samedi 24 janvier 2026

Méditation Mc 3, 20-21

 Mc 3, 20-21 - Jésus et Béelzéboul  - Samedi 24 janvier 26

20 Jésus vient à la maison, et de nouveau la foule se rassemble, à tel point qu'ils ne pouvaient même pas prendre leur repas. 21A cette nouvelle, les gens de sa parenté vinrent pour s'emparer de lui. Car ils disaient : « Il a perdu la tête. »
[22 Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : « Il a Béelzéboul en lui » et : « C'est par le chef des démons qu'il chasse les démons. » 23Il les fit venir et il leur disait en paraboles : « Comment Satan peut-il expulser Satan ? 24Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut se maintenir. 25Si une famille est divisée contre elle-même, cette famille ne pourra pas tenir. 26Et si Satan s'est dressé contre lui-même et s'il est divisé, il ne peut pas tenir, c'en est fini de lui. 27Mais personne ne peut entrer dans la maison de l'homme fort et piller ses biens, s'il n'a d'abord ligoté l'homme fort ; alors il pillera sa maison.]

https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-rcf-bordeaux?episode=652667

 Méditation Mc 3, 20-21

Jésus rentre à la maison. Mais la foule est telle qu’il n’a même plus l’espace ni le temps de manger. Et alors, chose étonnante : ses proches s’inquiètent. Ils viennent pour se saisir de lui. Ils pensent qu’« il a perdu la tête. »

Ce bref passage nous parle de la difficulté d’être fidèle à ce qui nous habite vraiment. 
Ici, Jésus n’est pas rejeté par des adversaires, mais par ceux qui le connaissent, qui l’aiment, mais qui ne le reconnaissent plus. Sa liberté dérange. Son engagement inquiète. Sa manière d’exister sort du cadre du raisonnable.

Ce texte nous rejoint là où nos choix deviennent parfois incompréhensibles pour les autres. 
Quand des évènements ou des rencontres nous transforment… quand des conflits de loyauté apparaissent… quand suivre une conviction profonde, nous expose au jugement, à l’inquiétude, parfois au rejet… c’est difficile à vivre. 

Il y a toujours un moment où vivre pleinement ce qui nous appelle, ressemble, aux yeux du monde, à une forme de folie.

Et pourtant, cette « folie » est peut-être simplement la cohérence d’une vie, qui ne se laisse pas réduire à la peur des autres ou à la normalité. 
Jésus ne se protège pas. Il ne se justifie pas. Il continue.

Aujourd’hui, ce texte nous invite à une question délicate : qu’est-ce qui, en moi, demande à être vécu de façon authentique, même si parfois ça dérange ? Comment répondre à la liberté qui est en moi, qui est profondément vivante… mais pas toujours rassurante aux yeux des autres ?

Peut-être que la foi commence là : quand nous acceptons de vivre pleinement… pour rester fidèles à ce qui nous met debout.

vendredi 23 janvier 2026

Méditation Mc 3, 13-19

 Mc 3, 13-19 - Vendredi 23 janvier 26

13[Jésus] monte dans la montagne et il appelle ceux qu'il voulait. Ils vinrent à lui 14et il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher 15avec pouvoir de chasser les démons. 16Il établit les Douze : Pierre – c'est le surnom qu'il a donné à Simon –, 17Jacques, le fils de Zébédée et Jean, le frère de Jacques – et il leur donna le surnom de Boanerguès, c'est-à-dire fils du tonnerre –, 18André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, le fils d'Alphée, Thaddée et Simon le zélote, 19et Judas Iscarioth, celui-là même qui le livra.


Écouter sur RCF : https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-rcf-bordeaux?episode=651809

 Méditation Mc 3, 13-19 

Jésus monte sur la montagne et il appelle ceux qu’il choisit. Il en institue douze. Non pas d’abord pour faire quelque chose, mais, nous dit l’évangile, « pour être avec lui ». Avant toute mission, il y a une relation. Avant toute parole, une présence partagée.

Ce récit n’est pas une histoire de sélection ou de privilège. C’est une expérience d’appel. Jésus ne choisit pas les meilleurs, ni les plus sûrs, ni les plus cohérents. Il appelle des êtres traversés par leurs contradictions, leurs élans et leurs peurs. Des êtres humains ordinaires, appelés à vivre plus pleinement… appelés à devenir artisans du Règne de Dieu.

Être appelé, ici, c’est d’abord entrer en relation avec le Christ… partager son chemin avec Lui. C’est apprendre à regarder le monde autrement, depuis un espace intérieur transformé. 
Et la montagne… est ce lieu privilégié… où l’on prend le temps du recul, de la respiration, du discernement… pour revenir ensuite au cœur de la vie.

