lundi 23 mars 2026

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Les méditations proposées ici se situent dans l'horizon d'une Spiritualité chrétienne... Elles se fondent sur l'interprétation de l’Évangile comme "Bonne Nouvelle", qui nous rappelle qu'une Grâce originelle nous est offerte... laquelle nous ouvre à la liberté et la confiance !

Lors des cultes du dimanche, les Protestants essaient de mettre en lien leur vie présente avec l’Évangile... Il s'agit de se laisser inspirer par l'Esprit au quotidien... de s'ouvrir à quelque chose de Nouveau... 

Vous trouverez essentiellement sur ce blog des Prédications ou des Méditations :
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  Bonne lecture !

dimanche 22 mars 2026

Dernières prédications

Retrouvez les dernières prédications en ligne :

  • Vivre en grand, vivre en plénitude (22/03/26) 
  • Marthe et Marie, trouver la bonne place (08/03/26)
  • J'étais aveugle et maintenant je vois !  (01/03/26)
  •  Vous êtes la lumière du monde (08/02/26) & (22/02/26)
  • Traverser les tentations : un chemin de vie (01/02/26)
  • Les Béatitudes : du coeur au Royaume (11/01/26)
  • Devenir enfants de Dieu / Là où la Parole nous engendre : Noël 2025 (25/12/25)
  • Les symboles de Noël : veillée de Noël 2025 (24/12/25)
  • Vivre sa foi, est-ce bien raisonnable ? :  Culte autrement (21/12/25)
  • Accueillir l'inattendu de Dieu dans nos vies (14/12/25)
  • Conte de Noël (pour jeunes) : les trois arbres (14/12/25)
  • Conte de Noël (pour enfants) : la grève des anges (14/12/25)
  • Une nouvelle identité en Christ (07/12/25) 
  • Appelés, relevés, envoyés (30/11/25) - 1er dim. de l'Avent 
  • Découverte du Protestantisme : trois manières d'entendre l’Évangile (23/11/25)
  • La conversion : un chemin vers l'unité intérieure (02/11/25)
  • Un Christ, agent de libération, par la foi (26/10/25)
  • Vous pouvez également retrouver les prédications précédentes dans la colonne "archives du blog" ou dans l'Index


    Vivre en grand, vivre en plénitude

    Lecture biblique : Lc 15, 1-3. 11-32  (voir lecture = en dernière page)
    Thématique : Vivre en grand… vivre en plénitude 
    Prédication de Pascal LEFEBVRE - Bordeaux, le 22 mars 2026 (Temple du Hâ)

    Luc 15, 11-32  : une parabole exemplaire 

    Nous connaissons bien cette magnifique parabole de l’évangile de Luc : la parabole du « père prodigue »… plutôt que du « fils prodigue »… Car c’est bien le père qui agit avec excès… qui fait usage de largesse et de générosité… sans compter… par amour pour son fils cadet. 

    Évidemment … dans cette petite histoire… ce père de famille… sert de point d’appui et de comparaison… pour parler de Dieu. 
    La parabole donne ainsi l’image d’un Dieu… qui ne cesse de donner… d’accueillir… de relever… de sauver… un Dieu dont la grandeur se manifeste par l’amour inconditionnel. 

    J’ai eu la chance le week-end dernier de participer au centenaire des assises nationales des entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC)… Durant ce congrès à Lyon, le mouvements des EDC a accueilli plusieurs intervenants… ils ont notamment abordé ce thème « vivre en grand »… Que signifie vivre en grand ?

    Cette question nous concerne… nous-mêmes : vivons-nous en grand ?… en plénitude ? 

    Pour partager avec vous cette thématique… avec une approche biblique… j’ai pensé que cette parabole de Luc pouvait constituer une merveilleuse illustration de ce que pourrait signifier la vraie grandeur. 

    Voyons cela ensemble… à travers quelques flash…
    Pourquoi et comment ce père de la parabole « vit en grand » ?

    - Premier aspect c’est la liberté. La parabole commence par ce point : le fis cadet réclame sa part d’héritage. Et déjà le père ouvre l’avenir de son fils par la liberté… en répondant positivement à sa requête : il lui accorde la part qui lui revient… et la possibilité de vivre selon ses propres choix… 

    À cette liberté extraordinaire… on peut associer la confiance !… Le père ne sait pas ce que son fils va décider et faire de son bien… mais il lui fait confiance. 
    Aucune pression, aucune contrainte, aucune infantilisation… le fils est libre de faire ses propres choix… des choix porteurs de vie… ou des choix mortifères… 

    Malheureusement, l’histoire montre que le fils cadet va se laisser emporter par une vie de désordre… où il dilapidera son bien… jusqu’à sombrer dans la misère… Cette expérience le poussera finalement à un travail d’introspection et à la décision de retourner chez son père. 

    - Le deuxième point que révèle la grandeur, la plénitude… c’est l’espérance qui habite le père. Elle se manifeste par plusieurs aspects : 
    D’abord dans le regard. L’histoire nous dit que lorsque le fils, de retour, était encore loin… son père l’aperçu… C’est comme si depuis le départ de son fils… le père guettait son retour… il attendait patiemment de ses nouvelles… ou simplement sa visite… et le voici… 
    Puis nous connaissons la suite de l’histoire… et l’espérance du père se manifeste encore quand il relève et restaure la vie de son fils… car il espère désormais partager la suite de son existence dans la présence de son enfant. 
    Enfin, son espérance se manifeste encore - dans la deuxième partie de la parole, lorsqu’il tente d’apaiser la colère du fils aîné… en lui rappelant la communion qu’il partage avec lui… et en l’appelant à se réjouir, lui aussi, du retour de son frère. 

    C’est donc un père plein d’espérance que nous montre cette parabole. 

    - Le troisième aspect, c’est la compassion… c’est ce sentiment profond, qui nous fait partager les maux et les souffrances d’autrui… L’évangéliste Luc précise que ce père est « ému aux entrailles »… qu’il se laisse toucher en profondeur par la vision de ce fils devenu pauvre et misérable. 

    La compassion c’est le moteur de l’action du père… c’est ce qui est à l’origine, à la source de ses prises de décision… et toute l’action suivante va être motivée par ce mouvement d’amour qui habite et anime le cœur du père. 

    - Le quatrième aspect - qui manifeste concrètement cette compassion - c’est la magnanimité.

    La magnanimité… c’est la bienveillance, la bonté, la générosité…  la grandeur d’âme… la clémence, la miséricorde qui mettent ce père en mouvement…

    Cette magnanimité s’exprime de façon dynamique : 
    D’abord le père court vers son fils : il se jette à son cou et le couvre de baiser… Et là , il n’adresse aucun mot de reproche à son cadet. Son accueil est inconditionnel. / Certes, le fils - lui - va tenter de parler de son péché, de son éloignement, de sa faute… mais le père est déjà dans le pardon…
    Ensuite il demande immédiatement à son personnel de se mettre au service de son fils… pour restaurer la dignité de son enfant… son identité et sa place de fils… afin qu’il retrouve son bien-être physique et relationnel. 
    Enfin sa générosité s’exprime par la fête qui l’organise pour le retour de son fils chéri. 

    Ici, la magnanimité du père - sa grandeur - est liée au service et au don de soi : le père exprime sa générosité dans l’attention, la bienveillance et le service qu’il porte à son fils, afin de le rendre à sa vocation de fils. 

    De façon, à la fois, concrète et symbolique, cette attention du père pour le fils se manifeste dans le soin. D’une certaine manière, ce père devient comme « un bon samaritain » pour son fils (cf. Lc 10, 25-37). Son action est mue par la bonté.

    Et surtout, elle est totalement gratuite… Ce qui le distingue de ses fils. 

    En effet, en lisant attentivement la parabole, on se demande si l’action du fils cadet qui revient à la maison, n’était pas d’abord motivée par le calcul. Il élabore un plan : reconnaître son péché, revenir vers le père, pour être traité comme un ouvrier… pour avoir enfin du pain à manger. 

    De même, dans la deuxième partie de la parabole, la façon d’agir du fils aîné semble reposer sur la comparaison et le calcul… Il a l’impression d’être floué par la magnanimité du père à l’égard du cadet… L’aîné voit d’un mauvais oeil sa bonté, car il ne croit pas, lui-même, être au bénéfice de la même générosité. Sa méconnaissance du père est à la source de son sentiment de jalousie. 

    La différence entre le père et ses deux fils, c’est celle qui distingue la gratuité du calcul. 
    L’action du père n’est motivée par aucun calcul. C’est seulement le cœur qui parle… Il met tous ses moyens au service de sa bonté. 

    - Cinquième et dernier aspect : c’est la joie qui conclut l’ensemble de la parabole : joie de l’homme perdu enfin retrouvé… joie du père et du fils, autrefois séparés et désormais réunis. 

    Ainsi… non seulement cette parabole nous parle de Dieu… de l’image que nous pouvons avoir de Lui… de notre façon de discerner son action… Mais, elle nous parle aussi de nous… elle nous appelle à « vivre en grand », à la manière de ce père aimant et généreux. 

    A travers cinq facettes…  que nous pouvons retenir :
    - vivre dans la liberté et la confiance
    - cultiver une espérance 
    - nous laisser émouvoir par la compassion qui nous traverse
    - manifester magnanimité, générosité et gratuité dans nos rapports aux autres
    - cultiver la joie… comme horizon de vie. 

    Quelques récits du Nouveau Testament 

    Si on regarde d’un peu les textes phares du Nouveau Testament, on peut s’apercevoir que ces aspects sont régulièrement mis en avant par le Christ. 

    Dans l’Évangile de Jean, Jésus annonce son programme : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance. » (Jn 10,10)

    Sa vie et son message nous sont donnés pour nous permettre de goûter une vie nouvelle… un vie d’une toute autre qualité et intensité… une vie pleine de sens… guidée par l’Esprit… habitée par l’amour, l’unité et la paix. 

    C’est là le coeur du message de Jésus… et aussi le moyen qu’il nous donne pour « vivre en grand » : élargir notre coeur, nous ouvrir à un amour gratuit et désintéressé…

    « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur… et ton prochain comme toi-même. » (Mt 22,37-39). … Tu aimeras même « ceux qui te traitent en ennemi. » (Mt 5,44) dit-il dans le sermon sur la montagne. 

    Les évangiles nous montrent aussi comment se manifeste cet amour : il se vit par le service et le don de soi. « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. » (Mc 10,43)

    Jésus nous invite à choisir la magnanimité et l’humilité… plutôt que la Mégalomanie ou la « Magalomanie ». 

    Alors que, dans le monde, on voudrait nous faire croire que « vivre en grand », c’est être puissant, admiré, dominant… à la manière des autocrates ou de certains chefs d’état, qui se croient « tout-puissant »…. Jésus annonce que, dans le monde nouveau de Dieu… les choses sont renversées : « Vivre en grand », c’est faire preuve d’humilité… c’est oser s’abaisser, servir, donner sa vie pour les autres. La vraie grandeur se découvre dans le don de soi et de ses biens.

