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Méditations de Pascal Lefebvre, pasteur de l Eglise Protestante Unie - région Sud-Ouest
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Lecture biblique : Jean 9,1-41 (= voir texte, en bas de page)
Thématique : « J’étais aveugle, et maintenant je vois »
Prédication de Pascal LEFEBVRE - Bordeaux (temple du Hâ), le 01/03/26
Il y a, dans l’Évangile selon Jean, des récits qui ne cherchent pas à nous rassurer, mais à nous déplacer. Ce chapitre 9 en fait partie !
Il commence par une question très simple, presque banale :
« Qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »
C’est une question que l’on pose encore aujourd’hui, parfois sans s’en rendre compte :
À qui la faute ? Pourquoi cela lui arrive-t-il ?
Qu’est-ce qu’il a fait pour mériter ça ?
On recherche l’origine du mal… la faute originelle… Comme si tout ce qui arrivait, était nécessairement le fruit d’une sorte de rétribution de Dieu ou de l’univers…
Le problème de ce genre de raisonnement, c’est qu’il présuppose un lien de cause à effet, entre la souffrance et la faute.
Il faut absolument trouver une cause… un coupable…. une réponse - même simpliste - à la question du mal ou du malheur.
Mais, précisément, Jésus rejette cette manière de voir : ni lui, ni ses parents, ne sont responsables.… Son handicap n’a rien à voir avec le péché.
Tout en refusant de donner une explication au mal… il conteste ainsi tout lien causal entre le péché et le handicap…. entre la faute morale et la maladie…
Ce qu’il propose, c’est une transformation du regard.
1. Jésus déplace la question
Jésus refuse l’idée que la vie humaine puisse se résumer à une équation morale.
La question n’est pas de savoir « pourquoi »… mais « que peut-on faire » dans cette situation ?
Pour Jésus, cette situation difficile ouvre paradoxalement une occasion : l’occasion d’agir, pour manifester le salut de Dieu, son projet de libération et de guérison… puisque le Christ veut nous offrir « la vie en plénitude » (cf. Jn 10,10).
En même temps, c’est l’occasion d’une révélation, pour celles et ceux qui seront les témoins d’un changement, d’une transformation de la situation.
« Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché. - dit-il
. Mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. »
Cela signifie que Dieu n’abandonne pas l’être humain à ce qui pourrait l’impacter, l’amoindrir ou le faire souffrir. Il travaille au cœur même de ce qui semble fermé ou abîmé, pour restaurer son intégrité… et ouvrir un avenir.
« Il nous faut travailler aux oeuvres de Celui qui m’a envoyé » dit Jésus. Il témoigne ainsi d’un Dieu solidaire de l’humanité… de ses épreuves, ses fragilités et ses souffrances.
Il révèle un Dieu qui se situe… non pas du côté du passé (difficile)… mais de l’avenir (meilleur)…. Un Dieu qui n’est pas l’agent de nos malheurs, mais le promoteur de notre salut.
2. Une guérison… puis un long chemin
Dans le récit de Jean, étonnamment, la guérison est racontée rapidement. Sans discours. Sans mise en scène. Elle parait presque secondaire.
Le vrai récit parait commencer ensuite, dans une série d’interrogatoires…
A plusieurs reprises, l’homme est questionné.
Il y a même une certaine ironie… lorsque l’homme guéri doit confirmer son identité auprès de ses voisins : « c’est bien moi » dit-il.
Successivement, l’homme est interrogé. Puis contesté. Puis soupçonné. Puis rejeté.
Et ce qui frappe, c’est que plus la pression augmente, plus sa parole devient claire.
Au début, il dit simplement : c’est « un homme appelé Jésus… »
Puis : « C’est un prophète. »
Puis : « S’il ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »
Cette prise de conscience progressive… nous rappelle que la foi n’est pas un système tout fait. C’est un chemin… un long cheminement… évolutif… parfois conflictuel, parfois coûteux.
C’est une confiance et une conviction qui se forgent dans l’épreuve… et la relecture de vie.
Ce que le récit de Jean nous donne à voir… Ce n’est pas seulement l’accès à la vue physique - physiologique - pour cet homme… mais c’est, en réalité, l’ouverture à une vue spirituelle, une nouvelle vision de l’action de Dieu… à travers la personne de Jésus.
3. Les parents : la peur de perdre sa place
Au cours de la narration… même les parents de l’homme guéri sont convoqués… et sont appelés à témoigner et à confirmer les faits.
Mais - de façon un peu lâche et décevante - ils se retirent aussitôt.
« Il est assez grand. Interrogez-le. » disent-ils.
Pourquoi un tel retrait ? Certainement par crainte !
A cause de cette guérison inouïe… ils ont peur d’être exclus… d’être marginalisés… Ils ont peur de perdre leur place dans la communauté.
Bien sûr, cette peur est compréhensible. Mais, elle est également tragique.
Elle symbolise le manque de courage de tous ceux qui refusent de se mouiller et d’assumer la vérité des faits.
A deux mille ans de distance… l’attitude de ces parents… nous pose une question directe… à nous, également… aussi bien individuellement que collectivement…
- À nous Chrétiens, quand nous refusons parfois de prendre position au nom de la vérité de l’Evangile… par conformisme ou par peur de faire des vagues, de déranger, de manifester notre indignation… alors qu’il faudrait assumer la vérité des faits, avoir le courage de l’intégrité et de la cohérence… et oser dénoncer les multiples injustices qui nous entourent.
- Et à nous Église, quand la peur de perdre une place, une forme de reconnaissance, une paix sociale… en engageant la parole de l’institution… quand tout cela… finit par prendre le pas sur la vérité qu’il faudrait pourtant éclairer et soutenir.
Chaque fois que nous agissons involontairement ou inconsciemment comme les parents de l’aveugle-né… chaque fois que nous consentons seulement au silence ou à la sécurité… au lieu de défendre la vérité et la justice… nous perdons notre liberté et la force de la parole prophétique qui devrait être celle de l’Eglise et des Chrétiens dans le monde.
Quel est le poids de la parole de l’Eglise dans la société d’aujourd’hui ?… si elle ne se fait plus l’écho de l’Evangile du Royaume… si elle n’éclaire plus le monde… en interpellant, en déplaçant, en bousculant, en secouant les consciences… en relayant les paroles du Christ ou celles de Prophètes, qui appellent à changer les mentalités ? Il y a tant de sujets où les Protestants auraient leur mot à dire… pour ouvrir les perspectives… et permettre de voir les choses autrement…
Mais le problème est là… Dès que nous réagissons par peur… ou par conformisme… au lieu de laisser parler notre coeur… notre conscience et notre compassion… au lieu d’agir par amour… nous quittons les pas de Jésus… et nous risquons de devenir comme le sel qui perd son goût et devient fade - pour reprendre les mots du Christ (cf. Mt 5, 13-16).
Si les parents de l’aveugle guéri agissent ainsi par peur de l’exclusion… l’aveugle lui-même, heureusement, va oser une parole de vérité !
4. Ceux qui voient… et ceux qui deviennent aveugles
Enfin… dans ces interrogatoires… il y a surtout les pharisiens…
Les pharisiens - plein de leur savoir et de leurs certitudes religieuses - sont persuadés de voir clair.
Ils connaissent la Loi donnée par Moïse. Ils savent ce qui est permis et interdit.
Mais, précisément… ils en savent trop, pour voir autrement.
Dans ce récit, l’évangéliste Jean n’oppose pas les bons croyants aux mauvais croyants.
Il oppose davantage la foi qui se ferme (par certitude ou rigidité), et celle qui accepte d’être déplacée (qui accepte de consentir à un non-savoir, pour accueillir la nouveauté).
Ceux qui sont aveugles et ceux qui voient, ne sont pas ceux qui croient l’être.
D’ailleurs, « voir » réellement… ce n’est pas seulement percevoir les choses avec ses sens… c’est accueillir la vérité… c’est reconnaître, à la fois, sa propre ignorance et la présence du Christ quand elle se manifeste.
