* Une fête qui interroge...
Noël : une histoire d’Esprit saint
Méditation de Pascal Lefebvre - parue dans le journal Ensemble - décembre 2024 :
Nous fêterons bientôt Noël dans nos temples et avec nos proches (enfants, familles ou amis). Pour les Chrétiens, la fête de Noël est celle de la nativité : il y a un peu plus de 2000 ans, Jésus est entré dans notre histoire. Dieu a envoyé son fils dans le monde comme un « cadeau » fait à l’humanité. Enfin, un « cadeau » qui mérite qu’on s’y intéresse de plus prés et qu’on suive la voie de celui qui l’a incarné. Car - objectivement - notre monde vit le plus souvent à contre-courant de cette voie de salut ouverte par le Christ (avec ses mots d’ordre : compassion, pardon, paix, justice, gratuité, don de soi, service).
Une autre Pentecôte ?
Face à cette fête traditionnelle de Noël devenue parfois superficielle et consumériste, une question se pose : Faut-il continuer à la voir comme l’anniversaire de la naissance de Jésus (qui n’est sans doute pas né un 25 décembre), ou ne faudrait-il pas davantage la considérer comme une autre fête - une autre déclinaison - de la Pentecôte, comme la manifestation centrale de l’Esprit de Dieu ?
Souvenons-nous, en effet, que pour entrevoir la manière dont les évangiles ont été écrits, il faut les lire à rebours, de la fin vers le début : tout commence à Pâques ! C’est un retournement. Le maître enseignant, thaumaturge et contestataire, d’abord écouté et suivi, puis trahi, abandonné, renié et tué, apparait - contre toute attente - comme « Vivant » après sa mort sur la Croix. Il se donne à voir à de nombreux témoins (1 Co 15,6). Les disciples passent « du désespoir à l’espérance », « de la peur à la confiance » (comme le dit aussi la belle déclaration de foi de l’EPUdF).
Les apparitions de Pâques font dire aux disciples que Jésus était bien le Christ, le porteur de l’Esprit de Dieu. S’il l’était dans un corps glorifié, il l’était également au moment de sa mort. Ce qui incite les évangélistes à mettre cette affirmation dans la bouche du centurion romain, après la crucifixion : « vraiment, cet homme était Fils de Dieu » (Mc 15, 39). Mais s’il était bien le Christ au moment de sa mort (un Christ scandaleusement crucifié), il l’était bien durant toute son existence : au moment de l’expérience spirituelle de la transfiguration, lors des guérisons qu’il a opéré, et depuis son baptême. Dans l’évangile de Marc : tout débute là. Lors de son baptême, Jésus est adopté, choisi par Dieu, et reçoit l’Esprit saint (Mc 1, 9-11).
Dès lors, pourquoi penser que Jésus serait seulement devenu le porteur de l’Esprit avec son baptême ? Ne l’était-il pas déjà dans sa jeunesse (lors de sa présentation au temple), et même depuis sa naissance, et - mieux encore - avant cela : depuis sa conception ? D’où l’idée que ce qui a été engendré en Marie vient de l’Esprit saint (Mt 1,20 ; Lc 1,35).
Cet enchaînement logique et rétrospectif dit quand même une chose : personne ne sait vraiment quand Jésus est devenu le Christ, le porteur de l’Esprit. Etait-ce au moment de son baptême (Marc), au moment de sa conception (Matthieu et Luc) ou de toute éternité (Jean) ? L’évangéliste Jean, en effet, s’appuie sur une autre tradition. Pour lui, le Logos préexistant (le Verbe divin) a dressé sa tente et s’est manifesté en Jésus (Jn 1,14). D’où la doctrine de l’incarnation, qui est en réalité une confession de foi : Jésus est la manifestation centrale, l’incarnation du Fils / du Logos (qui existait de toute éternité auprès de Dieu).
Aussi, en lisant les quatre évangiles - et si on fait abstraction de la doctrine trinitaire plus tardive (puisqu’elle date de 3 siècles après la rédaction des évangiles) - on ne sait pas très bien qui s’incarne en Jésus : est-ce la Parole (selon Jean) ou est-ce l’Esprit (selon les synoptiques) ou est-ce les deux : l’Esprit et la Parole de Dieu (si on veut harmoniser les 4 évangiles).
Naissances
Cela nous amène à une réflexion anthropologique. Car la même question se pose pour tout être humain. Sommes-nous « enfants de Dieu » depuis notre naissance ou le devenons-nous par notre baptême ?
Pour certains pères de l’église, l’être humain est « corps, âme et esprit ». Ce qui signifie que la dimension spirituelle est une donnée anthropologique innée. Si Dieu est Esprit (Jn 4,24) et si l’esprit (avec un petit « e » - soyons modestes !) est une part - une dimension - de l’être humain, cela pourrait vouloir dire que nous sommes un peu « à l’image de Dieu » (Gn 1,27) et que nous sommes conçus, dès le départ, pour accueillir le divin en nous.