    Lorsqu’on parle de service, bien évidemment, le lecteur de l’évangile a peut-être en mémoire l’épisode du lavement des pieds (Jn 13,1-15) : … où le Christ, s’agenouille, pour se faire serviteur. Il montre ainsi à ses disciples que « vivre en grand », c’est accepter de bousculer les habitudes et les présupposés. C’est mettre en oeuvre une nouvelle forme d’autorité, fondée sur l’égalité, la fraternité et le service.

    Enfin, « vivre en grand », c’est aussi avoir un horizon, une vision, un cap, un but… C’est ce que Jésus exprime dans le sermon sur la Montagne : il appelle ses disciples à dépasser leurs préoccupations quotidiennes… centrées sur leurs besoins fondamentaux… pour se mettre en quête du Royaume de Dieu et de sa justice : « Cherchez d’abord le Règne de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné en plus… par surcroit » (Mt 6,33). 

    [[ Dans sa quête du Royaume… deux épisodes - que vous avez sûrement à l’esprit - peuvent encore appuyer cette « grandeur d’âme »,  cette « plénitude », que Jésus manifeste : 

    - Je pense à l’épisode de la multiplication des pains (cf. Mc 6,30–44)

    Alors que Jésus est plein de compassion pour la foule qui l’a suivi… il ne veut pas la renvoyer à sa faim. Dans cette situation, il décide de ne pas fonder son discernement ou son raisonnement, en se basant sur le manque… mais en étant conscient des besoins qui s’expriment… et surtout en voyant, autour de lui, les ressources qui sont à disposition. 

    Jésus fait confiance au peu qui est déjà offert…. à disposition… les cinq pains et les deux poissons… Il croit en l’abondance du collectif et en la divine Providence.

    Il montre ainsi que « vivre en grand », c’est ne pas se laisser diriger ou dominer par la peur ou le manque. Mais c’est croire qu’un « miracle » est toujours possible… à portée de mains… lorsqu’on est mu par la confiance et la foi. 

    - Je pense également à la fin de la vie de Jésus… au moment où il est arrêté… où Pierre va le renier (cf. Lc 22,31–34 et Jn 21) :

    Il est paradoxale de penser qu’au moment critique, Pierre va trahir et renier son maître… et pourtant le Christ lui confiera l’Église.

    Ce paradoxe nous enseigne que la grandeur n’écrase jamais la fragilité humaine. Elle est consciente de la vulnérabilité de chacun. Mais elle veut croire, relever, espérer et persévérer. Elle croit que chacun peut trouver en lui le moyen de donner la meilleure part de lui-même… 

    Il faut juste le temps nécessaire à chacun et la confiance offerte… pour se convertir, pour évoluer, pour grandir… et vivre selon l’Esprit de Dieu. ]]

    Un point de vue contemporain

    Durant les assises nationales des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens… plusieurs interventions ont été remarquées… notamment celle de l’amiral Loïc Finaz. 

    Fort de son expérience… celui-ci a expliqué ce que signifie pour lui « vivre en grand » : 

    C’est dans le service qu’on le découvre… a-t-il dit. C’est une affaire de sens, de don et de courage. Il a parlé de trois aspects qui lui semblaient essentiels : 
    - porter un regard sur le monde
    - Être animée par un esprit
    - Avoir une géographie personnelle

    Je résume brièvement son propos :

    - Premièrement, porter un regard sur le monde : c’est d’abord faire preuve de lucidité et d’une conscience éclairée sur notre situation. C’est voir le monde tel qu’il est, et non tel que l’on voudrait qu’il soit. 

    Cette lucidité nous rend conscient de l’injustice du monde. Le monde est traversé par des rapports de force. Le droit n’a jamais vraiment dirigé le monde. Les forts ont toujours exercé leur pouvoir sur les faibles. Ce constat nous pousse à agir de manière juste. 

    - Deuxième point : être animé par un esprit… un esprit d’autonomie et de solidarité / un esprit d’initiative et de service. 

    L’amiral a parlé d’ « un esprit d’équipage »… où chacun peut entrer dans une dynamique collective… trouver sa place… et se mettre au travail… au service d’une mission… 

    Bien entendu, tout organisation humaine est faillible… Elle doit faire face à l’erreur… 
    On ne réussit pas seul, et on n’échoue pas seul non plus. 
    Lorsque nous participons à une mission commune, chacun a une fonction différente, mais la responsabilité est partagée par tous. 

    « L’esprit d’équipage », c’est ce qui permet de dépasser les individualités, de crée une solidarité forte, de donner du sens à l’engagement.

    Cette affirmation m’a interrogé…  Et je me suis demandé si dans nos familles… dans nos lieux d’engagement… dans l’église… nous avions toujours un « esprit d’équipage » ? 

    - Troisième point avoir une géographie personnelle… c’est-à-dire une vision et un cap. 

    Une géographie personnelle repose sur quatre choses : 
    - la mission
    - Le sens
    - Les circonstances
    - Et les autres… les hommes et les femmes… 


    On ne peut pas vivre en grand, sans mission… 
    C’est elle qui nous met en mouvement, qui nous fait sortir de nous-mêmes.
    On sert pleinement, quand on a une mission…
    Chacun est appelé à découvrir la mission à laquelle il choisit de participer. 

    Les disciples de Jésus sont partis en mission… parce qu’ils ont éprouvé et discerné l’importance de relayer l’Évangile du Royaume, à la suite de Jésus… d’apporter libération et guérison à celles et ceux qui en avait besoin (cf. Mt 10, 7-8)… et de poursuivre la mission du Christ… 

    La question du sens est aussi primordiale. 
    Notre société a un problème de sens… En quelque sorte, elle a un problème de boussole…

    Le Christ est venu pour redonner un sens… pour nous donner une direction de vie. 

    Dans les évangiles, toutes les polémiques avec les Pharisiens, autour de la compréhension du sabbat, visent à nous montrer que le sens se trouve dans le lien à l’autre. 
    C’est le collectif - le lien à autrui, le bien commun - qui donne le sens. 

    Le lien aux autres conditionne notre ouverture au bonheur… car nous sommes des êtres incarnés et inter-dépendants. Nous avons besoin de considération et besoin des autres… Ces besoins sont mutuels et partagés. 

    Le sens, c’est aussi ce qui permet de se dépasser…  de donner le meilleur de soi… et donc d’accepter de sortir de sa zone de confort, de prendre des risques, de se confronter au réel.

    Troisième aspect : les circonstances. 

    Notre vie est marquée par l’incertitude. Vivre une aventure c’est prendre en compte les circonstances… et tenter de les utiliser à notre profit, pour le bien commun. 
    Cela signifie de vivre l’incertitude et de saisir les circonstances comme des occasions et des opportunités, pour transformer positivement le monde autour de nous. 

    Enfin, dernière aspect : les autres… les hommes et les femmes qui nous entourent… avec qui nous vivons, travaillons, avançons.

    C’est l’amour qui nous fait vivre en grand… qui nous met en mouvement… 
    Il n’y a pas de vie bonne, ni de grandeur, sans amour du prochain. 

    Ce qui est frappant, c’est que ces trois axes — lucidité, esprit d’équipage, cap personnel — rejoignent profondément l’intuition de la parabole : avec la vision d’un père pleinement lucide, qui agit par amour et qui met toute son énergie au service de la vie de ses fils.

    Conclusion 

    Pour conclure… chers amis…  je crois que l’Evangile de ce jour nous délivre un message essentiel : l’importance d’entrer en résonance avec ceux qui nous entourent… d’être à leur écoute… de s’ouvrir à la compassion, pour laisser s’exprimer notre générosité. 

    Partout, les évangiles nous montrent que Jésus n’a jamais vécu « à l’économie », ni dans « la sécurité ». 
    Sa grandeur s’est manifestée par ses choix et sa cohérence… par sa vie dans le don et le pardon… dans l’amour et le service.

    Autrement dit, l’évangile de Jésus Jésus-Christ nous ouvre à une vision chrétienne du monde… qui donne sens et lucidité… pour vivre en grand…  vivre en plénitude…. en nous mettant au service de Dieu… de son Esprit et son amour transformateur.

    « Vivre en grand », c’est se laisser saisir par la foi… par une confiance dans la présence de l’Esprit divin… qui nous accompagne chaque jour. 
    Cet Esprit nous ouvre à l’audace… Il nous permet d’oser nous engager et de recommencer… Sans cesse, il nous remet debout… en nous disant « lève-toi et marche » (cf. Jn 5,8 ; Lc 5,23)

    Vivre en grand, c’est vivre debout… avec les autres… et devant Dieu… 
    C’est vivre - dès aujourd’hui - une vie de Ressuscité avec le Christ (cf. Col 3,1).

    Alors, n’ayons pas peur ! Le monde a besoin des Chrétiens ! 
    Il a besoin de témoins lumineux… qui choisissent de suivre le Christ ! 

    Amen.

    LECTURE BIBLIQUE

    LUC 15, 1-3. 11-32


    1Les collecteurs d’impôts et les pécheurs s’approchaient tous de lui pour l’écouter. 2Et les Pharisiens et les scribes murmuraient ; ils disaient : « Cet homme-là fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! »
    3Alors il leur dit cette parabole […] : 

    « Un homme avait deux fils. 12Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir.” Et le père leur partagea son avoir. 13Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout réalisé, partit pour un pays lointain et il y dilapida son bien dans une vie de désordre. 14Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans l’indigence. 15Il alla se mettre au service d’un des citoyens de ce pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. 16Il aurait bien voulu se remplir le ventre des gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui en donnait. 17Rentrant alors en lui-même, il se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain de reste, tandis que moi, ici, je meurs de faim ! 18Je vais aller vers mon père et je lui dirai : Père, j’ai péché envers le ciel et contre toi. 19Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Traite-moi comme un de tes ouvriers.” 20Il alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié (fut ému aux entrailles) : il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. 21Le fils lui dit : “Père, j’ai péché envers le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils…” 22Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez la plus belle robe, et habillez-le ; mettez-lui un anneau au doigt, des sandales aux pieds. 23Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, 24car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.”

    « Et ils se mirent à festoyer. 25Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il approcha de la maison, il entendit de la musique et des danses. 26Appelant un des serviteurs, il lui demanda ce que c’était. 27Celui-ci lui dit : “C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras parce qu’il l’a vu revenir en bonne santé.” 28Alors il se mit en colère et il ne voulait pas entrer. Son père sortit pour l’en prier ; 29mais il répliqua à son père : “Voilà tant d’années que je te sers sans avoir jamais désobéi à tes ordres ; et, à moi, tu n’as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. 30Mais quand ton fils que voici est arrivé, lui qui a mangé ton avoir avec des filles, tu as tué le veau gras pour lui !” 31Alors le père lui dit : “Mon enfant, toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. 32Mais il fallait festoyer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est vivant, il était perdu et il est retrouvé.” »

    dimanche 8 mars 2026

    Lc 10, 38-42 - Marthe et Marie, trouver le bonne place

    Lecture biblique : Luc 10, 38-42 = voir texte en bas de cette page 
    Thématique : Marthe et Marie, trouver le bonne place
    Prédication de Pascal LEFEBVRE - Bordeaux (temple du Hâ), le 08/03/26 (jour de l’assemblée locale)

    Ce récit bien connu de Marthe et Marie est très court… il a pourtant suscité de multiples interprétations au cours de l’histoire chrétienne. 