Les Douze recevront une mission : annoncer, libérer, ouvrir des chemins nouveaux. Mais tout commence par ce simple geste : monter, répondre, être là. 

Peut-être que ce texte nous invite à entendre, nous aussi, cet appel discret… à découvrir qui nous sommes vraiment… en présence du Christ.

Comme les apôtres… est-ce que j’accepte d’être appelé et de suivre le Christ ?… est-ce que je prends le risque de vivre un peu plus pleinement… un peu plus abondamment… avec Lui ? 

 

jeudi 22 janvier 2026

Méditation Mc 3, 7-12

 Mc 3, 7-12 - Jésus et la foule  - Jeudi 22 janvier 26

 
7 Jésus se retira avec ses disciples au bord de la mer. Une grande multitude venue de la Galilée le suivit. Et de la Judée, 8de Jérusalem, de l'Idumée, d'au-delà du Jourdain, du pays de Tyr et Sidon, une grande multitude vint à lui, à la nouvelle de tout ce qu'il faisait. 9Il dit à ses disciples de tenir une barque prête pour lui à cause de la foule qui risquait de l'écraser. 10Car il en avait tant guéri que tous ceux qui étaient frappés de quelque mal se jetaient sur lui pour le toucher. 11Les esprits impurs, quand ils le voyaient, se jetaient à ses pieds et criaient : « Tu es le Fils de Dieu. » 12Et il leur commandait très sévèrement de ne pas le faire connaître.

Écouter sur RCF : https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-rcf-bordeaux?episode=651660&share=1

 

 Méditation Mc 3, 7-12

 Alors que Jésus se retire avec ses disciples près du lac… des gens viennent de partout… C’est une foule immense, bigarrée, fatiguée, espérante, qui se presse autour de lui. Tous cherchent à le toucher, à recevoir un encouragement ou une guérison…comme si un simple contact pouvait les remettre debout.

Ce passage dit quelque chose de très humain : nous cherchons tous un lieu où décharger nos fardeaux, une présence qui redonne souffle et vitalité… Et Jésus est présenté ici comme celui qui permet à la vie de se déployer… à la vie de circuler à nouveau. Il est Celui qui nous met en contact avec notre âme et avec Dieu… La rencontre avec Lui nous rend intact et vivant. Parce qu’il nous rejoint au coeur de nos fragilités et de nos fractures.

La foule qui vient, c’est peut-être chacun de nous, quand nous quittons nos certitudes, pour avouer nos besoins d’être accueillis, aimés, consolés. Quand nous osons reconnaître nos manques, nos peurs, nos zones d’ombre. Et Jésus accueille. Il ne pose pas de question ; il ne réclame rien. Il reçoit simplement cette humanité en quête de sens et de guérison.

Curieusement, dans ce récit, les esprits impurs, eux, savent déjà qui il est : « Tu es le Fils de Dieu ». Comme si nos parts blessées avaient parfois plus d’intuition que nos discours.

Aujourd’hui, peut-être pouvons-nous nous demander : qu’est-ce qui, en moi, a besoin de s’approcher de cette Source… pour recevoir la vie ? 

Oserons-nous nous laisser rejoindre et toucher par le Christ… par cette présence qui apaise et qui relève ?

mercredi 21 janvier 2026

Méditation Mc 3, 1-6

 Mc 3, 1-6 - Guérison un jour de sabbat - Mercredi 21 janvier 26 

1Il entra de nouveau dans une synagogue ; il y avait là un homme qui avait la main paralysée. 2Ils observaient Jésus pour voir s'il le guérirait le jour du sabbat ; c'était pour l'accuser. 3Jésus dit à l'homme qui avait la main paralysée : « Lève-toi ! viens au milieu. » 4Et il leur dit : « Ce qui est permis le jour du sabbat, est-ce de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver un être vivant ou de le tuer ? » Mais eux se taisaient. 5Promenant sur eux un regard de colère, navré de l'endurcissement de leur cœur, il dit à cet homme : « Etends la main. » Il l'étendit et sa main fut guérie. 6Une fois sortis, les Pharisiens tinrent aussitôt conseil avec les Hérodiens contre Jésus sur les moyens de le faire périr.


www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-rcf-bordeaux?episode=651119

