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Méditations de Pascal Lefebvre, pasteur de l Eglise Protestante Unie - région Sud-Ouest
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Lectures bibliques : Mt 16, 21-27 ; Mt 25, 31-46 (= voir en bas de cette page)
Thématique : Du désir de soi au désir de Dieu - Renoncer à être le centre
Prédication de Pascal LEFEBVRE / le 06/09/26 - Bordeaux, temple du Hâ
Aujourd’hui, nous entendons des passages de l’Évangile dérangeants et difficiles… surtout si nous avons en mémoire certaines représentations terrifiantes de la fameuse fresque du « Jugement dernier », comme celle de la cathédrale Ste Cecile d’Albi… commandé à la fin du XVe siècle… pour effrayer et édifier les fidèles…
Il nous faut pourtant relire ces textes autrement… et tenter de discerner le message qui nous est transmis… en surmontant les aspects mythiques ou mythologiques…
Pour commencer, je vous propose de méditer sur cette fameuse phrase de Jésus qui déclare : « si quelqu'un veut marcher à ma suite qu'il renonce à lui-même »… ou selon les traductions : « qu’il s’abandonne lui-même…qu’il se renie lui-même »… Qu'est-ce que ça signifie vraiment ? Que Jésus voulait-il dire ?
Pour envisager ce chapitre 16 de l'évangile de Matthieu… il nous faut revenir au contexte… aux chapitres précédents : Jésus a opéré un certains nombres de guérisons, y compris les jour du sabbat… il a essuyé plusieurs controverses… et assumé des prises de position…
Du fait de ses paroles libératrices et de ses actions thérapeutiques subversives… il est, de plus en plus, mal vu des autorités religieuses de son temps… Et il se trouve menacé, car son Évangile vient remettre en cause l’image de Dieu véhiculée par le Judaïsme du temple, des grands prêtres, des Lévites… et sans doute aussi interroger la vision légaliste et rigoureuse des Pharisiens…
Jésus est certainement conscient que ses paroles et ses actes ne seront pas sans conséquences… que sa liberté de parole et l’annonce de la proximité du Règne de Dieu… viennent bouleverser les mentalités… contester la religion instituée… et mettre à mal l’autorité des Religieux de son époque.
C'est la raison pour laquelle, il annonce à ses disciples qu’il devra certainement souffrir et subir la colère des anciens et des grands prêtres. Il discerne certainement la fin funeste qui lui est réservée… s'il persiste à monter à Jérusalem, à annoncer l'Evangile de la grâce, de l'amour et du pardon. Mais, bien sûr, il a décidé d'aller jusqu'au bout… malgré tout…
De son côté, Pierre et, certainement, d’autres disciples avec lui… ont une manière toute différente de voir les choses. Ils espèrent que Jésus est bien le Messie qu’ils attendent… ce Messie qui doit libérer Israël de l’occupation romaine… et rendre sa gloire au peuple élu. Alors il n’est pas question pour Pierre que Jésus accepte le rejet, la souffrance et la mort… il attend un « Jésus » tout autre… combatif et victorieux… un Messie conforme à son désir.
Les reproches qu'il adresse à Jésus révèlent que son projet pour le Christ est un projet fondé sur l’ego… sur le désir d’obtenir satisfaction… de gagner, de réussir… Il cherche - peut-être inconsciemment - à imposer à Jésus sa volonté personnelle… Il voudrait que le Christ soit à la hauteur de ses espérances… qu’il soit l’auteur et le décideur de tout ce qui va arriver.
Jésus - nous le devinons - est dans une posture bien différente… Contrairement à Pierre, il ne cherche pas à vouloir attraper la vie, à vouloir la faire entrer dans nos projets, nos préférences ou nos peurs… Il ne cherche pas à la posséder ni à la diriger… Il comprend qu’il n'est pas séparé des autres… et qu’il ne pourra pas échapper à la pression collective… à son environnement… aux circonstances… Il sait que son sort s’inscrit dans l’interdépendance avec tous ceux qui l’entourent… y compris avec ceux qui détiennent le pouvoir.
C’est ce qui lui fait dire ces mots très forts… à savoir que Pierre est comme un « Satan »… un tentateur, un diviseur… car sa vision purement humaine… est fondée sur l’ego… Cet égo qui construit sans cesse une frontière entre « moi » et « le reste », entre mes désirs et les autres…
À chaque instant cet ego transforme l’interdépendance en séparation… car, la plupart du temps, nous nous voyons - comme Pierre - comme des individus isolés, face à un monde qui nous résiste… et nous voulons… et faisons tout… pour que ce monde se plie à nos désirs… à notre volonté… et entre dans nos projets.
Sans nous rendre compte… nous vivons souvent dans cette opposition entre « le moi » et le monde… car nous voulons contrôler les choses…
A bien y regarder… cette impulsion est, de fait, un désir que la société elle-même nous transmet de génération en génération : chacun est appelé à s’affirmer, à se réaliser par lui-même, à mériter sa place…
Depuis notre naissance, tout nous pousse à devenir quelqu’un… à nous distinguer… à être différents, uniques et remarquables. Très tôt, nous apprenons à défendre une identité, une réputation, une opinion… nous avons tendance à manifester notre désir d’exister, de croitre, de réussir, sans forcément nous préoccuper des autres… et souvent même en nous séparant des autres… ou pire, en les concurrençant ou en les éliminant…lors des concours ou des entretiens que nous passons…
Fondamentalement… la raison profonde de ce comportement vient de notre mental… qui veut autre chose que ce qui est… Il veut modifier la réalité… la contrôler… Il veut négocier avec le présent. Il voudrait lui imposer ses conditions.
Mais, à chaque fois que nous faisons cela, nous renforçons - souvent inconsciemment - la sensation d’être des individus isolés, face à un monde qui nous résiste. Alors apparaissent l’effort, la tension, la rivalité… la soif de gagner et la peur de perdre… ainsi que le besoin permanent de contrôler les choses. Cet effort est immense… et c'est ainsi que nous fonctionnons la plupart du temps…
Pourtant, si nous observons la nature, nous voyons qu’elle fonctionne différemment… Une feuille ne lutte pas contre le vent, elle danse avec lui. Un poisson ne cherche pas à dominer le courant, il en suit les mouvements. Il se laisse porter. Bien sûr, les saumons peuvent remonter les rivières, mais seulement à certains moments, pour garantir la survie de leur progéniture, afin de trouver un environnement protégé. De la même manière, aucun arbre ne fait d’effort pour grandir. Aucun nuage ne décide de traverser le ciel. Dans la nature, tout suit naturellement les circonstances… car les êtres et les éléments vivent dans l’interdépendance.
Pour ce qui est de l’être humain, notre vision est souvent différente… car nous imaginons constamment qu’il faut intervenir pour améliorer ce qui est déjà en train de se produire. Nous voulons influencer le cours des choses, nous voulons réussir et convaincre. Nous désirons avoir une place et laisser une trace… Autrement dit, consciemment ou inconsciemment, nos actions cherchent souvent à imposer une volonté personnelle.
Et - à bien y regarder - c’est certainement ce qui nous fait souffrir… vouloir toujours être l’auteur de tout ce qui arrive… prétendre décider et avoir raison… et refuser les circonstances, sur lesquelles nous n’avons pas prise.
Visiblement… Jésus raisonne autrement :
- D’un côté, il agit, il lutte contre les injustices et des discriminations (notamment à l’égard des exclus, des pauvres, des malades, des personnes handicapées, des péagers, etc.) … il se bat pour changer les choses… pour transmettre l’amour de Dieu… pour libérer et guérir, pour apporter pardon et réconciliation…
- Mais, d’un autre côté, il est tout à fait conscient qu’il ne pourra pas maîtriser les circonstances… il s’en remet donc à Dieu… il vit dans la confiance… parce qu’il vit pleinement en communion avec le divin et avec les autres…
« Faire confiance à Dieu » ne signifie pas se résigner, ni approuver tout ce qui arrive. Cela signifie reconnaître lucidement ce qui est hors de notre pouvoir, pour mieux discerner ce qui dépend encore de nous…
Et c’est précisément ce que Jésus semble apprendre à Pierre et aux disciples : nous ne pouvons pas tout contrôler, nous ne pouvons pas faire entrer la réalité dans nos projets… mais nous pouvons toujours choisir comment nous allons vivre ce qui nous arrive, et comment nous allons agir au cœur de ces circonstances.
Voilà la raison pour laquelle, le Christ appelle Pierre et les disciples à changer de mentalité et de comportement… « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même… et qu’il se charge de sa croix ».
Nous pouvons entendre cette exhortation comme un appel à penser et à vivre autrement… à lâcher notre égo… nos désirs égocentriques… notre soif de contrôle… notre volonté de défendre notre sécurité et nos intérêts… pour discerner que nous ne sommes pas le centre et la mesure de toute chose… ni séparés les uns des autres.
Jésus veut nous faire sortir de cette illusion, qui nous pousse à croire que nos désirs devraient s’imposer… et que nous devons être dans la maîtrise… alors que lui nous propose simplement d’agir au mieux - de vivre dans l’amour - tout en faisant pleinement confiance à la Providence divine… quoi qu’il arrive…
Il me semble que l’autre texte que nous avons entendu : la fameuse parabole du jugement dernier, peut nous éclairer sur le sens de ce dialogue entre Jésus et Pierre… pour en élargir la perspective…
Ce matin, je n’entrerai pas dans le détail concernant cette parabole de Matthieu 25… Je vous propose simplement d’essayer d’en tirer quelques conséquences…
Grâce à ce texte, nous apprenons la chose suivante :
Nous ne sommes pas séparés les uns des autres… nous sommes tous Un… C’est ce que découvrent les hommes de la parabole du jugement dernier… qu'ils aient été, durant leur existence… aimants et obéissants, comme des brebis….ou indifférents et rebelles, comme des chèvres… Ils apprennent finalement que chaque être humain est lié à son frère… que chaque frère est lié au Christ… et que le Christ est lui-même lié à Dieu…
Autrement dit, au jour du jugement, tous prendront conscience que la vie est tissée de liens invisibles… que nous vivons une forme de communion et d’interdépendance… et donc qu’il y a une illusion à nous croire séparés les uns des autres…
Inévitablement… ce que nous faisons à l’autre nous transforme nous-mêmes, parce que notre manière d’entrer en relation avec lui façonne peu à peu notre manière d’être au monde et d’être devant Dieu.
Cette grande scène symbolique du « jugement dernier » a pour fonction de transmettre - sous forme narrative - une information destinée à nous transformer. En effet, celui qui entend cette parabole change forcément de mentalité… car il est désormais informé… que la séparation est une illusion… que l’inter-dépendance est une réalité, peut-être invisible et cachée, mais réelle…
Dans ce « mythe » du jugement dernier… le problème de celles et ceux qui ont été indifférents aux autres… nous renvoie précisément à la question de l’égo… Ils représentent celles et ceux qui ont été animés par des désirs personnels et égocentriques… qui n'ont pensé séparément qu’à leur désir d’exister, sans se préoccuper des autres… en oubliant… ou en ne réalisant pas… que nous sommes tous Un… tous reliés… dans le mesure où le Christ vient à ma rencontre dans le visage de l’autre…
Précisément… le mouvement conclusif de leur destinée, décrit par la parabole… traduit une réalité relationnelle… qui s’exprime par un déplacement… un changement de position :
Ainsi, ceux qui ont vécu dans l’amour se rapprochent finalement du Dieu d’amour - « venez, les bénis de mon Père » - dit la voix du Fils de l’homme… tandis que ceux qui ont vécu dans l’indifférence s'éloignent un peu plus de Dieu… « Allez-vous-en loin de moi… » dit la voix.
