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Méditations de Pascal Lefebvre, pasteur de l Eglise Protestante Unie - région Sud-Ouest
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Lectures bibliques : 1 Co 15, 1-8. 35-44. 49-50 / Rm 8, 9-11. 14- 17. 22-25 / Jean 5, 24-25 / Col 3,1-4. 12-14 = voir texte biblique en fin de page
Thématique : Ressuscités avec le Christ
Prédication de Pascal LEFEBVRE, Bordeaux (temple du Hâ), - Culte de Pâques (05/04/26)
Introduction - la résurrection un évènement passé qui ouvre à l’espérance
Chers amis… nous connaissons bien ces paroles proclamées le jour de Pâques : la victoire sur la mort, la résurrection, la vie après la mort, …
Spontanément, lorsque nous parlons de résurrection, nous pensons soit au passé, soit à l’avenir…
Nous pensons d’abord à un évènement passé : avec la résurrection de Jésus-Christ, il y a 2000 ans.
Dans la Première épître aux Corinthiens (1 Co 15), l’apôtre Paul fait mémoire de cet événement décisif qui a tout changé :
le Christ est apparu comme vivant après sa mort sur la croix… dans des expériences spirituelles inouïes, le Ressuscité s’est manifesté à Pierre, aux Douze, puis à d’autres… et finalement à Paul lui-même.
Ces expériences ont bouleversé la vie de tous ceux qui n'y croyaient plus…
Quelque chose s’est passé… une brèche s’est ouverte…
qui a permis aux disciples de passer de la peur à la confiance, du désespoir à l’espérance.
La résurrection c’est d'abord cela : cet évènement inouï… une rencontre avec le Christ ressuscité… qui, à son tour, « ressuscite » les disciples… qui les réveille… les relève… et qui leur redonne courage et confiance.
Mais Paul va plus loin… il s’appuie sur l’expérience personnelle qu’il a lui-même vécu sur le chemin de Damas : sa rencontre avec le Christ vivant… pour affirmer que la vie spiritualisée qui est désormais celle du Christ… sera, un jour, aussi la nôtre.
Ce qui est arrivé à Jésus-Christ, arrivera aussi à ceux qui sont unis à lui dans la foi.
Après notre vie terrestre… nous sommes promis à la résurrection du « corps spirituel », du corps animé par l’esprit.
Pour lui, cette espérance change profondément les choses…
Certes, nous devrons passer par la mort… et les choses seront complètement différentes… mais il y a - malgré tout - une forme de continuité de la vie…
Pour dire cette transformation, il utilise l’image de la semence :
« Ce qui est semé corruptible, ressuscite incorruptible » (1 Co 15,42)
La vie ressuscitée n’est pas une autre vie qui commencerait après la mort et qui remplacerait la nôtre… c’est une vie transformée - transfigurée - qui a déjà commencé.
Un jour, nous serons à l'image de « l’homme céleste » comme nous avons été à l'image de « l’homme terrestre ». Telle est l’espérance de Paul !
Toutefois, l’erreur que nous pourrions faire… c’est de ne conjuguer le verbe « ressusciter » qu’au futur ! C’est de ne parler de la résurrection que pour plus tard… comme une autre vie après la mort… comme une promesse lointaine…
1. Ressuscités… déjà au présent ?
Je vous rappelle que le mot « ressusciter » en grec - qui est employé à la voie passive - signifie : « être réveillé », « être relevé ».
Or, l’auteur de la lettre aux Colossiens, nous dit quelque chose de profondément déroutant :
« Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ… recherchez les choses d’en haut » (Colossiens 3,1)
Il ne dit pas : vous serez ressuscités. Mais il dit : vous êtes ressuscités…
Il n’en parle pas comme d’une possibilité future… mais comme une réalité présente et actuelle.
Et Jésus lui-même, dans l’Évangile de Jean, va encore plus loin. Je cite :
« L’heure vient - et c’est maintenant - où les morts entendront la voix du Fils de Dieu » (Jn 5,25)
« L’heure vient… et c’est maintenant… » dit-il.
L’heure dans l’évangile de Jean, c’est l’heure de la glorification, qui renvoie à la Croix et l’Élévation… donc à la Résurrection.
Pour le lecteur, cette parole signifie que tout ça est déjà à l’œuvre aujourd’hui.
Alors une question s’impose à nous, en ce matin de Pâques : et si la résurrection commençait déjà maintenant ?
Ce que l’épitre aux Colossiens affirme ici, nous pouvons l’entendre ailleurs dans la Bible avec la même force. Je cite l’épitre aux Éphésiens : « A cause du grand amour dont Dieu nous a aimé… il nous a donné la vie avec le Christ… avec lui, il nous a ressuscités » (Eph 2,5-6)
Ou encore, dans l’évangile de Jean, Jésus dit lui-même : « Celui qui écoute ma parole… a la vie éternelle… il est passé de la mort à la vie » (Jn 5,24)
Pour ces auteurs bibliques, la résurrection n’est pas seulement un événement passé… qui ouvre une promesse future… Il s’agit d’une réalité qui peut être vécue dès maintenant… qui est accessible par la foi.
Alors, bien sûr, il ne s’agit pas de nier la résurrection à venir. Paul lui-même parle d’un accomplissement futur (cf. Romains 8,11 ; 1 Corinthiens 15). Mais ce que la foi chrétienne affirme avec audace, c’est que la vie nouvelle commence déjà avant la mort.
Le théologien Jürgen Moltmann a largement développé cette pensée dans sa Théologie de l’espérance :
Pour lui, la résurrection du Christ fonde une espérance qui ouvre l’avenir… et qui transforme déjà le présent.
La résurrection n’est pas seulement consolation pour l’avenir, elle est déjà une dynamique, une force de transformation qui opère dans le présent.
2. Mais alors… qu’est-ce que cela veut dire : être ressuscité ?
Pourtant… si nous sommes honnêtes, nous devons reconnaître que… si nous sommes vivants dans cette existence… nous ne le sommes pas pleinement… nous ne sommes pas toujours vraiment vivants.
Il y a en nous - et dans notre monde - toutes formes de morts : la peur, le découragement, la culpabilité, des relations blessées ou brisées, le sentiment d’être enfermé en soi-même ou dans une sorte de fatalité…. marquée par le pessimisme et la violence.
Il n’y a pas que la mort biologique… il y a aussi des morts existentielles.
Un des exemple les plus connus est donné par Jésus dans la parabole du fils prodigue (cf. Lc 15)…
Quand le père accueille son fils de retour, les bras ouverts, en disant : « Il était mort, et il est revenu à la vie » (Luc 15,24)… il parle précisément de cette mort existentielle - cette mort intérieure - qui nous menace… lorsque nous sombrons dans la séparation, l’enfermement, le découragement, la fatalité ou le désespoir.
Ici, « être ressuscité », ce n’est pas seulement revenir à la vie après la mort. C’est passer, dès maintenant, de ce qui nous enferme à ce qui nous fait vivre.
Paul le dit ainsi : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là ». (2 Co 5,17)
Être ressuscité, c’est :
- Accueillir cette possibilité d’une vie nouvelle,
- Recevoir un regard nouveau,
- Retrouver confiance, relation et espérance,
- Entrer dans une liberté nouvelle.
Ce n’est pas devenir parfait… mais devenir vivant autrement…. vivant dans la relation avec celui qui est Vie et Résurrection (cf. Jn 11,25).
3. « Cherchez les choses d’en haut » : un déplacement intérieur
Dans l’extrait de la lettre aux Colossiens que nous avons entendu, l’auteur poursuit… en conséquence :
« Cherchez les choses d’en haut… attachez-vous aux choses d’en haut » (Col 3,1-2)
Cela peut sembler étrange. On pourrait croire qu’il s’agit de fuir le monde. Mais ce n’est pas cela. Il ne s’agit pas de quitter la terre.
Il s’agit de changer de centre de gravité.
« Être ressuscité », c’est « vivre autrement » : non plus centré sur soi-même… mais ouvert à Dieu, à la vie et aux autres.
Paul l’exprime encore ailleurs, en disant : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).
La résurrection est un déplacement intérieur…
C’est l’adhésion au Christ vivant qui nous décentre… qui nous fait voir les choses autrement, de façon nouvelle…. et ainsi nous transforme.
Et tout cela devient concret…
Un peu plus loin (dans les versets suivants), la lettre aux Colossiens parle de pardon, de bienveillance, de relations nouvelles…
Comme si « la résurrection » - comme une « révolution intérieure » - ça se voyait déjà dans la manière de vivre avec les autres.
4. La grande question : comment Jésus nous ressuscite-t-il ?
Bien sûr, ces différentes affirmations… peuvent susciter bien des questions…
Si la résurrection est une réalité présente… alors… comment ce changement se produit-il dans nos vies ? Comment la foi nous transforme-t-elle ? Comment Jésus nous ressuscite-t-il ?
Je vous propose d’ esquisser quatre réponses.
a. Jésus nous ressuscite par sa parole - Il nous appelle
Premièrement… Jésus nous ressuscite par sa parole.
Nous en avons un bel exemple dans l’évangile de Jean, devant le tombeau de son ami Lazare, Jésus crie d’une voix forte : « Lazare, sors ! » (Jn 11,43)
Et Lazare se redresse, les pieds et les mains attachés… il sort dehors.
C’est une image puissante… pour dire que la parole du Christ appelle à la vie.
Aujourd’hui encore, cette parole nous rejoint… elle nous relève… elle nous appelle hors de nos enfermements.
C’est ce que fait la Parole que nous entendons chaque dimanche !
Comme le dit Jésus, dans l’évangile de Jean : « Celui qui écoute ma parole… est passé de la mort à la vie » (Jean 5,24)
C’est une Parole qui éclaire… qui appelle à un élargissement de notre conscience… qui relève… qui donne confiance et courage.
b. Le Christ nous ressuscite par sa présence - Il nous rencontre
Deuxième point… le Christ nous ressuscite par sa présence.
Il ne dit pas seulement : je donne la résurrection. Mais : « Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11,25). Il vient à notre rencontre…
La résurrection n’est pas une idée. C’est une présence.
« Être ressuscité », c’est entrer dans une relation vivante avec le Christ.
Pour le théologien Karl Barth, c’est le Christ vivant qui est sujet de la foi.
La résurrection, c’est la rencontre avec le Vivant.
C’est pourquoi l’enjeu de la foi chrétienne, c’est de se rendre disponible à la présence et la rencontre avec Celui qui nous donne : vie, force, vitalité et Souffle.
c. Dieu nous ressuscite par l’Esprit - Il habite en nous
Troisième réponse : Dieu nous ressuscite par l’Esprit saint, par son Souffle.