    On a souvent opposé Marthe et Marie : Marthe représenterait l’action ; Marie la contemplation. Marthe serait la figure de la vie active ; Marie celle de la vie spirituelle.

    Mais si nous lisons ce texte attentivement, nous pouvons voir que l’évangile ne cherche pas à opposer ces deux femmes. Il nous montre plutôt deux attitudes intérieures, deux manières d’être au monde, deux manières d’accueillir le Christ.

    Et à travers elles, c’est aussi notre propre vie intérieure qui est mise en lumière.

    1. Marthe : le souci qui devient agitation

    Au début du récit, Jésus entre dans un village et il est reçu par une femme nommée Marthe.

    Il faut déjà remarqué que c’est Marthe qui accueille Jésus. C’est chez elle qu’il vient. C’est elle qui ouvre sa maison.

    Marthe est donc une femme généreuse, attentive, hospitalière. Elle veut accueillir et servir, elle veut bien faire, elle veut recevoir dignement son invité.

    Son attitude naît d’abord d’un réel souci pour l’autre, d’une sollicitude sincère. / Mais peu à peu quelque chose se transforme.

    Le texte dit que Marthe est « accaparée par les multiples soins du service » / « elle s’affaire à un service compliqué »

    Le souci devient surcharge. La sollicitude devient agitation.

    Et Jésus lui dit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. »

    Jésus ne lui reproche pas de servir. Il ne condamne pas son action. Mais il souligne son agitation intérieure.
    -
    C’est un fait que le souci peut parfois se retourner contre nous.

    Parfois, nous voulons trop bien faire. Nous voulons répondre aux multiples besoins que nous discernons. Nous voulons tout assumer (c’est vrai dans nos vies personnelles et dans nos engagements).

    Mais à force de vouloir tout faire, nous nous retrouvons divisés intérieurement…et nous nous épuisons… 

    Le souci devient inquiétude.
L’inquiétude devient agitation. 
Et l’agitation finit par nous couper de l’essentiel.

    C’est ce qui arrive à Marthe : 
    Elle n’est plus disponible.
 Elle n’est plus dans la relation, ni dans la joie.
 Elle est enfermée dans ce qu’elle a à faire.

    Et le signe le plus révélateur de cette division intérieure apparaît lorsqu’elle s’adresse à Jésus : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir seule ? »

    Cette phrase - qui résonne comme un appel à l’aide - ressemble au cri du petit enfant qui se sent débordé et qui dit  « Ce n’est pas juste ! »

    Ce sentiment d’injustice révèle quelque chose d’elle-même : Marthe ne se sent plus intérieurement à sa place.

    Elle est écartelée entre ce qu’elle voudrait faire et ce qu’elle croit devoir faire.

    Et ce trouble intérieur… elle va le projeter sur sa sœur, sous la forme d’un reproche.
    -
    Souvent, lorsque nous sommes intérieurement divisés, nous faisons la même chose.

    Notre agitation nous renvoie à nos propres limites. 
Notre fatigue devient rancœur… qui s’exprime en reproches. 
Notre inquiétude se transforme en jugement sur les autres.

    « Quand même… il pourrait en faire davantage ! »

    Le tumulte intérieur finit toujours par déborder sur les relations.

    2. Marie : la présence et l’unification intérieure

    Face à Marthe, l’évangéliste Luc montre - en contraste - la posture de sa sœur : « Marie s’assit aux pieds du Seigneur et écoutait sa parole. »

    Elle est assise. Cette position est très symbolique. Elle exprime l’ancrage, la stabilité, la présence.

    Marie n’est pas dans la dispersion. Elle n’est pas dans la précipitation.
Elle est simplement là… à l’écoute.

    Et Jésus dira d’elle que : « Marie a choisi la bonne part. »

    Remarquons bien les mots : il ne dit pas la meilleure part, mais « la bonne part ». C’est à souligner ! Car cela signifie qu’il n’y a pas une place supérieure à une autre. 
    Il n’y a pas une vie active mauvaise / et une vie contemplative meilleure.

    Il y a simplement une place juste pour chacun, lorsqu’elle correspond à l’élan profond de notre cœur.

    Marie est à la bonne place parce qu’elle est pleinement présente à ce qu’elle fait.
    Elle se rend disponible, ici et maintenant. Elle écoute. Elle accueille la parole.

    Cette place n’est pas réservée à Marie. Marthe pourrait tout aussi bien y avoir accès. Rien ne l’en empêche.

    Ce que Jésus souligne, ce n’est pas une hiérarchie des tâches. C’est la qualité d’une présence.

    Marie vit dans l’instant présent.
    -
    Elle montre la nécessité de retrouver en nous une racine unifiante, un centre intérieur.
    Car au fond, chacun de nous porte ce désir : le désir d’être unifié, rassemblé, pacifié.

    3. Un appel pour notre temps : entre accélération et résonance

    Ce passage biblique parle étonnamment bien de notre époque. Nous vivons aujourd’hui dans un monde d’accélération permanente.

    Les sollicitations sont très nombreuses. Les tâches se multiplient.
Les écrans, les mails, les textos, les groupes WhatsApp, les réseaux sociaux nous appellent sans cesse… et monopolisent notre attention.

    Tout semble urgent. Tout demande une réponse immédiate.

    Le philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa a beaucoup réfléchi à ce phénomène qu’il appelle l’accélération sociale. 

    Selon lui, notre modernité est caractérisée par une augmentation constante de la vitesse : communications, transports, travail, informations. Tous les domaines de notre existence sont concernés. 

    Nous faisons de plus en plus de choses… mais nous avons toujours le sentiment de manquer de temps.

    Cette accélération finit par produire une forme de dissonance… de désaccord avec le monde : nous ne sommes plus vraiment en relation avec ce qui nous entoure, nous sommes simplement en train de courir d’une chose à l’autre.

    -
    C’est un peu ce que vit Marthe.

    Elle veut bien faire. Elle veut accueillir. Elle veut servir. 
    Mais à force de vouloir tout faire, elle se disperse, elle est dans une sorte de surcharge intérieure. Et elle perd la relation elle-même.
    -
    Pour le sociologue Hartmut Rosa, le problème de notre époque n’est pas seulement que nous allons trop vite. Le problème est que nous perdons ce qu’il appelle « la résonance ».

    La résonance, c’est l’expérience d’une relation vivante avec le monde.
    
C’est ce moment où quelque chose nous parle, nous touche, nous rejoint, et où nous pouvons lui répondre.
    
Comme lorsqu’une parole nous atteint ou nous rejoint profondément.
Comme lorsqu’une rencontre nous touche et nous transforme.
Comme lorsqu’un paysage, une musique, une prière font vibrer quelque chose en nous.

    La résonance, c’est lorsque le monde cesse d’être un objet à disposition… un objet à maîtriser ou à contrôler… pour devenir une relation à habiter.
    _

    Le problème de notre époque, c’est que nous cherchons sans cesse à rendre le monde disponible : tout doit être accessible, rapide, maîtrisable. 

    Mais le paradoxe que souligne Hartmut Rosa c’est que les expériences les plus profondes de la vie ne peuvent pas être produites à volonté…

    Une rencontre bouleversante, une parole qui nous transforme, une expérience spirituelle… tout cela suppose d’accepter que le monde ne soit pas totalement sous notre contrôle. Il faut laisser une place à l’imprévisible, à ce qui nous rejoint…
    _

    C’est justement ce que fait Marie : elle ne cherche pas à gérer la situation, elle se rend simplement disponible à la parole qui lui est adressée….  

    Elle est assise. Elle écoute. / Elle n’est pas dans le contrôle, ni dans l’efficacité. / Elle est simplement là… dans la relation.

    Elle s’ouvre à ce qui est… et se laisse toucher par la parole qui lui est adressée.

    Pour vivre cela, elle a préalablement accepté une forme d’indisponibilité au reste du monde, à la matérialité, à l’urgence… en ne cherchant pas à maîtriser la situation.
    _

    D’une manière générale, l’analyse que propose le sociologue Hartmut Rosa rejoint profondément l’intuition biblique.

    Car dans la Bible, la relation avec Dieu commence toujours par une parole qui nous est adressée. Dieu parle, l’être humain écoute, et il répond. C’est alors que la relation transforme la vie. 

    La foi n’est pas d’abord une tâche, une oeuvre ou une performance à accomplir. Elle est d’abord une relation vivante à cultiver, une confiance qui s’ouvre, une rencontre où quelque chose en nous, se met à vibrer à l’écoute d’une parole.

    Et c’est précisément ce que l’évangéliste nous montre à travers le personnage de Marie : Elle se tient là, simplement, aux pieds de Jésus. Elle se rend disponible à cette relation vivante, où la parole peut la toucher, et où elle peut y répondre.

    On pourrait dire que Marie entre en résonance avec la présence et la parole du Christ.

    4. Écouter avant de servir

    Je crois personnellement que Marthe et Marie ne sont pas deux figures opposées.

    Toutes les deux montrent une dimension essentielle de la vie chrétienne : 
    Marthe nous rappelle que la foi se vit aussi dans le service, dans le don, dans l’engagement concret. / Marie nous rappelle que la foi naît dans l’écoute.

    Mais peut-être que l’ordre du récit est important : l’écoute précède le service.

    On ne peut pas servir durablement si l’on n’est pas d’abord relié à une Source intérieure.

    Sinon le service devient agitation. La générosité se transforme en fatigue. La joie de vivre s’éteint. Et la disponibilité se mue finalement en reproche.

    Mais lorsque l’écoute vient d’abord, alors l’action peut devenir juste.
    Nous agissons, non plus dans la précipitation, mais en adéquation avec ce qui se présente. Nous faisons ce qu’il faut, au moment opportun et favorable.

    C’est peut-être cela « la bonne place ».

    5. La question qui nous est posée

    Alors… peut-être que ce récit de Luc… nous pose finalement une question simple, mais profonde : Comment habiter le présent ?

    Comment être réellement et pleinement là où nous sommes ?
    Comment redevenir disponibles à la parole, à l’autre, à Dieu ?


    Car souvent notre esprit est ailleurs : Nous pensons à ce que nous avons fait. / Ou nous anticipons… en pensant à ce que nous devons encore faire, ensuite.

    Nous perdons ainsi la richesse du moment présent… alors que c’est là que devrait être notre conscience… car c’est dans le présent que se joue la rencontre.

    Peut-être que l’évangile nous invite aujourd’hui à redécouvrir quelque chose de simple : prendre le temps d’écouter, prendre le temps d’être là,
pour se rendre disponible à la relation, aux autres et à Dieu…. 

    Ouvrir des espaces dans notre vie… où nous pouvons nous laisser toucher… où la parole peut nous rejoindre… où la relation peut se déployer.

    C’est dans cette ouverture et cette disponibilité que peut naître une vie plus unifiée.