Ce mouvement - vers plus ou moins de proximité avec le coeur de Dieu - est symbolique : il résulte de l’amour ou du manque d’amour… Il est destinée à nous faire comprendre l’impasse et l’illusion qui découle d’une vie qui se laisse conduire par l’égo…
Comme la parabole du riche insensé (cf. Lc 12, 13-21) … cette parabole (de Mt 25) constitue une illustration saisissante de cette fameuse phrase de Jésus : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même ».
Car, marcher à la suite du Christ… c’est forcément choisir de vivre en lien avec les autres… quelles que soient les circonstances…
On ne peut pas sauver sa petite vie par soi-même et pour soi-même… le salut « chacun pour soi » n’a aucun sens au regard de Dieu… c’est une pure illusion !…
Ce qui a du sens, en revanche, c’est ce qui fait vivre… ce qui donne goût à la vie… et cela passe par le don de soi : … donner sa vie, vivre dans l’amour… c’est précisément trouver la vie… la découvrir et la faire grandir dans le lien à autrui…
Il est important de souligner que l’invitation de Jésus à renoncer à faire de son « moi » le centre… ne vise pas à nous conduire à l’inaction… mais à une élévation de notre niveau de conscience…
Et cela peut nous conduire à deux façons nouvelles de voir les choses : une façon peut-être plus « bouddhiste » et une façon sans doute plus « chrétienne » :
- D’une part, nous pourrions interpréter les paroles de Jésus… dans la continuité de ce que prescrivent certaines traditions liées à l’enseignement du Bouddha … à savoir que si nous renonçons à l’égo et à nos désirs…nous trouverons la paix… et nous éviterons la souffrance…
En effet, en acceptant ce qui est… en voulant simplement ce qui est… nous entrons dans le mouvement de la vie et nous acceptons les circonstances sur lesquelles nous n’avons pas prise…
Nous arrêtons ainsi de voir la vie comme une résistance ou une lutte… une opposition ou un combat… Nous sortons de l’idée de rapports de force ou de contrôle… pour entrer dans l’éveil, par lequel nous faisons l’expérience de l’interdépendance et de l’unité… en abandonnant l’illusion d’être séparés des autres…
- D’autre part, nous pouvons aussi interpréter les paroles de Jésus… comme un appel à réorienter nos désirs…
Car une question fondamentale apparait lorsqu’on écoute Jésus : peut-on vraiment renoncer à soi-même ? Peut-on se renier… et n’avoir aucun désir ? Le souhait de n’avoir aucun désir égocentrique n’est-il pas lui-même un désir ? N’y a-t-il pas là une sorte d'impasse ?
Peut-être que la solution n’est pas d’essayer d’abandonner tout désir… mais de les convertir… d’apprendre à réorienter nos désirs en les tournant vers Dieu… en les faisant entrer… en les inscrivant… dans un désir plus vaste : le désir de Dieu…
Le désir de Dieu - c’est ce qu’on appelle « sa volonté ». Ce désir, c’est la vie, la confiance, l’amour, la liberté, la paix, la justice, la joie… Tout le Nouveau Testament va de ce sens… Le Christ est venu nous révéler que le désir de Dieu, c’est la Vie en plénitude, pour tous…
Alors… peut-être qu’une manière de renoncer à notre égo et nos désirs égoïstes… ce serait de vivre davantage en communion avec le Christ… pour nous laisser pleinement orienter par Dieu, par son désir de vie, d’amour, de justice, de paix…
Et renoncer à soi-même… cela signifie également renoncer à nos sécurités et à nos peurs… comme l’a fait Jésus… en faisant pleinement confiance à notre Père céleste… malgré la non-maitrise des circonstances…
C’est ce chemin qu’a choisi Jésus… qui est pour nous un modèle et un exemple d’accomplissement : oser la confiance… abandonner son égo, en entrant dans le désir de Dieu… vivre dans le don de soi… donner sa vie par amour… au risque de la perdre… pour, en réalité, la trouver… la trouver dans l’unité et la communion avec Dieu et avec les autres…
Voilà… chers amis… le chemin que le Christ nous invite à suivre : entrer dans la confiance et le lâcher-prise… pour expérimenter la vie, avec un horizon plus large, où nous sommes toujours en lien avec les autres et avec Dieu…
Nous laisser guider par Dieu… plutôt que par notre « moi » et nos désirs… afin d’expérimenter une vie conduite par l’amour…
Dans notre existence… nous souhaitons souvent que Dieu entre dans nos projets… alors que Jésus, lui, nous invite à entrer dans le projet de Dieu…
C’est pour cela que la spiritualité est différente du développement personnel :
- Bien sûr, c’est important de s’épanouir… et de rechercher son « bien-être »… Mais la plupart du temps, dans le développement personnel, nous voulons fabriquer un « moi » affirmatif, solide, combatif, indépendant et séparé du reste du monde…
- La spiritualité… telle que Jésus la propose… consiste, au contraire, à lâcher ce « moi »… à renoncer à être l’auteur de tout ce qui arrive… pour vivre en communion avec Dieu et avec les autres…
Et cela modifie, en conséquence, notre rapport aux circonstances…
Le fait est que les circonstances de la vie évoluent et changent sans nous demander notre avis… Jésus n’a pas choisi de rencontrer tant de résistance autour de lui… et de devoir faire face à la violence des autorités religieuses de son temps…
L’Évangile nous raconte ce moment où il comprend que rester fidèle au chemin qu’il a choisi, va désormais le conduire au conflit et peut-être à la mort… Il choisit de faire confiance à Dieu, malgré tout… tout en sachant que les circonstances risquent devenir de plus en plus difficiles et menaçantes…
Il choisit ainsi de ne pas vivre séparé des autres, même de ceux qui pouvaient lui faire du mal… Il choisit de se laisser porter par Dieu…
En d’autres mots, Jésus choisit la voie du dépouillement… et de l’abandon dans la confiance…
Voilà donc, chers amis, l’exemple que nous avons de Jésus.. et voilà ce que l’Évangile nous rappelle en cette nouvelle rentrée scolaire : l’importance de prendre soin de notre vie relationnelle.
Nous pouvons sortir de l’illusion d’une vie enfermée sur elle-même. Nous sommes liés à Dieu et liés les uns aux autres. Et cela, nous pouvons déjà l’expérimenter, ici et maintenant….. sans attendre d’être au ciel !
Car celui qui donne sa vie ne la perd pas : il participe déjà à la dynamique du Royaume… Il découvre que la vie est faite pour être donnée, reçue et partagée.
Amen.
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Lectures bibliques
Mt 16, 21-27
21 A partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu'il lui fallait aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, être mis à mort et ressusciter le troisième jour. 22 Pierre, le prit à part et se mit à lui faire des reproches en disant : À Dieu ne plaise, Seigneur ! Cela ne t'arrivera pas. 23 Mais Jésus se retourna et dit à Pierre : Arrière de moi, Satan ! Tu es pour moi un scandale, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.
24 Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. 25 Quiconque en effet voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi la trouvera. 26 Et que servira-t-il à un homme de gagner le monde entier, s'il perd son âme ? Ou que donnera un homme en échange de son âme ? 27 Car le Fils de l'homme va venir dans la gloire de son Père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon sa manière d’agir.
Mt 25, 31-46
31 « Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, accompagné de tous les anges, alors il siégera sur son trône de gloire. 32 Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres. 33Il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. 34 Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. 35Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger et vous m'avez recueilli ; 36 nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi.” 37 Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? 38 Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ? 39 Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison, et de venir à toi ?” 40 Et le roi leur répondra : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait !” 41 Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. 42 Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire ; 43 j'étais un étranger et vous ne m'avez pas recueilli ; nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité.” 44 Alors eux aussi répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou en prison, sans venir t'assister ?” 45 Alors il leur répondra : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait.” 46 Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle. »
Lectures bibliques : Mt 25, 14-30 ; Lc 12, 13-21 ; 1 P 4, 10 (= voir en bas de cette page)
Thématique : Que ferons-nous de ce qui nous est confié ?
Prédication de Pascal LEFEBVRE / le 23/08/26 - Bordeaux, temple du Hâ
La parabole des « talents » est sans doute l’une des paraboles de Jésus que nous croyons bien connaître.
Un talent - à l’origine - c’est une très grosse somme d'argent. Mais en français, le mot « talent » a fini par désigner aussi une capacité, un don, une aptitude. Et ce double sens peut nous aider à entendre cette parabole…
En l’entendant, on imagine comprendre assez vite ce qu’elle signifie : Dieu nous a donné des talents et des capacités… et nous sommes invités à les faire fructifier.
Alors nous commençons à nous demander :
« Quels sont mes talents ? » « Qu’est-ce que je sais faire ? »
« Est-ce que les utilise vraiment ? » « Est-ce que j’en fais assez ? »
Mais lorsqu’on écoute vraiment cette parabole, quelque chose résiste. Car Jésus ne raconte pas l’histoire de trois hommes qui ont reçu les mêmes possibilités…. L’un reçoit cinq talents, l’autre deux, le troisième un seul…. Et surtout, aucune consigne précise n’est donnée à ceux qui les reçoivent…
Le maître part…. Il leur confie ses biens… et il s’en va.
Et c’est peut-être là que se joue l’un des enjeux de cette parabole :
Que faisons-nous de ce qui nous est confié, lorsque personne ne nous dit exactement ce que nous devons en faire ?
Car il y a une chose que nous avons peut-être tendance à oublier : nous ne recevons pas seulement des capacités. Nous recevons une vie tout entière à faire fructifier.… du temps, des possibilités de rencontres, des relations, des charismes, des responsabilités… des occasions d’aimer, de servir, de créer, de transmettre.
Et nous ne savons pas toujours, au départ, ce que nous pouvons faire de tout cela… Il y a des choses que nous ne découvrons qu’en chemin.
Bien souvent, nous croyons que nous devons d’abord savoir « qui nous sommes » et développer nos capacités, pour pouvoir agir…. Mais peut-être est-ce l’inverse : peut-être est-ce en osant agir… en nous engageant… que nous découvrons ce dont nous sommes capables.
C’est peut-être cela que la parabole veut nous faire entendre :
Dieu nous confie quelque chose… Il est comme un maître qui part pour un long voyage… et qui nous fait suffisamment confiance pour nous laisser libres d’en faire quelque chose de bon.