Dans l’épitre aux Romains, Paul écrit : « Si l’Esprit de Dieu… l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus… habite en vous… Dieu donnera aussi la vie à vos corps mortels… par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8,11).
Et il ajoute : « Vous avez reçu un Esprit d’adoption » (Rm 8,15).
L’Esprit, c’est la vie de Dieu en nous. C’est cette force intérieure :
- qui redonne souffle,
- qui rend possible ce qui semblait impossible,
- qui ouvre un avenir.
En entrant dans la confiance… nous nous ouvrons au Souffle de Dieu…
Et c’est lui qui agit en nous… c’est lui qui nous relève…
Dès lors, nous ne sommes plus « esclaves de la peur »,
mais nous vivons comme fils et fille de Dieu (cf. Rm 8, 14-16).
d. Dieu nous ressuscite en nous faisant passer par des morts - Il nous transforme
Enfin, quatrième réponse… certainement la plus délicate… et la plus difficile à accepter :
Dieu nous ressuscite en nous faisant passer par des morts
Avant de ressusciter, Jésus est passé par la croix.
En parlant du Christ… Paul écrit : « Nous avons été unis à lui, par une mort semblable à la sienne… afin de l’être aussi par une résurrection » (Rm 6,5)
Pour l’apôtre, la résurrection passe inévitablement par des morts :
Il est nécessaire de « laisser mourir » certaines choses… d’accepter la mort du « vieil homme »…
Ce qui signifie qu’il nous faut accepter de lâcher notre égo… de laisser mourir certaines images de nous-mêmes… d’abandonner certaines sécurités illusoires… de lâcher certaines peurs… pour les surmonter et les dépasser.
Pour Paul, ces morts ne sont pas des fins. Elles sont des passages… vers une vie nouvelle.
Le pasteur et théologien Dietrich Bonhoeffer, a écrit dans son livre « le prix de la Grâce » :
« Quand le Christ appelle un homme, il lui ordonne de venir et de mourir ».
Ce qu’il veut dire, c’est que chacun a quelque chose à vivre, à quitter… pour abandonner ce qui l’empêche d’avancer… pour laisser mourir ce qui l’enferme… afin de suivre le Christ… et de vivre vraiment.
5. Une résurrection « déjà là »… mais « pas encore » achevée
Ainsi, lorsqu’on parle de « résurrection » comme on le fait chaque année à Pâques… il faut tenir ensemble deux dimensions :
- D’une part, Paul a raison de dire qu’avec le Christ, nous sommes déjà ressuscités.
- Mais, d’autre part, il ajoute que tout n’est pas encore transformé. Nous sommes en train de vivre un travail de libération… de libération spirituelle.
Paul écrit : « Nous qui possédons les prémices de l’Esprit… nous gémissons intérieurement… en attendant l'adoption, la délivrance pour notre corps » (Rm 8,23).
Depuis la résurrection du Christ, nous vivons dans un entre-deux :
- Nous sommes déjà dans la vie nouvelle,
- Mais de manière partielle… Nous ne sommes pas encore dans la plénitude.
Il affirme que c’est cela l’espérance chrétienne : non pas fuir le présent, mais vivre un présent habité par l’Esprit de Dieu… qui renouvelle toute chose.
C’est, à la fois, entrer dans la confiance que nous donne Christ : confiance que le salut nous est donné… que la communauté des croyants participe déjà au salut… tout en attendant encore sa pleine réalisation, sa complète manifestation.
Autrement dit, nous vivons un temps intermédiaire… entre le « déjà là » marqué par la dynamique de résurrection que le Christ est venu ouvrir dans notre monde… ce qui nourrit notre espérance… et le « pas encore »… puisque notre monde est encore traversé par des tempêtes, des périodes d’épreuves et de chaos, qu’il nous faut surmonter… en attendant le plein accomplissement, la libération spirituelle complète.
C’est dans cette attente que Paul invite les disciples à vivre cette vie nouvelle - cette vie de ressuscité - dans la vie concrète et quotidienne… dans des relations bienveillantes avec les autres.
Conclusion
Quelques mots… pour conclure…
Les textes de ce jour nous ont rappelé que « Ressusciter », ce n’est pas seulement une promesse pour après la mort, c’est une vie nouvelle qui commence dès maintenant… avec la confiance que nous donne le Christ vivant.
Le message de Pâques nous concerne dès aujourd’hui… parce que la Parole du Christ nous appelle… parce que son Esprit nous transforme.
Parce que le Christ est vivant… et qu’il nous communique la Vie qui vient de Dieu… alors quelque chose peut se relever en nous :
- une confiance,
- une relation,
- une espérance vivante.
Croire en la résurrection, c’est oser entendre cette parole qu’il nous adresse… comme à son ami Lazare : « Toi… viens dehors… Sors de ce qui t’enferme… Entre dans la vie nouvelle … dans cette vie relationnelle à laquelle Dieu t’appelle aujourd’hui. »
Et il se peut que cette vie nouvelle commence très simplement…
- là où quelque chose peut s’ouvrir,
- là où quelque chose peut se relever,
- là où une parole peut être entendue… et résonner dans notre existence.
Amen.
Lectures bibliques - Pâques 2026
1 Corinthiens 15, 1-8. 35-44. 49-50
1 Je vous rappelle, frères, l'Evangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, auquel vous restez attachés, 2 et par lequel vous serez sauvés si vous le retenez tel que je vous l'ai annoncé ; autrement, vous auriez cru en vain.
3 Je vous ai transmis en premier lieu ce que j'avais reçu moi-même : Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures. 4 Il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures. 5 Il est apparu à Céphas, puis aux Douze.
6 Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois ; la plupart sont encore vivants et quelques-uns sont morts. 7 Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. 8En tout dernier lieu, il m'est aussi apparu, à moi l’avorton. […]
35 Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? 36 Insensé ! Toi, ce que tu sèmes ne prend vie qu'à condition de mourir.
37 Et ce que tu sèmes n'est pas la plante qui doit naître, mais un grain nu, de blé ou d'autre chose. 38 Puis Dieu lui donne corps, comme il le veut et à chaque semence de façon particulière. 39 Aucune chair n'est identique à une autre : il y a une différence entre celle des hommes, des bêtes, des oiseaux, des poissons. 40 Il y a des corps célestes et des corps terrestres, et ils n'ont pas le même éclat ; 41 autre est l'éclat du soleil, autre celui de la lune, autre celui des étoiles ; une étoile même diffère en éclat d'une autre étoile.
42 Il en est ainsi pour la résurrection des morts : semé corruptible, on ressuscite incorruptible ; 43 semé méprisable, on ressuscite dans la gloire ; semé dans la faiblesse, on ressuscite plein de force ; 44 semé corps animal, on ressuscite corps spirituel. S'il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel. […]
49 Et de même que nous avons été à l'image de l'homme terrestre, nous serons aussi à l'image de l'homme céleste. 50 Voici ce que j'affirme, frères : la chair et le sang ne peuvent hériter du Royaume de Dieu, ni la corruption hériter de l’incorruptibilité.
Romains 8, 9-11. 14-17. 22-25
9 Vous, vous n'êtes pas sous l'empire de la chair, mais de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu'un n'a pas l'Esprit du Christ, il ne lui appartient pas.
10 Si Christ est en vous, votre corps, il est vrai, est voué à la mort à cause du péché, mais l'Esprit est votre vie à cause de la justice.
11 Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus Christ d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous. […]
14 En effet, ceux-là sont fils de Dieu qui sont conduits par l'Esprit de Dieu :
15 vous n'avez pas reçu un esprit qui vous rende esclaves et vous ramène à la peur, mais un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs et par lequel nous crions : Abba, Père.
16 Cet Esprit lui-même atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.
17 Enfants, et donc héritiers : héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ, puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire. […]
22 Nous le savons en effet : la création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l'enfantement. 23 Elle n'est pas la seule : nous aussi, qui possédons les prémices de l'Esprit, nous gémissons intérieurement, attendant l'adoption, la délivrance pour notre corps. 24 Car nous avons été sauvés, mais c'est en espérance. Or, voir ce qu'on espère n'est plus espérer : ce que l'on voit, comment l'espérer encore ? 25 Mais espérer ce que nous ne voyons pas, c'est l'attendre avec persévérance.
Jean 5, 24-25
[Jésus reprit la parole et leur dit : …]
24 « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.
25 En vérité, en vérité, je vous le dis, l'heure vient – et maintenant elle est là – où les morts entendront la voix du Fils de Dieu et ceux qui l'auront entendue vivront. »
Colossiens 3,1-4. 12-14
1 Du moment que vous êtes ressuscités (réveillés) avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ; 2 c'est en haut qu'est votre but, non sur la terre. 3 Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. 4 Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. […]
12 Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience. 13 Supportez-vous les uns les autres, (…) pardonnez-vous mutuellement (…) 14 Et par-dessus tout, revêtez l'amour : c'est le lien parfait.
Lectures bibliques : Ex 12, 1-8. 11-14 ; Lv 24, 5-9 ; Es 58, 6-8 ; Mt 26, 17-30
Voir LECTURES BIBLIQUES en FIN de PAGE
Thématique : Pain partagé, vie donnée = Sens de la communion eucharistique… à la lumière de quelques textes du Premier Testament
Prédication de Pascal LEFEBVRE - Bordeaux (temple du Hâ), - jeudi 2 avril 2026- Jeudi saint.
Tout à l’heure, nous allons partager un peu de pain et de vin… comme nous le faisons régulièrement le dimanche… lors de la communion eucharistique.
Ce geste simple est au cœur de notre foi…
Depuis des siècles, des générations de croyants refont ce geste et redisent ces paroles, sans toujours mesurer la richesse de ce qu’elles portent.
Aujourd’hui, en ce Jeudi saint, je vous propose de nous arrêter un instant… et de nous poser une question toute simple :
Que faisons-nous vraiment lorsque nous partageons le pain et le vin ?
Dans les paroles d’anamnèse de l’évangile de Matthieu… qui portent le souvenir du dernier repas de Jésus… le Christ assimile le pain partagé à son corps… De même, avec la coupe de bénédiction, il identifie le vin au sang versé pour la multitude…
Ces paroles sont connues. Mais nous oublions parfois ce qui a pu les inspirer. Car elles s’inscrivent dans une histoire, une mémoire, une tradition… celle des Écritures d’Israël.
Pour en comprendre le sens, il nous faut remonter à ces textes que nous avons entendus.
Commençons par la coupe… par le vin… associé au sang.
- Dans le livre de Exode, au chapitre 12, le sang est mis sur les portes des maisons, au moment de la Pâque.
Et ce sang, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’est pas d’abord un symbole de mort… mais un symbole de vie.