 Méditation Mc 3, 1-6

Dans une synagogue, Jésus voit un homme à la main paralysée. Les regards sont tournés, non vers cet homme qui souffre, mais vers Jésus : va-t-il oser le guérir en ce jour de sabbat ? Les cœurs se ferment et se durcissent. Alors Jésus fait lever l’homme au milieu de tous et pose une question simple : 

« Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien plutôt que le mal, de sauver une vie plutôt que de la laisser se perdre ? »

Ce texte nous parle de l’orientation de nos choix. Le choix de la vie n’est jamais abstrait. Il passe toujours par la relation à quelqu’un. Par une main tendue, par une présence, une vigilance, une attention. Ce choix s’oppose parfois à nos systèmes, nos certitudes, à ce que nous croyons devoir défendre pour rester cohérents. Mais Jésus ne demande pas seulement d’avoir des principes ou des convictions : il nous appelle à la compassion.

L’homme à la main desséchée, c’est peut-être une part de nous-mêmes. Une part qui se résigne, qui n’ose plus croire en un changement possible, qui n’attend plus rien. Ou une part de nous que nous cachons, pour paraître forts et solides. C’est alors que Jésus dit : « Lève-toi. Viens au milieu. » Il nous invite à exposer notre fragilité, pour être compris, accompagnés, relevés.

La guérison commence quand quelque chose en nous accepte de se mettre debout, d’ouvrir la main, d’accueillir la vie comme un don. 

Aujourd’hui, peut-être pouvons-nous laisser cette parole travailler en nous : que vais-je choisir ? Le repli ou le geste qui fait vivre ? Le sabbat fermé… ou la vie qui s’ouvre ?… qui accueille… qui prend soin… 

 

mardi 20 janvier 2026

Méditation Mc 2, 23-28

 Mc 2, 23-28 - Les épis arrachés et l'observation du sabbat - Mardi 20 janv 26

23 Or Jésus, un jour de sabbat, passait à travers des champs de blé et ses disciples se mirent, chemin faisant, à arracher des épis. 24Les Pharisiens lui disaient : « Regarde ce qu'ils font le jour du sabbat ! Ce n'est pas permis. » 25Et il leur dit : « Vous n'avez donc jamais lu ce qu'a fait David lorsqu'il s'est trouvé dans le besoin et qu'il a eu faim, lui et ses compagnons, 26comment, au temps du grand prêtre Abiatar, il est entré dans la maison de Dieu, a mangé les pains de l'offrande que personne n'a le droit de manger, sauf les prêtres, et en a donné aussi à ceux qui étaient avec lui ? » 27Et il leur disait : « Le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat, 28de sorte que le Fils de l'homme est maître même du sabbat. »

Écouter sur RCF : https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-rcf-bordeaux?episode=650500

Méditation Mc 2, 23-28 

Les disciples de Jésus traversent des champs un jour de sabbat. Sans en avoir l’air, ils effectuent un travail, en cueillant quelques épis, pour apaiser leur faim. Et aussitôt, la critique tombe : « Pourquoi font-ils ce qui n’est pas permis ? » Jésus répond par cette phrase qui a traversé les siècles : « Le sabbat est fait pour l’être humain, et non l’être humain pour le sabbat. »

Cet épisode parle de notre rapport à la loi : la Loi, même sacrée, n’a de sens que si elle sert la vie. Elle n’est pas un carcan, mais une respiration. Le sabbat, dans la tradition juive, est ce temps, pour reprendre souffle, pour se rappeler que nous ne sommes pas définis par notre efficacité, mais par notre humanité.

Nous connaissons tous des « sabbats » qui peuvent devenir des fardeaux : des obligations, des habitudes, parfois même des principes, que nous portons comme des poids. Et voilà que Jésus nous invite à renverser la perspective : ce qui a été donné pour nous libérer et pour stimuler la vie, ne doit jamais nous enfermer.

Peut-être s’agit-il, aujourd’hui, de nous demander ce que nous faisons de nos temps de repos, de loisirs, de week-end… pour élargir notre espace intérieur. Où sont nos respirations ? Où sont ces lieux ou ces moments, où nous cessons de devoir prouver quelque chose, pour simplement être et exister ?

Jésus ne supprime pas le sabbat. Il lui rend sa vocation première : c’est un cadeau… un temps de paix où l’on peut ressentir la présence de Dieu, dans ce lien à soi-même et aux autres. Et si c’était une invitation à redevenir simplement humains ? 