L’épisode se conclut par cette parole dérangeante de Jésus, qui traduit un renversement des positions :
« Je suis venu pour que ceux qui ne voient pas, voient,
et que ceux qui voient, deviennent aveugles. »
Ce n’est pas une condamnation. C’est un dévoilement.
L’action du Christ oblige chacun à se positionner intérieurement… et à accueillir ou non la vérité.
La lumière ne juge pas : elle révèle.
Elle révèle la foi… tout autant que l’incrédulité… et l’incapacité à remettre en cause ce que l’on croit déjà savoir.
Ainsi… ceux qui voient - mais qui se déclarent autosuffisants - sont finalement déclarés aveugles et pécheurs.
Tandis que l’homme aveugle-né - qui voit désormais - est déclaré sans péché.
Le péché, c’est donc l’aveuglement spirituel… c’est l’incrédulité.
5. La rencontre finale : le Christ ne laisse pas dehors
Enfin, la finale du récit laisse entendre la situation de l’homme guéri.
Il est finalement exclu… jeté hors de la communauté religieuse.
Jésus le réalise et s’en émeut. Et c’est alors que se produit la scène la plus importante :
« Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Et il vint le trouver. »
A nouveau, bat le cœur de l’Évangile : le Christ se tourne vers celui qui est mis à l’écart… et un dialogue se noue…
Celui-ci nous montre que la foi chrétienne ne commence pas dans la conformité - avec ceux qui cherchent des sécurités et des certitudes - mais dans la rencontre… avec celui qui se questionne…
Et lorsque Jésus demande : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
L’homme ne répond pas par une doctrine, mais par une ouverture, une disponibilité du cœur :
« Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Conclusion
En conclusion… chers amis… ce récit de l’évangile, nous rappelle que le témoignage est souvent plus puissant que la doctrine.
Dieu se plaît à faire émerger la vérité par des voix inattendues et marginales. D’où l’importance d’écouter les voix des « petits », des « sans-voix »… et des « nouveaux-venus » dans la foi.
Une des paroles de ce récit résume ce qui fait vérité pour cet homme :
« Je ne sais qu’une chose : j’étais aveugle, et maintenant je vois. »
La foi n’est pas d’abord un savoir à défendre, mais une expérience de transformation à accueillir et à vivre.
Ainsi, le Christ n’est pas venu nous expliquer l’origine du mal ou du malheur… mais il est venu nous rejoindre au cœur de nos aveuglements, pour nous apprendre à voir autrement… pour autant que nous acceptions de nous laisser déplacer.
Chers amis… que notre Église soit un lieu d’accueil… où l’on peut apprendre à voir, sans peur, sans exclusion, sans certitude écrasante… Mais dans la confiance que la lumière du Christ continue de nous précéder, nous guider et nous inspirer.
Que le Seigneur nous éclaire individuellement et collectivement ! Amen.
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Lecture biblique - Jean 9
1 En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. 2 Ses disciples lui posèrent cette question : « Rabbi, qui a péché pour qu'il soit né aveugle, lui ou ses parents ? » 3 Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais c'est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! 4 Tant qu'il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m'a envoyé : la nuit vient où personne ne peut travailler ; 5 aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
6 Ayant ainsi parlé, Jésus cracha à terre, fit de la boue avec la salive et l'appliqua sur les yeux de l'aveugle ; 7 et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce qui signifie Envoyé. L'aveugle y alla, il se lava et, à son retour, il voyait.
8 Les gens du voisinage et ceux qui auparavant avaient l'habitude de le voir – car c'était un mendiant – disaient : « N'est-ce pas celui qui était assis à mendier ? » 9 Les uns disaient : « C'est bien lui ! » D'autres disaient : « Mais non, c'est quelqu'un qui lui ressemble. » Mais l'aveugle affirmait : « C'est bien moi. » 10 Ils lui dirent donc : « Et alors, tes yeux, comment se sont-ils ouverts ? » 11 Il répondit : « L'homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, m'en a frotté les yeux et m'a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” Alors moi, j'y suis allé, je me suis lavé et j'ai retrouvé la vue. » 12 Ils lui dirent : « Où est-il, celui-là ? » Il répondit : « Je n'en sais rien. »
13 On conduisit chez les Pharisiens celui qui avait été aveugle. 14 Or c'était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. 15 A leur tour, les Pharisiens lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur répondit : « Il m'a appliqué de la boue sur les yeux, je me suis lavé, je vois. » 16 Parmi les Pharisiens, les uns disaient : « Cet individu n'observe pas le sabbat, il n'est donc pas de Dieu. » Mais d'autres disaient : « Comment un homme pécheur aurait-il le pouvoir d'opérer de tels signes ? » Et c'était la division entre eux. 17 Alors, ils s'adressèrent à nouveau à l'aveugle : « Et toi, que dis-tu de celui qui t'a ouvert les yeux ? » Il répondit : « C'est un prophète. »
18 Mais tant qu'ils n'eurent pas convoqué ses parents, les autorités juives refusèrent de croire qu'il avait été aveugle et qu'il avait recouvré la vue. 19 Elles posèrent cette question aux parents : « Cet homme est-il bien votre fils dont vous prétendez qu'il est né aveugle ? Alors comment voit-il maintenant ? » 20 Les parents leur répondirent : « Nous sommes certains que c'est bien notre fils et qu'il est né aveugle. 21 Comment maintenant il voit, nous l'ignorons. Qui lui a ouvert les yeux ? Nous l'ignorons. Interrogez-le, il est assez grand,
qu'il s'explique lui-même à son sujet ! » 22 Ses parents parlèrent ainsi parce qu'ils avaient peur des autorités juives. Celles-ci étaient déjà convenues d'exclure de la synagogue quiconque confesserait que Jésus est le Messie. 23 Voilà pourquoi les parents dirent : « Il est assez grand, interrogez-le. »
24 Une seconde fois, les Pharisiens appelèrent l'homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » 25 Il leur répondit : « Je ne sais si c'est un pécheur ; je ne sais qu'une chose : j'étais aveugle et maintenant je vois. » 26 Ils lui dirent : « Que t'a-t-il fait ? Comment t'a-t-il ouvert les yeux ? » 27 Il leur répondit : « Je vous l'ai déjà raconté, mais vous n'avez pas écouté ! Pourquoi voulez-vous l'entendre encore une fois ? N'auriez-vous pas le désir de devenir ses disciples vous aussi ? » 28 Les Pharisiens se mirent alors à l'injurier et ils disaient : « C'est toi qui es son disciple ! Nous, nous sommes disciples de Moïse. 29 Nous savons que Dieu a parlé à Moïse tandis que celui-là, nous ne savons pas d'où il est ! » 30 L'homme leur répondit : « C'est bien là, en effet, l'étonnant : que vous ne sachiez pas d'où il est, alors qu'il m'a ouvert les yeux ! 31 Dieu, nous le savons, n'exauce pas les pécheurs ; mais si un homme est pieux et fait sa volonté, Dieu l'exauce. 32 Jamais on n'a entendu dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle de naissance. 33 Si cet homme n'était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » 34 Ils ripostèrent : « Tu n'es que péché depuis ta naissance et tu viens nous faire la leçon ! » ; et ils le jetèrent dehors.
35 Jésus apprit qu'ils l'avaient chassé. Il vint alors le trouver et lui dit : « Crois-tu, toi, au Fils de l'homme ? » 36 Et lui de répondre : « Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » 37 Jésus lui dit : « Eh bien ! Tu l'as vu, c'est celui qui te parle. » 38 L'homme dit : « Je crois, Seigneur » et il se prosterna devant lui.
39 Et Jésus dit alors : « C'est pour un jugement que je suis venu dans le monde, pour que ceux qui ne voyaient pas voient, et que ceux qui voyaient deviennent aveugles. » 40 Les Pharisiens qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Est-ce que, par hasard, nous serions des aveugles, nous aussi ? » 41 Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché. Mais à présent vous dites “nous voyons” : votre péché demeure.
Lectures bibliques : Es 58, 7-10 ; Ps 112 (extraits) ; 1 Co 2, 1-5 ; Mt 5, 13-16 = voir en bas de cette page
Thématique : vous êtes la lumière du monde
Prédication de Pascal LEFEBVRE - le 08/02/26 (sur les textes du jour) - Bordeaux (église St Martial, dans le cadre d’un échange de chaire) & le 22/02/26, au temple de Talence.