    Peut-être que pour vivre cette vie relationnelle… cette vie bonne… l’évangile nous appelle aujourd’hui non pas à en faire « toujours plus »… mais précisément à en faire « moins »… non par paresse, mais pour vivre mieux…. pour retrouver des espaces où la résonance devient possible.

    Ainsi… peut-être nous invite-t-il à un certain renoncement : 
    Renoncer à vouloir tout faire.
Renoncer à aller toujours plus vite.
 Renoncer à répondre à toutes les sollicitations.
    Pour retrouver une vie plus juste… plus habitée… plus authentique… plus fraternelle. 

    Conclusion : Marthe, Marie et la résonance

    En conclusion… je crois que Marthe et Marie ne sont pas deux femmes opposées. Elles représentent deux dimensions de notre propre vie.

    - Il y a en nous une part de Marthe : celle qui veut agir, servir, répondre aux besoins.
    - Et il y a en nous une part de Marie : celle qui aspire à écouter, à demeurer, à être simplement présente.

    La sagesse de l’évangile n’est pas de choisir l’une contre l’autre.
    Elle est de laisser l’écoute nourrir le service.

    Alors notre action devient plus juste.
Notre cœur devient plus paisible.
Et nous pouvons enfin habiter pleinement le présent.

    Peut-être est-ce là « la bonne part » que Jésus nous invite à choisir. 

    Alors… chers amis… que nos vies soient comme une maison accueillante, où le service et l’écoute se rejoignent… où chaque instant devient une résonance avec le monde et avec le Christ… pour nous unifier et nous unir les uns aux autres, dans la paix et la présence du Seigneur.  Amen ! 

    _________

    Luc 10, 38-42

    38 Pendant qu'ils étaient en route, il entra dans un village, et une femme nommée Marthe le reçut. 39 Sa sœur, appelée Marie, s'était assise aux pieds du Seigneur et écoutait sa parole. 40 Marthe, qui s'affairait à beaucoup de tâches, survint et dit : Seigneur, tu ne te soucies pas de ce que ma sœur me laisse faire le travail toute seule ? Dis-lui donc de m'aider. 41 Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses. 42 Une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part : elle ne lui sera pas retirée.


     

    dimanche 1 mars 2026

    Jean 9 - J'étais aveugle, et maintenant je vois

    Lecture biblique : Jean 9,1-41 (= voir texte, en bas de page) 
    Thématique : « J’étais aveugle, et maintenant je vois »
    Prédication de Pascal LEFEBVRE - Bordeaux (temple du Hâ), le 01/03/26


    Il y a, dans l’Évangile selon Jean, des récits qui ne cherchent pas à nous rassurer, mais à nous déplacer. Ce chapitre 9 en fait partie ! 

    Il commence par une question très simple, presque banale :
    « Qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »

    C’est une question que l’on pose encore aujourd’hui, parfois sans s’en rendre compte :
  

    À qui la faute ? Pourquoi cela lui arrive-t-il ?
 Qu’est-ce qu’il a fait pour mériter ça ?

    On recherche l’origine du mal… la faute originelle… Comme si tout ce qui arrivait, était nécessairement le fruit d’une sorte de rétribution de Dieu ou de l’univers… 

    Le problème de ce genre de raisonnement, c’est qu’il présuppose un lien de cause à effet, entre la souffrance et la faute. 
    Il faut absolument trouver une cause… un coupable…. une réponse - même simpliste - à la question du mal ou du malheur. 

    Mais, précisément, Jésus rejette cette manière de voir : ni lui, ni ses parents, ne sont responsables.… Son handicap n’a rien à voir avec le péché.

    Tout en refusant de donner une explication au mal… il conteste ainsi tout lien causal entre le péché et le handicap…. entre la faute morale et la maladie… 

    Ce qu’il propose, c’est une transformation du regard.

    1. Jésus déplace la question

    Jésus refuse l’idée que la vie humaine puisse se résumer à une équation morale.

    La question n’est pas de savoir « pourquoi »… mais « que peut-on faire » dans cette situation ? 

    Pour Jésus, cette situation difficile ouvre paradoxalement une occasion : l’occasion d’agir, pour manifester le salut de Dieu, son projet de libération et de guérison… puisque le Christ veut nous offrir 
    « la vie en plénitude » (cf. Jn 10,10).

    En même temps, c’est l’occasion d’une révélation, pour celles et ceux qui seront les témoins d’un changement, d’une transformation de la situation. 

    « Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché. - dit-il
. Mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » 

     
Cela signifie que Dieu n’abandonne pas l’être humain à ce qui pourrait l’impacter, l’amoindrir ou le faire souffrir. Il travaille au cœur même de ce qui semble fermé ou abîmé, pour restaurer son intégrité… et ouvrir un avenir. 

    « Il nous faut travailler aux oeuvres de Celui qui m’a envoyé » dit Jésus.  Il témoigne ainsi d’un Dieu solidaire de l’humanité… de ses épreuves, ses fragilités et ses souffrances. 

    Il révèle un Dieu qui se situe… non pas du côté du passé (difficile)… mais de l’avenir (meilleur)…. Un Dieu qui n’est pas l’agent de nos malheurs, mais le promoteur de notre salut.

    2. Une guérison… puis un long chemin

    Dans le récit de Jean, étonnamment, la guérison est racontée rapidement. Sans discours. Sans mise en scène. Elle parait presque secondaire.

    Le vrai récit parait commencer ensuite, dans une série d’interrogatoires… 

    A plusieurs reprises, l’homme est questionné. 
    Il y a même une certaine ironie… lorsque l’homme guéri doit confirmer son identité auprès de ses voisins : « c’est bien moi » dit-il. 
    
Successivement, l’homme est interrogé. Puis contesté. Puis soupçonné. Puis rejeté.

    Et ce qui frappe, c’est que plus la pression augmente, plus sa parole devient claire.

    Au début, il dit simplement : c’est « un homme appelé Jésus… »
    Puis : « C’est un prophète. »
    Puis : « S’il ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »

    Cette prise de conscience progressive… nous rappelle que la foi n’est pas un système tout fait. C’est un chemin… un long cheminement… évolutif… parfois conflictuel, parfois coûteux. 

    C’est une confiance et une conviction qui se forgent dans l’épreuve… et la relecture de vie. 

    Ce que le récit de Jean nous donne à voir… Ce n’est pas seulement l’accès à la vue physique - physiologique - pour cet homme… mais c’est, en réalité, l’ouverture à une vue spirituelle, une nouvelle vision de l’action de Dieu… à travers la personne de Jésus. 

    3. Les parents : la peur de perdre sa place

    Au cours de la narration… même les parents de l’homme guéri sont convoqués… et sont appelés à témoigner et à confirmer les faits. 

    Mais - de façon un peu lâche et décevante -  ils se retirent aussitôt. 
    « Il est assez grand. Interrogez-le. » disent-ils.

    Pourquoi un tel retrait ? Certainement par crainte !
    
A cause de cette guérison inouïe…  ils ont peur d’être exclus… d’être marginalisés… Ils ont peur de perdre leur place dans la communauté.

    Bien sûr, cette peur est compréhensible. Mais, elle est également tragique.

    Elle symbolise le manque de courage de tous ceux qui refusent de se mouiller et d’assumer la vérité des faits. 

    A deux mille ans de distance… l’attitude de ces parents… nous pose une question directe… à nous, également… aussi bien individuellement que collectivement…

    - À nous Chrétiens, quand nous refusons parfois de prendre position au nom de la vérité de l’Evangile… par conformisme ou par peur de faire des vagues, de déranger, de manifester notre indignation… alors qu’il faudrait assumer la vérité des faits, avoir le courage de l’intégrité et de la cohérence… et oser dénoncer les multiples injustices qui nous entourent. 

    - Et à nous Église, quand la peur de perdre une place, une forme de reconnaissance, une paix sociale… en engageant la parole de l’institution… quand tout cela… finit par prendre le pas sur la vérité qu’il faudrait pourtant éclairer et soutenir. 

    Chaque fois que nous agissons involontairement ou inconsciemment comme les parents de l’aveugle-né… chaque fois que nous consentons seulement au silence ou à la sécurité… au lieu de défendre la vérité et la justice… nous perdons notre liberté et la force de la parole prophétique qui devrait être celle de l’Eglise et des Chrétiens dans le monde. 

    Quel est le poids de la parole de l’Eglise dans la société d’aujourd’hui ?… si elle ne se fait plus l’écho de l’Evangile du Royaume… si elle n’éclaire plus le monde… en interpellant, en déplaçant, en bousculant, en secouant les consciences… en relayant les paroles du Christ ou celles de Prophètes, qui appellent à changer les mentalités ?  Il y a tant de sujets où les Protestants auraient leur mot à dire… pour ouvrir les perspectives… et permettre de voir les choses autrement… 

    Mais le problème est là… Dès que nous réagissons par peur… ou par conformisme… au lieu de laisser parler notre coeur… notre conscience et notre compassion… au lieu d’agir par amour… nous quittons les pas de Jésus… et nous risquons de devenir comme le sel qui perd son goût et devient fade - pour reprendre les mots du Christ (cf. Mt 5, 13-16). 

    Si les parents de l’aveugle guéri agissent ainsi par peur de l’exclusion… l’aveugle lui-même, heureusement, va oser une parole de vérité ! 

    4. Ceux qui voient… et ceux qui deviennent aveugles

    Enfin… dans ces interrogatoires… il y a surtout les pharisiens…

    Les pharisiens - plein de leur savoir et de leurs certitudes religieuses - sont persuadés de voir clair.
Ils connaissent la Loi donnée par Moïse. Ils savent ce qui est permis et interdit.

    Mais, précisément… ils en savent trop, pour voir autrement.

    Dans ce récit, l’évangéliste Jean n’oppose pas les bons croyants aux mauvais croyants.
Il oppose davantage la foi qui se ferme (par certitude ou rigidité), et celle qui accepte d’être déplacée (qui accepte de consentir à un non-savoir, pour accueillir la nouveauté). 

    Ceux qui sont aveugles et ceux qui voient, ne sont pas ceux qui croient l’être. 

    D’ailleurs, « voir » réellement… ce n’est pas seulement percevoir les choses avec ses sens… c’est accueillir la vérité… c’est reconnaître, à la fois, sa propre ignorance et la présence du Christ quand elle se manifeste.

    L’épisode se conclut par cette parole dérangeante de Jésus, qui traduit un renversement des positions :

    « Je suis venu pour que ceux qui ne voient pas, voient,
et que ceux qui voient, deviennent aveugles. »

    Ce n’est pas une condamnation. C’est un dévoilement.

    L’action du Christ oblige chacun à se positionner intérieurement… et à accueillir ou non la vérité. 

    La lumière ne juge pas : elle révèle.

    Elle révèle la foi… tout autant que l’incrédulité… et l’incapacité à remettre en cause ce que l’on croit déjà savoir. 

    Ainsi… ceux qui voient - mais qui se déclarent autosuffisants - sont finalement déclarés aveugles et pécheurs. 
    Tandis que l’homme aveugle-né - qui voit désormais - est déclaré sans péché. 