 

lundi 19 janvier 2026

Méditation Mc 2, 18-22

Mc 2, 18-22 - Question sur le jeûne. Le vieux et le neuf -  Lundi 19 janvier 2026

18 Les disciples de Jean et les Pharisiens étaient en train de jeûner. Ils viennent dire à Jésus : « Pourquoi, alors que les disciples de Jean et les disciples des Pharisiens jeûnent, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » 19Jésus leur dit : « Les invités à la noce peuvent-ils jeûner pendant que l'époux est avec eux ? Tant qu'ils ont l'époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. 20Mais des jours viendront où l'époux leur aura été enlevé ; alors ils jeûneront, ce jour-là. 21Personne ne coud une pièce d'étoffe neuve à un vieux vêtement ; sinon le morceau neuf qu'on ajoute tire sur le vieux vêtement, et la déchirure est pire. 22Personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; sinon, le vin fera éclater les outres, et l'on perd à la fois le vin et les outres ; mais à vin nouveau, outres neuves. »


Écouter sur RCF : https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-rcf-bordeaux?episode=650102 

Méditation sur Mc 2, 18-22


On reproche à Jésus que ses disciples ne jeûnent pas, alors que d’autres le font. Le Christ répond par cette image étonnante : « Les invités de la noce peuvent-ils jeûner pendant que l’époux est avec eux ? » Puis il ajoute que le vin nouveau a besoin d’outres neuves.

Ce passage ne parle pas seulement de pratiques religieuses. Il parle de notre manière d’habiter le réel. Il dit que la vie spirituelle n’est pas d’abord une suite de règles, mais un ajustement à ce qui se joue, ici et maintenant. 
Il y a un temps pour chaque chose : des moments pour jeûner… et des moments pour se réjouir. Des moments pour retenir… et des moments pour laisser couler un vin nouveau.

Peut-être que Jésus nous invite à revisiter nos vieilles outres : à nous libérer de ces habitudes, de ces façons de croire, de prier, de penser, qui parfois ne tiennent plus le poids du présent. Ce n’est pas une condamnation, mais un appel à la souplesse…  à la nouveauté, à la confiance… pour nous laisser transformer…

Car le vin nouveau, c’est cette présence discrète de Dieu, toujours en train de surgir, là où nous ne l’attendions plus. C’est l’Esprit saint qui vient apporter de la nouveauté dans notre vie… Un temps de fraternité à partager… Une joie à goûter… Une liberté à accueillir… Une vie nouvelle qui visite nos manques et nos fatigues, pour les transformer de l’intérieur.

Aujourd’hui, peut-être pouvons-nous simplement nous demander : quelles sont les outres que je dois renouveler… pour laisser passer quelque chose de neuf… pour accueillir la nouveauté que Dieu veut apporter dans ma vie ?

 

dimanche 18 janvier 2026

Méditation Jn 1, 29-34

Jn 1, 29-34 - Dimanche 18 janvier (2è Dim du T O)

 29 Le lendemain, [Jean] voit Jésus qui vient vers lui et il dit : « Voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. 30C'est de lui que j'ai dit : “Après moi vient un homme qui m'a devancé, parce que, avant moi, il était.” 31Moi-même, je ne le connaissais pas, mais c'est en vue de sa manifestation à Israël que je suis venu baptiser dans l'eau. » 32Et Jean porta son témoignage en disant : « J'ai vu l'Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. 33Et je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, c'est lui qui m'a dit : “Celui sur lequel tu verras l'Esprit descendre et demeurer sur lui, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint.” 34Et moi j'ai vu et j'atteste qu'il est, lui, le Fils de Dieu. »


Écouter sur RCF : https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-rcf-bordeaux?episode=650098

Méditation sur Jn 1, 29-34

 Jean le Baptiste voit Jésus venir vers lui et il dit : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde. » Cette phrase a traversé les siècles, souvent chargée d’un sens sacrificiel. Mais peut-être pouvons-nous l’entendre autrement, plus symboliquement.

En parlant d’« agneau », Jean ne désigne pas une victime à offrir à Dieu, mais une figure de douceur, de vulnérabilité, de non-violence. 
Et le « péché du monde » n’est pas d’abord une faute morale individuelle. C’est ce qui abîme la relation, ce qui enferme, ce qui coupe l’être humain de la vie, des autres, de lui-même.

Jean dit encore : « Je ne le connaissais pas. » Comme si la foi n’était jamais une évidence, mais une reconnaissance progressive. Il faut du temps, dans une existence, pour discerner ce qui fait signe vers Dieu. Ce qui ouvre. Ce qui libère.

Et puis il y a cette image de l’Esprit qui descend et demeure. Non pas un éclair spectaculaire, mais une présence qui s’installe, qui habite. Dieu ne passe pas : il demeure.