La lumière…
Les textes bibliques que nous venons d’entendre, ce matin, nous ouvrent au thème de « la lumière ».
- Dans le livre du prophète Esaïe (cf. Es 58, 7-10), la « lumière qui jaillit » dépend de l’orientation du coeur et des choix existentiels.
Cette lumière se manifeste, lorsque la compassion et la solidarité à l’égard des plus pauvres sont réellement vécues.
La lumière est intimement liée à la justice.… à une justice concrète.
Marcher dans la justice, c’est - par exemple - accueillir et vêtir ceux qui sont démunis, c’est agir en faveur de ceux dont les chances de vie sont abîmées et amoindries.
Le prophète parle ainsi à ses auditeurs : une communauté revenue d’exil… mais aussi aux notables et aux élites religieuses de son temps… qui doivent faire face à de nombreuses inégalités. Il appelle chacun à exercer sa responsabilité fraternelle… à prendre soin des plus vulnérables, à faire « disparaître de chez soi » : « le joug » qui accable les plus modestes.
Mais aussi à supprimer les comportements négatifs : « le geste accusateur et la parole malfaisante » (dit-il), c'est-à-dire tout ce qui peut humilier, stigmatiser… atteindre la dignité ou détruire la réputation d’autrui.
- Dans le psaume 112, le psalmiste va dans la même direction…
L'expression : « lumière des cœurs droits » suffit à désigner ce qui est à l’origine de la lumière des êtres : à savoir leur justice, leur tendresse et leur compassion.
Quand le coeur est ouvert et confiant… il vit dans la générosité et le partage.
Le psaume résume en quelques versets un programme de vie… il donne la définition d’une vie lumineuse : c’est celle qui « s’appuie sur le Seigneur » et qui vit en relation avec autrui, dans l’amour du prochain, le don de soi et le partage.
- Enfin, nous avons entendu ce très beau passage - connu - de l’évangile de Matthieu… qui fait suite aux Béatitudes.
Le Christ - celui qui a dit : « Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie. » (cf. Jn 8, 12) - Celui-là même… annonce que les disciples peuvent aussi être « lumière du monde »… que leur présence compte… que leurs actes ont un impact… pour autant qu’ils vivent selon les Béatitudes… qu’ils incarnent l’humilité, la douceur, la miséricorde, la paix et la recherche de la justice au quotidien.
Ainsi… celles et ceux qui sont transformés par leur foi - parce qu’ils ont accueilli la lumière de Dieu dans leur coeur et leur vie… ceux-là transforment aussi le monde : ils communiquent autour d’eux une lumière douce, aimante et apaisante…
Ils transmettent la même lumière que celle du Christ… lorsqu’ils prenait soin des plus petits, des exclus et des laissés-pour-compte… lorsqu’il guérissait les malades et enseignait les foules, en révélant un visage inédit de Dieu : un Dieu de vie et de bonté… qui vient pour le salut de tous.
Tous ces textes bibliques - nous le voyons - associent la lumière : à l’amour, à la compassion et la justice…
Ce constat aussi évident soit-il… nous interrogent profondément :
En tant que Chrétiens (protestants, catholiques, évangéliques, …)… avons-nous le sentiment d’être « lumière du monde »… de participer au rayonnement de l’amour de Dieu autour de nous ?
Et qu’est-ce que ce serait « être lumière du monde », aujourd’hui, au XXIe siècle ?
Et l’obscurité…
Pour répondre à cette question… il faut sans doute commencer par regarder le monde tel qu’il est.
Cette lucidité nous oblige à reconnaître que notre réalité est (au contraire) largement traversée par les ténèbres…
Sans cesse les grands médias, comme les réseaux sociaux, nous relaient l’obscurité du monde :
Un monde gouverné par « le chacun pour soi », la rivalité et les rapports de force… dans lequel il semble que les plus puissants ne s’intéressent guerre au bien-être, au développement et à l'épanouissement des êtres humains… sinon le monde serait certainement bien différent ! La plupart du temps, ce qui intéresse ceux qui détiennent le pouvoir et l’argent… c’est de développer leur sphère d’influence et leurs propres intérêts. Pour s’en convaincre, il suffit de voir l’attitude de certains chefs d’État qui se moquent bien du droit international… et qui sont prêts à piétiner et éliminer leurs adversaires - sans aucun état d'âme - pour obtenir ce qu’ils convoitent.
Les semaines passées, des révélations récentes - à travers les dossiers Epstein - ont été partiellement publiées. Et, une fois de plus, ces affaires de dissimulations, de manipulations, de corruptions… avec leurs multiples ramifications… montrent à quel point certaines « élites » parmi les plus influentes et les plus fortunées - appartenant au pouvoir politique, financier, culturel ou scientifique - ont pu sombrer dans le mensonge, l’avidité et les abus… et pour certains même, dans la violence, l’immoralité, la perversité et la monstruosité. [Rien n’est plus sombre que ces scandales qui révèlent à quel point ceux qui détiennent l’argent et dominent le monde, tentent de manipuler le système à tous les niveaux, en agissant dans l’ombre, pour arriver à leurs fins.]
À côté de cela, nous pourrions encore parler de l'injustice systémique liée à la répartition de la richesse dans le monde… C’est toujours un scandale de se rappeler que les 1% les plus riches de la planète possèdent près de la moitié des richesses mondiales. Cette inégalité criante a pour conséquence d’enfermer des millions de personnes dans la pauvreté et de fracturer nos sociétés. [ Aujourd’hui encore, près de la moitié de la population mondiale vit avec moins de 5,5 dollars, par jour. Alors… Où est la lumière pour cette moitié de la population mondiale qui ne peut rien envisager, sinon seulement tenter de survivre ? ]
Enfin, nous pourrions encore visualiser l’obscurité du monde… à travers les idéologies religieuses, fanatiques ou messianiques… tous les mouvements ultra-conservateurs … qui prônent un attachement fondamentaliste et intégriste à leur tradition religieuse - quelle qu’elle soit - au prix de l’élimination pure et simple de tous les autres…
Nous pourrions certainement poursuivre la liste noire des injustices qui traversent le monde… pour discerner à quel point nous sommes dans les ténèbres… et combien nous avons besoin de lumière et d’êtres lumineux dans notre existence.
Alors, bien sûr…vous pourriez me dire - à juste titre : « il n’y a pas que la noirceur et la laideur du monde… il y a aussi des belles choses autour de nous… et des gens merveilleux qui agissent localement, pour changer les choses… et rendre le monde meilleur… » Et vous auriez mille fois raison !
Toutefois, on ne peut se taire face à l’injustice… ni se résigner face au mal ! Chacun est appelé à élargir son niveau de conscience, à vivre dans la compassion et à exercer sa part de responsabilité.
Comme le soulignait le philosophe Paul Ricoeur, il faut refuser le découragement et le désespoir cynique, autant que l’optimisme naïf ou béat.
La foi n’ignore pas le mal, mais elle parie sur une transformation possible… en refusant le fatalisme… en choisissant de répondre au mal, autrement que par le mal.
Alors… fort de ce constat, je reviens à ma question : Qu’est-ce que ce serait « être lumière du monde », aujourd’hui, au XXIe siècle ?
Je vous propose d’esquisser 3 réponses :
1. Être lumière : vivre l’espérance, sans naïveté, ni toute-puissance
Première réponse… Être lumière du monde, ce n’est pas nier les ténèbres, mais refuser qu’elles aient le dernier mot.
C’est vivre l’« espérance contre toute espérance » comme le disait Paul Ricoeur (à la suite de l’apôtre Paul).
Précisément, notre espérance chrétienne, c’est que Dieu « règne », malgré les apparences…
C’est bien ce que nous redisons dans la prière dominicale : « que ton règne vienne »… qu’il s’étende… dans nos cœurs et dans le monde… « et que ta volonté soit faite sur la terre, comme au ciel ».