Alors la question n’est peut-être pas d’abord : « Quels sont mes talents ? »… Mais : « Qu’est-ce que je vais faire de ce qui m’a été confié ?… Est-ce que je fais suffisamment confiance à celui qui m’a confié des dons, pour oser m’en servir ? … et est-ce que je me fais confiance à moi-même… pour découvrir et utiliser les potentialités reçues ? »
I. Dieu nous fait confiance : il nous confie quelque chose
Regardons d’abord le début du texte et ce que fait le maître dans cette parabole.… Jésus nous dit : « Il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. »… Il ne s’agit pas d’un prêt… mais d'un don !
« Confier », c’est remettre quelque chose entre les mains de quelqu’un, en lui faisant confiance.
Comme nous l’avons vu… le maître ne donne aucune consigne précise à ses serviteurs. Il ne leur dit pas à ce qu’ils doivent faire de ces talents. Il leur donne… et il part… Il laisse le choix… Il leur laisse une responsabilité et une pleine liberté.
C’est déjà une manière assez étonnante de parler de Dieu.
Nous imaginons facilement un Dieu qui commande, qui surveille, qui juge, qui attend de nous que nous fassions correctement ce qu’il nous a demandé…. Mais dans cette parabole, Dieu apparaît d’abord comme celui qui fait confiance.
Il remet quelque chose entre nos mains et il nous laisse pleinement libres d’en faire quelque chose ou pas.
Et cela change déjà notre manière de regarder notre existence et notre rapport à Dieu…. La question n’est plus de savoir : « Qu’est-ce que Dieu attend de moi ? »… mais : « Qu’est-ce que Dieu m’a confié ? »
Ce n’est pas vraiment la même question : La première peut nous placer sous le regard d’un Dieu qui exige…. La seconde nous place devant un Dieu qui fait confiance.
Et ce qui nous est confié n’est pas nécessairement extraordinaire ou spectaculaire… Cela peut être une aptitude, une capacité, une qualité, une responsabilité… ou encore une relation, une personne rencontrée sur notre chemin, une famille… ou simplement une parole que nous pouvons prononcer, un geste que nous pouvons poser.
Parfois, nous découvrons seulement après coup que quelque chose nous avait été confié… Nous le découvrons, parce que cela nous a permis d’initier quelque chose d’autre… de faire preuve de créativité…
C’est justement ce que nous montrent les deux premiers serviteurs : Le premier avait reçu cinq talents : il en gagne cinq autres… Le deuxième en avait reçu deux : il en rapporte deux autres.
Lorsque le maître revient vers eux, pour prendre des nouvelles… les serviteurs ne lui rendent pas simplement ce qu’ils avaient reçu au départ… Ils lui présentent quelque chose de nouveau… d’autres talents… Et cela est très important…
Quelque chose s’est donc passé entre le moment où le maître leur a confié ses biens et celui où il revient : Ils ont agi… Ils ont pris des initiatives… Ils ont accepté de prendre des risques…. Ils ont peut-être essayé, peut-être échoué et recommencé… la parabole ne le dit pas… Mais en faisant fructifier ce qui leur avait été confié, ils ont découvert ce qu’ils étaient capables d’en faire… Ils ont fait apparaître quelque chose qui n’existait pas encore.
C’est là que la parabole peut rejoindre notre propre expérience :
Nous ne sommes pas toujours conscients de ce que nous avons reçu… et nous ne savons pas toujours, au départ, ce que nous sommes capables de devenir… Nous le découvrons en chemin… en nous engageant dans l’existence…
Un enfant ne sait pas nécessairement qu’il saura un jour enseigner, soigner, construire, écouter, consoler, créer, accompagner.
Un jeune adulte ne connaît pas nécessairement sa vocation…. Et même plus tard, dans la vie, nous pouvons découvrir en nous des ressources que nous ne soupçonnions pas.
Il faut parfois qu’une situation nous oblige à sortir de nous-mêmes, à explorer nos potentialités, à nous dépasser, pour découvrir que nous étions capables de quelque chose.
Il faut parfois qu'une personne nous fasse confiance, nous encourage, pour que nous commencions à avoir confiance en nous-mêmes.
Il faut parfois simplement oser commencer… et alors quelque chose de nouveau apparaît, au fur et à mesure…
C’est pourquoi, à mon avis, la leçon de cette parabole n’est pas utilitariste, productiviste, ni « capitaliste » : Elle ne dit pas seulement « Faites fructifier vos talents. »… Elle nous suggère quelque chose de plus profond : Elle nous appelle avant tout à la confiance !
Et elle nous rappelle que : ce qui nous est confié peut devenir, entre nos mains, autre chose.
En d’autres termes… Dieu ne nous donne pas toute notre vie déjà faite, clés en mains, avec toutes les réponses et toutes les instructions. Il ne nous demande pas, non plus, de conserver intact ce qu’il nous donne…. Il nous demande d’avoir suffisamment confiance en Lui et en nous, pour l’utiliser et le faire vivre…. Car en le faisant vivre, nous prenons le risque - positif - de découvrir notre propre chemin.
Jésus appelle ainsi les disciples à entrer dans une relation de confiance avec le Père céleste : les choses ne sont pas écrites d’avance… Dieu nous confie quelque chose…. Et c’est à nous d’oser découvrir ce que cette confiance peut faire naître.
II. La peur peut nous faire enterrer notre vie
Cette manière de lire la parabole semble confirmée par l’attitude du troisième serviteur…. qui sert ici de « contre-modèle ».
Lui aussi a reçu quelque chose… Un seul talent, certes… Mais un talent tout de même !
Et que fait-il ? Il creuse un trou dans la terre, y dépose le talent et attend…. Et lorsque le maitre revient pour prendre des nouvelles, il explique très simplement : « J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. »
Remarquez qu’il ne dit pas : « voici le talent que tu m’as donné »… mais « voici ton talent… ton bien… prends ce qui est à toi. »… Cela signifie qu’il n’a jamais accueilli ce cadeau comme un don… Il est resté méfiant !
D’ailleurs, il l’avoue explicitement : « J’ai eu peur » dit-il !… C’est cette peur qui l’a figé et paralysé.
Le problème du troisième serviteur… ce n’est donc pas d’avoir gaspillé ce qu’on lui avait confié… ce n’est pas d’avoir échoué… mal agi… raté ou perdu quelque chose… Son problème, c’est qu’il ne l’a même pas utilisé !… Il a voulu le conserver… et éviter le risque… par peur… Et c’est ainsi qu’il a fini par ne rien en faire.
Il a tellement voulu ne rien perdre qu’il a fini par ne plus rien vivre.
N’est-ce pas quelque chose que nous connaissons, nous aussi ?
La peur de se tromper… la peur de ne pas être à la hauteur.
La peur du regard des autres… la peur de l’échec.
Alors nous préférons parfois ne rien risquer. Nous appelons cela la prudence, la sagesse, le réalisme… ou le principe de précaution… Mais il existe une prudence qui finit par devenir une manière de se protéger de la vie elle-même.
Au fond… l’attitude de ce troisième serviteur nous interroge nous-mêmes :
Qu’est-ce que la peur peut parfois me faire enterrer ?
Une parole que je n’ai pas osé prononcer ?
Un projet ? Un rêve ? … Une relation ? Une capacité ?
Une possibilité d’aimer ou de m’engager ?
Encore une fois… le problème n’est pas seulement ce que nous faisons de travers…. Il y a aussi ce que nous ne faisons pas, par peur, par confort, par conformisme ou simplement parce que nous préférons la sécurité à l’inconnu.
Mais la parabole va plus loin… car elle indique l’origine, la raison de cette peur : « je savais que tu es un homme dur » dit-il.
Voilà l’image que ce serviteur se fait de son maître… Et cette image détermine son comportement.
Il croit avoir affaire à un maître dur, exigeant, intransigeant. Alors il a agi par peur… en se figeant… et en voulant protéger ce qui lui avait été confié.
Son problème n’est donc pas seulement son attentisme et son immobilisme… c’est son manque de foi… ou plutôt sa « mauvaise foi » : ce qu’il croit au sujet de son maître.
Parce qu’il ne lui fait pas confiance…il ne fait pas, non plus, confiance à la vie.
Mais, en préférant la sécurité… il récolte, finalement, ce qu’il avait lui-même annoncé…. : Il croyait avoir affaire à un maître dur…. Et, du coup, il découvre un maître dur.
On pourrait presque dire qu’il rencontre le Dieu auquel il croit…. Non pas parce que Dieu serait réellement Celui qu’il imagine… mais parce que l’image que nous nous faisons de Dieu peut, d’une certaine manière, se concrétiser dans notre mental… et devenir une réalité qui fige notre manière de vivre.
- Nous pouvons croire en un Dieu qui nous condamne, et vivre comme des condamnés.
- Nous pouvons croire en un Dieu qui exige, et passer notre vie à essayer de mériter.
- Ou nous pouvons croire en un Dieu qui nous fait confiance, et découvrir alors une liberté nouvelle.
Ainsi, ce troisième serviteur ne nous interroge pas seulement sur ce que la peur peut nous faire rater comme occasions… il nous questionne aussi sur notre foi… sur l’image que nous pouvons avoir de Dieu…
Qu’est-ce que je crois lorsque je dis : « Je crois en Dieu » ?
Un Dieu dont je dois constamment me méfier ?… Ou celui qui me dit : « Je te fais confiance. Je te confie quelque chose. À toi maintenant de le faire vivre. »
La foi ne nous protège pas de l’erreur… Elle ne supprime pas le risque…. Elle nous donne simplement un élan : le courage de ne pas laisser la peur décider à notre place.
Elle nous pousse à la confiance et à l’audace… puisque nous nous savons aimés par quelqu’un qui nous veut du bien !… et non surveillé par quelqu’un qui nous attendrait au tournant…
III. Faire fructifier n’est pas accumuler : le don devient don pour les autres
Mais il y a encore quelque chose à comprendre… Car si nous nous arrêtons là, nous pourrions encore mal entendre cette parabole…
Nous pourrions entendre : « Dieu nous a donné des capacités. Il faut oser… les développer, être audacieux, réussir, produire davantage. »
Et nous retrouverions très vite, dans l’Évangile, quelque chose qui ressemble étrangement à notre monde…. Un monde qui nous demande sans cesse d’être plus efficaces, plus performants, plus productifs…. Un monde où chacun est invité à développer ses compétences, à optimiser son potentiel, à faire fructifier son « capital ».
C’est pourquoi la parabole du riche insensé, dans l’évangile de Luc, vient apporter un contrepoint précieux… à une lecture utilitariste ou « capitaliste » de la parabole des talents.
De quoi s’agit-il dans cette petite histoire ? D’un homme riche… qui, lui, a tout fait comme il faut… en tout cas, au début de l’histoire… il a tellement su faire fructifier ce qu’il avait reçu… qu’il se trouve dans la surabondance… Sa terre a tellement produit qu’il ne sait plus où mettre sa récolte.
Voyez qu’il n’a pas enterré son bien. Au contraire, il l’a fait fructifier…. Et pourtant, quelque chose ne va pas… Il tombe dans un autre écueil…
Lequel ?…
non pas la peur… mais l’égoïsme et l’avidité.
