommes tous Un… tous reliés… dans le mesure où le Christ vient à ma rencontre dans le visage de l’autre…

    Précisément… le mouvement conclusif de leur destinée, décrit par la parabole… traduit une réalité relationnelle… qui s’exprime par un déplacement… un changement de position :

    Ainsi, ceux qui ont vécu dans l’amour se rapprochent finalement du Dieu d’amour - « venez, les bénis de mon Père » - dit la voix du Fils de l’homme… tandis que ceux qui ont vécu dans l’indifférence s'éloignent un peu plus de Dieu… « Allez-vous-en loin de moi… »  dit la voix. 

    Ce mouvement - vers plus ou moins de proximité avec le coeur de Dieu - est symbolique : il résulte de l’amour ou du manque d’amour… Il est destinée à nous faire comprendre l’impasse et l’illusion qui découle d’une vie qui se laisse conduire par l’égo… 

    Comme la parabole du riche insensé (cf. Lc 12, 13-21) … cette parabole (de Mt 25) constitue une illustration saisissante de cette fameuse phrase de Jésus : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même ».

    Car, marcher à la suite du Christ… c’est forcément choisir de vivre en lien avec les autres… quelles que soient les circonstances… 

    On ne peut pas sauver sa petite vie par soi-même et pour soi-même… le salut « chacun pour soi » n’a aucun sens au regard de Dieu… c’est une pure illusion !… 

    Ce qui a du sens, en revanche, c’est ce qui fait vivre… ce qui donne goût à la vie… et cela passe par le don de soi : … donner sa vie, vivre dans l’amour… c’est précisément trouver la vie… la découvrir et la faire grandir dans le lien à autrui… 

    Il est important de souligner que l’invitation de Jésus à renoncer à faire de son « moi » le centre… ne vise pas à nous conduire à l’inaction… mais à une élévation de notre niveau de conscience… 

    Et cela peut nous conduire à deux façons nouvelles de voir les choses : une façon peut-être plus « bouddhiste » et une façon sans doute plus « chrétienne » : 

    - D’une part, nous pourrions interpréter les paroles de Jésus… dans la continuité de ce que prescrivent certaines traditions liées à l’enseignement du Bouddha … à savoir que si nous renonçons à l’égo et à nos désirs…nous trouverons la paix… et nous éviterons la souffrance… 

    En effet, en acceptant ce qui est… en voulant simplement ce qui est… nous entrons dans le mouvement de la vie et nous acceptons les circonstances sur lesquelles nous n’avons pas prise… 

    Nous arrêtons ainsi de voir la vie comme une résistance ou une lutte… une opposition ou un combat… Nous sortons de l’idée de rapports de force ou de contrôle… pour entrer dans l’éveil, par lequel nous faisons l’expérience de l’interdépendance et de l’unité… en abandonnant l’illusion d’être séparés des autres…

    - D’autre part, nous pouvons aussi interpréter les paroles de Jésus… comme un appel à réorienter nos désirs… 

    Car une question fondamentale apparait lorsqu’on écoute Jésus : peut-on vraiment renoncer à soi-même ? Peut-on se renier… et n’avoir aucun désir ? Le souhait de n’avoir aucun désir égocentrique n’est-il pas lui-même un désir ? N’y a-t-il pas là une sorte d'impasse ? 

    Peut-être que la solution n’est pas d’essayer d’abandonner tout désir… mais de les convertir… d’apprendre à réorienter nos désirs en les tournant vers Dieu… en les faisant entrer… en les inscrivant… dans un désir plus vaste : le désir de Dieu…

    Le désir de Dieu - c’est ce qu’on appelle « sa volonté ». Ce désir, c’est la vie, la confiance, l’amour, la liberté, la paix, la justice, la joie… Tout le Nouveau Testament va de ce sens… Le Christ est venu nous révéler que le désir de Dieu, c’est la Vie en plénitude, pour tous… 

    Alors… peut-être qu’une manière de renoncer à notre égo et nos désirs égoïstes… ce serait de vivre davantage en communion avec le Christ… pour nous laisser pleinement orienter par Dieu, par son désir de vie, d’amour, de justice, de paix… 

    Et renoncer à soi-même… cela signifie également renoncer à nos sécurités et à nos peurs… comme l’a fait Jésus… en faisant pleinement confiance à notre Père céleste… malgré la non-maitrise des circonstances…