[ C’est aussi l’espérance que révèle la fin du livre de l’Apocalypse… à savoir que Dieu est l’Alpha et l’Omega… l’origine et l’accomplissement… Et qu’en dépit du mal et de la souffrance que nous pouvons traverser… tout se dirige vers un accomplissement céleste. Car Dieu tient le sens de la vie et de l’histoire dans ses mains.]
C’est cette espérance que la Lumière divine guide le monde, malgré tout (cf. Es 60, 19-20)… qui nous conduit à nous engager, là où nous sommes… même humblement… pour « lutter » contre les injustices et « résister » au mal.
Être lumière du monde, ce n’est pas se croire meilleur ou au-dessus des autres… ni s’imaginer que nous pourrions, à nous seuls, réparer toutes les injustices et soigner toutes les blessures.
Jésus ne dit pas à ses disciples : « Vous êtes le soleil du monde », « vous êtes des sauveurs ». Il parle simplement d’une lampe, d’une flamme, d’une lumière fragile… mais réelle.
Dans le même sens, l’apôtre Paul rappelle que la lumière de l’Évangile ne se transmet pas par la puissance, le prestige ou la domination… mais par notre engagement, même modeste… et même à travers nos failles.
Il a ces mots très forts : « Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié.
Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous ».
Être lumière du monde, ce n’est certainement pas briller par notre force ou notre supériorité morale. C’est accepter - à la manière du Christ - de recevoir la lumière divine et de la transmettre autour de nous… C’est accepter que cette lumière passe à travers nous - à travers nos engagements, notre vulnérabilité et nos fragilités - pour offrir consolation… confiance et courage… à ceux qui nous entourent.
Cette lumière du Christ - que nous pouvons recevoir et relayer… n’est pas là pour éblouir ou écraser… mais pour orienter, guider, permettre de retrouver le sens… une direction de vie… un monde plus fraternel.
Le Bordelais Jacques Ellul pensait aussi de cette manière. Il écrivait que ce n’est pas par la domination ou la puissance qu’on peut lutter contre un mal qui est structurel.
Le chrétien n’est pas celui qui domine le monde, mais celui qui empêche qu’il ne se referme totalement sur la logique de la puissance. Ce qui implique esprit critique, discernement, liberté intérieure… et le choix de la « non-puissance ».
[La « non-puissance », c’est agir sans chercher à dominer, à contraindre ou à s’imposer par l’efficacité.]
Être lumière du monde, c’est d’abord « résister »… C’est refuser les logiques de domination qui écrasent… les logiques de rentabilité, de rivalité et de concurrence, même lorsqu’elles sont présentées comme inévitables.
C’est par la recherche de la justice, dans tous les domaines, qu’on propage la lumière des Béatitudes.
2. Une lumière qui se voit… dans les gestes concrets… et des paroles qui relèvent
Deuxième réponse… Être lumière du monde passe par des petits gestes quotidien et concrets…
Lorsque Jésus dit : « Que votre lumière brille devant les hommes…alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père. » Il ne parle pas de discours… mais de gestes, d’actions visibles et incarnées.
Il propose d’agir de telle manière que Dieu devienne présent et crédible pour d’autres…
Ce qui implique que nos actions trouvent leur origine et leur source dans l’amour qui vient de Dieu.
Cette affirmation est dans la droite ligne du prophète Esaïe, lorsqu’il appelle : à partager le pain ; à accueillir les sans-abri ; à couvrir celui qui est nu ; à faire disparaître le joug, la malveillance et la médisance.
Il nous appelle « simplement » à la cohérence… à mettre en accord et en résonance nos pensées, nos paroles et nos actes… pour qu’ils reflètent l’amour de Dieu !
Dans un monde saturé de paroles violentes, de mépris, de polarisations sur tous les sujets… être lumière, c’est parfois simplement : écouter au lieu de juger ; accepter le dialogue et le débat ; accueillir au lieu d’exclure ; partager au lieu d’accaparer ; protéger la dignité de chacun ; et rechercher le bien commun plutôt que des intérêts particuliers.
Il y a des paroles qui apaisent et qui relèvent… et des gestes justes et altruistes… qui, selon Esaïe, font jaillir la lumière « comme l’aurore ».
3. Une lumière qui commence en nous, avec nous, autour de nous… et qui permet de refuser la banalisation du mal
Enfin, troisième et dernière réponse… on ne peut pas attendre que d’autres agissent… et accomplissent cette mission chrétienne… sans prendre notre part.
A la fin du sermon sur la Montagne, Jésus rappelle la règle d’or : « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites le vous-mêmes [d’abord] pour eux » (cf. Mt 7,12)
Le Christ nous appelle à prendre l’initiative du bien.
Bien sûr, il ne demande pas à ses disciples d’illuminer toute la planète.
Il leur demande « simplement » de propager la lumière qu’ils ont reçue… de la refléter… en devenant « lumière » pour d’autres…
Il s’agit de devenir des relais du Christ… des petits « Christ », comme disait le réformateur Martin Luther.
Une lampe n’éclaire pas tout un pays. Elle n’éclaire qu’une pièce… une table… un visage.
Être lumière du monde, au XXIᵉ siècle, ce n’est peut-être pas changer le monde entier… Mais c’est déjà repousser l’obscurité de l’égoïsme, de la rivalité et de la discorde autour de nous… dans nos relations, nos maisons, nos entreprises… avec nos proches, nos familles, nos voisins, nos collègues…
Être lumière : C’est croire que :
- la solidarité est plus forte que le cynisme,
- la justice est plus féconde que la violence,
- la compassion est plus subversive que la haine.
[Un des problèmes de notre monde hyper connecté… c’est que nous vivons dans l’immédiateté… nous savons instantanément ce qui se passe à l’autre bout de la planète… et nous sommes ainsi abreuvés d’images violentes… qui ont tendance à banaliser le mal, la vengeance et la brutalité. ]
Comme le montrait Hannah Arendt, le mal n’est pas toujours monstrueux ou spectaculaire : il devient souvent banal.
Il devient particulièrement dangereux… lorsqu’il cesse de choquer, lorsqu’on s’y habitue… quand des hommes et des femmes renoncent à penser, à discerner, à résister intérieurement.
Et c’est une chose contre laquelle nous sommes appelés à lutter, au nom du Christ : la banalité du mal… Ce mal qui risque de s’étendre et de se radicaliser, quand les individus cessent d’exercer leur esprit critique et d’assumer leur responsabilité.
Être lumière du monde, c’est tout simplement agir… en refusant « l’anesthésie morale » et la banalisation de l’inhumanité.
Conclusion
Pour conclure… chers amis… ces textes de la Bible nous interrogent particulièrement…
Qu’en est-il pour nous, personnellement ?
« Où sommes-nous appelés, concrètement, à faire briller la lumière des Béatitudes… dans notre vie et notre environnement ? »… C’est à chacun de répondre !
[Nous en faisons l’expérience… le monde est traversé par de profondes ténèbres. Mais l’Évangile nous rappelle que la nuit n’est que passagère…
Il suffit parfois d’une petite lumière, pour que l’obscurité recule.]
La confiance que nous donne Jésus, c’est « le courage d’être »… ce courage de la foi… qui peut déplacer des montagnes de problèmes… et transformer les situations.
La volonté du Christ, c’est que notre foi ne reste pas cachée sous le boisseau, mais qu’elle soit placée sur le lampadaire : qu’elle se traduise en gestes de justice, en paroles de paix, en actes de compassion.
Être lumière du monde, c’est oser « mouiller la chemise » (si je peux me permettre l’expression)… autrement dit… risquer sa foi dans la réalité concrète.
Ainsi… à travers cette lumière fragile mais confiante… cette petite lumière que nous pouvons propager modestement… souhaitons que beaucoup puissent discerner le visage de Dieu… le visage d’un Dieu, qui relève, qui prend soin et qui espère, Lui aussi… Car Dieu espère toujours en nous et notre monde !
Amen.
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Lectures bibliques :
Es 58, 7-10
Ainsi parle le Seigneur :
Partage ton pain avec celui qui a faim,
accueille chez toi les pauvres sans abri,
couvre celui que tu verras sans vêtement,
ne te dérobe pas à ton semblable.