Son problème, c’est qu’il ne pense qu’à lui… Il ne parle qu’à son âme : « Je vais démolir mes greniers et j’en construirai de plus grands. J’y amasserai toute ma récolte et tous mes biens. »
Mes greniers. Ma récolte. Mes biens….
Il est doué… Il a largement su faire fructifier ce qu’il a reçu… mais il n’a pas appris à donner… à vivre dans la générosité et le partage…
Voilà qui complète bien la parabole des talents :
- Dans la parabole de Matthieu, le danger est d’enterrer le don par peur.
- Dans celle de Luc, le danger est presque inverse : c’est de le faire fructifier, mais seulement pour soi.
L’Évangile nous invite ainsi à sortir de ces deux enfermements… la peur ou la soif de possession.
Et c’est la raison pour laquelle ces textes bibliques ont encore une grande actualité… car ces deux écueils représentent ce qu’inconsciemment nous vivons très souvent :
- D’un côté, nous vivons sans cesse dans la peur… peur de l’imprévu, peur du lendemain, peur d’une nouvelle crise économique, écologique ou sanitaire… d’une nouvelle guerre… Pour y pallier nous avons inventé des mécanismes de défense et des « principes de précaution » qui finissent, en réalité, par étouffer toute initiative…
- Et, d’un autre côté, nous sommes sans cesse appelés à consommer, à en vouloir « toujours plus »… nous vivons dans une éternelle course à la technologie, à la nouveauté, qui nous pousse à désirer tout ce qui se fait… pour le posséder et en jouir… comme si notre vie et notre bonheur en dépendaient.
La peur et l’avidité sont à ainsi l’origine d’un grand nombre de nos actions… Mais, à bien y regarder, elles provoquent aussi la plupart de nos maux et nos malheurs….
C’est pourquoi ces deux paraboles sont à tenir ensemble… Elles nous bousculent et permettent de reformuler notre questionnement…
Non pas seulement se demander : « Est-ce que j’ose entrer dans une dynamique de confiance… pour faire fructifier mes talents ? »… mais aussi : « Pour qui cela fructifie-t-il ? »
C’est précisément ce que nous rappelle la première lettre de Pierre :
« Que chacun mette au service des autres le don qu’il a reçu. »
Voilà peut-être la clé : Le don reçu devient vraiment un don… lorsqu’il passe par nous, pour rejoindre quelqu’un d’autre.
Notre temps, notre expérience, notre intelligence, notre créativité, notre argent, notre capacité d’écoute, notre foi elle-même… tout cela peut rester inexploité… ou peut être utilisé et développé, mais finalement rester enfermé en nous.
Ou alors… tout cela peut aussi circuler… et rayonner…
Une source ne garde pas son eau pour elle-même… elle coule vers ailleurs…
Une lampe, une lumière ne s’allume pas pour rester sous le boisseau - dira Jésus - mais pour briller et éclairer tous ceux qui sont dans la maison (cf. Mt 5,14-16).
Ainsi en est-il de ce que Dieu nous confie : La grâce, l’amour, la confiance… sont appelés à circuler…
Et c’est peut-être cela, finalement, une vie féconde :
Accepter de recevoir, sans posséder… oser, sans être certain de réussir… et donner, sans chercher à tout garder pour soi.
Dans la parabole de Matthieu… les deux premiers serviteurs avaient au départ un nombre différent de talents… Il ne sont pas félicités simplement parce qu’ils ont multiplié un capital… mais parce qu’ils ont - tous les deux - accepté d’entrer dans un mouvement : ils ont reçu, ils ont osé, Ils ont crée… et quelque chose de nouveau est apparu… Et cela est certainement devenu fécond pour d’autres…
Et c’est cela qui compte… que la confiance devienne une dynamique… qu’elle devienne source de vie autour de nous…
Conclusion : Recevoir, oser, donner
Pour conclure… chers amis… je crois que c’est bien la question que nous posent ces paraboles : celle de la foi…
Aussi bien au niveau personnel que collectif… nous recevons des dons, des talents… Notre vie, nos relations, notre temps, nos capacités, nos responsabilités, nos possibilités…
Nous ne savons pas toujours ce que nous avons reçu, et nous ne savons pas davantage ce que cela pourra devenir…. Mais nous sommes appelés à entrer dans la confiance de Celui qui la Source, à l’origine de ces dons…
C’est là que nait la foi : dans cet acte d’oser faire confiance à Celui qui nous fait confiance.
Si nous avons reçu nombre de bonnes choses dans cette existence… c’est pour le multiplier et le partager… pour le rendre fécond pour d’autres… Car ce qui nous est donné n’est pas destiné à rester enfermé en nous.
La lettre de Pierre nous le rappelle : « Que chacun mette au service des autres le don qu’il a reçu. »
Alors peut-être que la vie chrétienne tient dans ce mouvement très simple : « recevoir, oser, donner ».
- Recevoir ce qui nous est confié, comme un cadeau.
- Oser le faire vivre et en faire quelque chose de nouveau.
- Et faire en sorte que ce qui nous a été donné puisse devenir, à travers nous, un don pour d’autres.
Je crois Dieu ne nous demande pas d’abord d’être performants…. Il nous fait confiance… et nous invite à vivre de cette confiance… pour la faire rayonner… pour que la vie, à travers nous, puisse devenir vie pour d’autres.
Qu’il en soit ainsi, chers amis !
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Lectures bibliques
Matthieu 25, 14-30 - Jésus parle du Royaume des cieux en parabole - Les talents
14 « En effet, il en va [du Royaume des cieux] comme d’un homme qui, partant en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens. 15 A l'un il remit cinq talents, à un autre deux, à un autre un seul, à chacun selon ses capacités ; puis il partit. Aussitôt 16 celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla les faire valoir et en gagna cinq autres. 17 De même celui des deux talents en gagna deux autres. 18 Mais celui qui n'en avait reçu qu'un s'en alla creuser un trou dans la terre et y cacha l'argent de son maître.
19 Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et leur fit rendre compte. 20 Celui qui avait reçu les cinq talents s'avança et en présenta cinq autres, en disant : “Maître, tu m'avais confié cinq talents ; voici cinq autres talents que j'ai gagnés.” 21 Son maître lui dit : “C'est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, sur beaucoup je t'établirai ; viens te réjouir avec ton maître.” 22 Celui des deux talents s'avança à son tour et dit : “Maître, tu m'avais confié deux talents ; voici deux autres talents que j'ai gagnés.” 23 Son maître lui dit : “C'est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, sur beaucoup je t'établirai ; viens te réjouir avec ton maître.”
24 S'avançant à son tour, celui qui avait reçu un seul talent dit : “Maître, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes où tu n'as pas semé, tu ramasses où tu n'as pas répandu ; 25 par peur, je suis allé cacher ton talent dans la terre : le voici, tu as ton bien.” 26 Mais son maître lui répondit : “Mauvais serviteur, timoré ! Tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé et que je ramasse où je n'ai rien répandu. 27 Il te fallait donc placer mon argent chez les banquiers : à mon retour, j'aurais recouvré mon bien avec un intérêt.
28 Retirez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui a les dix talents. 29 Car à tout homme qui a, l'on donnera et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera retiré. 30 Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres du dehors : là seront les pleurs et les grincements de dents.”
Luc 12, 13-21 - Parabole du riche insensé
16 Et il leur dit une parabole : « Il y avait un homme riche dont la terre avait bien rapporté. 17 Et il se demandait : “Que vais-je faire ? car je n'ai pas où rassembler ma récolte.” 18 Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j'en bâtirai de plus grands et j'y rassemblerai tout mon blé et mes biens.” 19 Et je me dirai à moi-même : “Te voilà avec quantité de biens en réserve pour de longues années ; repose-toi, mange, bois, fais bombance.” 20 Mais Dieu lui dit : “Insensé, cette nuit même on te redemande ta vie [ton âme], et ce que tu as préparé, qui donc l'aura ?” 21 Voilà ce qui arrive à celui qui amasse un trésor pour lui-même au lieu de s'enrichir auprès de Dieu. »
1 Pierre 4, 10 - Intendants de la grâce
10 Mettez-vous, chacun selon le don qu'il a reçu, au service les uns des autres, comme de bons administrateurs de la grâce de Dieu, variée en ses effets. (TOB)
[NBS : 10 Que chacun mette au service des autres le don qu'il a reçu de la grâce ; vous serez ainsi de bons intendants de la grâce si diverse de Dieu. ]
Lectures bibliques : Es 55, 6-11 ; Mt 13, 3-8 & 18-23 ; Mt 19, 27-30 & Mt 20, 1-16 = voir textes en bas de cette page
Thématique : Il n’est jamais trop tard - Quand la Grâce bouleverse nos calculs
Prédication de pascal LEFEBVRE - le 2 août 2026 - Bordeaux, temple du Hâ & le 9 août 2026 - Salies de Béarn
Il y a parfois des passages de l’évangile qui nous dérangent. La parabole des ouvriers de la vigne en fait partie. Chaque fois que nous l’entendons, la même question nous traverse : « Est-ce vraiment juste ? »
Nous nous identifions volontiers aux ouvriers de la première heure, ceux qui ont travaillé toute la journée. Et nous comprenons leur réaction. Ne devraient-ils pas recevoir davantage que les autres ?
Avant d’aborder cette question… prenons un peu de recul avec les autres textes que nous avons entendus… car ils montrent tous un même mouvement :
- Dans le livre d'Ésaïe, Dieu adresse un appel : « Cherchez le Seigneur pendant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le pendant qu’il est proche. »
Et un peu plus loin, le prophète compare la parole de Dieu à la pluie qui descend du ciel. Elle ne reste jamais sans effet. Elle arrose la terre, la féconde, la fait germer. Elle accomplit son œuvre, souvent d’une manière invisible, silencieuse et patiente.
- Puis, dans l’évangile de Matthieu, Jésus raconte l’histoire d’un semeur.
Lui aussi sort de chez lui… pour agir, pour répandre largement la semence… sur les chemins, dans les pierres, parmi les ronces, mais aussi dans la bonne terre.
- Enfin, dans la parabole des ouvriers de la vigne, Jésus met en avant le dynamisme du personnage principal : un propriétaire qui ne cesse de sortir toute la journée pour embaucher… à cinq reprises… depuis l’aube… jusqu’à la dernière heure de la journée de travail.
Dans les trois lectures, c’est toujours le même Dieu qui se met en mouvement… un Dieu qui ne reste pas à distance… qui cherche… qui appelle… qui vient à notre rencontre.
C’est peut-être cela, avant toute chose, la Bonne Nouvelle de l’Évangile : un Dieu, qui fait toujours le premier pas.
I. Dieu ne cesse de semer
Revenons un instant à cette première parabole : Jésus vient de raconter à la foule l’histoire d’un semeur.
Et, spontanément, nous nous demandons quelle est la bonne terre (?). Nous cherchons à savoir de quel côté nous nous situons : en ce moment, quelle est la qualité de notre terrain ? Notre coeur est-il plutôt comme une terre fertile ?… comme un endroit pierreux ?… ou comme un lieu envahi par les ronces ?