Dans la pensée biblique, dans le livre du Lévitique (Lv 17,11), le sang, c’est ce qu’il y a de plus essentiel : c’est la vie même.
Pour la communauté des croyants, mettre du sang sur la porte, c’est marquer la maison du signe de la vie.
Le livre de l’Exode le dit clairement : « le sang sera pour vous un signe ». Il n’y a pas d'efficacité magique… mais c’est un signe relationnel, qui marque l’alliance entre Dieu et son peuple.
Le sang appliqué sur les linteaux des portes va servir de signe apotropaïque : un signe qui protège du mal…
Et il deviendra un signe de reconnaissance, un signe d’appartenance… appartenance au Dieu de la vie… appartenance au peuple libéré.
Ce sang versé sur le seuil des portes… va permettre de tracer une frontière symbolique : entre l’extérieur et l’intérieur… entre ce qui est menacé et ce qui est sauvé.
Le texte nous dit que Dieu va « passer par-dessus » (d’où Pessa’h) les maisons marquées… Il fera « passage ».
C’est le sens même du mot « Pâque ».
Ainsi, le sang devient un signe de protection et un signe de libération… le signe d’une vie reconnue, mise à part, et préservée.
Ce geste ancien - lui-même - ne sort pas de nulle part.
Des chercheurs pensent qu’il plonge ses racines dans des pratiques plus anciennes - des rites pastoraux - où le sang servait à protéger les habitations et les troupeaux.
Autrement dit… avant d’être un grand symbole religieux… le sang était déjà un geste de protection, inscrit dans la vie quotidienne.
Ces gestes ont ensuite été relus et intégrés dans une grande histoire : celle de la sortie d’Égypte… pour servir d’appui à une théologie de la libération.
Et ce qui est frappant, c’est que ce signe du sang acquiert alors une valeur collective… car le salut concerne tous les habitants d’une maison, tous les membres d’une communauté…
Ce qui signifie que le salut n’est pas individuel, mais collectif.
Le sang marque une solidarité de vie et de foi.
- On retrouve cette idée ailleurs dans le livre de l’Exode, au chapitre 24… avec un geste qui pourrait aujourd’hui nous paraitre très étrange voire sanguinaire…
Moïse asperge le peuple avec du sang… C’était alors une manière concrète de sceller un pacte, une alliance : le sang manifeste une relation… il sert à unir le Dieu de la Vie avec le peuple… dans une relation vivante.
Alors… certainement… lorsque Jésus, ce soir-là, prend la coupe et parle du sang… ses disciples entendent tout cela… même s’ils le comprendront pleinement plus tard.
Ils entendent : une vie donnée, une alliance, une libération, une solidarité.
Jésus donne ainsi un sens à ce qu’il va vivre : sa mort prochaine ne sera pas un échec absurde. Elle sera le signe d’une vie offerte.
Car dans la Bible, le sang ne dit pas d’abord la mort. Il dit la vie qui circule… la vie qui se donne.
Ce sang versé portera ainsi la marque d’une nouvelle alliance… marquée par le don de soi… une vie offerte par amour… une vie donnée pour que d’autres vivent, dans ce même amour… qui unit et relie les croyants au Dieu de la vie.
- Et si, dans ses paroles, Jésus associe le vin à ce sang… ce n’est pas non plus un hasard.
Car le vin, dans les Écritures, est un signe de communion et de joie.
Le psaume 104 (v.15) le dit : le vin réjouit le cœur de l’homme.
Il est associé à la fête… à une vie bonne et abondante… vue comme un don et une bénédiction de Dieu.
Il dit une existence qui ne se contente pas de survivre… mais une vie qui se goûte, qui se partage, qui se célèbre.
- Cette association entre le vin et la vie se retrouve encore dans l’évangile de Jean… lorsque Jésus utilise l’image du vigneron, de la vigne et des sarments (cf. Jn 15).
Dans ses paroles, le Christ affirme être « la vraie vigne »… celle qui nourrit les sarments… qui est capable de donner vie et vitalité… afin de permettre à chacun des sarments de grandir et de produire du fruit…
Alors, lorsque nous buvons à la coupe… avec le vin assimilé au sang du Christ… nous ne communions pas à la mort… mais à une vie donnée… qui nous renvoie au Dieu de la vie… au Dieu sauveur et libérateur.
Identifié au vin, le sang devient le signe d’une vie vécue dans la joie….
Une vie qui se réalise pleinement, lorsque est habitée par le don de soi… par la relation à Dieu et aux autres.
Ainsi, à travers les gestes et les paroles du Christ, qui manifestent son engagement … nous communions à la vie reçue de Dieu… à la vie offerte aux autres… à la vie appelée à circuler.
Mais Jésus ne prend pas seulement la coupe. Il prend aussi du pain… qu’il va associer à son corps… c’est à dire à sa personne, à ce qu’il est, ce qu’il dit et ce qu’il fait.
Là encore, ce geste s’enracine profondément dans les Écritures…. de plusieurs manières :
- Dans le passage de Levitique 24, 5-9 que nous avons entendu, il est question des douze pains de proposition… qui servent de geste de présentation devant Dieu.
Ces pains sont placés continuellement devant Dieu dans le sanctuaire…
Ils représentent collectivement le peuple qui se place en présence de Dieu, devant la face du Seigneur.
Autrement dit, le pain sert de médiation relationnelle.
Parce qu’il est là, en permanence, dans le sanctuaire et renouvelé chaque sabbat… il sert de signe de présence et d’alliance perpétuelle.
Cette tradition cultuelle fait du pain un signe de relation durable avec Dieu.
A travers ce pain, c’est comme si le peuple disait à Dieu : « Nous sommes là, devant toi, en relation avec toi »
On peut penser que cet arrière plan est présent dans le geste inauguré par le Christ… Toutefois, Jésus opère un double déplacement avec ce signe du pain :
- D’une part, il assimile désormais ce pain à son corps, à sa personne… comme pour dire qu’il se donne à travers ce pain… comme si, désormais, c’est à travers lui que Dieu se donne à rencontrer.
- D’autre part, il partage et distribue le pain à ses disciples. Alors que dans le livre du Lévitique, ce pain pouvait être partagé par les prêtres - et seulement par eux - le jour du sabbat… Jésus le met désormais entre les mains de tous… comme si chacun était invité à entrer dans une relation directe avec Dieu.… comme si la présence de Dieu n’était plus réservée à quelques-uns… mais offerte à tous.
Le pain devient ainsi le signe d’une présence et d’une relation offertes à tous.
Ce n’est toutefois pas la seule signification du pain dans les Écritures :
- De façon plus prosaïque, le pain c’est aussi - et tout simplement - l’aliment de base de la vie quotidienne : il représente ce qui fait vivre…
Il est lié à la condition humaine… même s’il est considéré comme un don venant de Dieu…
Cela nous est rappelé dans l’épisode de la manne (cf. Exode 16)… où le peuple qui marche dans le désert manifeste sa faim et commence à « murmurer » contre Moïse et Aaron… Dieu qui est à l’écoute, va alors se manifester. Il va donner chaque jour à chacun le pain nécessaire : la manne… un pain qu’on ne peut pas accumuler… un pain qui apprend la confiance.
- Par ailleurs, le pain sert également à créer du lien… Il est fait pour être partagé.
Dans la Bible le pain est signe d’hospitalité, de partage, de reconnaissance de l’autre.
Dans le livre de la Genèse (cf. Gn 18), Abraham nous montre ce que signifie cette hospitalité : il accueille trois étrangers en leur offrant du pain… trois étrangers qui viennent manifester la présence du Seigneur… et porter une parole de vie : l’annonce d’un fils pour Sara et Abraham.
Comme si, à travers ce geste simple - offrir du pain - quelque chose de Dieu venait à la rencontre de l’homme.
Les prophètes, eux aussi, rappellent sans cesse cette exigence du partage.
Le prophète Esaïe dira : « partage ton pain avec celui qui a faim » : voilà le vrai culte que Dieu attend !
Le pain permet de médiatiser la fraternité.
Il devient un critère de fidélité à Dieu… car notre relation à Dieu n’est pas déconnectée de la vie quotidienne, ni de notre rapport aux autres…
La spiritualité contribue à l’ouverture du coeur… Elle élargit notre conscience, notre regard, et notre désir de vivre des relations justes…
Ce qui implique de poser des gestes concrets… envers celles et ceux qui sont dans la peine ou le besoin.
Celui qui est conscient d’avoir reçu des dons et des bénédictions… celui qui se sait au bénéfice de la générosité divine… découvre qu’il est, à son tour, appelé à donner et à partager.
- Enfin, le pain est aussi associé à la Parole.
Souvenons-nous de ce verset du livre du Deutéronome (Dt 8,3) : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu. »
Le pain nécessaire à la vie biologique… devient le signe d’un autre besoin : celui d’une parole qui fait vivre intérieurement… et qui donne sens à notre existence.
Ainsi, dans le Premier Testament, le pain est porteur d’une richesse de sens. Il est, à la fois, ce qui fait vivre et ce qui rappelle que la vie ne vient pas de nous.
Il nourrit le corps, mais il ouvre aussi à une autre faim : une faim de parole, de relation, de partage, de justice.
Lors du dernier repas, lorsque Jésus partage le pain avec ses disciples… il a certainement en mémoire toutes ces significations issues des Ecritures hébraïques…
En prenant le pain et en le partageant… il exprime tout cela : la relation à Dieu ; la vie quotidienne ; la confiance ; le partage ; la parole.
En disant : « ceci est mon corps », il dit en substance à ses disciples : « C’est là que se donne ma vie. C’est là que se donne ma parole ».
Ainsi, lorsque nous communions au pain… nous entrons dans une dynamique qui nous précède… fondée sur la vie et la parole du Christ… nous entrons dans un mouvement de vie partagée… qui appelle notre participation…
Dès lors… peut-être que la question qui nous est posée, au moment de la communion, est la suivante :
De quelle vie vivons-nous ?… Une vie que nous gardons pour nous-mêmes ? Ou une vie que nous recevons, pour la donner à notre tour ?
Ce n’est pas une question de perfection… mais une question de conscience, d’élan, d’intention, de participation.
Un dernier mot… pour conclure…
Je crois… chers amis… qu’il y a vraiment une grande richesse de sens dans la communion eucharistique à laquelle nous sommes régulièrement invités.
Lorsque nous partageons le pain et le vin… assimilé au corps et au sang de Jésus-Christ… nous affirmons notre désir de vivre en communion avec la vie, la personne et l’Évangile de Jésus-Christ.
Nous signifions notre désir « d’être en Christ »… de vivre en Lui (cf. 2 Co 5,17).