    Le péché, c’est donc l’aveuglement spirituel… c’est l’incrédulité. 

    5. La rencontre finale : le Christ ne laisse pas dehors

    Enfin, la finale du récit laisse entendre la situation de l’homme guéri. 

    Il est finalement exclu… jeté hors de la communauté religieuse. 
    Jésus le réalise et s’en émeut. Et c’est alors que se produit la scène la plus importante :

    « Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Et il vint le trouver. »

    A nouveau, bat le cœur de l’Évangile : le Christ se tourne vers celui qui est mis à l’écart… et un dialogue se noue…

    Celui-ci nous montre que la foi chrétienne ne commence pas dans la conformité - avec ceux qui cherchent des sécurités et des certitudes - mais dans la rencontre… avec celui qui se questionne… 

    Et lorsque Jésus demande : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »

    L’homme ne répond pas par une doctrine, mais par une ouverture, une disponibilité du cœur :

    « Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »

    Conclusion

    En conclusion… chers amis… ce récit de l’évangile, nous rappelle que le témoignage est souvent plus puissant que la doctrine. 

    Dieu se plaît à faire émerger la vérité par des voix inattendues et marginales. D’où l’importance d’écouter les voix des « petits », des « sans-voix »… et des « nouveaux-venus » dans la foi. 

    Une des paroles de ce récit résume ce qui fait vérité pour cet homme :

    « Je ne sais qu’une chose : j’étais aveugle, et maintenant je vois. »

    La foi n’est pas d’abord un savoir à défendre, mais une expérience de transformation à accueillir et à vivre. 

    Ainsi, le Christ n’est pas venu nous expliquer l’origine du mal ou du malheur… mais il est venu nous rejoindre au cœur de nos aveuglements, pour nous apprendre à voir autrement… pour autant que nous acceptions de nous laisser déplacer. 

    Chers amis… que notre Église soit un lieu d’accueil… où l’on peut apprendre à voir, sans peur, sans exclusion, sans certitude écrasante… Mais dans la confiance que la lumière du Christ continue de nous précéder, nous guider et nous inspirer.  

    Que le Seigneur nous éclaire individuellement et collectivement !  Amen. 

    ___


    Lecture biblique - Jean 9

    1 En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. 2 Ses disciples lui posèrent cette question : « Rabbi, qui a péché pour qu'il soit né aveugle, lui ou ses parents ? » 3 Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais c'est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! 4 Tant qu'il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m'a envoyé : la nuit vient où personne ne peut travailler ; 5 aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »

    6 Ayant ainsi parlé, Jésus cracha à terre, fit de la boue avec la salive et l'appliqua sur les yeux de l'aveugle ; 7 et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce qui signifie Envoyé. L'aveugle y alla, il se lava et, à son retour, il voyait.

    8 Les gens du voisinage et ceux qui auparavant avaient l'habitude de le voir – car c'était un mendiant – disaient : « N'est-ce pas celui qui était assis à mendier ? » 9 Les uns disaient : « C'est bien lui ! » D'autres disaient : « Mais non, c'est quelqu'un qui lui ressemble. » Mais l'aveugle affirmait : « C'est bien moi. » 10 Ils lui dirent donc : « Et alors, tes yeux, comment se sont-ils ouverts ? » 11 Il répondit : « L'homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, m'en a frotté les yeux et m'a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” Alors moi, j'y suis allé, je me suis lavé et j'ai retrouvé la vue. » 12 Ils lui dirent : « Où est-il, celui-là ? » Il répondit : « Je n'en sais rien. »

    13 On conduisit chez les Pharisiens celui qui avait été aveugle. 14 Or c'était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. 15 A leur tour, les Pharisiens lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur répondit : « Il m'a appliqué de la boue sur les yeux, je me suis lavé, je vois. » 16 Parmi les Pharisiens, les uns disaient : « Cet individu n'observe pas le sabbat, il n'est donc pas de Dieu. » Mais d'autres disaient : « Comment un homme pécheur aurait-il le pouvoir d'opérer de tels signes ? » Et c'était la division entre eux. 17 Alors, ils s'adressèrent à nouveau à l'aveugle : « Et toi, que dis-tu de celui qui t'a ouvert les yeux ? » Il répondit : « C'est un prophète. » 

    18 Mais tant qu'ils n'eurent pas convoqué ses parents, les autorités juives refusèrent de croire qu'il avait été aveugle et qu'il avait recouvré la vue. 19 Elles posèrent cette question aux parents : « Cet homme est-il bien votre fils dont vous prétendez qu'il est né aveugle ? Alors comment voit-il maintenant ? » 20 Les parents leur répondirent : « Nous sommes certains que c'est bien notre fils et qu'il est né aveugle. 21 Comment maintenant il voit, nous l'ignorons. Qui lui a ouvert les yeux ? Nous l'ignorons. Interrogez-le, il est assez grand, 
    qu'il s'explique lui-même à son sujet ! » 22 Ses parents parlèrent ainsi parce qu'ils avaient peur des autorités juives. Celles-ci étaient déjà convenues d'exclure de la synagogue quiconque confesserait que Jésus est le Messie. 23 Voilà pourquoi les parents dirent : « Il est assez grand, interrogez-le. »

    24 Une seconde fois, les Pharisiens appelèrent l'homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » 25 Il leur répondit : « Je ne sais si c'est un pécheur ; je ne sais qu'une chose : j'étais aveugle et maintenant je vois. » 26 Ils lui dirent : « Que t'a-t-il fait ? Comment t'a-t-il ouvert les yeux ? » 27 Il leur répondit : « Je vous l'ai déjà raconté, mais vous n'avez pas écouté ! Pourquoi voulez-vous l'entendre encore une fois ? N'auriez-vous pas le désir de devenir ses disciples vous aussi ? » 28 Les Pharisiens se mirent alors à l'injurier et ils disaient : « C'est toi qui es son disciple ! Nous, nous sommes disciples de Moïse. 29 Nous savons que Dieu a parlé à Moïse tandis que celui-là, nous ne savons pas d'où il est ! » 30 L'homme leur répondit : « C'est bien là, en effet, l'étonnant : que vous ne sachiez pas d'où il est, alors qu'il m'a ouvert les yeux ! 31 Dieu, nous le savons, n'exauce pas les pécheurs ; mais si un homme est pieux et fait sa volonté, Dieu l'exauce. 32 Jamais on n'a entendu dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle de naissance. 33 Si cet homme n'était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » 34 Ils ripostèrent : « Tu n'es que péché depuis ta naissance et tu viens nous faire la leçon ! » ; et ils le jetèrent dehors.

    35 Jésus apprit qu'ils l'avaient chassé. Il vint alors le trouver et lui dit : « Crois-tu, toi, au Fils de l'homme ? » 36 Et lui de répondre : « Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » 37 Jésus lui dit : « Eh bien ! Tu l'as vu, c'est celui qui te parle. » 38 L'homme dit : « Je crois, Seigneur » et il se prosterna devant lui. 

    39 Et Jésus dit alors : « C'est pour un jugement que je suis venu dans le monde, pour que ceux qui ne voyaient pas voient, et que ceux qui voyaient deviennent aveugles. » 40 Les Pharisiens qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Est-ce que, par hasard, nous serions des aveugles, nous aussi ? » 41 Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché. Mais à présent vous dites “nous voyons” : votre péché demeure.

    dimanche 8 février 2026

    Mt 5, 13-16 - Vous êtes la lumière du monde

    Lectures bibliques : Es 58, 7-10 ; Ps 112 (extraits) ; 1 Co 2, 1-5 ; Mt 5, 13-16 = voir en bas de cette page
    Thématique : vous êtes la lumière du monde
    Prédication de Pascal LEFEBVRE - le 08/02/26 (sur les textes du jour) - Bordeaux (église St Martial, dans le cadre d’un échange de chaire) & le 22/02/26, au temple de Talence. 

    La lumière… 

    Les textes bibliques que nous venons d’entendre, ce matin, nous ouvrent au thème de « la lumière ». 

    - Dans le livre du prophète Esaïe (cf. Es 58, 7-10), la « lumière qui jaillit » dépend de l’orientation du coeur et des choix existentiels. 
    Cette lumière se manifeste, lorsque la compassion et la solidarité à l’égard des plus pauvres sont réellement vécues. 

    La lumière est intimement liée à la justice.… à une justice concrète. 
    Marcher dans la justice, c’est - par exemple - accueillir et vêtir ceux qui sont démunis, c’est agir en faveur de ceux dont les chances de vie sont abîmées et amoindries. 

    Le prophète parle ainsi à ses auditeurs : une communauté revenue d’exil… mais aussi aux notables et aux élites religieuses de son temps… qui doivent faire face à de nombreuses inégalités. Il appelle chacun à exercer sa responsabilité fraternelle… à prendre soin des plus vulnérables, à faire « disparaître de chez soi » : « le joug » qui accable les plus modestes. 
    Mais aussi à supprimer les comportements négatifs : « le geste accusateur et la parole malfaisante » (dit-il), c'est-à-dire tout ce qui peut humilier, stigmatiser… atteindre la dignité ou détruire la réputation d’autrui.

    - Dans le psaume 112, le psalmiste va dans la même direction… 
    L'expression : « lumière des cœurs droits » suffit à désigner ce qui est à l’origine de la lumière des êtres : à savoir leur justice, leur tendresse et leur compassion. 
    Quand le coeur est ouvert et confiant… il vit dans la générosité et le partage. 

    Le psaume résume en quelques versets un programme de vie… il donne la définition d’une vie lumineuse : c’est celle qui « s’appuie sur le Seigneur » et qui vit en relation avec autrui, dans l’amour du prochain, le don de soi et le partage. 

    - Enfin, nous avons entendu ce très beau passage - connu - de l’évangile de Matthieu… qui fait suite aux Béatitudes. 
    Le Christ - celui qui a dit : « Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie. » (cf. Jn 8, 12) - Celui-là même… annonce que les disciples peuvent aussi être « lumière du monde »… que leur présence compte… que leurs actes ont un impact… pour autant qu’ils vivent selon les Béatitudes… qu’ils incarnent l’humilité, la douceur, la miséricorde, la paix et la recherche de la justice au quotidien. 

    Ainsi… celles et ceux qui sont transformés par leur foi - parce qu’ils ont accueilli la lumière de Dieu dans leur coeur et leur vie… ceux-là transforment aussi le monde : ils communiquent autour d’eux une lumière douce, aimante et apaisante… 
    Ils transmettent la même lumière que celle du Christ… lorsqu’ils prenait soin des plus petits, des exclus et des laissés-pour-compte… lorsqu’il guérissait les malades et enseignait les foules, en révélant un visage inédit de Dieu : un Dieu de vie et de bonté… qui vient pour le salut de tous. 

    Tous ces textes bibliques - nous le voyons - associent la lumière : à l’amour, à la compassion et la justice… 
    Ce constat aussi évident soit-il… nous interrogent profondément : 

    En tant que Chrétiens (protestants, catholiques, évangéliques, …)… avons-nous le sentiment d’être « lumière du monde »… de participer au rayonnement de l’amour de Dieu autour de nous ? 