    C’est ce chemin qu’a choisi Jésus… qui est pour nous un modèle et un exemple d’accomplissement : oser la confiance… abandonner son égo, en entrant dans le désir de Dieu… vivre dans le don de soi… donner sa vie par amour… au risque de la perdre… pour, en réalité, la trouver… la trouver dans l’unité et la communion avec Dieu et avec les autres…

    Voilà… chers amis…  le chemin que le Christ nous invite à suivre : entrer dans la confiance et le lâcher-prise… pour expérimenter la vie, avec un horizon plus large, où nous sommes toujours en lien avec les autres et avec Dieu… 

    Nous laisser guider par Dieu… plutôt que par notre « moi » et nos désirs… afin d’expérimenter une vie conduite par l’amour…

    Dans notre existence… nous souhaitons souvent que Dieu entre dans nos projets… alors que Jésus, lui, nous invite à entrer dans le projet de Dieu…

    C’est pour cela que la spiritualité est différente du développement personnel : 

    - Bien sûr, c’est important de s’épanouir… et de rechercher son « bien-être »… Mais la plupart du temps, dans le développement personnel, nous voulons fabriquer un « moi » affirmatif, solide, combatif, indépendant et séparé du reste du monde… 

    - La spiritualité… telle que Jésus la propose… consiste, au contraire, à lâcher ce « moi »… à renoncer à être l’auteur de tout ce qui arrive… pour vivre en communion avec Dieu et avec les autres… 

    Et cela modifie, en conséquence, notre rapport aux circonstances… 

    Le fait est que les circonstances de la vie évoluent et changent sans nous demander notre avis… Jésus n’a pas choisi de rencontrer tant de résistance autour de lui… et de devoir faire face à la violence des autorités religieuses de son temps… 

    L’Évangile nous raconte ce moment où il comprend que rester fidèle au chemin qu’il a choisi, va désormais le conduire au conflit et peut-être à la mort… Il choisit de faire confiance à Dieu, malgré tout… tout en sachant que les circonstances risquent devenir de plus en plus difficiles et menaçantes… 

    Il choisit ainsi de ne pas vivre séparé des autres, même de ceux qui pouvaient lui faire du mal… Il choisit de se laisser porter par Dieu…

    En d’autres mots, Jésus choisit la voie du dépouillement… et de l’abandon dans la confiance…

    Voilà donc, chers amis, l’exemple que nous avons de Jésus.. et voilà ce que l’Évangile nous rappelle en cette nouvelle rentrée scolaire : l’importance de prendre soin de notre vie relationnelle. 

    Nous pouvons sortir de l’illusion d’une vie enfermée sur elle-même. Nous sommes liés à Dieu et liés les uns aux autres. Et cela, nous pouvons déjà l’expérimenter, ici et maintenant….. sans attendre d’être au ciel !

    Car celui qui donne sa vie ne la perd pas : il participe déjà à la dynamique du Royaume… Il découvre que la vie est faite pour être donnée, reçue et partagée.

    Amen. 

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    Lectures bibliques

    Mt 16, 21-27       
            
    21 A partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu'il lui fallait aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, être mis à mort et ressusciter le troisième jour. 22 Pierre, le prit à part et se mit à lui faire des reproches en disant : À Dieu ne plaise, Seigneur ! Cela ne t'arrivera pas. 23 Mais Jésus se retourna et dit à Pierre : Arrière de moi, Satan ! Tu es pour moi un scandale, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.
    24 Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. 25 Quiconque en effet voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi la trouvera. 26 Et que servira-t-il à un homme de gagner le monde entier, s'il perd son âme ? Ou que donnera un homme en échange de son âme ? 27 Car le Fils de l'homme va venir dans la gloire de son Père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon sa manière d’agir.

    Mt 25, 31-46
    31 « Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, accompagné de tous les anges, alors il siégera sur son trône de gloire. 32 Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres. 33Il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. 34 Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. 35Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger et vous m'avez recueilli ; 36 nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi.” 37 Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? 38 Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ? 39 Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison, et de venir à toi ?” 40 Et le roi leur répondra : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait !” 41 Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. 42 Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire ; 43 j'étais un étranger et vous ne m'avez pas recueilli ; nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité.” 44 Alors eux aussi répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou en prison, sans venir t'assister ?” 45 Alors il leur répondra : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait.” 46 Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle. »