Et ce n’est pas quelque chose de triste… bien au contraire : si Jésus a donné ces signes à ses disciples… afin de se souvenir de ce dernier repas… c’était certainement l’occasion de leur proposer un enseignement… de les inviter à poursuivre sa mission de propager un Evangile porteur de vie et de libération… c’était aussi pour les encourager à rester unis, fraternels et solidaires… après sa mort.
Pour nous, ce moment de la Sainte Cène est ce temps privilégié où nous nous remettons en présence du Christ crucifié et ressuscité… spirituellement présent avec ses disciples, pour toutes les générations…
C’est un moment fort et unique, où nous disons notre désir de communion avec le Christ et avec les autres… où nous disons notre souhait de prendre part à la dynamique relationnelle que Jésus a partagé avec le Père céleste… dans ce mouvement d’une vie qui se reçoit… qui se donne… qui se partage.
Une vie que nous sommes appelés à faire circuler… en étant porteur de paix et de joie… en devenant, à notre tour, signes de vie et de bénédiction, pour les autres.
Amen.
Lectures bibliques du jeudi saint
Ex 12, 1-8. 11-14 La sortie d’Égypte - Les rites de la Pâque
1 Le SEIGNEUR dit à Moïse et à Aaron dans le pays d'Egypte : 2 « Ce mois sera pour vous le premier des mois, c'est lui que vous mettrez au commencement de l'année. 3 Parlez ainsi à toute la communauté d'Israël :
Le dix de ce mois, que l'on prenne une bête par famille, une bête par maison. 4 Si la maison est trop peu nombreuse pour une bête, on la prendra avec le voisin le plus proche de la maison, selon le nombre des personnes. Vous choisirez la bête d'après ce que chacun peut manger. 5 Vous aurez une bête sans défaut, mâle, âgée d'un an. Vous la prendrez parmi les agneaux ou les chevreaux. 6 Vous la garderez jusqu'au quatorzième jour de ce mois.
Toute l'assemblée de la communauté d'Israël l'égorgera au crépuscule. 7 On prendra du sang ; on en mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on la mangera.
8 On mangera la chair cette nuit-là. On la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. […] 11 Mangez-la ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous la mangerez à la hâte. C'est la Pâque du SEIGNEUR. 12 Je traverserai le pays d'Egypte cette nuit-là. Je frapperai tout premier-né au pays d'Egypte, de l'homme au bétail. Et je ferai justice de tous les dieux d'Egypte. C'est moi le SEIGNEUR.
13 Le sang vous servira de signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang. Je passerai par-dessus vous, et le fléau destructeur ne vous atteindra pas quand je frapperai le pays d’Egypte. 14 Ce jour-là vous servira de mémorial. Vous ferez ce pèlerinage pour fêter le SEIGNEUR. D'âge en âge – loi immuable – vous le fêterez.
Lv 24, 5-9 - Les pains offerts à Dieu
5 Le Seigneur dit à Moïse : Tu prendras de la farine ; tu feras cuire douze gâteaux, chaque gâteau étant fait avec deux dixièmes d'épha de farine ; 6 tu les placeras en deux piles de six sur la table pure, devant le SEIGNEUR ; 7 tu mettras sur chaque pile de l'encens pur ; il servira de mémorial à la place du pain ; ce sera un mets consumé pour le SEIGNEUR ; 8 chaque jour de sabbat, on les disposera devant le SEIGNEUR, à perpétuité, de la part des fils d'Israël ; c'est une alliance perpétuelle. 9 Cela reviendra à Aaron et à ses fils ; ils mangeront ce pain dans un endroit saint, car c'est pour eux une chose très sainte prise sur les mets consumés du SEIGNEUR ; c'est une redevance pour toujours. »
Es 58, 6-8 - Le jeûne que Dieu demande
6 Le jeûne que je préfère, n'est-ce pas ceci :
dénouer les liens provenant de la méchanceté,
détacher les courroies du joug,
renvoyer libres ceux qui ployaient,
bref que vous mettiez en pièces tous les jougs !
7 N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé ?
Et encore : les pauvres sans abri, tu les hébergeras,
si tu vois quelqu'un nu, tu le couvriras :
devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas.
8 Alors ta lumière poindra comme l'aurore,
et ton rétablissement s'opérera très vite.
Ta justice marchera devant toi
et la gloire du SEIGNEUR sera ton arrière-garde.
Mt 26, 17-30 - Préparation du repas pascal / Désignation du traître / Le dernier repas
17 Le premier jour des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : « Où veux-tu que nous te préparions le repas de la Pâque ? » 18 Il dit : « Allez à la ville chez un tel et dites-lui : “Le Maître dit : Mon temps est proche, c'est chez toi que je célèbre la Pâque avec mes disciples.” » 19 Les disciples firent comme Jésus le leur avait prescrit et préparèrent la Pâque.
20 Le soir venu, il était à table avec les Douze. 21 Pendant qu'ils mangeaient, il dit : « En vérité, je vous le déclare, l'un de vous va me livrer. » 22 Profondément attristés, ils se mirent chacun à lui dire : « Serait-ce moi, Seigneur ? » 23 En réponse, il dit : « Il a plongé la main avec moi dans le plat, celui qui va me livrer. 24 Le Fils de l'homme s'en va selon ce qui est écrit de lui ; mais malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il aurait mieux valu pour lui qu'il ne fût pas né, cet homme-là ! » 25 Judas, qui le livrait, prit la parole et dit : « Serait-ce moi, rabbi ? » Il lui répond : « Tu l'as dit ! »
26 Pendant le repas, Jésus prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit ; puis, le donnant aux disciples, il dit : « Prenez, mangez, ceci est mon corps. » 27 Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna en disant : « Buvez-en tous, 28 car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés. 29 Je vous le déclare : je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le Royaume de mon Père. »
30 Après avoir chanté les psaumes, ils sortirent pour aller au mont des Oliviers.
Lecture biblique : Lc 15, 1-3. 11-32 (voir lecture = en dernière page)
Thématique : Vivre en grand… vivre en plénitude
Prédication de Pascal LEFEBVRE - Bordeaux, le 22 mars 2026 (Temple du Hâ)
Luc 15, 11-32 : une parabole exemplaire
Nous connaissons bien cette magnifique parabole de l’évangile de Luc : la parabole du « père prodigue »… plutôt que du « fils prodigue »… Car c’est bien le père qui agit avec excès… qui fait usage de largesse et de générosité… sans compter… par amour pour son fils cadet.
Évidemment … dans cette petite histoire… ce père de famille… sert de point d’appui et de comparaison… pour parler de Dieu.
La parabole donne ainsi l’image d’un Dieu… qui ne cesse de donner… d’accueillir… de relever… de sauver… un Dieu dont la grandeur se manifeste par l’amour inconditionnel.
J’ai eu la chance le week-end dernier de participer au centenaire des assises nationales des entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC)… Durant ce congrès à Lyon, le mouvements des EDC a accueilli plusieurs intervenants… ils ont notamment abordé ce thème « vivre en grand »… Que signifie vivre en grand ?
Cette question nous concerne… nous-mêmes : vivons-nous en grand ?… en plénitude ?
Pour partager avec vous cette thématique… avec une approche biblique… j’ai pensé que cette parabole de Luc pouvait constituer une merveilleuse illustration de ce que pourrait signifier la vraie grandeur.
Voyons cela ensemble… à travers quelques flash…
Pourquoi et comment ce père de la parabole « vit en grand » ?
- Premier aspect c’est la liberté. La parabole commence par ce point : le fis cadet réclame sa part d’héritage. Et déjà le père ouvre l’avenir de son fils par la liberté… en répondant positivement à sa requête : il lui accorde la part qui lui revient… et la possibilité de vivre selon ses propres choix…
À cette liberté extraordinaire… on peut associer la confiance !… Le père ne sait pas ce que son fils va décider et faire de son bien… mais il lui fait confiance.
Aucune pression, aucune contrainte, aucune infantilisation… le fils est libre de faire ses propres choix… des choix porteurs de vie… ou des choix mortifères…
Malheureusement, l’histoire montre que le fils cadet va se laisser emporter par une vie de désordre… où il dilapidera son bien… jusqu’à sombrer dans la misère… Cette expérience le poussera finalement à un travail d’introspection et à la décision de retourner chez son père.
- Le deuxième point que révèle la grandeur, la plénitude… c’est l’espérance qui habite le père. Elle se manifeste par plusieurs aspects :
D’abord dans le regard. L’histoire nous dit que lorsque le fils, de retour, était encore loin… son père l’aperçu… C’est comme si depuis le départ de son fils… le père guettait son retour… il attendait patiemment de ses nouvelles… ou simplement sa visite… et le voici…
Puis nous connaissons la suite de l’histoire… et l’espérance du père se manifeste encore quand il relève et restaure la vie de son fils… car il espère désormais partager la suite de son existence dans la présence de son enfant.
Enfin, son espérance se manifeste encore - dans la deuxième partie de la parole, lorsqu’il tente d’apaiser la colère du fils aîné… en lui rappelant la communion qu’il partage avec lui… et en l’appelant à se réjouir, lui aussi, du retour de son frère.
C’est donc un père plein d’espérance que nous montre cette parabole.
- Le troisième aspect, c’est la compassion… c’est ce sentiment profond, qui nous fait partager les maux et les souffrances d’autrui… L’évangéliste Luc précise que ce père est « ému aux entrailles »… qu’il se laisse toucher en profondeur par la vision de ce fils devenu pauvre et misérable.
La compassion c’est le moteur de l’action du père… c’est ce qui est à l’origine, à la source de ses prises de décision… et toute l’action suivante va être motivée par ce mouvement d’amour qui habite et anime le cœur du père.
- Le quatrième aspect - qui manifeste concrètement cette compassion - c’est la magnanimité.
La magnanimité… c’est la bienveillance, la bonté, la générosité… la grandeur d’âme… la clémence, la miséricorde qui mettent ce père en mouvement…
Cette magnanimité s’exprime de façon dynamique :
D’abord le père court vers son fils : il se jette à son cou et le couvre de baiser… Et là , il n’adresse aucun mot de reproche à son cadet. Son accueil est inconditionnel. / Certes, le fils - lui - va tenter de parler de son péché, de son éloignement, de sa faute… mais le père est déjà dans le pardon…
Ensuite il demande immédiatement à son personnel de se mettre au service de son fils… pour restaurer la dignité de son enfant… son identité et sa place de fils… afin qu’il retrouve son bien-être physique et relationnel.
Enfin sa générosité s’exprime par la fête qui l’organise pour le retour de son fils chéri.