Ce texte nous invite peut-être à une attention nouvelle. Où est-ce que, dans nos vies ordinaires, quelque chose enlève du poids, de la culpabilité, de la peur ? Où est-ce qu’une présence - douce et non-violente - nous remet en relation, avec nous-mêmes et avec les autres ?

Reconnaître le Christ… c’est discerner, humblement, ce qui fait reculer la mort et grandir la vie… ce qui ouvre notre esprit à la tendresse et la bonté de Dieu. 

dimanche 11 janvier 2026

Les Béatitudes : du cœur au Royaume

Lecture biblique : Mt 5, 1-12 (= voir en bas de cette page)

Thématique : Les Béatitudes : du cœur au Royaume

Prédication de Pascal LEFEBVRE, Bordeaux, le 11/01/26


Nous considérons souvent les Béatitudes comme un condensé de l’Évangile. Pourtant, elles sont paradoxales… elles renversent nos logiques humaines…. Car elles sont à « contre-courant » des réalités mondaines… marquées par l’individualisme, la compétition… l’avidité, la soif de domination… ou l’exigence de réussite.


Avec l’adjectif « heureux » ou « bienheureux », qui est souvent utilisé dans les traductions, nous pourrions penser que Jésus parle d’une sorte de bonheur psychologique ou affectif, mais il n’en est rien. Les Béatitudes incitent davantage l’auditeur à entrer dans une marche confiante, un cheminement, une voie juste… qui permet de vivre une vie bonne devant Dieu une situation dans laquelle il est souhaitable de se trouver… en dépit des apparences… dans la mesure où elle s’enracine dans une relation intérieure à Dieu. 

Pour prendre la parole, Jésus a gravi la montagne, comme Moïse au temps de l’Exode. Ce geste n’est pas anodin : il rappelle que ce qu’il va dire a la même importance que la Loi donnée par Moïse. Jésus accomplit cette Loi. Il présente un programme de vie, pour celles et ceux qui veulent marcher avec lui.

Aujourd’hui, nous allons explorer ces paroles étonnantes de Jésus à travers trois angles :

  1. Les Béatitudes comme guide de vie intérieure – le bonheur commence dans le cœur.
  2. Les Béatitudes comme résistance au monde – choisir la voie étroite.
  3. Les Béatitudes comme manifeste du Royaume – vivre le Royaume dès aujourd’hui.


Nous essayerons aussi de trouver quelques exemples concrets… 

Et nous verrons que le bonheur des Béatitudes se vit à la fois au présent et dans l’espérance de l’avenir. Comme le dit François d’Assise : il s’agit de la joie parfaite, un bonheur enraciné dans la fidélité à Dieu et l’ouverture aux autres.

Mais avant cela… il faut rappeler - fondamentalement - que les paroles de Jésus interrogent nos désirs profonds… « qu’est-ce qui guide mes désirs ? »

Voyons cela ensemble… 

I. Les Béatitudes comme guide de vie intérieure – « Le bonheur commence dans le cœur »

1. Premier constat à contre-courant des idées reçues… le bonheur est pour les humbles… Il ne dépend pas de nos ressources, de la richesse ou de la sécurité matérielle… mais de l’ouverture à la Grâce de Dieu : « Heureux les pauvres en esprit / les pauvres de coeur » dit Jésus. 

  • Intériorité : Le Christ affirme que le bonheur commence par l’humilité et la reconnaissance de notre dépendance à l’égard de Dieu. Être pauvre en esprit, c’est reconnaitre sa finitude et ses limites… c’est accepter sa place humble et simple de créature dans un univers infini… c’est être ouvert, prêt à demander, à recevoir… à tout attendre de Dieu. 
  • Résistance au monde : Affirmer « heureux les pauvres en esprit », c’est déjà lutter contre l’orgueil, l’égocentrisme et la valorisation d’une réussite personnelle… souvent fondée sur la possession, le pouvoir ou la richesse. 
  • Royaume : A l’opposé d’une vie centrée sur l’égo… une vie ouverte à la confiance et centrée sur Dieu témoigne de sa présence dès maintenant. 
  • Exemple : Il y a bien des exemples de personnes qui vivent cette béatitude autour de nous… On peut penser aux bénévoles qui donnent gratuitement de leur temps et de leur énergie pour les autres, sans attendre de retour… La reconnaissance de la pauvreté intrinsèque à la nature humaine nous conduit à la compassion et à prendre soin des autres. 