    Et qu’est-ce que ce serait « être lumière du monde », aujourd’hui, au XXIe siècle ? 

    Et l’obscurité…

    Pour répondre à cette question… il faut sans doute commencer par regarder le monde tel qu’il est. 
    Cette lucidité nous oblige à reconnaître que notre réalité est (au contraire) largement traversée par les ténèbres…

    Sans cesse les grands médias, comme les réseaux sociaux, nous relaient l’obscurité du monde : 

    Un monde gouverné par « le chacun pour soi », la rivalité et les rapports de force… dans lequel il semble que les plus puissants ne s’intéressent guerre au bien-être, au développement et à l'épanouissement des êtres humains… sinon le monde serait certainement bien différent ! La plupart du temps, ce qui intéresse ceux qui détiennent le pouvoir et l’argent… c’est de développer leur sphère d’influence et leurs propres intérêts. Pour s’en convaincre, il suffit de voir l’attitude de certains chefs d’État qui se moquent bien du droit international… et qui sont prêts à piétiner et éliminer leurs adversaires - sans aucun état d'âme - pour obtenir ce qu’ils convoitent. 

    Les semaines passées, des révélations récentes - à travers les dossiers Epstein - ont été partiellement publiées. Et, une fois de plus, ces affaires de dissimulations, de manipulations, de corruptions… avec leurs multiples ramifications… montrent à quel point certaines « élites » parmi les plus influentes et les plus fortunées - appartenant au pouvoir politique, financier, culturel ou scientifique - ont pu sombrer dans le mensonge, l’avidité et les abus… et pour certains même, dans la violence, l’immoralité, la perversité et la monstruosité. [Rien n’est plus sombre que ces scandales qui révèlent à quel point ceux qui détiennent l’argent et dominent le monde, tentent de manipuler le système à tous les niveaux, en agissant dans l’ombre, pour arriver à leurs fins.]

    À côté de cela, nous pourrions encore parler de l'injustice systémique liée à la répartition de la richesse dans le monde… C’est toujours un scandale de se rappeler que les 1% les plus riches de la planète possèdent près de la moitié des richesses mondiales. Cette inégalité criante a pour conséquence d’enfermer des millions de personnes dans la pauvreté et de fracturer nos sociétés. [ Aujourd’hui encore, près de la moitié de la population mondiale vit avec moins de 5,5 dollars, par jour. Alors… Où est la lumière pour cette moitié de la population mondiale qui ne peut rien envisager, sinon seulement tenter de survivre ? ]

    Enfin, nous pourrions encore visualiser l’obscurité du monde… à travers les idéologies religieuses, fanatiques ou messianiques… tous les mouvements ultra-conservateurs … qui prônent un attachement fondamentaliste et intégriste à leur tradition religieuse - quelle qu’elle soit - au prix de l’élimination pure et simple de tous les autres…

    Nous pourrions certainement poursuivre la liste noire des injustices qui traversent le monde… pour discerner à quel point nous sommes dans les ténèbres… et combien nous avons besoin de lumière et d’êtres lumineux dans notre existence. 

    Alors, bien sûr…vous pourriez me dire - à juste titre : « il n’y a pas que la noirceur et la laideur du monde… il y a aussi des belles choses autour de nous… et des gens merveilleux qui agissent localement, pour changer les choses… et rendre le monde meilleur… » Et vous auriez mille fois raison !

    Toutefois, on ne peut se taire face à l’injustice… ni se résigner face au mal ! Chacun est appelé à élargir son niveau de conscience, à vivre dans la compassion et à exercer sa part de responsabilité. 

    Comme le soulignait le philosophe Paul Ricoeur, il faut refuser le découragement et le désespoir cynique, autant que l’optimisme naïf ou béat.

    La foi n’ignore pas le mal, mais elle parie sur une transformation possible… en refusant le fatalisme… en choisissant de répondre au mal, autrement que par le mal. 

    Alors… fort de ce constat, je reviens à ma question : Qu’est-ce que ce serait « être lumière du monde », aujourd’hui, au XXIe siècle ?

    Je vous propose d’esquisser 3 réponses : 

    1. Être lumière : vivre l’espérance, sans naïveté, ni toute-puissance

    Première réponse… Être lumière du monde, ce n’est pas nier les ténèbres, mais refuser qu’elles aient le dernier mot. 
    C’est vivre l’« espérance contre toute espérance » comme le disait Paul Ricoeur (à la suite de l’apôtre Paul). 

    Précisément, notre espérance chrétienne, c’est que Dieu « règne », malgré les apparences…
    C’est bien ce que nous redisons dans la prière dominicale : « que ton règne vienne »… qu’il s’étende… dans nos cœurs et dans le monde… « et que ta volonté soit faite sur la terre, comme au ciel ». 

    [ C’est aussi l’espérance que révèle la fin du livre de l’Apocalypse… à savoir que Dieu est l’Alpha et l’Omega… l’origine et l’accomplissement… Et qu’en dépit du mal et de la souffrance que nous pouvons traverser… tout se dirige vers un accomplissement céleste. Car Dieu tient le sens de la vie et de l’histoire dans ses mains.]

    C’est cette espérance que la Lumière divine guide le monde, malgré tout (cf. Es 60, 19-20)… qui nous conduit à nous engager, là où nous sommes… même humblement… pour « lutter » contre les injustices et « résister » au mal. 

    Être lumière du monde, ce n’est pas se croire meilleur ou au-dessus des autres… ni s’imaginer que nous pourrions, à nous seuls, réparer toutes les injustices et soigner toutes les blessures. 

    
Jésus ne dit pas à ses disciples : « Vous êtes le soleil du monde », « vous êtes des sauveurs ». Il parle simplement d’une lampe, d’une flamme, d’une lumière fragile… mais réelle.

    Dans le même sens, l’apôtre Paul rappelle que la lumière de l’Évangile ne se transmet pas par la puissance, le prestige ou la domination… mais par notre engagement, même modeste… et même à travers nos failles.

    Il a ces mots très forts : « Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié.
Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous ».

    Être lumière du monde, ce n’est certainement pas briller par notre force ou notre supériorité morale. C’est accepter - à la manière du Christ - de recevoir la lumière divine et de la transmettre autour de nous… C’est accepter que cette lumière passe à travers nous - à travers nos engagements, notre vulnérabilité et nos fragilités - pour offrir consolation… confiance et courage… à ceux qui nous entourent. 

    Cette lumière du Christ - que nous pouvons recevoir et relayer… n’est pas là pour éblouir ou écraser… mais pour orienter, guider, permettre de retrouver le sens… une direction de vie… un monde plus fraternel. 

    Le Bordelais Jacques Ellul pensait aussi de cette manière. Il écrivait que ce n’est pas par la domination ou la puissance qu’on peut lutter contre un mal qui est structurel. 

    Le chrétien n’est pas celui qui domine le monde, mais celui qui empêche qu’il ne se referme totalement sur la logique de la puissance. Ce qui implique esprit critique, discernement, liberté intérieure… et le choix de la « non-puissance ». 

    [La « non-puissance », c’est agir sans chercher à dominer, à contraindre ou à s’imposer par l’efficacité.]

    Être lumière du monde, c’est d’abord « résister »… C’est refuser les logiques de domination qui écrasent… les logiques de rentabilité, de rivalité et de concurrence, même lorsqu’elles sont présentées comme inévitables. 

    C’est par la recherche de la justice, dans tous les domaines, qu’on propage la lumière des Béatitudes. 

    2. Une lumière qui se voit… dans les gestes concrets… et des paroles qui relèvent

    Deuxième réponse… Être lumière du monde passe par des petits gestes quotidien et concrets… 

    Lorsque Jésus dit : « Que votre lumière brille devant les hommes…alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père. » Il ne parle pas de discours… mais de gestes, d’actions visibles et incarnées.

    Il propose d’agir de telle manière que Dieu devienne présent et crédible pour d’autres… 
    Ce qui implique que nos actions trouvent leur origine et leur source dans l’amour qui vient de Dieu. 

    Cette affirmation est dans la droite ligne du prophète Esaïe, lorsqu’il appelle : à partager le pain ; à accueillir les sans-abri ; à couvrir celui qui est nu ; à faire disparaître le joug, la malveillance et la médisance. 

    Il nous appelle « simplement » à la cohérence… à mettre en accord et en résonance nos pensées, nos paroles et nos actes… pour qu’ils reflètent l’amour de Dieu !

    Dans un monde saturé de paroles violentes, de mépris, de polarisations sur tous les sujets… être lumière, c’est parfois simplement : écouter au lieu de juger ; accepter le dialogue et le débat ; accueillir au lieu d’exclure ; partager au lieu d’accaparer ; protéger la dignité de chacun ; et rechercher le bien commun plutôt que des intérêts particuliers.

    Il y a des paroles qui apaisent et qui relèvent… et des gestes justes et altruistes… qui, selon Esaïe, font jaillir la lumière « comme l’aurore ».

    3. Une lumière qui commence en nous, avec nous, autour de nous… et qui permet de refuser la banalisation du mal

    Enfin, troisième et dernière réponse… on ne peut pas attendre que d’autres agissent… et accomplissent cette mission chrétienne… sans prendre notre part. 

    A la fin du sermon sur la Montagne, Jésus rappelle la règle d’or : « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites le vous-mêmes [d’abord] pour eux » (cf. Mt 7,12)

    Le Christ nous appelle à prendre l’initiative du bien.

    Bien sûr, il ne demande pas à ses disciples d’illuminer toute la planète.
Il leur demande « simplement » de propager la lumière qu’ils ont reçue… de la refléter… en devenant « lumière » pour d’autres…

    Il s’agit de devenir des relais du Christ… des petits « Christ », comme disait le réformateur Martin Luther. 

    Une lampe n’éclaire pas tout un pays.  Elle n’éclaire qu’une pièce… une table… un visage.

    Être lumière du monde, au XXIᵉ siècle, ce n’est peut-être pas changer le monde entier… Mais c’est déjà repousser l’obscurité de l’égoïsme, de la rivalité et de la discorde autour de nous… dans nos relations, nos maisons, nos entreprises… avec nos proches, nos familles, nos voisins, nos collègues…

    Être lumière : C’est croire que :
    - la solidarité est plus forte que le cynisme,
    - la justice est plus féconde que la violence,
    - la compassion est plus subversive que la haine.

    [Un des problèmes de notre monde hyper connecté… c’est que nous vivons dans l’immédiateté… nous savons instantanément ce qui se passe à l’autre bout de la planète… et nous sommes ainsi abreuvés d’images violentes… qui ont tendance à banaliser le mal, la vengeance et la brutalité. ]

    Comme le montrait Hannah Arendt, le mal n’est pas toujours monstrueux ou spectaculaire : il devient souvent banal. 

    Il devient particulièrement dangereux… lorsqu’il cesse de choquer, lorsqu’on s’y habitue… quand des hommes et des femmes renoncent à penser, à discerner, à résister intérieurement.

    Et c’est une chose contre laquelle nous sommes appelés à lutter, au nom du Christ : la banalité du mal… Ce mal qui risque de s’étendre et de se radicaliser, quand les individus cessent d’exercer leur esprit critique et d’assumer leur responsabilité.