Alors ta lumière jaillira comme l’aurore,
et tes forces reviendront vite.
Devant toi marchera ta justice,
et la gloire du Seigneur fermera la marche.
Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ;
si tu cries, il dira : « Me voici. »
Si tu fais disparaître de chez toi
le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante,
si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires,
et si tu combles les désirs du malheureux,
ta lumière se lèvera dans les ténèbres
et ton obscurité sera lumière de midi.
Ps 112 (extraits : 1. 4-5, 6-7, 8a.9)
Une lumière se lève pour celui qui a le cœur droit
Heureux celui qui reconnaît l'autorité du Seigneur, qui prend plaisir à faire ce qu'il commande !
Lumière des cœurs droits, il s’est levé dans les ténèbres,
homme de justice, de tendresse et de pitié.
L’homme de bien a pitié, il partage ;
il mène ses affaires avec droiture.
Cet homme jamais ne tombera ;
toujours on fera mémoire du juste.
Il ne craint pas l’annonce d’un malheur :
le cœur ferme, il s’appuie sur le Seigneur.
Son cœur est confiant, il ne craint pas.
À pleines mains, il donne au pauvre ;
à jamais se maintiendra sa justice,
sa puissance grandira, et sa gloire !
1 Co 2, 1-5
Frères,
quand je suis venu chez vous,
je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu
avec le prestige du langage ou de la sagesse.
Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ,
ce Messie crucifié.
Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant,
que je me suis présenté à vous.
Mon langage, ma proclamation de l’Évangile,
n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ;
mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient,
pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes,
mais sur la puissance de Dieu.
Mt 5, 13-16
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Vous êtes le sel de la terre.
Mais si le sel devient fade,
comment lui rendre de la saveur ?
Il ne vaut plus rien :
on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
Vous êtes la lumière du monde.
Une ville située sur une montagne
ne peut être cachée.
Et l’on n’allume pas une lampe
pour la mettre sous le boisseau ;
on la met sur le lampadaire,
et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
De même, que votre lumière brille devant les hommes :
alors, voyant ce que vous faites de bien,
ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
Lecture biblique : Mt 4, 1-11 = voir texte en bas de cette page
(Volonté de Dieu : Jacques 1, 2-4. 12-18. 21-25)
Thématique : Traverser les tentations : un chemin de vie
Prédication de Pascal LEFEBVRE, Bordeaux, le 01/02/26
(inspirée d’un ouvrage de Pierre Glardon « Vous êtes la lumière du monde… » ED ouvertures)
Introduction – La tentation, une expérience humaine ordinaire
Dans la prière dominicale - la prière du 'Notre Père' - nous disons ensemble : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».
Cette demande est souvent mal comprise. Elle ne dit pas que Dieu serait un tentateur, jouant avec nos failles ou nos fragilités. Elle dit autre chose, de plus profond, de plus existentiel :
« Ne nous mets pas à l’épreuve », « Ne nous porte pas dans une tentation que nous ne pourrions traverser. » Autrement dit : « Ne nous laisse pas nous perdre dans ce qui nous divise ou nous détruit. »
La vraie question n’est pas de savoir si Dieu nous tente ou pas… Mais bien plutôt : comment réagissons-nous, face aux tentations qui traversent nos vies ?
Comme l’écrit l’épître de Jacques : « Chacun est tenté par sa propre convoitise, qui l’entraîne et le séduit. » (Jc 1,14)
La tentation n’est pas un accident spirituel. Elle est constitutive de l’existence humaine… car nous sommes des êtres de désirs, mus par des pulsions et une volonté propre.
Et c’est précisément pour cela que cet épisode de l’évangile de Matthieu nous concerne… En nous faisant entrer dans un dialogue intérieur, il nous montre le combat intérieur de Jésus au désert.
I. Le désert : lieu de vérité et de combat
Juste avant cet épisode, rappelons-nous que Jésus vient d’être baptisé.
Il a reçu l’Esprit Saint. Et il a entendu cette parole fondatrice :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. » (cf. Mt 3,17)
Et aussitôt, l’Esprit le conduit au désert.
Cette précision de Matthieu nous rappelle que la vie spirituelle ne résume pas à une expérience spirituelle inouïe ou une extase mystique extraordinaire…
Dans la communion avec Divin, surgit aussi le temps du doute, de l’épreuve… l’épreuve du questionnement… l’épreuve de la cohérence interne, de l’unité intérieure.
Il n’y a pas de foi vivante, sans combat intérieur.
Pas de fidélité, sans discernement.
Pas d’unité, sans résistance aux forces de division qui peuvent se manifester et tenter de nous asservir.
Dans la Bible, le désert - lieu de rencontre avec soi-même et avec Dieu - est toujours un lieu ambivalent : lieu du manque, lieu de la faim, lieu du dépouillement… mais aussi : lieu de Parole, lieu de discernement et de vérité sur soi… lieu de maturation spirituelle.
II. Le tentateur : ce qui divise
Matthieu personnifie ici le mal sous la figure mythique du diabolos : le diviseur, le tentateur… le Satan, dans la Bible hébraïque.
Le mot diabolos signifie littéralement : « celui qui jette en travers », celui qui divise, qui fracture, qui sépare.
Il est l’exact opposé du mot symbolon - le symbole - qui représente ce qui relie, ce qui rassemble, ce qui fait alliance.
Peu importe, au fond, de savoir si nous croyons ou non à la figure personnelle du « diable ». Ce que personne ne peut nier, c’est la réalité du mal… et surtout sa capacité à désunir, à désagréger les relations : avec soi-même, avec les autres, avec Dieu.
Face au mal, quatre attitudes sont possibles :
(1) s’opposer et résister ;
(2) minimiser, nier ou fuir ;
(3) s’accommoder, céder, se soumettre ;
(4) cautionner et collaborer.
Le récit de Matthieu nous montre qu’il est possible de « résister »… et de « traverser » des désirs transgressifs, mais que cela a un forcément un prix, un coût… puisque que ça passe par une forme de renoncement.
Précisément, il n'est pas de cheminement spirituel, sans choix, sans renoncement, sans passage par le feu.
Ce matin… regardons un peu mieux - à travers les trois tentations présentées dans ce texte - de quoi il en retourne :
III. Première tentation : la confrontation au manque – « Si tu es Fils de Dieu… »
Après quarante jours de jeûne, Jésus a faim. Une faim physique, naturelle, bien sûr. Mais aussi une faim existentielle.
Le tentateur commence par attaquer l’identité… il vient instiller et semer le doute : « Si tu es Fils de Dieu… » dit-il.
C’est toujours ainsi que la tentation agit : par une fragilisation de l’identité. Elle s’infiltre dans nos fragilités, nos insécurités, nos manques… pour ébranler nos fondements… ou nous demander de justifier ou de prouver ce qui fonde notre existence.
Le fait est que… lorsque nous doutons de nous-mêmes, de notre valeur… quand nous cherchons à combler un vide intérieur… ou quand nous avons peur de manquer… alors tout devient tentant.
Le diviseur suggère une solution immédiate : transformer les pierres en pain.
Mais Jésus refuse de réduire la vie humaine à la seule satisfaction des besoins matériels.
« L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Pour le Christ… tout ne se résout pas par l’avoir… Tout ne se comble pas par des objets, des biens à consommer.
D’autres désirs plus profonds habitent en nous : une soif de plénitude, d’infini… un désir d’unité, d’éternité… le désir profond de se sentir relié à une réalité plus grande… à une réalité transcendante.
Il existe des manques que seul un changement de niveau intérieur - un changement d’état de conscience - peut permettre de traverser.
Si Jésus, individuellement, franchit cette étape … il est vrai que notre société constitue parfois, collectivement, un obstacle à son dépassement. Car elle nous soumet en permanence à cette
tentation… en instillant en nous :
- le désir de consommer, pour se sentir exister… ou pour calmer une angoisse existentielle,
- le besoin d’accumuler pour se rassurer,
- la soif de remplir nos vies et tout notre temps disponible… (sollicitations diverses pour remplir nos agendas, nos frigos, nos maisons, nos comptes bancaires, …) pour ne pas ressentir le vide.