2. Deuxième piste… Jésus ose affirmer que ce n’est pas la force ou la domination qui produit la justice, mais la douceur et la maîtrise de soi. « Heureux les doux » dit-il.

  • Intériorité : Pour le Christ, la douceur n’est pas une faiblesse… mais une force intérieure, maîtrisée et patiente… animée par la non-violence. 
  • Résistance : La douceur, c’est la voie de la bonté, de l’altruisme, de la délicatesse, de la grâce, de la tendresse … c’est un chemin qui permet - paradoxalement - de surmonter les rapports de force, de domination ou d’agressivité.
  • Royaume : Par la douceur, la réconciliation et la paix peuvent devenir tangibles, ici et maintenant. 
  • Exemple : Parmi les exemples de vie qui correspondent à cette béatitude, on peut citer la militante pakistanaise Malala Yousafzai, qui défend l’éducation des filles dans son pays, avec courage et sans violence. Elle est devenue un symbole international de la lutte pour l’éducation des filles, suite aux restrictions imposées par les talibans.

3. Troisième point… qui peut nous surprendre… la tristesse et la vulnérabilité peuvent devenir une voie de consolation et d’espérance. « Heureux ceux qui pleurent » affirme Jésus. 

  • Intériorité : Plutôt que de faire l’éloge d’un bonheur insolant ou arrogant… le Christ nous appelle à reconnaître le fait que la vulnérabilité, la peine ou la souffrance… peuvent parfois ouvrir un chemin qui conduit à la consolation de Dieu.
  • Résistance au monde : C’est une manière de lutter contre le cynisme et l’indifférence qui ignorent la compassion et la douleur des autres.
  • Royaume : Cette Béatitude nous permet de nous souvenir que le fait d’être attentif aux autres… d’accompagner et de soutenir ceux qui souffrent… est déjà une façon de rendre visible le Royaume.
  • Exemple : Collectivement, il y a bien des gens qui vivent cette Béatitude… comme dans les associations qui aident les victimes de violence ou de catastrophes naturelles… ou encore ceux qui se rendent disponibles et accompagnent les étrangers démunis. 

A travers ces trois premières béatitudes, Jésus nous rappelle que - quelle que soit notre situation extérieure - on peut déjà être heureux dès maintenant… car l’ouverture du cœur et la douceur apportent une forme de sérénité et de paix intérieure… et la satisfaction d’agir selon la voie de Dieu.  Aussi, le bonheur ne dépend pas d’abord des conditions extérieures… mais de notre coeur, de notre état d’esprit… donc de l’intériorité, de notre relation à Dieu.

II. Les Béatitudes comme voie de résistance au monde – « Heureux ceux qui choisissent la voie étroite »

4. Quatrième Béatitude… Jésus affirme que le désir de justice peut largement primer sur l’intérêt personnel. La satisfaction de la vie - le désir de vivre une vie bonne - ne vient pas d’une réussite individuelle, mais d’une transformation éthique et spirituelle : « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice »

  • Intériorité : Pour Jésus, le désir profond de justice est quelque part au fond nous. Il habite la conscience humaine. C’est ce désir de justice qui transforme positivement nos priorités et nos choix.
  • Résistance : La recherche du profit à tout prix, l’égoïsme et la corruption… ne sont pas à même de créer un bonheur partagé et durable…  Ils ne sont qu’apparence et superficialité… et ne correspondent qu’à une illusion de bonheur, pour ceux qui tentent d’en profiter ! Il n’y a pas de bonheur dans le « chacun pour soi ». Le vrai bonheur se conjugue forcément au pluriel… il est équitable et solidaire : il tient compte des besoins de chacun… à commencer par la dignité et la justice. 
  • Royaume : La justice se manifeste par des actions concrètes qui protègent et restaurent.
  • Exemple : Dans le monde d’aujourd’hui, des lanceurs d’alerte - comme Edward Snowden, Julian Assange ou Chelsea Manning - font partie de ceux qui ont osé défier les systèmes injustes, malgré les risques. Ils nous encouragent à dénoncer les injustices, les mensonges et les manipulations que nous voyons partout autour de nous. 

5. Cinquième point … le Christ affirme également que donner et pardonner est source d’une vraie bénédiction. La bonté, la générosité et la magnanimité conduisent au bonheur : « Heureux les miséricordieux » dit-il. 