Ici, la magnanimité du père - sa grandeur - est liée au service et au don de soi : le père exprime sa générosité dans l’attention, la bienveillance et le service qu’il porte à son fils, afin de le rendre à sa vocation de fils.
De façon, à la fois, concrète et symbolique, cette attention du père pour le fils se manifeste dans le soin. D’une certaine manière, ce père devient comme « un bon samaritain » pour son fils (cf. Lc 10, 25-37). Son action est mue par la bonté.
Et surtout, elle est totalement gratuite… Ce qui le distingue de ses fils.
En effet, en lisant attentivement la parabole, on se demande si l’action du fils cadet qui revient à la maison, n’était pas d’abord motivée par le calcul. Il élabore un plan : reconnaître son péché, revenir vers le père, pour être traité comme un ouvrier… pour avoir enfin du pain à manger.
De même, dans la deuxième partie de la parabole, la façon d’agir du fils aîné semble reposer sur la comparaison et le calcul… Il a l’impression d’être floué par la magnanimité du père à l’égard du cadet… L’aîné voit d’un mauvais oeil sa bonté, car il ne croit pas, lui-même, être au bénéfice de la même générosité. Sa méconnaissance du père est à la source de son sentiment de jalousie.
La différence entre le père et ses deux fils, c’est celle qui distingue la gratuité du calcul.
L’action du père n’est motivée par aucun calcul. C’est seulement le cœur qui parle… Il met tous ses moyens au service de sa bonté.
- Cinquième et dernier aspect : c’est la joie qui conclut l’ensemble de la parabole : joie de l’homme perdu enfin retrouvé… joie du père et du fils, autrefois séparés et désormais réunis.
Ainsi… non seulement cette parabole nous parle de Dieu… de l’image que nous pouvons avoir de Lui… de notre façon de discerner son action… Mais, elle nous parle aussi de nous… elle nous appelle à « vivre en grand », à la manière de ce père aimant et généreux.
A travers cinq facettes… que nous pouvons retenir :
- vivre dans la liberté et la confiance
- cultiver une espérance
- nous laisser émouvoir par la compassion qui nous traverse
- manifester magnanimité, générosité et gratuité dans nos rapports aux autres
- cultiver la joie… comme horizon de vie.
Quelques récits du Nouveau Testament
Si on regarde d’un peu les textes phares du Nouveau Testament, on peut s’apercevoir que ces aspects sont régulièrement mis en avant par le Christ.
Dans l’Évangile de Jean, Jésus annonce son programme : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance. » (Jn 10,10)
Sa vie et son message nous sont donnés pour nous permettre de goûter une vie nouvelle… un vie d’une toute autre qualité et intensité… une vie pleine de sens… guidée par l’Esprit… habitée par l’amour, l’unité et la paix.
C’est là le coeur du message de Jésus… et aussi le moyen qu’il nous donne pour « vivre en grand » : élargir notre coeur, nous ouvrir à un amour gratuit et désintéressé…
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur… et ton prochain comme toi-même. » (Mt 22,37-39). … Tu aimeras même « ceux qui te traitent en ennemi. » (Mt 5,44) dit-il dans le sermon sur la montagne.
Les évangiles nous montrent aussi comment se manifeste cet amour : il se vit par le service et le don de soi. « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. » (Mc 10,43)
Jésus nous invite à choisir la magnanimité et l’humilité… plutôt que la Mégalomanie ou la « Magalomanie ».
Alors que, dans le monde, on voudrait nous faire croire que « vivre en grand », c’est être puissant, admiré, dominant… à la manière des autocrates ou de certains chefs d’état, qui se croient « tout-puissant »…. Jésus annonce que, dans le monde nouveau de Dieu… les choses sont renversées : « Vivre en grand », c’est faire preuve d’humilité… c’est oser s’abaisser, servir, donner sa vie pour les autres. La vraie grandeur se découvre dans le don de soi et de ses biens.
Lorsqu’on parle de service, bien évidemment, le lecteur de l’évangile a peut-être en mémoire l’épisode du lavement des pieds (Jn 13,1-15) : … où le Christ, s’agenouille, pour se faire serviteur. Il montre ainsi à ses disciples que « vivre en grand », c’est accepter de bousculer les habitudes et les présupposés. C’est mettre en oeuvre une nouvelle forme d’autorité, fondée sur l’égalité, la fraternité et le service.
Enfin, « vivre en grand », c’est aussi avoir un horizon, une vision, un cap, un but… C’est ce que Jésus exprime dans le sermon sur la Montagne : il appelle ses disciples à dépasser leurs préoccupations quotidiennes… centrées sur leurs besoins fondamentaux… pour se mettre en quête du Royaume de Dieu et de sa justice : « Cherchez d’abord le Règne de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné en plus… par surcroit » (Mt 6,33).
[[ Dans sa quête du Royaume… deux épisodes - que vous avez sûrement à l’esprit - peuvent encore appuyer cette « grandeur d’âme », cette « plénitude », que Jésus manifeste :
- Je pense à l’épisode de la multiplication des pains (cf. Mc 6,30–44) :
Alors que Jésus est plein de compassion pour la foule qui l’a suivi… il ne veut pas la renvoyer à sa faim. Dans cette situation, il décide de ne pas fonder son discernement ou son raisonnement, en se basant sur le manque… mais en étant conscient des besoins qui s’expriment… et surtout en voyant, autour de lui, les ressources qui sont à disposition.
Jésus fait confiance au peu qui est déjà offert…. à disposition… les cinq pains et les deux poissons… Il croit en l’abondance du collectif et en la divine Providence.
Il montre ainsi que « vivre en grand », c’est ne pas se laisser diriger ou dominer par la peur ou le manque. Mais c’est croire qu’un « miracle » est toujours possible… à portée de mains… lorsqu’on est mu par la confiance et la foi.
- Je pense également à la fin de la vie de Jésus… au moment où il est arrêté… où Pierre va le renier (cf. Lc 22,31–34 et Jn 21) :
Il est paradoxale de penser qu’au moment critique, Pierre va trahir et renier son maître… et pourtant le Christ lui confiera l’Église.
Ce paradoxe nous enseigne que la grandeur n’écrase jamais la fragilité humaine. Elle est consciente de la vulnérabilité de chacun. Mais elle veut croire, relever, espérer et persévérer. Elle croit que chacun peut trouver en lui le moyen de donner la meilleure part de lui-même…
Il faut juste le temps nécessaire à chacun et la confiance offerte… pour se convertir, pour évoluer, pour grandir… et vivre selon l’Esprit de Dieu. ]]
Un point de vue contemporain
Durant les assises nationales des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens… plusieurs interventions ont été remarquées… notamment celle de l’amiral Loïc Finaz.
Fort de son expérience… celui-ci a expliqué ce que signifie pour lui « vivre en grand » :
C’est dans le service qu’on le découvre… a-t-il dit. C’est une affaire de sens, de don et de courage. Il a parlé de trois aspects qui lui semblaient essentiels :
- porter un regard sur le monde
- Être animée par un esprit
- Avoir une géographie personnelle
Je résume brièvement son propos :
- Premièrement, porter un regard sur le monde : c’est d’abord faire preuve de lucidité et d’une conscience éclairée sur notre situation. C’est voir le monde tel qu’il est, et non tel que l’on voudrait qu’il soit.
Cette lucidité nous rend conscient de l’injustice du monde. Le monde est traversé par des rapports de force. Le droit n’a jamais vraiment dirigé le monde. Les forts ont toujours exercé leur pouvoir sur les faibles. Ce constat nous pousse à agir de manière juste.
- Deuxième point : être animé par un esprit… un esprit d’autonomie et de solidarité / un esprit d’initiative et de service.
L’amiral a parlé d’ « un esprit d’équipage »… où chacun peut entrer dans une dynamique collective… trouver sa place… et se mettre au travail… au service d’une mission…
Bien entendu, tout organisation humaine est faillible… Elle doit faire face à l’erreur…
On ne réussit pas seul, et on n’échoue pas seul non plus.
Lorsque nous participons à une mission commune, chacun a une fonction différente, mais la responsabilité est partagée par tous.
« L’esprit d’équipage », c’est ce qui permet de dépasser les individualités, de crée une solidarité forte, de donner du sens à l’engagement.
Cette affirmation m’a interrogé… Et je me suis demandé si dans nos familles… dans nos lieux d’engagement… dans l’église… nous avions toujours un « esprit d’équipage » ?
- Troisième point avoir une géographie personnelle… c’est-à-dire une vision et un cap.
Une géographie personnelle repose sur quatre choses :
- la mission
- Le sens
- Les circonstances
- Et les autres… les hommes et les femmes…
On ne peut pas vivre en grand, sans mission…
C’est elle qui nous met en mouvement, qui nous fait sortir de nous-mêmes.
On sert pleinement, quand on a une mission…
Chacun est appelé à découvrir la mission à laquelle il choisit de participer.
Les disciples de Jésus sont partis en mission… parce qu’ils ont éprouvé et discerné l’importance de relayer l’Évangile du Royaume, à la suite de Jésus… d’apporter libération et guérison à celles et ceux qui en avait besoin (cf. Mt 10, 7-8)… et de poursuivre la mission du Christ…
La question du sens est aussi primordiale.
Notre société a un problème de sens… En quelque sorte, elle a un problème de boussole…
Le Christ est venu pour redonner un sens… pour nous donner une direction de vie.
Dans les évangiles, toutes les polémiques avec les Pharisiens, autour de la compréhension du sabbat, visent à nous montrer que le sens se trouve dans le lien à l’autre.
C’est le collectif - le lien à autrui, le bien commun - qui donne le sens.
Le lien aux autres conditionne notre ouverture au bonheur… car nous sommes des êtres incarnés et inter-dépendants. Nous avons besoin de considération et besoin des autres… Ces besoins sont mutuels et partagés.
Le sens, c’est aussi ce qui permet de se dépasser… de donner le meilleur de soi… et donc d’accepter de sortir de sa zone de confort, de prendre des risques, de se confronter au réel.
Troisième aspect : les circonstances.
Notre vie est marquée par l’incertitude. Vivre une aventure c’est prendre en compte les circonstances… et tenter de les utiliser à notre profit, pour le bien commun.
Cela signifie de vivre l’incertitude et de saisir les circonstances comme des occasions et des opportunités, pour transformer positivement le monde autour de nous.
Enfin, dernière aspect : les autres… les hommes et les femmes qui nous entourent… avec qui nous vivons, travaillons, avançons.
C’est l’amour qui nous fait vivre en grand… qui nous met en mouvement…
Il n’y a pas de vie bonne, ni de grandeur, sans amour du prochain.