Notre société nous pousse sans cesse à croire que le manque est une anomalie à supprimer. / Alors… nous comblons inlassablement le vide et le manque. C’est sans doute un des facteurs qui crée une sorte d’indisponibilité fondamentale au Divin.
L’Évangile, lui, tient un autre discours : il nous dit que le manque peut devenir un lieu de vérité… de disponibilité… pour découvrir une faim ou une soif plus profonde.
IV. Deuxième tentation : le désir de maîtrise et de toute-puissance sur la vie et sur l’environnement
Le tentateur monte alors d’un cran. Il invite Jésus à se jeter du haut du Temple.
Et cette fois, le diable cite l’Écriture. Mais il la tord ; il la tronque ; il la manipule.
La tentation ici est redoutable : Accepter d’instrumentaliser Dieu, pour se garantir une sécurité absolue.
C’est la tentation de la maîtrise totale sur la vie… tentation de la toute-puissance… du contrôle sur la vie, sur l’environnement et l’avenir.
En réalité… le psaume cité ne dit pas que : tout est possible… et qu’un salut angélique ou divin nous est assuré en cas de danger extrême…
Le Psaume 91 (90 LXX) - qui est ici partiellement cité par le tentateur - parle d’une protection angélique (c’est-à-dire divine) « en toutes tes voies »… c’est-à-dire dans l’existence ordinaire de l’homme, dans son quotidien. Ce n’est pas la même chose !
Quoi qu’il en soit… Jésus refuse cette instrumentalisation divine.
« Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Il renonce à l’illusion de la maîtrise, de la toute-puissance. Il accepte les limites inhérentes à la condition humaine.
Exister pleinement… vivre « en plénitude »… ce n’est pas vouloir tout maîtriser, occuper tout l'espace ou prendre toute la place ! C’est consentir à la relation, à la vulnérabilité, à l’humilité…. c’est laisser de la place à l’Autre et à l’inattendu… au prix d’un travail de lâcher prise de l’ego.
Ici encore, cette tentation est très actuelle, au niveau sociétal. Elle s’exprime par :
– le désir de maîtrise technologique,
– l’obsession sécuritaire,
– la volonté de contrôle total,
– le refus de toute limite… qui s’exprime par le désir de repousser au maximum nos fragilités.
La réalité est pourtant bien différente… Nous en faisons l’expérience…
La réalité, c’est que la vie humaine est inscrite dans la vulnérabilité, la fragilité, la finitude… Personne ne peut tout maîtriser !
De toute façon, vouloir tout contrôler, c’est - à coup sûr - perdre la relation aux autres… et au réel…. en objectivant ou instrumentalisant autrui.
V. Troisième tentation : l’avidité, le désir de possession… pour obtenir la gloire, le pourvoir et les richesses… Qu’est-ce que nous adorons vraiment ?
Enfin, le tentateur dévoile son vrai visage. Il promet à Jésus « les royaumes du monde »… le pouvoir et la richesse… à une condition : « Si tu te prosternes et m’adores. » dit-il.
Ici, l’enjeu est clair : A qui… A quoi veux-tu vouer ta vie ?… Qu’est-ce que tu adores vraiment ?
Le pouvoir, la réussite, la domination, la reconnaissance, l’argent ?
Ou Dieu seul, source de vie ?
Cette tentation - celle du pouvoir et de l’idolâtrie - est universelle. Son emprise marque tous les milieux : politiques, économiques, religieux, sportifs et associatifs.
C’est la tentation du pouvoir et du « toujours plus »… qui, inévitablement, implique des compromis éthiques… une bonne dose de ruse et de manipulation… et parfois une forme de cynisme… au nom de l’efficacité… pour obtenir le but souhaité, le résultat convoité.
A nouveau, Jésus tranche sans ambiguïté : Il choisit Dieu seul comme référence ultime.
« C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras. »
Alors, le diable se retire.
Matthieu nous rappelle ainsi que le mal n’est jamais une fatalité.
Qu’il ne tient que par nos consentements… et nos trahisons.
VI. Et pour nous, aujourd’hui ?… Comment traverser les tentations, à la manière de Jésus ?
Nous aussi, nous pouvons connaître des tiraillements, des tentations… Notre agitation mentale révèle souvent nos soucis, nos pulsions, nos angoisses ou nos inquiétudes.
Nous pouvons traverser des déserts… comme Jésus… où nos troubles et nos incohérences se manifestent :
– la tentation de la résignation ou de la compromission,
– la fatigue morale,
– le repli sur soi,
– l’avidité,
– l’hyper-activisme,
– la peur entretenue en permanence,
– le découragement ou la tristesse,
– ou encore la perte de sens.
Et souvent, la tentation se présente comme raisonnable, pragmatique, réaliste.
Mais ce récit avec Jésus nous montre un autre chemin.
Comment « résister »… ou plus exactement, comment « traverser » les tentations ?
D’abord, en élevant son niveau de conscience… en faisant preuve de lucidité et de discernement … en se laissant guidé par l’exemple de Jésus.
Notre mission, c’est d’être à l’écoute de ce qui nous traverse… c’est d’être vigilant… c’est un travail de « conscientisation », face aux pensées involontaires, à l’agitation ou aux divisions qui se manifestent en nous.
Voici 8 points qui peuvent nous aider à traverser les tentations :
1. Avoir un ancrage identitaire solide - pour travailler à notre unité intérieure
Savoir que nous sommes « enfants de Dieu », aimés inconditionnellement… contribue à notre unité intérieure. L’amour de Dieu nous donne un Centre, un fondement assuré. Savoir que - malgré les épreuves - « rien ne peut nous séparer de l'amour de Dieu » (Cf. Rm 8, 31-39), nous donne une base solide, une confiance en la vie et l’amour reçus. / Il est fondamental d’être au clair sur son identité et sur les valeurs prioritaires auxquelles nous souhaitons nous référer.
2. Refuser le déni - Exercer sa vigilance
Oser nommer ce qui nous traverse, sans faux-semblants. En toute conscience, faire preuve de vigilance face aux pensées involontaires qui risquent de créer du trouble et de nous diviser.
3. Faire des choix clairs - être capable de distinguer ce qui fait vivre de ce qui peut être mortifère
Tous les choix ne se valent pas. Certains font vivre, d’autres détruisent. Nos choix nous engagent et nous conduisent à des renoncements nécessaires.
4. S’appuyer sur une préparation spirituelle - il n’y a pas de fatalité du mal.
La Parole - et notamment l’Évangile - est une boussole. La prière, la méditation et le discernement sont des ressources vitales. L’Esprit saint nous soutient ; nous pouvons le solliciter.
5. Inscrire son cheminement spirituel dans la durée - expérimenter le « laisser passer… sans s’attacher aux pensées involontaires »
Il arrive qu’une tentation revienne régulièrement à la charge. La vigilance est un chemin. Il convient aussi de laisser passer les pensées involontaires, sans s’y attacher.
6. Être accompagné - être soutenu par une dimension communautaire
On résiste mieux quand on est pas seul. La foi est un combat partagé. L’appui d’un ancrage communautaire constitue une aide précieuse.
7. Oser dire non et renvoyer le tentateur avec courage - même s’il est proche
Une des difficultés du combat spirituel est que la tentation s’incarne parfois à travers des proches. Pour Jésus, ce fut, par exemple, à travers Pierre ou Judas que le diable se manifesta (cf. Mt 16,23 ; Jn 13, 27). Cela signifie qu’il faut parfois oser s’éloigner des personnes toxiques autour de nous.
8. Enfin, quand on tombe… se révéler et poursuivre la route autrement
Nos vies sont émaillées de déstabilisations, de chutes et d’échecs… Dans l’Évangile, le Christ ne culpabilise jamais ses interlocuteurs. En revanche, il les appelle à se relever et à poursuivre leur route autrement, conscients de la miséricorde de Dieu.
Conclusion – Le combat spirituel comme chemin de liberté
Pour conclure… le désert de Jésus - et le combat spirituel qu’il a traversé - n’est pas un modèle héroïque inaccessible. C’est une image, une parabole de nos propres combats.