En écoutant cette histoire… nous risquons de nous concentrer sur la question du terrain… Mais ce qui frappe d’abord, dans cette comparaison, c’est le semeur lui-même… C’est sa prodigalité :
Il sème partout… Il ne retient pas sa main… Il ne sélectionne pas les meilleurs terrains… Il n’effectue pas de tri préalable…. Il ne dit pas : « Celui-ci est trop dur... celui-là est trop encombré... celui-ci ne vaut pas la peine... ».
Il sème ici et là… avec une générosité presque déraisonnable….
Cette image nous révèle déjà quelque chose de Dieu :
Il ne réserve pas son Évangile à ceux qui sont parfaits… ou à ceux qui seraient déjà prêts à l’entendre.
Il prend l’initiative… Il parle, quoi qu’on puisse entendre… Il continue d’espérer… Il ne cesse de croire en chacun de nous… Sa Grâce précède toujours notre réponse.
C’est exactement ce que dit aussi Esaïe : comme la pluie descend du ciel sans faire de distinction entre les champs, ainsi la parole de Dieu descend dans nos vies. Elle vient irriguer ce qui paraît sec, réveiller ce qui semblait endormi, faire naître une vie nouvelle, là où nous n’attendions plus rien.
Quelle magnifique espérance !
Nous avons parfois l'impression que les choses stagnent… qu’elles n’évoluent pas en nous... que certaines personnes resteront toujours enfermées dans leurs habitudes... ou que notre propre vie spirituelle manque de ferveur, de racines ou de conséquences…
Pourtant… Dieu continue de semer… Il ne se lasse jamais d’agir… Il n’abandonne jamais un cœur humain.
Mais alors une question se pose : Si Dieu ne cesse de parler… Si sa parole est aussi vivante et efficace que la pluie qui féconde la terre… Pourquoi avons-nous le sentiment qu’elle transforme si peu notre existence ?
II. Nous ne sommes pas toujours prêts
La réponse de Jésus est d’une grande finesse psychologique… Il ne dit pas qu’il y aurait, d’un côté, les bonnes personnes, et de l’autre, les mauvaises… Il ne distribue pas des étiquettes…. Mais il permet de nous interroger sur nous-mêmes…
Au fond… nous sommes, tour à tour, les différentes terres de la parabole.
Il y a des moments et des domaines où nous sommes ouverts… d’autres où nous résistons.
Il y a, en nous, des blessures… des peurs… des inquiétudes… mais aussi des désirs de maîtrise… des ambitions…. Et des habitudes.
Nous n’avons pas… ni la même ouverture… ni le même niveau de conscience… dans tous les domaines de notre vie… Et nous sommes parfois pris par de nombreuses préoccupations, qui monopolisent notre énergie et notre temps.
Autrement dit… il y a des moments où nous ressemblons au chemin : Nous entendons une parole, mais elle reste à la surface de notre vie. Rien ne pénètre vraiment.
Il y a d’autres moments où nous sommes comme un terrain pierreux : Nous accueillons volontiers une intuition, un élan, une décision... mais tout ça demeure fragile. Au premier obstacle, nous revenons à nos anciennes habitudes.
Et puis il y a les ronces… peut-être est-ce l’image la plus actuelle : Jésus parle des soucis, des séductions de la richesse, des désirs qui envahissent le cœur.
Nous pourrions ajouter aujourd’hui : nos agendas toujours remplis, nos préoccupations permanentes, notre besoin de tout maîtriser, la comparaison avec les autres, la recherche de reconnaissance, ou encore des fixations, des angoisses, des obsessions, des déceptions qui nous caractérisent…
Il ne s’agit pas de fautes, au sens moral. Mais tout ce qui occupe tellement notre espace intérieur, que nous ne sommes plus disponibles… que la Parole n’y trouve plus de place.
Pour autant, il y a aussi des moments où quelque chose s’ouvre en nous… Nous devenons plus libres, plus disponibles, plus réceptifs… comme si la terre avait enfin été labourée.
Je crois que c’est là l’œuvre discrète de l’Esprit Saint : Nous parlons souvent de l’Esprit, comme d’une force ou d’un Souffle. Mais peut-être est-il aussi Celui qui travaille lentement notre terre intérieure… Celui qui enlève les pierres… Qui arrache les ronces… Qui assouplit ce qui était devenu trop dur… Qui rend notre cœur habitable pour le Christ.
Alors sa Parole ne reste plus seulement une idée ou un beau discours… Elle descend en nous… Elle prend racine… Elle devient peu à peu une manière nouvelle de vivre.
Mais même lorsque notre terre semble encore bien pauvre… Même lorsque nous avons l’impression de ne pas avancer… Dieu, lui, ne renonce jamais.
Et c’est précisément ce que Jésus va raconter dans la seconde parabole… qui en élargit le sens…
III. Alors Dieu revient…
Le même Dieu semeur… qui répandait partout des grains… est maintenant présenté comme un propriétaire, un maître de vigne… qui se lève tôt, pour aller embaucher des ouvriers pour sa vigne.
L'image a changé. Mais le mouvement est exactement le même : Il sort. Il revient. Il repart. Et il recommence.
Cinq fois dans la même journée : à l’aube, à neuf heures, à midi, à trois heures. Et même à cinq heures du soir… alors qu’il ne reste plus qu’une heure de travail.
Ce détail de la parabole peut sembler anecdotique. Mais si jésus donne cette comparaison, c’est pour révéler le cœur de Dieu.
Dieu ne cesse jamais de venir à notre rencontre… Il ne lance pas un appel une fois pour toutes en attendant que nous répondions… Il revient à maintes reprises… Il cherche encore… Il appelle de nouveau… Et il n’abandonne personne en chemin.
Ainsi, pour Dieu, il n’est jamais trop tard… Même une heure de vie a du prix…
Il est toujours possible de se rendre disponible, de se mettre à l’écoute… de changer quelque chose… pour travailler avec le Seigneur…
Donner une heure de confiance… une heure d’amour… une heure pour le Royaume : c’est déjà quelque chose d’important !
Cette parabole ouvre ainsi une immense espérance : Elle nous rappelle que Dieu ne nous enferme jamais dans notre passé… Il ne dit jamais : « C’est trop tard… Tu es passé à côté de l’essentiel… Tu as manqué l’important.… Tu as laissé passer ta chance. »… Au contraire, il continue de croire en chacun !
Nous en avons l’écho dans dans nombreuses rencontres de l’Évangile.
Pensons, par exemple, à Zachée, ce riche collecteur d’impôts que tout le monde considérait comme perdu… ou à Paul, arrêté sur le chemin de Damas, alors qu’il combattait les disciples de Jésus…. ou encore au « bon larron », au brigand crucifié aux côtés de Jésus, accueilli jusque dans les dernières heures de son existence.
À chaque fois, la Grâce de Dieu arrive à se faufiler dans les interstices des existences humaines… Il n’est jamais trop tard !
Et c’est sans doute la même chose dans notre histoire personnelle… Il y a parfois des dimensions de notre vie que nous laissons longtemps en friche… Des appels que nous avons refusé d’entendre… ou auxquels nous n’avons pas oser répondre… Des changements que nous n’avons pas eu le courage de faire… ou que nous avons cru impossibles… Des pardons que avons sans cesse remis au lendemain… ou des paroles que nous n’avons jamais oser dire…
Et pourtant… Jésus nous dit que Dieu revient, avec une patience infinie.… que des occasions nouvelles peuvent toujours se présenter…
Le Seigneur continue de frapper doucement à la porte de notre cœur… parce qu’il continue d’espérer en nous.
IV. Puis arrive le scandale…
Fort de ce constat… nous pouvons alors nous arrêter sur ce qui nous dérange souvent dans cette parabole : la question du salaire.
Si nous commençons la lecture par cette question, nous risquons de passer à côté du véritable centre du récit… qui n’est pas économique… mais théologique.
En effet, Jésus ne cherche pas à parler du droit du travail… du sens de l’effort… ou de l’importance de nos mérites… Il cherche à nous révéler le cœur de Dieu.
Mais voilà que dans cette petite histoire… le maître demande que l’on commence par payer les derniers ouvriers…. Et tous reçoivent un denier, une pièce d’argent.
Alors, naturellement, ceux de la première heure se mettent à calculer : « Si ceux qui n’ont travaillé qu’une heure reçoivent un denier… nous allons certainement recevoir davantage »… Mais, c’est la déception… ils reçoivent exactement ce qui avait été convenu… sans rien de plus…
Pourtant, à bien y regarder… le maître n’a lésé personne. Il a tenu parole et respecté son engagement.
La colère des premiers ouvriers ne vient pas de ce qu’ils auraient perdu. Elle vient de ce que les autres ont reçu.
Et c’est ici que Jésus pose une question qui a traversé les siècles : « Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » ou dit autrement : « verrais-tu d’un mauvais œil que je sois bon ? »
Pourquoi la bonté de Dieu… pourquoi sa générosité… peuvent-elles déranger ?
Pourquoi la grâce accordée à un frère peut-elle empêcher de se réjouir de ce que l’on a soi-même reçu ?
Voilà le véritable scandale de cette parabole : Les premiers deviennent malheureux… non parce qu’ils reçoivent moins… mais parce que d’autres reçoivent autant qu’eux.
N’est-ce pas une expérience profondément humaine ?
Nous étions heureux… jusqu’au moment où nous avons commencé à nous comparer.
Nous étions reconnaissants… jusqu’à ce que nous regardions ce qui arrivait aux autres.
Alors naissent les questions que nous connaissons tous… et que les enfants expriment souvent si bien : Pourquoi lui ?… Pourquoi pas moi ?… Et moi, qu’est-ce que j’y gagne ?
Sans même nous en apercevoir, notre regard se déplace… Nous ne regardons plus le don que nous avons reçu… Nous regardons ce que l’autre reçoit.
[ Et cela peut nous faire penser à d’autres passages bibliques :
- Le frère aîné de la parabole du fils retrouvé réagit exactement de cette manière.
- Jonas aussi, lorsque Dieu pardonne aux habitants de Ninive.
Tous deux découvrent qu’il est parfois plus difficile d’accepter la grâce donnée aux autres que celle que nous recevons nous-mêmes. ]
Si Jésus a choisi de raconter cette histoire… ce n’était certainement pas pour culpabiliser ses auditeurs… mais pour leur permettre de changer de regard… pour les libérer de cet esprit de comparaison permanente qui finit par empoisonner nos vies ?
Le Royaume de Dieu commence peut-être là… au moment où nous cessons de compter les mérites… pour apprendre simplement à nous réjouir de la bonté de Dieu.
V. Jésus nous révèle le vrai visage de Dieu
Il peut être bon, alors, de se souvenir, à nouveau, des paroles du prophète Esaïe… qui prennent, ici, tout leur relief.
« Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies. » - dit le Seigneur
Nous avons facilement tendance à imaginer un Dieu qui récompense les bons et punit les mauvais ou les insuffisants… Un Dieu finalement à notre image, qui calculerait, qui comptabiliserait, qui distribuerait à chacun selon ses mérites.