Ce qui est frappant, c’est que ces trois axes — lucidité, esprit d’équipage, cap personnel — rejoignent profondément l’intuition de la parabole : avec la vision d’un père pleinement lucide, qui agit par amour et qui met toute son énergie au service de la vie de ses fils.
Conclusion
Pour conclure… chers amis… je crois que l’Evangile de ce jour nous délivre un message essentiel : l’importance d’entrer en résonance avec ceux qui nous entourent… d’être à leur écoute… de s’ouvrir à la compassion, pour laisser s’exprimer notre générosité.
Partout, les évangiles nous montrent que Jésus n’a jamais vécu « à l’économie », ni dans « la sécurité ».
Sa grandeur s’est manifestée par ses choix et sa cohérence… par sa vie dans le don et le pardon… dans l’amour et le service.
Autrement dit, l’évangile de Jésus Jésus-Christ nous ouvre à une vision chrétienne du monde… qui donne sens et lucidité… pour vivre en grand… vivre en plénitude…. en nous mettant au service de Dieu… de son Esprit et son amour transformateur.
« Vivre en grand », c’est se laisser saisir par la foi… par une confiance dans la présence de l’Esprit divin… qui nous accompagne chaque jour.
Cet Esprit nous ouvre à l’audace… Il nous permet d’oser nous engager et de recommencer… Sans cesse, il nous remet debout… en nous disant « lève-toi et marche » (cf. Jn 5,8 ; Lc 5,23).
Vivre en grand, c’est vivre debout… avec les autres… et devant Dieu…
C’est vivre - dès aujourd’hui - une vie de Ressuscité avec le Christ (cf. Col 3,1).
Alors, n’ayons pas peur ! Le monde a besoin des Chrétiens !
Il a besoin de témoins lumineux… qui choisissent de suivre le Christ !
Amen.
LECTURE BIBLIQUE
LUC 15, 1-3. 11-32
1Les collecteurs d’impôts et les pécheurs s’approchaient tous de lui pour l’écouter. 2Et les Pharisiens et les scribes murmuraient ; ils disaient : « Cet homme-là fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! »
3Alors il leur dit cette parabole […] :
« Un homme avait deux fils. 12Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir.” Et le père leur partagea son avoir. 13Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout réalisé, partit pour un pays lointain et il y dilapida son bien dans une vie de désordre. 14Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans l’indigence. 15Il alla se mettre au service d’un des citoyens de ce pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. 16Il aurait bien voulu se remplir le ventre des gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui en donnait. 17Rentrant alors en lui-même, il se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain de reste, tandis que moi, ici, je meurs de faim ! 18Je vais aller vers mon père et je lui dirai : Père, j’ai péché envers le ciel et contre toi. 19Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Traite-moi comme un de tes ouvriers.” 20Il alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié (fut ému aux entrailles) : il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. 21Le fils lui dit : “Père, j’ai péché envers le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils…” 22Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez la plus belle robe, et habillez-le ; mettez-lui un anneau au doigt, des sandales aux pieds. 23Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, 24car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.”
« Et ils se mirent à festoyer. 25Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il approcha de la maison, il entendit de la musique et des danses. 26Appelant un des serviteurs, il lui demanda ce que c’était. 27Celui-ci lui dit : “C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras parce qu’il l’a vu revenir en bonne santé.” 28Alors il se mit en colère et il ne voulait pas entrer. Son père sortit pour l’en prier ; 29mais il répliqua à son père : “Voilà tant d’années que je te sers sans avoir jamais désobéi à tes ordres ; et, à moi, tu n’as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. 30Mais quand ton fils que voici est arrivé, lui qui a mangé ton avoir avec des filles, tu as tué le veau gras pour lui !” 31Alors le père lui dit : “Mon enfant, toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. 32Mais il fallait festoyer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est vivant, il était perdu et il est retrouvé.” »
Lecture biblique : Luc 10, 38-42 = voir texte en bas de cette page
Thématique : Marthe et Marie, trouver le bonne place
Prédication de Pascal LEFEBVRE - Bordeaux (temple du Hâ), le 08/03/26 (jour de l’assemblée locale)
Ce récit bien connu de Marthe et Marie est très court… il a pourtant suscité de multiples interprétations au cours de l’histoire chrétienne.
On a souvent opposé Marthe et Marie : Marthe représenterait l’action ; Marie la contemplation. Marthe serait la figure de la vie active ; Marie celle de la vie spirituelle.
Mais si nous lisons ce texte attentivement, nous pouvons voir que l’évangile ne cherche pas à opposer ces deux femmes. Il nous montre plutôt deux attitudes intérieures, deux manières d’être au monde, deux manières d’accueillir le Christ.
Et à travers elles, c’est aussi notre propre vie intérieure qui est mise en lumière.
1. Marthe : le souci qui devient agitation
Au début du récit, Jésus entre dans un village et il est reçu par une femme nommée Marthe.
Il faut déjà remarqué que c’est Marthe qui accueille Jésus. C’est chez elle qu’il vient. C’est elle qui ouvre sa maison.
Marthe est donc une femme généreuse, attentive, hospitalière. Elle veut accueillir et servir, elle veut bien faire, elle veut recevoir dignement son invité.
Son attitude naît d’abord d’un réel souci pour l’autre, d’une sollicitude sincère. / Mais peu à peu quelque chose se transforme.
Le texte dit que Marthe est « accaparée par les multiples soins du service » / « elle s’affaire à un service compliqué »
Le souci devient surcharge. La sollicitude devient agitation.
Et Jésus lui dit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. »
Jésus ne lui reproche pas de servir. Il ne condamne pas son action. Mais il souligne son agitation intérieure.
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C’est un fait que le souci peut parfois se retourner contre nous.
Parfois, nous voulons trop bien faire. Nous voulons répondre aux multiples besoins que nous discernons. Nous voulons tout assumer (c’est vrai dans nos vies personnelles et dans nos engagements).
Mais à force de vouloir tout faire, nous nous retrouvons divisés intérieurement…et nous nous épuisons…
Le souci devient inquiétude.
L’inquiétude devient agitation.
Et l’agitation finit par nous couper de l’essentiel.
C’est ce qui arrive à Marthe :
Elle n’est plus disponible.
Elle n’est plus dans la relation, ni dans la joie.
Elle est enfermée dans ce qu’elle a à faire.
Et le signe le plus révélateur de cette division intérieure apparaît lorsqu’elle s’adresse à Jésus : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir seule ? »
Cette phrase - qui résonne comme un appel à l’aide - ressemble au cri du petit enfant qui se sent débordé et qui dit « Ce n’est pas juste ! »
Ce sentiment d’injustice révèle quelque chose d’elle-même : Marthe ne se sent plus intérieurement à sa place.
Elle est écartelée entre ce qu’elle voudrait faire et ce qu’elle croit devoir faire.
Et ce trouble intérieur… elle va le projeter sur sa sœur, sous la forme d’un reproche.
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Souvent, lorsque nous sommes intérieurement divisés, nous faisons la même chose.
Notre agitation nous renvoie à nos propres limites.
Notre fatigue devient rancœur… qui s’exprime en reproches.
Notre inquiétude se transforme en jugement sur les autres.
« Quand même… il pourrait en faire davantage ! »
Le tumulte intérieur finit toujours par déborder sur les relations.
2. Marie : la présence et l’unification intérieure
Face à Marthe, l’évangéliste Luc montre - en contraste - la posture de sa sœur : « Marie s’assit aux pieds du Seigneur et écoutait sa parole. »
Elle est assise. Cette position est très symbolique. Elle exprime l’ancrage, la stabilité, la présence.
Marie n’est pas dans la dispersion. Elle n’est pas dans la précipitation.
Elle est simplement là… à l’écoute.
Et Jésus dira d’elle que : « Marie a choisi la bonne part. »
Remarquons bien les mots : il ne dit pas la meilleure part, mais « la bonne part ». C’est à souligner ! Car cela signifie qu’il n’y a pas une place supérieure à une autre.
Il n’y a pas une vie active mauvaise / et une vie contemplative meilleure.
Il y a simplement une place juste pour chacun, lorsqu’elle correspond à l’élan profond de notre cœur.
Marie est à la bonne place parce qu’elle est pleinement présente à ce qu’elle fait.
Elle se rend disponible, ici et maintenant. Elle écoute. Elle accueille la parole.
Cette place n’est pas réservée à Marie. Marthe pourrait tout aussi bien y avoir accès. Rien ne l’en empêche.
Ce que Jésus souligne, ce n’est pas une hiérarchie des tâches. C’est la qualité d’une présence.
Marie vit dans l’instant présent.
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Elle montre la nécessité de retrouver en nous une racine unifiante, un centre intérieur.
Car au fond, chacun de nous porte ce désir : le désir d’être unifié, rassemblé, pacifié.
3. Un appel pour notre temps : entre accélération et résonance
Ce passage biblique parle étonnamment bien de notre époque. Nous vivons aujourd’hui dans un monde d’accélération permanente.
Les sollicitations sont très nombreuses. Les tâches se multiplient.
Les écrans, les mails, les textos, les groupes WhatsApp, les réseaux sociaux nous appellent sans cesse… et monopolisent notre attention.
Tout semble urgent. Tout demande une réponse immédiate.
Le philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa a beaucoup réfléchi à ce phénomène qu’il appelle l’accélération sociale.
Selon lui, notre modernité est caractérisée par une augmentation constante de la vitesse : communications, transports, travail, informations. Tous les domaines de notre existence sont concernés.
Nous faisons de plus en plus de choses… mais nous avons toujours le sentiment de manquer de temps.
Cette accélération finit par produire une forme de dissonance… de désaccord avec le monde : nous ne sommes plus vraiment en relation avec ce qui nous entoure, nous sommes simplement en train de courir d’une chose à l’autre.
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C’est un peu ce que vit Marthe.
Elle veut bien faire. Elle veut accueillir. Elle veut servir.
Mais à force de vouloir tout faire, elle se disperse, elle est dans une sorte de surcharge intérieure. Et elle perd la relation elle-même.
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Pour le sociologue Hartmut Rosa, le problème de notre époque n’est pas seulement que nous allons trop vite. Le problème est que nous perdons ce qu’il appelle « la résonance ».
La résonance, c’est l’expérience d’une relation vivante avec le monde.
C’est ce moment où quelque chose nous parle, nous touche, nous rejoint, et où nous pouvons lui répondre.
Comme lorsqu’une parole nous atteint ou nous rejoint profondément.
Comme lorsqu’une rencontre nous touche et nous transforme.
Comme lorsqu’un paysage, une musique, une prière font vibrer quelque chose en nous.
La résonance, c’est lorsque le monde cesse d’être un objet à disposition… un objet à maîtriser ou à contrôler… pour devenir une relation à habiter.