    Être lumière du monde, c’est tout simplement agir… en refusant « l’anesthésie morale » et la banalisation de l’inhumanité.

    Conclusion

    Pour conclure… chers amis… ces textes de la Bible nous interrogent particulièrement… 

    Qu’en est-il pour nous, personnellement ?

    « Où sommes-nous appelés, concrètement, à faire briller la lumière des Béatitudes… dans notre vie et notre environnement ? »…
    C’est à chacun de répondre !

    [Nous en faisons l’expérience… le monde est traversé par de profondes ténèbres. Mais l’Évangile nous rappelle que la nuit n’est que passagère…
Il suffit parfois d’une petite lumière, pour que l’obscurité recule.]

    La confiance que nous donne Jésus, c’est « le courage d’être »… ce courage de la foi… qui peut déplacer des montagnes de problèmes… et transformer les situations. 

    La volonté du Christ, c’est que notre foi ne reste pas cachée sous le boisseau, mais qu’elle soit placée sur le lampadaire : qu’elle se traduise en gestes de justice, en paroles de paix, en actes de compassion.

    Être lumière du monde, c’est oser « mouiller la chemise » (si je peux me permettre l’expression)… autrement dit… risquer sa foi dans la réalité concrète. 

    Ainsi… à travers cette lumière fragile mais confiante… cette petite lumière que nous pouvons propager modestement… souhaitons que beaucoup puissent discerner le visage de Dieu… le visage d’un Dieu, qui relève, qui prend soin et qui espère, Lui aussi… Car Dieu espère toujours en nous et notre monde ! 

    Amen. 

    _____
    Lectures bibliques : 

    Es 58, 7-10


    Ainsi parle le Seigneur :
    Partage ton pain avec celui qui a faim,
accueille chez toi les pauvres sans abri,
couvre celui que tu verras sans vêtement,
ne te dérobe pas à ton semblable.
    Alors ta lumière jaillira comme l’aurore,
et tes forces reviendront vite.
Devant toi marchera ta justice,
et la gloire du Seigneur fermera la marche.
    Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ;
si tu cries, il dira : « Me voici. »
Si tu fais disparaître de chez toi
le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante,
    si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires,
et si tu combles les désirs du malheureux,
ta lumière se lèvera dans les ténèbres
et ton obscurité sera lumière de midi.

    Ps 112 (extraits : 1. 4-5, 6-7, 8a.9)
    Une lumière se lève pour celui qui a le cœur droit



    Heureux celui qui reconnaît l'autorité du Seigneur, qui prend plaisir à faire ce qu'il commande !

    Lumière des cœurs droits, il s’est levé dans les ténèbres,
homme de justice, de tendresse et de pitié.
L’homme de bien a pitié, il partage ;
il mène ses affaires avec droiture.
    Cet homme jamais ne tombera ;
toujours on fera mémoire du juste.
Il ne craint pas l’annonce d’un malheur :
le cœur ferme, il s’appuie sur le Seigneur.
    Son cœur est confiant, il ne craint pas.
À pleines mains, il donne au pauvre ;
à jamais se maintiendra sa justice,
sa puissance grandira, et sa gloire !

    1 Co 2, 1-5

        Frères,
quand je suis venu chez vous,
je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu
avec le prestige du langage ou de la sagesse.
    Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ,
ce Messie crucifié.
    Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant,
que je me suis présenté à vous.
    Mon langage, ma proclamation de l’Évangile,
n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ;
mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient,
    pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes,
mais sur la puissance de Dieu.

    Mt 5, 13-16

    En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « Vous êtes le sel de la terre.
Mais si le sel devient fade,
comment lui rendre de la saveur ?
Il ne vaut plus rien :
on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
        Vous êtes la lumière du monde.
Une ville située sur une montagne
ne peut être cachée.
    Et l’on n’allume pas une lampe
pour la mettre sous le boisseau ;
on la met sur le lampadaire,
et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
    De même, que votre lumière brille devant les hommes :
alors, voyant ce que vous faites de bien,
ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »

    dimanche 1 février 2026

    Traverser les tentations : un chemin de vie

    Lecture biblique : Mt 4, 1-11 = voir texte en bas de cette page
    (Volonté de Dieu : Jacques 1, 2-4. 12-18. 21-25)
    Thématique : Traverser les tentations : un chemin de vie
    Prédication de Pascal LEFEBVRE, Bordeaux, le 01/02/26 
    (inspirée d’un ouvrage de Pierre Glardon « Vous êtes la lumière du monde… » ED ouvertures)

    Introduction – La tentation, une expérience humaine ordinaire

    Dans la prière dominicale - la prière du 'Notre Père' - nous disons ensemble : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».

    Cette demande est souvent mal comprise. Elle ne dit pas que Dieu serait un tentateur, jouant avec nos failles ou nos fragilités.
Elle dit autre chose, de plus profond, de plus existentiel : 

    « Ne nous mets pas à l’épreuve », « Ne nous porte pas dans une tentation que nous ne pourrions traverser. » Autrement dit : « Ne nous laisse pas nous perdre dans ce qui nous divise ou nous détruit. »

    La vraie question n’est pas de savoir si Dieu nous tente ou pas…
Mais bien plutôt : comment réagissons-nous, face aux tentations qui traversent nos vies ?

    Comme l’écrit l’épître de Jacques : « Chacun est tenté par sa propre convoitise, qui l’entraîne et le séduit. » (Jc 1,14)

    La tentation n’est pas un accident spirituel.
 Elle est constitutive de l’existence humaine… car nous sommes des êtres de désirs, mus par des pulsions et une volonté propre. 

    Et c’est précisément pour cela que cet épisode de l’évangile de Matthieu nous concerne… En nous faisant entrer dans un dialogue intérieur, il nous montre le combat intérieur de Jésus au désert.

    I. Le désert : lieu de vérité et de combat

    Juste avant cet épisode, rappelons-nous que Jésus vient d’être baptisé. 
    Il a reçu l’Esprit Saint. Et il a entendu cette parole fondatrice :
    « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. » (cf. Mt 3,17)

    Et aussitôt, l’Esprit le conduit au désert.

    Cette précision de Matthieu nous rappelle que la vie spirituelle ne résume pas à une expérience spirituelle inouïe ou une extase mystique extraordinaire…  
    Dans la communion avec Divin, surgit aussi le temps du doute, de l’épreuve… l’épreuve du questionnement… l’épreuve de la cohérence interne, de l’unité intérieure.

    Il n’y a pas de foi vivante, sans combat intérieur.
Pas de fidélité, sans discernement.
Pas d’unité, sans résistance aux forces de division qui peuvent se manifester et tenter de nous asservir.

    Dans la Bible, le désert - lieu de rencontre avec soi-même et avec Dieu - est toujours un lieu ambivalent : lieu du manque, lieu de la faim, lieu du dépouillement… mais aussi : lieu de Parole, lieu de discernement et de vérité sur soi… lieu de maturation spirituelle.

    II. Le tentateur : ce qui divise

    Matthieu personnifie ici le mal sous la figure mythique du diabolos : le diviseur, le tentateur… le Satan, dans la Bible hébraïque. 

    Le mot diabolos signifie littéralement : « celui qui jette en travers », celui qui divise, qui fracture, qui sépare.

    Il est l’exact opposé du mot symbolon - le symbole - qui représente ce qui relie, ce qui rassemble, ce qui fait alliance.

    Peu importe, au fond, de savoir si nous croyons ou non à la figure personnelle du « diable ».
Ce que personne ne peut nier, c’est la réalité du mal… et surtout sa capacité à désunir, à désagréger les relations : avec soi-même, avec les autres, avec Dieu. 

    Face au mal, quatre attitudes sont possibles :
    (1) s’opposer et résister ; 
    (2) minimiser, nier ou fuir ; 
    (3) s’accommoder, céder, se soumettre ; 
    (4) cautionner et collaborer.

    Le récit de Matthieu nous montre qu’il est possible de « résister »… et de « traverser » des désirs transgressifs, mais que cela a un forcément un prix, un coût… puisque que ça passe par une forme de renoncement. 

    Précisément, il n'est pas de cheminement spirituel, sans choix, sans renoncement, sans passage par le feu.

    Ce matin… regardons un peu mieux - à travers les trois tentations présentées dans ce texte - de quoi il en retourne :

    III. Première tentation : la confrontation au manque – « Si tu es Fils de Dieu… »

    Après quarante jours de jeûne, Jésus a faim.
 Une faim physique, naturelle, bien sûr. Mais aussi une faim existentielle.

    Le tentateur commence par attaquer l’identité… il vient instiller et semer le doute : « Si tu es Fils de Dieu… » dit-il. 

    C’est toujours ainsi que la tentation agit : par une fragilisation de l’identité.
Elle s’infiltre dans nos fragilités, nos insécurités, nos manques… pour ébranler nos fondements… ou nous demander de justifier ou de prouver ce qui fonde notre existence.

    Le fait est que… lorsque nous doutons de nous-mêmes, de notre valeur… quand nous cherchons à combler un vide intérieur… ou quand nous avons peur de manquer… alors tout devient tentant.

    Le diviseur suggère une solution immédiate : transformer les pierres en pain.

    Mais Jésus refuse de réduire la vie humaine à la seule satisfaction des besoins matériels.  

    « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »

    
Pour le Christ… tout ne se résout pas par l’avoir… Tout ne se comble pas par des objets, des biens à consommer.

    D’autres désirs plus profonds habitent en nous : une soif de plénitude, d’infini… un désir d’unité, d’éternité… le désir profond de se sentir relié à une réalité plus grande… à une réalité transcendante.

    Il existe des manques que seul un changement de niveau intérieur - un changement d’état de conscience - peut permettre de traverser.

    Si Jésus, individuellement, franchit cette étape … il est vrai que notre société constitue parfois, collectivement, un obstacle à son dépassement. Car elle nous soumet en permanence à cette 
    tentation… en instillant en nous :

    - le désir de consommer, pour se sentir exister… ou pour calmer une angoisse existentielle,

    - le besoin d’accumuler pour se rassurer,

    - la soif de remplir nos vies et tout notre temps disponible… (sollicitations diverses pour remplir nos agendas, nos frigos, nos maisons, nos comptes bancaires, …) pour ne pas ressentir le vide.

    Notre société nous pousse sans cesse à croire que le manque est une anomalie à supprimer. / Alors… nous comblons inlassablement le vide et le manque. C’est sans doute un des facteurs qui crée une sorte d’indisponibilité fondamentale au Divin.


    L’Évangile, lui, tient un autre discours : il nous dit que le manque peut devenir un lieu de vérité… de disponibilité… pour découvrir une faim ou une soif plus profonde. 

    IV. Deuxième tentation : le désir de maîtrise et de toute-puissance sur la vie et sur l’environnement

    Le tentateur monte alors d’un cran.
 Il invite Jésus à se jeter du haut du Temple.

    Et cette fois, le diable cite l’Écriture. Mais il la tord ; il la tronque ; il la manipule.