Ce récit de l’Evangile - comme un témoignage - nous rappelle que la foi n’est pas une assurance contre l’épreuve, mais une force pour nous permettre de la traverser.
Malgré les tentations, malgré les divisions, malgré les chutes… le chemin de la vie - avec le Christ - reste toujours ouvert.
Alors… sur nos chemins spirituels… que l’Esprit saint nous donne discernement, courage et confiance, pour choisir ce qui fait vivre !
Et souvenons-nous cette parole du Seigneur dans le livre du Deutéronome : « Vois : j'ai mis devant toi la mort et la vie ; tu choisiras la vie pour que tu vives » (Dt 30, 15-20).
Amen.
Lectures bibliques
Volonté de Dieu : Jacques 1, 2-4. 12-18. 21-25
2 Mes frères [et soeurs], considérez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves que vous pouvez rencontrer, 3 sachant que l'épreuve de votre foi produit l'endurance. 4 Or il faut que l'endurance accomplisse son œuvre pour que vous soyez accomplis et parfaits à tous égards, et qu'il ne vous manque rien. […]
12 Heureux l'homme qui endure l'épreuve, parce que, une fois testé, il recevra la couronne de la vie, promise à ceux qui L'aiment.
13 Que nul, quand il est tenté, ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Car Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne. 14 Chacun est tenté par sa propre convoitise, qui l'entraîne et le séduit. 15 Une fois fécondée, la convoitise enfante le péché, et le péché, arrivé à la maturité, engendre la mort. 16 Ne vous y trompez pas, mes frères bien-aimés. 17 Tout don de valeur et tout cadeau parfait descendent d'en haut, du Père des lumières chez lequel il n'y a ni balancement ni ombre due au mouvement. 18 De sa propre volonté, il nous a engendrés par la parole de vérité, afin que nous soyons pour ainsi dire les prémices de ses créatures.
21 […] Accueillez avec douceur la Parole, qui a été plantée en vous et qui peut vous sauver.
22 Mettez la Parole en pratique ; ne vous contentez pas de l'écouter, en vous abusant vous-mêmes. 23 En effet, si quelqu'un écoute la Parole et ne la met pas en pratique, il est semblable à un homme qui regarde dans un miroir son visage naturel 24 et qui, après s'être regardé, s'en va et oublie aussitôt comment il était. 25 Mais celui qui a plongé les regards dans la loi parfaite, la loi de la liberté, et qui y demeure, non pas en écoutant pour oublier, mais en mettant en pratique, – en faisant œuvre – celui-là sera heureux dans sa pratique même.
Lecture biblique : Matthieu 4, 1–11
1 Alors Jésus fut conduit par l'Esprit au désert, pour être tenté par le diable.
2 Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il finit par avoir faim. 3 Le tentateur s'approcha et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
4 Mais il répliqua : « Il est écrit : Ce n'est pas seulement de pain que l'homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu. »
5 Alors le diable l'emmène dans la Ville Sainte, le place sur le faîte du temple 6 et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges et ils te porteront sur leurs mains pour t'éviter de heurter du pied quelque pierre. »
7 Jésus lui dit : « Il est aussi écrit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. »
8 Le diable l'emmène encore sur une très haute montagne ; il lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire 9 et lui dit : « Tout cela je te le donnerai, si tu te prosternes et m'adores. »
10 Alors Jésus lui dit : « Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : Le Seigneur ton Dieu tu adoreras et c'est à lui seul que tu rendras un culte. »
11 Alors le diable le laisse, et voici que des anges s'approchèrent, et ils le servaient.
Mc 3, 20-21 - Jésus et Béelzéboul - Samedi 24 janvier 26
20 Jésus vient à la maison, et de nouveau la foule se rassemble, à tel point qu'ils ne pouvaient même pas prendre leur repas. 21A cette nouvelle, les gens de sa parenté vinrent pour s'emparer de lui. Car ils disaient : « Il a perdu la tête. »
[22 Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : « Il a Béelzéboul en lui » et : « C'est par le chef des démons qu'il chasse les démons. » 23Il les fit venir et il leur disait en paraboles : « Comment Satan peut-il expulser Satan ? 24Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut se maintenir. 25Si une famille est divisée contre elle-même, cette famille ne pourra pas tenir. 26Et si Satan s'est dressé contre lui-même et s'il est divisé, il ne peut pas tenir, c'en est fini de lui. 27Mais personne ne peut entrer dans la maison de l'homme fort et piller ses biens, s'il n'a d'abord ligoté l'homme fort ; alors il pillera sa maison.]
https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-rcf-bordeaux?episode=652667
Méditation Mc 3, 20-21
Jésus rentre à la maison. Mais la foule est telle qu’il n’a même plus l’espace ni le temps de manger. Et alors, chose étonnante : ses proches s’inquiètent. Ils viennent pour se saisir de lui. Ils pensent qu’« il a perdu la tête. »
Ce bref passage nous parle de la difficulté d’être fidèle à ce qui nous habite vraiment.
Ici, Jésus n’est pas rejeté par des adversaires, mais par ceux qui le connaissent, qui l’aiment, mais qui ne le reconnaissent plus. Sa liberté dérange. Son engagement inquiète. Sa manière d’exister sort du cadre du raisonnable.
Ce texte nous rejoint là où nos choix deviennent parfois incompréhensibles pour les autres.
Quand des évènements ou des rencontres nous transforment… quand des conflits de loyauté apparaissent… quand suivre une conviction profonde, nous expose au jugement, à l’inquiétude, parfois au rejet… c’est difficile à vivre.
Il y a toujours un moment où vivre pleinement ce qui nous appelle, ressemble, aux yeux du monde, à une forme de folie.
Et pourtant, cette « folie » est peut-être simplement la cohérence d’une vie, qui ne se laisse pas réduire à la peur des autres ou à la normalité.
Jésus ne se protège pas. Il ne se justifie pas. Il continue.
Aujourd’hui, ce texte nous invite à une question délicate : qu’est-ce qui, en moi, demande à être vécu de façon authentique, même si parfois ça dérange ? Comment répondre à la liberté qui est en moi, qui est profondément vivante… mais pas toujours rassurante aux yeux des autres ?
Peut-être que la foi commence là : quand nous acceptons de vivre pleinement… pour rester fidèles à ce qui nous met debout.
Mc 3, 13-19 - Vendredi 23 janvier 26
13[Jésus] monte dans la montagne et il appelle ceux qu'il voulait. Ils vinrent à lui 14et il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher 15avec pouvoir de chasser les démons. 16Il établit les Douze : Pierre – c'est le surnom qu'il a donné à Simon –, 17Jacques, le fils de Zébédée et Jean, le frère de Jacques – et il leur donna le surnom de Boanerguès, c'est-à-dire fils du tonnerre –, 18André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, le fils d'Alphée, Thaddée et Simon le zélote, 19et Judas Iscarioth, celui-là même qui le livra.
Écouter sur RCF : https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-rcf-bordeaux?episode=651809
Méditation Mc 3, 13-19
Jésus monte sur la montagne et il appelle ceux qu’il choisit. Il en institue douze. Non pas d’abord pour faire quelque chose, mais, nous dit l’évangile, « pour être avec lui ». Avant toute mission, il y a une relation. Avant toute parole, une présence partagée.
Ce récit n’est pas une histoire de sélection ou de privilège. C’est une expérience d’appel. Jésus ne choisit pas les meilleurs, ni les plus sûrs, ni les plus cohérents. Il appelle des êtres traversés par leurs contradictions, leurs élans et leurs peurs. Des êtres humains ordinaires, appelés à vivre plus pleinement… appelés à devenir artisans du Règne de Dieu.
Être appelé, ici, c’est d’abord entrer en relation avec le Christ… partager son chemin avec Lui. C’est apprendre à regarder le monde autrement, depuis un espace intérieur transformé.
Et la montagne… est ce lieu privilégié… où l’on prend le temps du recul, de la respiration, du discernement… pour revenir ensuite au cœur de la vie.
Les Douze recevront une mission : annoncer, libérer, ouvrir des chemins nouveaux. Mais tout commence par ce simple geste : monter, répondre, être là.