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Le problème de notre époque, c’est que nous cherchons sans cesse à rendre le monde disponible : tout doit être accessible, rapide, maîtrisable.
Mais le paradoxe que souligne Hartmut Rosa c’est que les expériences les plus profondes de la vie ne peuvent pas être produites à volonté…
Une rencontre bouleversante, une parole qui nous transforme, une expérience spirituelle… tout cela suppose d’accepter que le monde ne soit pas totalement sous notre contrôle. Il faut laisser une place à l’imprévisible, à ce qui nous rejoint…
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C’est justement ce que fait Marie : elle ne cherche pas à gérer la situation, elle se rend simplement disponible à la parole qui lui est adressée….
Elle est assise. Elle écoute. / Elle n’est pas dans le contrôle, ni dans l’efficacité. / Elle est simplement là… dans la relation.
Elle s’ouvre à ce qui est… et se laisse toucher par la parole qui lui est adressée.
Pour vivre cela, elle a préalablement accepté une forme d’indisponibilité au reste du monde, à la matérialité, à l’urgence… en ne cherchant pas à maîtriser la situation.
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D’une manière générale, l’analyse que propose le sociologue Hartmut Rosa rejoint profondément l’intuition biblique.
Car dans la Bible, la relation avec Dieu commence toujours par une parole qui nous est adressée. Dieu parle, l’être humain écoute, et il répond. C’est alors que la relation transforme la vie.
La foi n’est pas d’abord une tâche, une oeuvre ou une performance à accomplir. Elle est d’abord une relation vivante à cultiver, une confiance qui s’ouvre, une rencontre où quelque chose en nous, se met à vibrer à l’écoute d’une parole.
Et c’est précisément ce que l’évangéliste nous montre à travers le personnage de Marie : Elle se tient là, simplement, aux pieds de Jésus. Elle se rend disponible à cette relation vivante, où la parole peut la toucher, et où elle peut y répondre.
On pourrait dire que Marie entre en résonance avec la présence et la parole du Christ.
4. Écouter avant de servir
Je crois personnellement que Marthe et Marie ne sont pas deux figures opposées.
Toutes les deux montrent une dimension essentielle de la vie chrétienne :
Marthe nous rappelle que la foi se vit aussi dans le service, dans le don, dans l’engagement concret. / Marie nous rappelle que la foi naît dans l’écoute.
Mais peut-être que l’ordre du récit est important : l’écoute précède le service.
On ne peut pas servir durablement si l’on n’est pas d’abord relié à une Source intérieure.
Sinon le service devient agitation. La générosité se transforme en fatigue. La joie de vivre s’éteint. Et la disponibilité se mue finalement en reproche.
Mais lorsque l’écoute vient d’abord, alors l’action peut devenir juste.
Nous agissons, non plus dans la précipitation, mais en adéquation avec ce qui se présente. Nous faisons ce qu’il faut, au moment opportun et favorable.
C’est peut-être cela « la bonne place ».
5. La question qui nous est posée
Alors… peut-être que ce récit de Luc… nous pose finalement une question simple, mais profonde : Comment habiter le présent ?
Comment être réellement et pleinement là où nous sommes ?
Comment redevenir disponibles à la parole, à l’autre, à Dieu ?
Car souvent notre esprit est ailleurs : Nous pensons à ce que nous avons fait. / Ou nous anticipons… en pensant à ce que nous devons encore faire, ensuite.
Nous perdons ainsi la richesse du moment présent… alors que c’est là que devrait être notre conscience… car c’est dans le présent que se joue la rencontre.
Peut-être que l’évangile nous invite aujourd’hui à redécouvrir quelque chose de simple : prendre le temps d’écouter, prendre le temps d’être là,
pour se rendre disponible à la relation, aux autres et à Dieu….
Ouvrir des espaces dans notre vie… où nous pouvons nous laisser toucher… où la parole peut nous rejoindre… où la relation peut se déployer.
C’est dans cette ouverture et cette disponibilité que peut naître une vie plus unifiée.
Peut-être que pour vivre cette vie relationnelle… cette vie bonne… l’évangile nous appelle aujourd’hui non pas à en faire « toujours plus »… mais précisément à en faire « moins »… non par paresse, mais pour vivre mieux…. pour retrouver des espaces où la résonance devient possible.
Ainsi… peut-être nous invite-t-il à un certain renoncement :
Renoncer à vouloir tout faire.
Renoncer à aller toujours plus vite.
Renoncer à répondre à toutes les sollicitations.
Pour retrouver une vie plus juste… plus habitée… plus authentique… plus fraternelle.
Conclusion : Marthe, Marie et la résonance
En conclusion… je crois que Marthe et Marie ne sont pas deux femmes opposées. Elles représentent deux dimensions de notre propre vie.
- Il y a en nous une part de Marthe : celle qui veut agir, servir, répondre aux besoins.
- Et il y a en nous une part de Marie : celle qui aspire à écouter, à demeurer, à être simplement présente.
La sagesse de l’évangile n’est pas de choisir l’une contre l’autre.
Elle est de laisser l’écoute nourrir le service.
Alors notre action devient plus juste.
Notre cœur devient plus paisible.
Et nous pouvons enfin habiter pleinement le présent.
Peut-être est-ce là « la bonne part » que Jésus nous invite à choisir.
Alors… chers amis… que nos vies soient comme une maison accueillante, où le service et l’écoute se rejoignent… où chaque instant devient une résonance avec le monde et avec le Christ… pour nous unifier et nous unir les uns aux autres, dans la paix et la présence du Seigneur. Amen !
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Luc 10, 38-42
Lecture biblique : Jean 9,1-41 (= voir texte, en bas de page)
Thématique : « J’étais aveugle, et maintenant je vois »
Prédication de Pascal LEFEBVRE - Bordeaux (temple du Hâ), le 01/03/26
Il y a, dans l’Évangile selon Jean, des récits qui ne cherchent pas à nous rassurer, mais à nous déplacer. Ce chapitre 9 en fait partie !
Il commence par une question très simple, presque banale :
« Qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »
C’est une question que l’on pose encore aujourd’hui, parfois sans s’en rendre compte :
À qui la faute ? Pourquoi cela lui arrive-t-il ?
Qu’est-ce qu’il a fait pour mériter ça ?
On recherche l’origine du mal… la faute originelle… Comme si tout ce qui arrivait, était nécessairement le fruit d’une sorte de rétribution de Dieu ou de l’univers…
Le problème de ce genre de raisonnement, c’est qu’il présuppose un lien de cause à effet, entre la souffrance et la faute.
Il faut absolument trouver une cause… un coupable…. une réponse - même simpliste - à la question du mal ou du malheur.
Mais, précisément, Jésus rejette cette manière de voir : ni lui, ni ses parents, ne sont responsables.… Son handicap n’a rien à voir avec le péché.
Tout en refusant de donner une explication au mal… il conteste ainsi tout lien causal entre le péché et le handicap…. entre la faute morale et la maladie…
Ce qu’il propose, c’est une transformation du regard.
1. Jésus déplace la question
Jésus refuse l’idée que la vie humaine puisse se résumer à une équation morale.
La question n’est pas de savoir « pourquoi »… mais « que peut-on faire » dans cette situation ?
Pour Jésus, cette situation difficile ouvre paradoxalement une occasion : l’occasion d’agir, pour manifester le salut de Dieu, son projet de libération et de guérison… puisque le Christ veut nous offrir « la vie en plénitude » (cf. Jn 10,10).
En même temps, c’est l’occasion d’une révélation, pour celles et ceux qui seront les témoins d’un changement, d’une transformation de la situation.
« Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché. - dit-il
. Mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. »
Cela signifie que Dieu n’abandonne pas l’être humain à ce qui pourrait l’impacter, l’amoindrir ou le faire souffrir. Il travaille au cœur même de ce qui semble fermé ou abîmé, pour restaurer son intégrité… et ouvrir un avenir.
« Il nous faut travailler aux oeuvres de Celui qui m’a envoyé » dit Jésus. Il témoigne ainsi d’un Dieu solidaire de l’humanité… de ses épreuves, ses fragilités et ses souffrances.
Il révèle un Dieu qui se situe… non pas du côté du passé (difficile)… mais de l’avenir (meilleur)…. Un Dieu qui n’est pas l’agent de nos malheurs, mais le promoteur de notre salut.
2. Une guérison… puis un long chemin
Dans le récit de Jean, étonnamment, la guérison est racontée rapidement. Sans discours. Sans mise en scène. Elle parait presque secondaire.
Le vrai récit parait commencer ensuite, dans une série d’interrogatoires…
A plusieurs reprises, l’homme est questionné.
Il y a même une certaine ironie… lorsque l’homme guéri doit confirmer son identité auprès de ses voisins : « c’est bien moi » dit-il.
Successivement, l’homme est interrogé. Puis contesté. Puis soupçonné. Puis rejeté.
Et ce qui frappe, c’est que plus la pression augmente, plus sa parole devient claire.
Au début, il dit simplement : c’est « un homme appelé Jésus… »
Puis : « C’est un prophète. »
Puis : « S’il ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »
Cette prise de conscience progressive… nous rappelle que la foi n’est pas un système tout fait. C’est un chemin… un long cheminement… évolutif… parfois conflictuel, parfois coûteux.
C’est une confiance et une conviction qui se forgent dans l’épreuve… et la relecture de vie.
Ce que le récit de Jean nous donne à voir… Ce n’est pas seulement l’accès à la vue physique - physiologique - pour cet homme… mais c’est, en réalité, l’ouverture à une vue spirituelle, une nouvelle vision de l’action de Dieu… à travers la personne de Jésus.
3. Les parents : la peur de perdre sa place
Au cours de la narration… même les parents de l’homme guéri sont convoqués… et sont appelés à témoigner et à confirmer les faits.
Mais - de façon un peu lâche et décevante - ils se retirent aussitôt.
« Il est assez grand. Interrogez-le. » disent-ils.
Pourquoi un tel retrait ? Certainement par crainte !
A cause de cette guérison inouïe… ils ont peur d’être exclus… d’être marginalisés… Ils ont peur de perdre leur place dans la communauté.
Bien sûr, cette peur est compréhensible. Mais, elle est également tragique.
Elle symbolise le manque de courage de tous ceux qui refusent de se mouiller et d’assumer la vérité des faits.
A deux mille ans de distance… l’attitude de ces parents… nous pose une question directe… à nous, également… aussi bien individuellement que collectivement…
- À nous Chrétiens, quand nous refusons parfois de prendre position au nom de la vérité de l’Evangile… par conformisme ou par peur de faire des vagues, de déranger, de manifester notre indignation… alors qu’il faudrait assumer la vérité des faits, avoir le courage de l’intégrité et de la cohérence… et oser dénoncer les multiples injustices qui nous entourent.