Mais Jésus vient bouleverser cette image : Il nous révèle un Dieu qui donne avant de compter…. Un Dieu qui cherche avant d’attendre… Un Dieu qui pardonne avant de condamner … Un Dieu qui rassemble au lieu d’établir des classements.
Voilà pourquoi ses pensées sont plus hautes que les nôtres… parce qu’elles sont infiniment plus généreuses.
Le Royaume de Dieu n’est pas le monde du « chacun pour soi »… de la compétition…. où chacun doit faire ses preuves… pour gagner sa place…
Ce n’est pas le monde des récompenses…. Mais celui de la Grâce.
Dans le Royaume, personne n’a besoin de mériter d’être aimé.
Tout commence par un don…
Le « denier » que reçoit chaque ouvrier, n’est pas seulement la récompense d’un effort. Il représente le salaire d’une journée, ce qui permet de vivre vivre dignement. / Autrement dit… Dieu ne donne pas à chacun ce qu’il mérite…. Il donne à chacun ce qui lui permet de vivre.
Voilà la justice de Dieu… Une justice qui ne cherche pas d’abord à répartir selon les performances, mais à faire vivre… à restaurer la dignité… pour faire grandir…
Et c’est peut-être cela qui nous déroute le plus… Nous aimerions parfois un Dieu plus prévisible… plus conforme à notre manière de compter…
Mais Jésus nous invite à entrer dans une autre logique : Celle de la bonté et de la gratuité.
VI. Conclusion - La véritable question
Pour conclure… je crois que nous pourrions revenir à la question qui a provoqué toute cette parabole… On l’a peut-être oubliée… Pourtant, elle se trouve juste avant… : Pierre demande à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. Qu’en sera-t-il donc pour nous ? »… Autrement dit : « Qu’allons-nous y gagner ? »
Au fond, la parabole entière est la réponse de Jésus. Et sa réponse est étonnante… un peu comme s’il lui disant : « Pierre… tu poses déjà la mauvaise question… Tu cherches encore à mesurer le Royaume avec les critères du marché… Tu raisonnes encore en termes de mérite, de récompense et de comparaison.
Or le Royaume ne fonctionne pas ainsi…. Le Royaume n’est pas ce que tu vas gagner… C’est ce que tu vas recevoir.
Car personne ne mérite l’amour de Dieu… Personne ne l’achète… Personne ne le possède davantage qu’un autre… Il est donné gratuitement… à toutes celles et ceux qui acceptent d’entrer dans la vigne…. de participer à la dynamique du Père céleste… »
Alors, la vraie question n’est pas savoir : « Que vais-je gagner à suivre le Christ ? »… Mais plutôt : « Suis-je prêt à accueillir ce que Dieu me donne déjà ? »
À accueillir sa confiance… son pardon… sa présence… son appel.
À entrer dans cette joie, où il n’est plus nécessaire de se comparer aux autres, pour savoir que l’on est aimé.
Car le disciple ne suit pas le Christ, pour être davantage aimé que les autres…. Mais parce qu’il découvre, peu à peu, qu’il est déjà aimé.
Et cette découverte change tout : Elle nous libère du besoin de nous justifier… de faire nos preuves… Elle nous libère aussi de la peur de manquer… Et elle nous rend capables de nous réjouir lorsque d’autres, eux aussi, découvrent la bonté de Dieu.
Alors, oui, chers amis… le Royaume commence déjà au milieu de nous (cf. Lc 17,21).
Chaque fois qu’un être humain renonce à compter ses mérites, pour entrer dans la joie de la Grâce.
Chaque fois qu’il se réjouit, aussi bien de ce qu’il reçoit, que de ce que les autres obtiennent.
Chaque fois qu’il découvre que Dieu ne cesse de venir à notre rencontre… pour nous donner, inlassablement, ce qui fait vivre.
A chaque fois… le Royaume est tout proche… à notre portée…
Alors… réjouissons-nous !
Amen.
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Lectures bibliques
Volonté de Dieu
Es 55, 6-11
6 Cherchez le Seigneur pendant qu'il se laisse trouver ; invoquez-le pendant qu'il est proche.
7 Que le méchant abandonne sa voie, et l'homme malfaisant ses pensées ; qu'il revienne au Seigneur, qui aura compassion de lui, – à notre Dieu, qui pardonne abondamment.
8 Car mes pensées ne sont pas vos pensées, vos voies ne sont pas mes voies – déclaration du Seigneur.
9 Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées.
10 Comme la pluie et la neige descendent du ciel et n'y reviennent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir fécondée et fait germer, sans avoir donné de la semence au semeur et du pain à celui qui a faim, 11 ainsi en est-il de ma parole qui sort de ma bouche : elle ne revient pas à moi sans effet, sans avoir fait ce que je désire, sans avoir réalisé ce pour quoi je l'ai envoyée.
Lectures
Mt 13, 3-8 & 18-23
3 [Jésus] leur parla longuement en paraboles ; il disait : Le semeur sortit pour semer. 4 Comme il semait, des grains tombèrent le long du chemin ; les oiseaux vinrent et les mangèrent. 5 D'autres tombèrent dans les endroits pierreux, où ils n'avaient pas beaucoup de terre : ils levèrent aussitôt, parce que la terre n'était pas profonde ; 6mais quand le soleil se leva, ils furent brûlés et se desséchèrent, faute de racines. 7 D'autres tombèrent parmi les épines : les épines montèrent et les étouffèrent. 8 D'autres tombèrent dans la bonne terre : ils finirent par donner du fruit, l'un cent, l'autre soixante, l'autre trente. […]
18 Vous donc, entendez la parabole du semeur. 19 Lorsque quelqu'un entend la parole du Règne et ne la comprend pas, le Mauvais vient s'emparer de ce qui a été semé dans son cœur : c'est celui qui a été ensemencé le long du chemin. 20 Celui qui a été ensemencé dans les endroits pierreux, c'est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie, 21 mais il n'a pas de racine en lui-même, il ne tient qu'un temps ; sitôt que survient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, c'est pour lui une cause de chute. 22 Celui qui a été ensemencé parmi les épines, c'est celui qui entend la Parole, mais les inquiétudes du monde et l'attrait trompeur des richesses étouffent la Parole, et elle devient stérile. 23 Celui qui a été ensemencé dans la bonne terre, c'est celui qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit et produit, l'un cent, l'autre soixante, l'autre trente.
Mt 19, 27-30 & Mt 20, 1-16
27 Pierre prit la parole et dit à Jésus : « Écoute, nous avons tout quitté pour te suivre. Que se passera-t-il pour nous ? » 28 Jésus leur dit : « Je vous le déclare, c'est la vérité : quand le Fils de l'homme siégera sur son trône glorieux dans le monde nouveau, vous qui m'avez suivi, vous siégerez également sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël. 29 Et tous ceux qui auront quitté pour moi leurs maisons, ou leurs frères, leurs sœurs, leur père, leur mère, leurs enfants, leurs champs, recevront cent fois plus et auront part à la vie éternelle. 30 Mais beaucoup qui sont maintenant les premiers seront les derniers et beaucoup qui sont maintenant les derniers seront les premiers. »
1 Voici en effet à quoi le règne des cieux est semblable : un maître de maison qui était sorti de bon matin embaucher des ouvriers pour sa vigne. 2 Il se mit d'accord avec les ouvriers pour un denier par jour et les envoya dans sa vigne. 3 Il sortit vers la troisième heure (9h), en vit d'autres qui étaient sur la place sans rien faire 4 et leur dit : « Allez dans la vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste. » 5 Ils y allèrent. Il sortit encore vers la sixième (midi), puis vers la neuvième heure (15h), et il fit de même. 6 Vers la onzième heure (17h) il sortit encore, en trouva d'autres qui se tenaient là et leur dit : « Pourquoi êtes-vous restés ici toute la journée sans rien faire ? » 7 Ils lui répondirent : « C'est que personne ne nous a embauchés. – Allez dans la vigne, vous aussi », leur dit-il. 8 Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : « Appelle les ouvriers et paie-leur leur salaire, en allant des derniers aux premiers. » 9 Ceux de la onzième heure (17h) vinrent et reçurent chacun un denier. 10 Les premiers vinrent ensuite, pensant recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier. 11 En le recevant, ils se mirent à maugréer (à murmurer) contre le maître de maison 12 et dirent : « Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites à l'égal de nous, qui avons supporté le poids du jour et la chaleur ! » 13 Il répondit à l'un d'eux : « Mon ami, je ne te fais pas de tort ; ne t'es-tu pas mis d'accord avec moi pour un denier ? 14 Prends ce qui est à toi et va-t'en. Je veux donner à celui qui est le dernier autant qu'à toi. 15 Ne m'est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux ? Ou bien verrais-tu d'un mauvais œil que je sois bon ? » 16 C'est ainsi que les derniers seront premiers et les premiers derniers.
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Lectures bibliques : Mc 1, 14-20 ; Marc 10,13-16 ; Mt 13, 31-33 ; Mt 13, 44-46 ; Rm 14,17 = voir textes en bas de cette page
Thématique
: Choisir le Royaume de Dieu / Entrer dans le Royaume… c’est accueillir
un don, quitter ce qui nous enferme, choisir ce qui fait vivre, et
laisser Dieu nous transformer peu à peu.
Prédication de Pascal LEFEBVRE - Bordeaux, le 26/07/26
A chaque culte, nous demandons à Dieu une chose étonnante : « Que ton règne vienne » !
En
récitant le « Notre Père »… nous le disons peut-être sans y penser…
Mais si quelqu’un nous arrêtait à la sortie du culte pour nous demander :
« Au fond, c’est quoi, le Royaume de Dieu ? »… que répondrions-nous ?
Est-ce
un endroit ?… le paradis ?… le ciel après la mort ?… Ou bien autre
chose ?… une réalité spirituelle transcendante… qui peut entrer en
connexion avec le monde sensible… pour transformer notre réalité
matérielle ?
Jésus parle du Royaume à de multiples reprises dans
les évangiles… C’est même le cœur de son message… Et pourtant, il ne le
définit jamais…. Il raconte des histoires… des paraboles…
Ou alors… il montre des enfants… Il appelle des pêcheurs…
Il parle d’une graine minuscule… d’un peu de levain… d’un trésor caché.
Comme si le Royaume ne pouvait pas être enfermé dans une définition… comme s’il fallait plutôt le découvrir.
Je crois que toutes les lectures que nous avons entendues nous disent la même chose :
Le
Royaume de Dieu n’est pas seulement un lieu où nous irons un jour.
C’est une manière nouvelle de vivre qui commence ici et maintenant… Et
qui apparait… là où Dieu peut vraiment agir… lorsqu’il peut vraiment
régner dans notre vie… quand il exerce sa douce souveraineté sur nous…
Chaque
fois que son amour trouve une place dans une vie… son Royaume est là…
Chaque fois que la paix remplace la violence… que le pardon remplace la
rancune… que la confiance remplace la peur… ou que la joie recommence à
circuler entre nous.