  • Intériorité : Partout dans l’évangile, Jésus met en avant la gratuité et le don de soi. Il invite chacun à développer sa capacité d’empathie et de compassion… jusqu’à aimer celui qui nous traite en rival… à pardonner et à soutenir autrui… malgré ses offenses.
  • Résistance : C’est une voie nouvelle qui permet de surmonter la vengeance et la loi du plus fort. Jésus nous appelle à surmonter les sentiments de haine ou de vengeance qui peuvent nous traverser, face à une situation de souffrance. 
  • Royaume : Le fait est que la miséricorde transforme les relations humaines et rend déjà le Royaume de Dieu visible.
  • Exemple : Si nous cherchons un exemple de miséricorde, nous avons peut-être en tête celui de Nelson Mandela, pardonnant à ses bourreaux…  ou toutes les initiatives en faveur d’une justice restaurative… qui visent à faire dialoguer une victime et l’auteur d’une infraction… afin de permettre la reconstruction de la victime,  la conscientisation et la responsabilisation de l’auteur de l’infraction, et sa réintégration dans la société. 

6. La sixième Béatitude interroge le regard que nous portons sur la vie et les autres. Dans une société souvent fondée sur les apparences mondaines… Jésus affirme que la sincérité, l’intégrité et la transparence intérieure sont plus précieuses que les toutes les façades extérieures. « Heureux ceux qui ont le cœur pur » affirme-t-il. 

  • Intériorité : Lorsqu’il est question d’intégrité, de transparence, de sincérité… il est question de ce qui vient du coeur… de la pureté du regard… de désirs altruistes, libres et désintéressés. 
  • Résistance : Pour Jésus, la pureté du coeur est un véritable antidote, face à la manipulation, l’hypocrisie, la duplicité ou la culture de l’apparence.
  • Royaume : Lorsque la vérité du coeur parvient à s’exprimer… la lumière du Royaume éclaire déjà le monde et inspire confiance. C’est sans doute cette qualité qui manque le plus à la plupart des dirigeants de notre monde. 
  • Exemple : Il y a heureusement des contre-exemples… mais rares sont les journalistes et les activistes qui osent dénoncer la duplicité, la corruption ou les abus de ceux qui détiennent le pouvoir (en dépit de la pression ou des menaces).

A travers ces trois autres béatitudes que nous venons d’entendre, le Christ nous dit qu’une voie de bonheur est toujours possible…  même quand il s’agit d’entrer en résistance… même quand nos choix nous mettent en opposition avec le monde… dans la mesure où ces choix sont fidèles à Dieu et aux valeurs du Royaume.

III. Les Béatitudes comme manifeste du Royaume – « Vivre le Royaume dès aujourd’hui »

7. Le septième point… s’adresse aux artisans de paix. Celui qui est pacifique peut être temporairement humilié ou ignoré, mais - pour Jésus - il participe déjà à la réconciliation divine. « Heureux les artisans de paix » affirme-t-il.

  • Intériorité : La véritable paix vient de Dieu… Ce qui veut dire que la paix commence à l’intérieur de soi, dans le coeur… c’est la paix intérieure, la sérénité, l’équilibre, la maitrise de soi. Ceux qui font oeuvre de paix, sont à l’image de Dieu… ils sont appelés fils de Dieu. 
  • Résistance : La paix intérieure est le premier remède contre la tentation de la violence, la réponse haineuse ou les conflits qui menacent notre existence. Il est si facile de se laisser impacter ou submerger par les rapports de forces et la violence du monde.
  • Royaume : Pour Jésus, la réconciliation et l’harmonie sont des signes concrets du Royaume.
  • Exemple : Parmi les exemples d’artisans de paix, on peut citer des acteurs, comme Médecins Sans Frontières ou des médiateurs internationaux qui travaillent dans des zones de conflit, pour promouvoir la paix… malgré tout… en dépit du danger. 

8. Huitième béatitude… sans doute la plus difficile à recevoir. Le prix de la recherche de la justice et de la fidélité à Dieu peut conduire à la marginalisation, au rejet, à la mise à l’écart ou à la violence. Pourtant cette voie ouvre à une véritable espérance. « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice » a dit Jésus. 

  • Intériorité : Ceux qui recherchent le chemin de la justice, par fidélité à Dieu - malgré les épreuves - représentent la voie de la véritable confiance en Dieu et du courage dans l’adversité.
  • Résistance : Rechercher ce qui est juste et bon, en toute circonstance, est une manière de lutter contre la résignation, contre l’habitude, l’hypocrisie, le mensonge ou la corruption.
  • Royaume : La fidélité à l’égard de Dieu et la recherche de la justice, témoignent de l’espérance de la vérité et du Royaume, même au milieu des épreuves.
  • Exemple : On sait que bien des prophètes et des défenseurs des droits humains ont pu être persécutés pour leurs engagements… pourtant ils étaient déjà dans le monde nouveau de Dieu… ils oeuvraient pour l’avènement du Royaume. 