Peut-être que ce texte nous invite à entendre, nous aussi, cet appel discret… à découvrir qui nous sommes vraiment… en présence du Christ.
Comme les apôtres… est-ce que j’accepte d’être appelé et de suivre le Christ ?… est-ce que je prends le risque de vivre un peu plus pleinement… un peu plus abondamment… avec Lui ?
Mc 3, 7-12 - Jésus et la foule - Jeudi 22 janvier 26
7 Jésus se retira avec ses disciples au bord de la mer. Une grande multitude venue de la Galilée le suivit. Et de la Judée, 8de Jérusalem, de l'Idumée, d'au-delà du Jourdain, du pays de Tyr et Sidon, une grande multitude vint à lui, à la nouvelle de tout ce qu'il faisait. 9Il dit à ses disciples de tenir une barque prête pour lui à cause de la foule qui risquait de l'écraser. 10Car il en avait tant guéri que tous ceux qui étaient frappés de quelque mal se jetaient sur lui pour le toucher. 11Les esprits impurs, quand ils le voyaient, se jetaient à ses pieds et criaient : « Tu es le Fils de Dieu. » 12Et il leur commandait très sévèrement de ne pas le faire connaître.
Écouter sur RCF : https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-rcf-bordeaux?episode=651660&share=1
Méditation Mc 3, 7-12
Alors que Jésus se retire avec ses disciples près du lac… des gens viennent de partout… C’est une foule immense, bigarrée, fatiguée, espérante, qui se presse autour de lui. Tous cherchent à le toucher, à recevoir un encouragement ou une guérison…comme si un simple contact pouvait les remettre debout.
Ce passage dit quelque chose de très humain : nous cherchons tous un lieu où décharger nos fardeaux, une présence qui redonne souffle et vitalité… Et Jésus est présenté ici comme celui qui permet à la vie de se déployer… à la vie de circuler à nouveau. Il est Celui qui nous met en contact avec notre âme et avec Dieu… La rencontre avec Lui nous rend intact et vivant. Parce qu’il nous rejoint au coeur de nos fragilités et de nos fractures.
La foule qui vient, c’est peut-être chacun de nous, quand nous quittons nos certitudes, pour avouer nos besoins d’être accueillis, aimés, consolés. Quand nous osons reconnaître nos manques, nos peurs, nos zones d’ombre. Et Jésus accueille. Il ne pose pas de question ; il ne réclame rien. Il reçoit simplement cette humanité en quête de sens et de guérison.
Curieusement, dans ce récit, les esprits impurs, eux, savent déjà qui il est : « Tu es le Fils de Dieu ». Comme si nos parts blessées avaient parfois plus d’intuition que nos discours.
Aujourd’hui, peut-être pouvons-nous nous demander : qu’est-ce qui, en moi, a besoin de s’approcher de cette Source… pour recevoir la vie ?
Oserons-nous nous laisser rejoindre et toucher par le Christ… par cette présence qui apaise et qui relève ?
Mc 3, 1-6 - Guérison un jour de sabbat - Mercredi 21 janvier 26
1Il entra de nouveau dans une synagogue ; il y avait là un homme qui avait la main paralysée. 2Ils observaient Jésus pour voir s'il le guérirait le jour du sabbat ; c'était pour l'accuser. 3Jésus dit à l'homme qui avait la main paralysée : « Lève-toi ! viens au milieu. » 4Et il leur dit : « Ce qui est permis le jour du sabbat, est-ce de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver un être vivant ou de le tuer ? » Mais eux se taisaient. 5Promenant sur eux un regard de colère, navré de l'endurcissement de leur cœur, il dit à cet homme : « Etends la main. » Il l'étendit et sa main fut guérie. 6Une fois sortis, les Pharisiens tinrent aussitôt conseil avec les Hérodiens contre Jésus sur les moyens de le faire périr.
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Méditation Mc 3, 1-6
Dans une synagogue, Jésus voit un homme à la main paralysée. Les regards sont tournés, non vers cet homme qui souffre, mais vers Jésus : va-t-il oser le guérir en ce jour de sabbat ? Les cœurs se ferment et se durcissent. Alors Jésus fait lever l’homme au milieu de tous et pose une question simple :
« Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien plutôt que le mal, de sauver une vie plutôt que de la laisser se perdre ? »
Ce texte nous parle de l’orientation de nos choix. Le choix de la vie n’est jamais abstrait. Il passe toujours par la relation à quelqu’un. Par une main tendue, par une présence, une vigilance, une attention. Ce choix s’oppose parfois à nos systèmes, nos certitudes, à ce que nous croyons devoir défendre pour rester cohérents. Mais Jésus ne demande pas seulement d’avoir des principes ou des convictions : il nous appelle à la compassion.
L’homme à la main desséchée, c’est peut-être une part de nous-mêmes. Une part qui se résigne, qui n’ose plus croire en un changement possible, qui n’attend plus rien. Ou une part de nous que nous cachons, pour paraître forts et solides. C’est alors que Jésus dit : « Lève-toi. Viens au milieu. » Il nous invite à exposer notre fragilité, pour être compris, accompagnés, relevés.
La guérison commence quand quelque chose en nous accepte de se mettre debout, d’ouvrir la main, d’accueillir la vie comme un don.
Aujourd’hui, peut-être pouvons-nous laisser cette parole travailler en nous : que vais-je choisir ? Le repli ou le geste qui fait vivre ? Le sabbat fermé… ou la vie qui s’ouvre ?… qui accueille… qui prend soin…
Mc 2, 23-28 - Les épis arrachés et l'observation du sabbat - Mardi 20 janv 26
23 Or Jésus, un jour de sabbat, passait à travers des champs de blé et ses disciples se mirent, chemin faisant, à arracher des épis. 24Les Pharisiens lui disaient : « Regarde ce qu'ils font le jour du sabbat ! Ce n'est pas permis. » 25Et il leur dit : « Vous n'avez donc jamais lu ce qu'a fait David lorsqu'il s'est trouvé dans le besoin et qu'il a eu faim, lui et ses compagnons, 26comment, au temps du grand prêtre Abiatar, il est entré dans la maison de Dieu, a mangé les pains de l'offrande que personne n'a le droit de manger, sauf les prêtres, et en a donné aussi à ceux qui étaient avec lui ? » 27Et il leur disait : « Le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat, 28de sorte que le Fils de l'homme est maître même du sabbat. »
Écouter sur RCF : https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-rcf-bordeaux?episode=650500
Méditation Mc 2, 23-28
Les disciples de Jésus traversent des champs un jour de sabbat. Sans en avoir l’air, ils effectuent un travail, en cueillant quelques épis, pour apaiser leur faim. Et aussitôt, la critique tombe : « Pourquoi font-ils ce qui n’est pas permis ? » Jésus répond par cette phrase qui a traversé les siècles : « Le sabbat est fait pour l’être humain, et non l’être humain pour le sabbat. »
Cet épisode parle de notre rapport à la loi : la Loi, même sacrée, n’a de sens que si elle sert la vie. Elle n’est pas un carcan, mais une respiration. Le sabbat, dans la tradition juive, est ce temps, pour reprendre souffle, pour se rappeler que nous ne sommes pas définis par notre efficacité, mais par notre humanité.
Nous connaissons tous des « sabbats » qui peuvent devenir des fardeaux : des obligations, des habitudes, parfois même des principes, que nous portons comme des poids. Et voilà que Jésus nous invite à renverser la perspective : ce qui a été donné pour nous libérer et pour stimuler la vie, ne doit jamais nous enfermer.
Peut-être s’agit-il, aujourd’hui, de nous demander ce que nous faisons de nos temps de repos, de loisirs, de week-end… pour élargir notre espace intérieur. Où sont nos respirations ? Où sont ces lieux ou ces moments, où nous cessons de devoir prouver quelque chose, pour simplement être et exister ?
Jésus ne supprime pas le sabbat. Il lui rend sa vocation première : c’est un cadeau… un temps de paix où l’on peut ressentir la présence de Dieu, dans ce lien à soi-même et aux autres. Et si c’était une invitation à redevenir simplement humains ?