Autrement dit, le Royaume n’est pas seulement une promesse pour demain…. Il commence aujourd’hui…
Il
est déjà là… discret… souvent caché… mais à notre portée… au milieu de
nous (cf. Lc 17,21)… comme une potentialité… comme une graine sous la
terre.
Et Jésus nous montre aujourd’hui quatre chemins pour y entrer.
1. Recevoir
Premier point : accepter de recevoir…
Ce premier chemin se découvre dans une rencontre avec des enfants…
Dans
cet épisode, les disciples pensent bien faire. Ils veulent protéger
Jésus de la foule de gens qui demandent des gestes de bénédiction, de
protection ou de guérison, pour des tout-petits…
Les disciples pensent qu’ils dérangent… alors ils repoussent les enfants.
À leurs yeux, les adultes importants passent avant les petits.
Mais Jésus renverse complètement leur manière de voir :
Il appelle les enfants… il les accueille… et il dit quelque chose d’étonnant : « Celui qui n’accueille pas le Royaume comme un enfant n’y entrera pas. »
Pourquoi un enfant ?
Parce qu’un enfant sait se rendre disponible… s’arrêter pour prendre le temps…
Parce qu’il entre facilement en relation…
Parce qu’il fait facilement confiance… et qu’il est prêt à suivre… à écouter, à découvrir… à s’émerveiller…
Autrement dit… parce qu’un enfant sait encore recevoir…
Quand on lui offre un cadeau, l’enfant ne commence pas par demander : « Est-ce que je le mérite ? »… Il tend les mains. Il accueille. Il ouvre son cœur. Il fait confiance.
Et c’est exactement cela que Jésus attend de nous :
Nous
passons beaucoup de temps à vouloir tout contrôler. Nous voulons
prévoir… comprendre… maîtriser… même notre vie spirituelle.
Nous aimerions presque « fabriquer » le Royaume… le construire…
Mais
Jésus nous dit : Le Royaume ne se fabrique pas… il ne se mérite pas… il
ne se conquiert pas… il se reçoit… comme on reçoit une lumière…. comme
on reçoit une amitié… ou un amour.
Peut-être est-ce pour cela que
les adultes ont parfois plus de mal que les enfants… Parce qu’en
grandissant, nous avons acquis des responsabilités… nous avons appris à
compter sur nous-mêmes… Et nous devenons peut-être plus prudents et plus
méfiants…
Nous avons parfois oublié comment ouvrir simplement les mains…
Le Royaume commence là… dans un cœur ouvert et disponible… dans une confiance retrouvée.
2. Quitter pour choisir
Deuxième point : accepter de quitter, pour changer…
En écoutant l’Évangile… on voit que Jésus ne s’arrête pas là…
Savoir « recevoir » est nécessaire, mais ce n’est pas suffisant…
Il faut aussi répondre à l’appel du Royaume… Ce qui implique un changement et un choix délibéré…
Au
bord du lac, Jésus rencontre des pêcheurs… Ils sont au travail… ils
réparent leurs filets… ils font ce qu’ils ont toujours fait…
Et pourtant, en quelques instants, toute leur vie bascule…
Ils laissent leurs filets… et suivent Jésus.
Pourquoi ?
Les filets n’ont rien de mauvais… Leur métier est beau et utile… même s’il est difficile…
Ils
ne quittent pas quelque chose de mauvais… Ils quittent quelque chose de
bon… parce qu’ils ont découvert quelque chose de meilleur.
On ne
saura jamais ce qu’ils ont perçu dans le regard du Christ ce jour-là…
Mais quelque chose les a bouleversés… au point que leur vie a pris une
direction nouvelle…
Il se passe exactement la même chose dans les deux petites paraboles du trésor et de la perle :
On pense souvent que le Royaume est comparé au trésor… ou à la perle.
Et c’est vrai, d’une certaine manière… C’est une façon de dire que c’est une réalité précieuse, qui a une grande valeur…
Mais
ce n’est sans doute pas le point essentiel… En réalité, Jésus attire
surtout notre attention sur des personnes, qui se mettent en action… qui
entrent dans une dynamique…
Écoutons bien les verbes : Un homme découvre… Il comprend… Il vend… Il achète.
Un marchand cherche… Il trouve…. Il vend…. Il achète.
Tout
est mouvement…. Et ce mouvement est initié par une découverte… qui
appelle un discernement et une décision… Alors tout est mis en route.
Le
Royaume n’est jamais quelque chose que l’on regarde de loin… à
distance… C’est une aventure dans laquelle on entre… C’est une vie qui
se réoriente.
Dans ces paraboles, le Royaume ressemble à
quelqu’un qui découvre enfin ce qui compte vraiment… et qui en tire les
conséquences… en prenant une décision et en opérant un changement…
Et, bien sur, cela nous concerne… Car nous aussi, chaque jour, nous faisons des choix.
Nous choisissons ce qui occupe notre temps… Ce qui remplit notre agenda… Ce qui habite nos pensées… Ce qui reçoit notre énergie.
Au fond, nous donnons toujours notre vie à quelque chose… ou à quelqu’un…
La vraie question est donc toute simple : Quelles sont mes priorités ? Qu’est-ce qui gouverne ma vie ?… Mes préoccupations ?… Mes projets ?… Mes inquiétudes ?
Est-ce le regard des autres ?… La réussite ?… La sécurité ?…
Le besoin d’être reconnu ?… Le confort ?…
Ou bien cette confiance que Dieu veut faire grandir en moi ?
Choisir
le Royaume, ce n’est pas abandonner le monde…. C’est faire une
découverte… et prendre conscience de sa valeur supérieure… C’est
apprendre à reconnaître ce qui compte vraiment.
Les premiers disciples ont laissé leurs filets.
L’homme de la parabole a vendu tout ce qu’il possédait.
C’est cela la conversion… dont parle Jésus…
La
conversion… ce n’est pas d’abord devenir quelqu’un d’autre…. c’est
prendre conscience de la proximité de la Présence de Dieu… c’est
découvrir qu’il existe quelque chose qui vaut davantage que ce qui
occupait jusqu’à maintenant toute la place… Et alors nos priorités
changent.
Il nous arrive parfois de vivre cela, nous-mêmes :
- Par exemple, lorsqu’un enfant naît, beaucoup de choses deviennent soudain moins importantes.
- Ou lorsqu’on tombe amoureux, notre emploi du temps change complètement.
- Ou lorsqu’une personne est gravement malade, nos priorités se déplacent.
Nous découvrons alors ce qui compte vraiment.
Le Royaume produit ce même déplacement intérieur : Il remet Dieu au centre.
Et lorsque Dieu retrouve sa place… alors, peu à peu… tout le reste retrouve aussi la sienne…
Et nous reconnaissons ce qui fait vraiment vivre…
3. Grandir
Troisième point : prendre conscience de ce qui peut faire grandir la vie en nous… et se laisse transformer…
Après
nous avoir appris à recevoir et à choisir le Royaume, Jésus ajoute
encore d’autres images : Il prend celle de la plus petite des graines…
Et il prend celle d’un peu de levain…. Deux choses modestes… presque
insignifiantes… Et pourtant, Jésus dit : Voilà comment Dieu agit.
Nous,
nous aimerions que Dieu transforme le monde d’un seul coup… d’un coup
de baguette magique… Nous aimerions des miracles spectaculaires…. comme
dans les film de science fiction avec des super-héros…
Nous voudrions des solutions immédiates… des changements visibles.
Mais Dieu choisit souvent un autre chemin : Celui de la patience… celui de la croissance… celui de la vie qui grandit lentement.
Prenons l’exemple d’une graine… puisque c’est l’image que choisit Jésus :
Ce
n’est pas grand chose… On la met dans la terre… Et puis… plus rien… en
apparence… Pendant plusieurs jours, on pourrait croire que c’est
l’inertie, l’immobilité… Et pourtant, sous la terre, la vie travaille
déjà lentement…
Peu à peu, les racines se développent… La plante commence à pousser.
Ce qui est invisible est déjà à l’œuvre… en train de préparer ce qui deviendra visible.
Il
en est souvent ainsi dans notre vie : Nous avons parfois l'impression
que rien ne change… Nous aimerions être plus patients… plus confiants….
Peut-être aussi plus « ceci » ou plus « cela »…
Nous aimerions aussi que nos familles aillent mieux… que notre Église soient plus vivante… que notre monde soit plus juste.
Et souvent, nous nous décourageons parce que nous ne voyons pas encore les résultats.
Mais Jésus nous dit : « Regardez la graine ! »… Dieu travaille souvent en silence.
Un pardon donné aujourd’hui peut changer toute une relation… […]
Une
parole d’encouragement peut relever quelqu’un qui allait renoncer et se
résigner… Un geste de bienveillance peut traverser toute une vie.
Nous ne savons jamais jusqu’où peut grandir une petite graine de bien ou de bonté…
Et
Jésus nous donne aussi l’image du levain : Quand on prépare du pain, le
levain disparaît… Et pourtant, c’est lui qui fait lever toute la pâte.
Ainsi
en est-il de la présence de Dieu : Elle est discrète… Elle ne s'impose
pas…. Elle travaille doucement notre cœur… en profondeur… dans
l’intériorité…
Elle transforme notre manière de regarder les autres… notre manière de penser… de parler…. Et même d’aimer.
Peu à peu, sans même que nous nous en rendions compte, Dieu fait grandir en nous quelque chose de nouveau.
Voilà pourquoi Jésus nous invite à la confiance…
Même lorsque tout semble petit… Même lorsque nous avons l’impression de ne pas avancer….
Même lorsque notre monde paraît traversé par tant de violences…
Le Royaume est déjà à l’œuvre… Dieu ne cesse pas de travailler notre monde… aujourd’hui encore…
4. Rayonner
Enfin… quatrième et dernier point : Tout cela peut rayonner… et produire quelque chose de nouveau…
Jésus
explique cela de façon imagée : La graine ne grandit pas seulement pour
elle-même… Elle devient un arbre… et les oiseaux viennent faire leurs
nids dans ses branches.
Autrement dit, cet arbre devient un lieu d’accueil… un lieu où d'autres peuvent trouver du repos.
De même, le levain ne transforme pas seulement un petit morceau de pâte… Il fait lever l’ensemble de la pain.
Le Royaume ne reste donc jamais enfermé dans notre cœur… Il est contagieux… Il rayonne… Il se communique… Il touche les autres.
Par ces images, Jésus nous montre ce qu’il attend de ses disciples :
Non
pas qu’ils deviennent des personnes parfaites… Mais qu’ils deviennent
des personnes chez qui les autres peuvent trouver refuge… Chez qui
d’autres peuvent respirer un peu mieux…
Des personnes auprès desquelles on retrouve confiance… paix… et espérance.
Nous faisons peut-être partie de ces gens… En tout cas, il y en a autour de nous… Nous les reconnaissons parfois a postériori…
parce que quand on les quitte, on repart plus léger… Parce qu’elles
savent écouter… Parce qu’elles sont capables d’accueillir… de relever
quelqu’un… simplement par leur manière d’être.