- Et à nous Église, quand la peur de perdre une place, une forme de reconnaissance, une paix sociale… en engageant la parole de l’institution… quand tout cela… finit par prendre le pas sur la vérité qu’il faudrait pourtant éclairer et soutenir.
Chaque fois que nous agissons involontairement ou inconsciemment comme les parents de l’aveugle-né… chaque fois que nous consentons seulement au silence ou à la sécurité… au lieu de défendre la vérité et la justice… nous perdons notre liberté et la force de la parole prophétique qui devrait être celle de l’Eglise et des Chrétiens dans le monde.
Quel est le poids de la parole de l’Eglise dans la société d’aujourd’hui ?… si elle ne se fait plus l’écho de l’Evangile du Royaume… si elle n’éclaire plus le monde… en interpellant, en déplaçant, en bousculant, en secouant les consciences… en relayant les paroles du Christ ou celles de Prophètes, qui appellent à changer les mentalités ? Il y a tant de sujets où les Protestants auraient leur mot à dire… pour ouvrir les perspectives… et permettre de voir les choses autrement…
Mais le problème est là… Dès que nous réagissons par peur… ou par conformisme… au lieu de laisser parler notre coeur… notre conscience et notre compassion… au lieu d’agir par amour… nous quittons les pas de Jésus… et nous risquons de devenir comme le sel qui perd son goût et devient fade - pour reprendre les mots du Christ (cf. Mt 5, 13-16).
Si les parents de l’aveugle guéri agissent ainsi par peur de l’exclusion… l’aveugle lui-même, heureusement, va oser une parole de vérité !
4. Ceux qui voient… et ceux qui deviennent aveugles
Enfin… dans ces interrogatoires… il y a surtout les pharisiens…
Les pharisiens - plein de leur savoir et de leurs certitudes religieuses - sont persuadés de voir clair.
Ils connaissent la Loi donnée par Moïse. Ils savent ce qui est permis et interdit.
Mais, précisément… ils en savent trop, pour voir autrement.
Dans ce récit, l’évangéliste Jean n’oppose pas les bons croyants aux mauvais croyants.
Il oppose davantage la foi qui se ferme (par certitude ou rigidité), et celle qui accepte d’être déplacée (qui accepte de consentir à un non-savoir, pour accueillir la nouveauté).
Ceux qui sont aveugles et ceux qui voient, ne sont pas ceux qui croient l’être.
D’ailleurs, « voir » réellement… ce n’est pas seulement percevoir les choses avec ses sens… c’est accueillir la vérité… c’est reconnaître, à la fois, sa propre ignorance et la présence du Christ quand elle se manifeste.
L’épisode se conclut par cette parole dérangeante de Jésus, qui traduit un renversement des positions :
« Je suis venu pour que ceux qui ne voient pas, voient,
et que ceux qui voient, deviennent aveugles. »
Ce n’est pas une condamnation. C’est un dévoilement.
L’action du Christ oblige chacun à se positionner intérieurement… et à accueillir ou non la vérité.
La lumière ne juge pas : elle révèle.
Elle révèle la foi… tout autant que l’incrédulité… et l’incapacité à remettre en cause ce que l’on croit déjà savoir.
Ainsi… ceux qui voient - mais qui se déclarent autosuffisants - sont finalement déclarés aveugles et pécheurs.
Tandis que l’homme aveugle-né - qui voit désormais - est déclaré sans péché.
Le péché, c’est donc l’aveuglement spirituel… c’est l’incrédulité.
5. La rencontre finale : le Christ ne laisse pas dehors
Enfin, la finale du récit laisse entendre la situation de l’homme guéri.
Il est finalement exclu… jeté hors de la communauté religieuse.
Jésus le réalise et s’en émeut. Et c’est alors que se produit la scène la plus importante :
« Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Et il vint le trouver. »
A nouveau, bat le cœur de l’Évangile : le Christ se tourne vers celui qui est mis à l’écart… et un dialogue se noue…
Celui-ci nous montre que la foi chrétienne ne commence pas dans la conformité - avec ceux qui cherchent des sécurités et des certitudes - mais dans la rencontre… avec celui qui se questionne…
Et lorsque Jésus demande : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
L’homme ne répond pas par une doctrine, mais par une ouverture, une disponibilité du cœur :
« Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Conclusion
En conclusion… chers amis… ce récit de l’évangile, nous rappelle que le témoignage est souvent plus puissant que la doctrine.
Dieu se plaît à faire émerger la vérité par des voix inattendues et marginales. D’où l’importance d’écouter les voix des « petits », des « sans-voix »… et des « nouveaux-venus » dans la foi.
Une des paroles de ce récit résume ce qui fait vérité pour cet homme :
« Je ne sais qu’une chose : j’étais aveugle, et maintenant je vois. »
La foi n’est pas d’abord un savoir à défendre, mais une expérience de transformation à accueillir et à vivre.
Ainsi, le Christ n’est pas venu nous expliquer l’origine du mal ou du malheur… mais il est venu nous rejoindre au cœur de nos aveuglements, pour nous apprendre à voir autrement… pour autant que nous acceptions de nous laisser déplacer.
Chers amis… que notre Église soit un lieu d’accueil… où l’on peut apprendre à voir, sans peur, sans exclusion, sans certitude écrasante… Mais dans la confiance que la lumière du Christ continue de nous précéder, nous guider et nous inspirer.
Que le Seigneur nous éclaire individuellement et collectivement ! Amen.
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Lecture biblique - Jean 9
1 En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. 2 Ses disciples lui posèrent cette question : « Rabbi, qui a péché pour qu'il soit né aveugle, lui ou ses parents ? » 3 Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais c'est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! 4 Tant qu'il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m'a envoyé : la nuit vient où personne ne peut travailler ; 5 aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
6 Ayant ainsi parlé, Jésus cracha à terre, fit de la boue avec la salive et l'appliqua sur les yeux de l'aveugle ; 7 et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce qui signifie Envoyé. L'aveugle y alla, il se lava et, à son retour, il voyait.
8 Les gens du voisinage et ceux qui auparavant avaient l'habitude de le voir – car c'était un mendiant – disaient : « N'est-ce pas celui qui était assis à mendier ? » 9 Les uns disaient : « C'est bien lui ! » D'autres disaient : « Mais non, c'est quelqu'un qui lui ressemble. » Mais l'aveugle affirmait : « C'est bien moi. » 10 Ils lui dirent donc : « Et alors, tes yeux, comment se sont-ils ouverts ? » 11 Il répondit : « L'homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, m'en a frotté les yeux et m'a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” Alors moi, j'y suis allé, je me suis lavé et j'ai retrouvé la vue. » 12 Ils lui dirent : « Où est-il, celui-là ? » Il répondit : « Je n'en sais rien. »
13 On conduisit chez les Pharisiens celui qui avait été aveugle. 14 Or c'était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. 15 A leur tour, les Pharisiens lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur répondit : « Il m'a appliqué de la boue sur les yeux, je me suis lavé, je vois. » 16 Parmi les Pharisiens, les uns disaient : « Cet individu n'observe pas le sabbat, il n'est donc pas de Dieu. » Mais d'autres disaient : « Comment un homme pécheur aurait-il le pouvoir d'opérer de tels signes ? » Et c'était la division entre eux. 17 Alors, ils s'adressèrent à nouveau à l'aveugle : « Et toi, que dis-tu de celui qui t'a ouvert les yeux ? » Il répondit : « C'est un prophète. »
18 Mais tant qu'ils n'eurent pas convoqué ses parents, les autorités juives refusèrent de croire qu'il avait été aveugle et qu'il avait recouvré la vue. 19 Elles posèrent cette question aux parents : « Cet homme est-il bien votre fils dont vous prétendez qu'il est né aveugle ? Alors comment voit-il maintenant ? » 20 Les parents leur répondirent : « Nous sommes certains que c'est bien notre fils et qu'il est né aveugle. 21 Comment maintenant il voit, nous l'ignorons. Qui lui a ouvert les yeux ? Nous l'ignorons. Interrogez-le, il est assez grand,
qu'il s'explique lui-même à son sujet ! » 22 Ses parents parlèrent ainsi parce qu'ils avaient peur des autorités juives. Celles-ci étaient déjà convenues d'exclure de la synagogue quiconque confesserait que Jésus est le Messie. 23 Voilà pourquoi les parents dirent : « Il est assez grand, interrogez-le. »
24 Une seconde fois, les Pharisiens appelèrent l'homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » 25 Il leur répondit : « Je ne sais si c'est un pécheur ; je ne sais qu'une chose : j'étais aveugle et maintenant je vois. » 26 Ils lui dirent : « Que t'a-t-il fait ? Comment t'a-t-il ouvert les yeux ? » 27 Il leur répondit : « Je vous l'ai déjà raconté, mais vous n'avez pas écouté ! Pourquoi voulez-vous l'entendre encore une fois ? N'auriez-vous pas le désir de devenir ses disciples vous aussi ? » 28 Les Pharisiens se mirent alors à l'injurier et ils disaient : « C'est toi qui es son disciple ! Nous, nous sommes disciples de Moïse. 29 Nous savons que Dieu a parlé à Moïse tandis que celui-là, nous ne savons pas d'où il est ! » 30 L'homme leur répondit : « C'est bien là, en effet, l'étonnant : que vous ne sachiez pas d'où il est, alors qu'il m'a ouvert les yeux ! 31 Dieu, nous le savons, n'exauce pas les pécheurs ; mais si un homme est pieux et fait sa volonté, Dieu l'exauce. 32 Jamais on n'a entendu dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle de naissance. 33 Si cet homme n'était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » 34 Ils ripostèrent : « Tu n'es que péché depuis ta naissance et tu viens nous faire la leçon ! » ; et ils le jetèrent dehors.
35 Jésus apprit qu'ils l'avaient chassé. Il vint alors le trouver et lui dit : « Crois-tu, toi, au Fils de l'homme ? » 36 Et lui de répondre : « Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » 37 Jésus lui dit : « Eh bien ! Tu l'as vu, c'est celui qui te parle. » 38 L'homme dit : « Je crois, Seigneur » et il se prosterna devant lui.
39 Et Jésus dit alors : « C'est pour un jugement que je suis venu dans le monde, pour que ceux qui ne voyaient pas voient, et que ceux qui voyaient deviennent aveugles. » 40 Les Pharisiens qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Est-ce que, par hasard, nous serions des aveugles, nous aussi ? » 41 Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché. Mais à présent vous dites “nous voyons” : votre péché demeure.