9. Neuvième et dernier point…. Malgré les défis et les épreuves… réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse… car si vous marchez dans le chemin des Béatitudes, vous êtes déjà en communion avec Dieu… vous êtes sur le chemin d’un accomplissement… de la vie en plénitude. 

  • Intériorité : Les béatitudes se concluent par la joie ressentie lorsqu’on marche dans la voie de Dieu… cette joie qui née de la fidélité, de la justice et de l’espérance.
  • Résistance : Vivre les Béatitudes est une manière de lutter contre la fatalité et le découragement, face à l’injustice et la dureté du monde.
  • Royaume : Chaque acte de justice, de miséricorde ou de paix manifeste déjà le Royaume, ici et maintenant.
  • Exemple : Chaque geste de pardon, de solidarité, de réconciliation ou d’engagement pour la justice dans nos vies quotidiennes… sont des semences et des signes qui conduisent au Royaume, au monde nouveau de Dieu. 

Le bonheur proposé par Jésus est à la fois présent et futur

La plupart des Béatitudes sont au futur – « ils seront consolés… ils seront rassasiés » – mais deux sont au présent : « le royaume des Cieux est à eux »…  Elles s’adressent aux humbles, aux pauvres de coeurs… et celles et ceux qui recherchent la justice… Ainsi, le Royaume commence dès maintenant… et il s’accomplira pleinement dans l’avenir.


Conclusion 

Pour conclure…  il faut redire que Jésus ne décrit pas des états de confort ou de réussite selon le monde, mais une orientation intérieure et relationnelle, qui met Dieu et l’autre au centre.

Les Béatitudes sont donc un appel à vivre une vie bonne selon Dieu. Elle ne sont certainement pas un petit manuel, destiné à trouver un bonheur immédiat, selon les standards humains.

  • Pour récapituler…
    1. En ce qui concerne l’intériorité : Le bonheur commence dans le cœur, humble, pur et ouvert à Dieu.
    2. Elles ouvrent une voie de résistance au monde : La voie étroite consiste à rester fidèle à Dieu et aux valeurs de justice, de miséricorde et de paix.
    3. Elles permettent la manifestation du Royaume : Chaque geste juste, chaque action fidèle aux paroles du Christ, concrétise le Royaume de Dieu, ici et maintenant.
  • Elles ouvrent une dynamique, donnent un élan et un encouragement : On peut être heureux quand on est pauvre de cœur, artisan de paix, persécuté pour la justice. Car ces situations reflètent la fidélité à Dieu et apportent une joie profonde (liée à la justice). Recherchons ces bonheurs-là, comme le disait François d’Assise.
  • Elles constituent un appel et une invitation pratique : En cette nouvelle année… l’Evangile nous adresse une question : Quels gestes concrets pourrons-nous oser et poser, pour être des signes lumineux du Royaume dans notre vie et notre monde : donner, pardonner, écouter, agir pour la justice, soutenir un frère ou une sœur dans le besoin ? Quelles seront nos bonnes résolutions altruistes, pour cette nouvelle année ?

Pour les Chrétiens… la vie en Église et la vie en famille constituent des espaces d’expérimentation et d’apprentissage des Béatitudes… pour vivre la paix et la miséricorde avec ceux qui nous entourent. 

Que le Seigneur nous inspire… qu’il nous aide à vivre ces Béatitudes au quotidien… et à découvrir ce bonheur promis… qui commence dans le cœur, qui résiste au monde et qui manifeste son Royaume dès aujourd’hui.  

Amen. 

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Lecture biblique : 

Matthieu 5, 1-12


1 A la vue des foules, Jésus monta dans la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent de lui. 2 Et, prenant la parole, il les enseignait :


3« Ils sont heureux (debout et en marche) les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.

4 Ils sont heureux (debout et en marche) les doux : ils auront la terre en partage.

5 Ils sont heureux (debout et en marche) ceux qui pleurent : ils seront consolés.


6 Ils sont heureux (debout et en marche) ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.

7 Ils sont heureux (debout et en marche) les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.

8 Ils sont heureux (debout et en marche) les cœurs purs : ils verront Dieu.


9 Ils sont heureux (debout et en marche) ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.

10 Ils sont heureux (debout et en marche) ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux.


11 Vous êtes heureux lorsque l'on vous insulte, que l'on vous persécute et que l'on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. 


12 Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ; c'est ainsi en effet qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.