Je crois que c’est cela « devenir un témoin du Royaume » : C’est laisser Dieu transformer notre manière de vivre.
Alors, à travers nous, quelque chose de Dieu devient visible.
Peut-être
est-ce cela, la mission des Chrétiens et la mission de l’Église : Être
comme cet arbre… un lieu où chacun peut trouver sa place.
Être comme ce levain… une présence discrète, mais qui fait lever l’espérance.
Conclusion
Au fond, je crois que, d’une manière ou d’une autre, toutes les lectures de ce matin racontent la même histoire :
Des pêcheurs quittent leurs filets.
Un homme découvre un trésor.
Un peu de levain fait lever toute la pâte.
À chaque fois, une vie est mise en mouvement.
Le Royaume de Dieu, c’est cela :
- Le Christ nous invite à le recevoir, comme les enfants.
- À choisir, comme un homme qui découvre un trésor.
- À grandir, comme la graine ou le levain.
- Et enfin à rayonner, pour que d’autres puissent, à leur tour, goûter quelque chose de la présence de Dieu.
Autrement dit… entrer dans le Royaume… c’est une manière nouvelle de vivre qui commence aujourd’hui…
C’est accueillir un don… quitter ce qui nous enferme… choisir ce qui fait vivre… et laisser Dieu nous transformer peu à peu.
Une fois que l’on a entendu ces paroles de l’Évangile… alors les paroles de l’apôtre Paul prennent tout leur sens :
« Le Royaume de Dieu est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint. » (Rm 14,17) - dit Paul.
Voilà
comment reconnaître que Dieu est déjà à l’œuvre : Chaque fois qu’un peu
plus de justice apparaît… chaque fois qu’un peu plus de paix est semée…
chaque fois qu’une joie renaît, malgré les épreuves… le Royaume est
déjà là !
Lorsque nous accueillons le Souffle de Dieu dans notre vie et notre coeur, de nouvelles perspectives s’offrent à nous…
Quand nous laissons Dieu agir… alors nos actions prennent un nouvel élan et un sens plus profond…
Ce n’est pas seulement notre vie qui change. C’est déjà « le monde nouveau de Dieu » qui fait irruption dans notre monde. […]
Sachant cela… peut-être que Jésus nous laisse aujourd’hui une seule question… une question très simple, que même les enfants peuvent emporter avec eux :
Quelle petite graine Dieu me confie-t-il aujourd’hui ?… pour faire grandir et rayonner le Royaume ?
Une parole à dire ?… Un pardon à offrir ?… Une visite à rendre ?… Une main à tendre ?
Le
Royaume commence souvent par une toute petite graine… Mais entre les
mains de Dieu, les plus petites graines deviennent un jour de grands
arbres.
Amen.
Lectures bibliques
Mc 1, 14-20
14
Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait
l'Evangile de Dieu et disait : 15 « Le temps est accompli, et le Règne
de Dieu s'est approché : convertissez-vous (changez de mentalité) et
croyez à l’Evangile à la Bonne Nouvelle). »
16 Comme il passait
le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon,
en train de jeter le filet dans la mer : c'étaient des pêcheurs. 17Jésus
leur dit : « Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs
d'hommes. » 18 Laissant aussitôt leurs filets, ils le suivirent. 19
Avançant un peu, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, qui
étaient dans leur barque en train d'arranger leurs filets. 20 Aussitôt,
il les appela. Et laissant dans la barque leur père Zébédée avec les
ouvriers, ils partirent à sa suite.
Marc 10,13-16
13
Des gens lui amenaient des enfants pour qu'il les touche de la main,
mais les disciples les rabrouèrent. 14 En voyant cela, Jésus s'indigna
et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas,
car le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux. 15 En vérité, je
vous le déclare, qui n'accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant
n'y entrera pas. » 16 Et il les embrassait et les bénissait en leur
imposant les mains.
Mt 13, 31-33
31 [Jésus] leur
proposa une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à un
grain de moutarde qu'un homme prend et sème dans son champ. 32 C'est
bien la plus petite de toutes les semences ; mais, quand elle a poussé,
elle est la plus grande des plantes potagères : elle devient un arbre,
si bien que les oiseaux du ciel viennent faire leurs nids dans ses
branches. »
33 Il leur dit une autre parabole : « Le Royaume des
cieux est comparable à du levain qu'une femme prend et enfouit dans
trois mesures de farine, si bien que toute la masse lève. »
Mt 13, 44-46
44
« Le Royaume des cieux est comparable à un trésor qui était caché dans
un champ et qu'un homme a découvert : il le cache à nouveau et, dans sa
joie, il s'en va, met en vente tout ce qu'il a et il achète ce champ. 45
Le Royaume des cieux est encore comparable à un marchand qui cherchait
des perles fines. 46 Ayant trouvé une perle de grand prix, il s'en est
allé vendre tout ce qu'il avait et il l'a achetée.
Rm 14,17 : « Le Royaume de Dieu est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint. »
Mt 20, 20-28 - La mère de Jacques et Jean fait une demande à Jésus - 25/07/26
RCF : https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-rcf-bordeaux?episode=703514
20 Alors la femme de Zébédée s'approcha de Jésus avec ses deux fils ; elle se prosterna devant lui pour lui faire une demande. 21« Que veux-tu ? » lui dit Jésus. Elle lui répondit : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent l'un à ta droite et l'autre à ta gauche quand tu seras roi. » – 22 « Vous ne savez pas ce que vous demandez, répondit Jésus. Pouvez-vous boire la coupe de douleur que je vais boire ? » – « Nous le pouvons », lui répondirent-ils. 23 « Vous boirez en effet ma coupe, leur dit Jésus. Mais ce n'est pas à moi de décider qui siégera à ma droite et à ma gauche ; ces places sont à ceux pour qui mon Père les a préparées. »
24 Quand les dix autres disciples entendirent cela, ils s'indignèrent contre les deux frères. 25 Jésus les appela tous et dit : « Vous savez que les chefs des peuples les commandent en maîtres et que les personnes puissantes leur font sentir leur pouvoir. 26 Mais cela ne se passera pas ainsi parmi vous. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur, 27 et celui qui veut être le premier parmi vous sera votre esclave : 28 c'est ainsi que le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie comme rançon pour libérer une multitude de gens. »
Méditation
Qui n'a jamais rêvé d'être reconnu, d'avoir de l'importance, d'occuper une belle place ?
Comme toute les mères…la mère de Jacques et de Jean aimerait que ses fils aient une bonne situation…qu’ils rencontrent un succès certain !
Quant aux autres disciples qui s'indignent… c’est probablement parce qu'ils auraient aimé faire la même demande !
Dans sa réponse… Jésus retourne les choses…
Le problème ne vient pas du désir de porter des responsabilités … ça n’a rien de mauvais en soi…. Mais de la définition que nous avons de la grandeur.
Dans le monde, on associe souvent la grandeur à la domination, au prestige, au pouvoir ou à la réussite.
Or, Jésus renverse complètement cette logique : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. »
La grandeur ne consiste pas à être au-dessus des autres, mais à être au service de leur croissance.
[Ainsi… Faire grandir un enfant, encourager un collègue, relever quelqu'un qui doute, écouter une personne isolée... c’est déjà une manière d'être grand selon l’Évangile.]
Ainsi, dit-il, contrairement aux chefs des nations… « Il n'en sera pas ainsi parmi vous. »
Il est important que…. dans la communauté chrétienne et dans l’Eglise… nous ne reproduisions pas les logiques de domination qui structurent souvent la société.
Jésus nous invite à vivre toute responsabilité comme un service.…. [un service qui construit les relations et qui fait vivre.]
C’est ainsi, en tout cas, que Jésus lui-même l’a vécu :
« Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir... »
C’est ce même chemin du don de soi que Jésus nous appelle à emprunter…
Pour Lui, la vraie grandeur ne se mesure pas au pouvoir que nous exerçons, mais à la vie que nous faisons grandir en nous et autour de nous.
Mt 13, 18-23 - Jésus explique la parabole des grains semés - Vendredi 24/07/26
RCF : https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-rcf-bordeaux?episode=703245
18 Écoutez donc ce que signifie la parabole du semeur. 19 Ceux qui entendent parler du royaume et ne comprennent pas sont au bord du chemin où la semence est semée : le Mauvais arrive et s'empare de ce qui a été semé dans leur cœur. 20 D'autres sont comme le terrain pierreux où tombe la semence : ils entendent la parole et la reçoivent aussitôt avec joie. 21 Mais ils ne la laissent pas s'enraciner en eux, ils ne s'y attachent qu'un moment. Alors, quand survient la détresse ou la persécution à cause de la parole de Dieu, ils se détournent de la foi. 22 D'autres encore reçoivent la semence dans des ronces : ils ont entendu la parole, mais les préoccupations de ce monde et l'attrait trompeur de la richesse étouffent la parole, et elle ne produit pas de fruit. 23 D'autres, enfin, reçoivent la semence dans de la bonne terre : ils entendent la parole et la comprennent ; ils portent des fruits, l'un cent, un autre soixante et un autre trente. »
Méditation
Jésus vient de raconter une scène étonnante : un semeur sème partout : sur le chemin, dans les pierres, les ronces et la bonne terre.
Déjà, cela dit quelque chose de Dieu : il ne réserve pas sa Parole aux personnes « prêtes ». Il sème généreusement : Sa grâce est abondante. Sa Parole offerte à tous. C’est une excellente nouvelle !
Pourtant, Jésus montre qu’il existe des obstacles à la fécondité de la Parole du Royaume… qu’est-ce qui l'empêche de grandir ?
C’est notre manque de cohérence et d’unité intérieure… Tour à tour, dans notre vie, selon les moments de notre existence… nous pouvons être le chemin, les pierres, les ronces, ou la bonne terre.
Il revient à chacun d'ouvrir un peu ses oreilles, son coeur et sa conscience…, pour laisser Dieu travailler notre terre intérieure… pour que l’Esprit Saint puisse faire son travail de labourage… [et accéder à la bonne terre.]
Et puis… il y a les ronces… Jésus parle de ce qui risque d’étouffer la vie : les soucis… la séduction des richesses.
Aujourd’hui, on pourrait ajouter… la dispersion…l’hyperconnexion et les sollicitations permanentes…[l’accélération des rythmes de vie]. … le manque de silence…
C’est un problème de disponibilité intérieure…. Qui nous empêche d’entendre… c’est-à-dire d’accueillir… de laisser descendre cette Parole en nous… pour qu’elle devienne vivante…
[Enfin, la parabole nous invite à porter du fruit… Quels que soient les rendements… il se produit forcement quelque chose quand la Parole est accueillie au cœur de notre meilleure part… ]
Cette parabole a donc de quoi nous réjouir… Dieu recommence inlassablement… Il ne cesse jamais de semer sa Parole… et il continue de croire en nous et de croitre en nous…
Il nous revient donc de faire un peu de place en nous-mêmes… simplement pour l’accueillir…. [pour que nos vies deviennent fécondes et fructueuses pour d’autres… ]