    La tentation ici est redoutable : Accepter d’instrumentaliser Dieu, pour se garantir une sécurité absolue.

    C’est la tentation de la maîtrise totale sur la vie… tentation de la toute-puissance… du contrôle sur la vie, sur l’environnement et l’avenir. 

    En réalité… le psaume cité ne dit pas que : tout est possible… et qu’un salut angélique ou divin nous est assuré en cas de danger extrême… 

    Le Psaume 91 (90 LXX) - qui est ici partiellement cité par le tentateur - parle d’une protection angélique (c’est-à-dire divine) « en toutes tes voies »… c’est-à-dire dans l’existence ordinaire de l’homme, dans son quotidien. Ce n’est pas la même chose ! 

    Quoi qu’il en soit… Jésus refuse cette instrumentalisation divine. 

    « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

    Il renonce à l’illusion de la maîtrise, de la toute-puissance.
Il accepte les limites inhérentes à la condition humaine.

    Exister pleinement… vivre « en plénitude »… ce n’est pas vouloir tout maîtriser, occuper tout l'espace ou prendre toute la place ! 
C’est consentir à la relation, à la vulnérabilité, à l’humilité…. c’est laisser de la place à l’Autre et à l’inattendu… au prix d’un travail de lâcher prise de l’ego.

    Ici encore, cette tentation est très actuelle, au niveau sociétal. Elle s’exprime par :

    – le désir de maîtrise technologique,

    – l’obsession sécuritaire,

    – la volonté de contrôle total,

    – le refus de toute limite… qui s’exprime par le désir de repousser au maximum nos fragilités.

    La réalité est pourtant bien différente…  Nous en faisons l’expérience…

    La réalité, c’est que la vie humaine est inscrite dans la vulnérabilité, la fragilité, la finitude… Personne ne peut tout maîtriser !

    De toute façon, vouloir tout contrôler, c’est - à coup sûr - perdre la relation aux autres… et au réel…. en objectivant ou instrumentalisant autrui. 

    V. Troisième tentation : l’avidité, le désir de possession… pour obtenir la gloire, le pourvoir et les richesses… Qu’est-ce que nous adorons vraiment ?

    Enfin, le tentateur dévoile son vrai visage. Il promet à Jésus « les royaumes du monde »… le pouvoir et la richesse… à une condition : « Si tu te prosternes et m’adores. » dit-il.

    Ici, l’enjeu est clair : A qui… A quoi veux-tu vouer ta vie ?… Qu’est-ce que tu adores vraiment ?

    Le pouvoir, la réussite, la domination, la reconnaissance, l’argent ?
 
    Ou Dieu seul, source de vie ?

    Cette tentation - celle du pouvoir et de l’idolâtrie - est universelle. Son emprise marque tous les milieux : politiques, économiques, religieux, sportifs et associatifs.

    C’est la tentation du pouvoir et du « toujours plus »… qui, inévitablement, implique des compromis éthiques… une bonne dose de ruse et de manipulation… et parfois une forme de cynisme… au nom de l’efficacité… pour obtenir le but souhaité, le résultat convoité.

    A nouveau, Jésus tranche sans ambiguïté : Il choisit Dieu seul comme référence ultime.

    « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras. » 

    Alors, le diable se retire.
    Matthieu nous rappelle ainsi que le mal n’est jamais une fatalité.
Qu’il ne tient que par nos consentements… et nos trahisons. 

    VI. Et pour nous, aujourd’hui ?… Comment traverser les tentations, à la manière de Jésus ?

    Nous aussi, nous pouvons connaître des tiraillements, des tentations… Notre agitation mentale révèle souvent nos soucis, nos pulsions, nos angoisses ou nos inquiétudes. 

    Nous pouvons traverser des déserts… comme Jésus… où nos troubles et nos incohérences se manifestent :

    – la tentation de la résignation ou de la compromission,

    – la fatigue morale,

    – le repli sur soi,

    – l’avidité,

    – l’hyper-activisme,

    – la peur entretenue en permanence,

    – le découragement ou la tristesse,

    – ou encore la perte de sens.

    Et souvent, la tentation se présente comme raisonnable, pragmatique, réaliste.
    Mais ce récit avec Jésus nous montre un autre chemin.

    Comment « résister »… ou plus exactement, comment « traverser » les tentations ?

    D’abord, en élevant son niveau de conscience… en faisant preuve de lucidité et de discernement … en se laissant guidé par l’exemple de Jésus. 

    Notre mission, c’est d’être à l’écoute de ce qui nous traverse… c’est d’être vigilant… c’est un travail de « conscientisation », face aux pensées involontaires, à l’agitation ou aux divisions qui se manifestent en nous. 

    Voici 8 points qui peuvent nous aider à traverser les tentations :

    1. Avoir un ancrage identitaire solide - pour travailler à notre unité intérieure


    Savoir que nous sommes « enfants de Dieu », aimés inconditionnellement… contribue à notre unité intérieure. L’amour de Dieu nous donne un Centre, un fondement assuré. Savoir que - malgré les épreuves - « rien ne peut nous séparer de l'amour de Dieu » (Cf. Rm 8, 31-39), nous donne une base solide, une confiance en la vie et l’amour reçus. / Il est fondamental d’être au clair sur son identité et sur les valeurs prioritaires auxquelles nous souhaitons nous référer.

    2. Refuser le déni - Exercer sa vigilance 

    
Oser nommer ce qui nous traverse, sans faux-semblants. En toute conscience, faire preuve de vigilance face aux pensées involontaires qui risquent de créer du trouble et de nous diviser.

    3. Faire des choix clairs - être capable de distinguer ce qui fait vivre de ce qui peut être mortifère


    Tous les choix ne se valent pas. Certains font vivre, d’autres détruisent. Nos choix nous engagent et nous conduisent à des renoncements nécessaires.

    4. S’appuyer sur une préparation spirituelle - il n’y a pas de fatalité du mal. 


    La Parole - et notamment l’Évangile - est une boussole. La prière, la méditation et le discernement sont des ressources vitales. L’Esprit saint nous soutient ; nous pouvons le solliciter. 

    5. Inscrire son cheminement spirituel dans la durée - expérimenter le « laisser passer… sans s’attacher aux pensées involontaires »

    
Il arrive qu’une tentation revienne régulièrement à la charge. La vigilance est un chemin. Il convient aussi de laisser passer les pensées involontaires, sans s’y attacher.

    6. Être accompagné - être soutenu par une dimension communautaire


    On résiste mieux quand on est pas seul. La foi est un combat partagé. L’appui d’un ancrage communautaire constitue une aide précieuse.

    7. Oser dire non et renvoyer le tentateur avec courage - même s’il est proche


    Une des difficultés du combat spirituel est que la tentation s’incarne parfois à travers des proches. Pour Jésus, ce fut, par exemple, à travers Pierre ou Judas que le diable se manifesta (cf. Mt 16,23 ; Jn 13, 27). Cela signifie qu’il faut parfois oser s’éloigner des personnes toxiques autour de nous.

    8. Enfin, quand on tombe… se révéler et poursuivre la route autrement


    Nos vies sont émaillées de déstabilisations, de chutes et d’échecs… Dans l’Évangile, le Christ ne culpabilise jamais ses interlocuteurs. En revanche, il les appelle à se relever et à poursuivre leur route autrement, conscients de la miséricorde de Dieu.

    Conclusion – Le combat spirituel comme chemin de liberté

    Pour conclure… le désert de Jésus - et le combat spirituel qu’il a traversé - n’est pas un modèle héroïque inaccessible. C’est une image, une parabole de nos propres combats.
    Ce récit de l’Evangile - comme un témoignage - nous rappelle que la foi n’est pas une assurance contre l’épreuve, mais une force pour nous permettre de la traverser.

    Malgré les tentations, malgré les divisions, malgré les chutes… le chemin de la vie - avec le Christ - reste toujours ouvert. 

    Alors… sur nos chemins spirituels… que l’Esprit saint nous donne discernement, courage et confiance, pour choisir ce qui fait vivre ! 

    Et souvenons-nous cette parole du Seigneur dans le livre du Deutéronome : « Vois : j'ai mis devant toi la mort et la vie ; tu choisiras la vie pour que tu vives » (Dt 30, 15-20).  

    Amen.


    Lectures bibliques


    Volonté de Dieu : Jacques 1, 2-4. 12-18. 21-25

     2 Mes frères [et soeurs], considérez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves que vous pouvez rencontrer, 3 sachant que l'épreuve de votre foi produit l'endurance. 4 Or il faut que l'endurance accomplisse son œuvre pour que vous soyez accomplis et parfaits à tous égards, et qu'il ne vous manque rien. […]
    12 Heureux l'homme qui endure l'épreuve, parce que, une fois testé, il recevra la couronne de la vie, promise à ceux qui L'aiment.
    13 Que nul, quand il est tenté, ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Car Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne. 14 Chacun est tenté par sa propre convoitise, qui l'entraîne et le séduit. 15 Une fois fécondée, la convoitise enfante le péché, et le péché, arrivé à la maturité, engendre la mort. 16 Ne vous y trompez pas, mes frères bien-aimés. 17 Tout don de valeur et tout cadeau parfait descendent d'en haut, du Père des lumières chez lequel il n'y a ni balancement ni ombre due au mouvement. 18 De sa propre volonté, il nous a engendrés par la parole de vérité, afin que nous soyons pour ainsi dire les prémices de ses créatures.
    21 […] Accueillez avec douceur la Parole, qui a été plantée en vous et qui peut vous sauver.
    22 Mettez la Parole en pratique ; ne vous contentez pas de l'écouter, en vous abusant vous-mêmes. 23 En effet, si quelqu'un écoute la Parole et ne la met pas en pratique, il est semblable à un homme qui regarde dans un miroir son visage naturel 24 et qui, après s'être regardé, s'en va et oublie aussitôt comment il était. 25 Mais celui qui a plongé les regards dans la loi parfaite, la loi de la liberté, et qui y demeure, non pas en écoutant pour oublier, mais en mettant en pratique, – en faisant œuvre – celui-là sera heureux dans sa pratique même.

    Lecture biblique : Matthieu 4, 1–11

     1 Alors Jésus fut conduit par l'Esprit au désert, pour être tenté par le diable. 
    2 Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il finit par avoir faim. 3 Le tentateur s'approcha et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » 
    4 Mais il répliqua : « Il est écrit : Ce n'est pas seulement de pain que l'homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu. » 
    5 Alors le diable l'emmène dans la Ville Sainte, le place sur le faîte du temple 6 et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges et ils te porteront sur leurs mains pour t'éviter de heurter du pied quelque pierre. » 
    7 Jésus lui dit : « Il est aussi écrit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. » 
    8 Le diable l'emmène encore sur une très haute montagne ; il lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire 9 et lui dit : « Tout cela je te le donnerai, si tu te prosternes et m'adores. » 
    10 Alors Jésus lui dit : « Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : Le Seigneur ton Dieu tu adoreras et c'est à lui seul que tu rendras un culte. » 
    11 Alors le diable le laisse, et voici que des anges s'approchèrent, et ils le servaient.