Mais, en même temps - dans un entretien avec Nicodème (Jn 3) - Jésus souligne qu’il n’y a rien d’automatique (ni de systématique). Il faut que le croyant naisse de nouveau, naisse d’en haut. Il y aurait donc une seconde naissance à accueillir, qui est d’ordre spirituel. Celle-ci serait donc acquise (à accepter) et non innée.
Ou alors, les deux pensées sont-elles, en réalité, complémentaires : sommes-nous prédisposés ontologiquement (dans notre « être ») à accueillir l’Esprit (le Souffle divin) et faut-il, en même temps, l’accepter consciemment, pour que cette dimension spirituelle puisse se développer ? On le voit bien la problématique est un peu similaire à celle de Jésus : est-il devenu « le porteur de l’Esprit » au moment de son baptême ou l’était-il depuis toujours (dès sa conception) ?
Finalement, il faut peut-être avouer que nous n’en savons rien, et que cette histoire de « naissance » aussi bien à Noël (pour Jésus) que n’importe quel jour (en ce qui nous concerne) est avant tout une question de « conscience ».
C’est une bonne chose d’accueillir la fête de Noël, en se souvenant de la naissance du Messie et de sa venue dans le monde, mais cela n’a vraiment de sens que s’il s’agit de la manifestation du Spirituel (de la présence de Dieu) dans notre histoire. Puisque cette advenue de l’Esprit est signe de l’émergence de quelque chose de vraiment nouveau pour notre humanité.
C’est la même chose, aujourd’hui encore, nous pouvons laisser de la place à Dieu dans notre existence, et laisser l’Esprit naître et s’épanouir en nous. Alors notre vie en sera certainement transformée.
Si Noël est seulement un anniversaire de plus ou une vieille histoire qu’on raconte aux enfants, ce n’est pas grand chose. Par contre, si cette fête est un rappel - ou une prise de conscience - que Dieu peut agir aussi en nous, dans notre intériorité, pour nous influencer positivement et changer les coeurs, alors elle peut déboucher sur la venue de quelque chose « de bon, de beau, de meilleur » dans notre réalité.
Le miracle de Noël, il y a 20 siècles, c’est que l’Esprit de Dieu s’est pleinement manifesté dans la personne et la vie de Jésus. Le miracle de Noël, aujourd’hui, c’est que cette histoire continue. Elle ouvre encore notre propre histoire, dans laquelle Dieu peut « s’infiltrer » et faire « toutes choses nouvelles » !
* Mt 5, 8 : Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
Lien vers la video : Parenthèse de carême
Avez-vous le cœur pur ?... le regard bienveillant ?
Vous l’avez sans doute remarqué… chaque béatitude est rattachée à une qualité humaine ou une attitude de sagesse que Jésus met en avant… comme la meilleure voie à suivre pour se mettre au diapason du règne de Dieu… et trouver ainsi un chemin de bonheur.. avec soi-même, avec Dieu et avec les autres.
Dans cette béatitude... il est question de cœur, de regard… et de pureté…
Jésus nous oriente sur le chemin de la bienveillance.
Première question : comment envisager cette notion de pureté ? … qui n’est plus forcément très parlante… pour nous, aujourd’hui…
Pour Jésus, elle ne relève pas de l’extériorité… la pureté n’a rien à voir avec le physique, avec la sexualité ou un type d’alimentation… ni avec la propreté ou l’hygiène…
Pour aborder cette question en profondeur, il faut remonter à la source : il faut regarder du côté de l’intériorité, c’est-à-dire des intentions, des désirs, de ce qui sort du cœur de l’être humain.
Le cœur, c’est le centre de la personne : c’est ce qui motive nos choix, ce qui guide nos actions.
Ce qui est pur, c’est ce qui est simple, ce qui est clair et intègre.
Ce qui n’est pas mélangé.
Un cœur pur est un cœur unifié et généreux.
Le contraire d’un cœur pur est un cœur partagé… divisé par des motivations ambivalentes, des désirs ambigus, des penchants ou des intérêts équivoques… (mêlant parfois duplicité ou même instrumentalisation d’autrui).
Souvenons-nous de cette parole dans l’évangile de Matthieu (Mt 6,22) : « La lampe du corps, c’est l’œil. Si donc ton œil est sain [s’il est simple], ton corps tout entier sera dans la lumière. »
L’orientation du cœur rejoint la façon dont je regarde celles et ceux que je rencontre.
La pureté de cœur est la simplicité qui rend le regard transparent.
Si je vois autrui d’un œil simple, c’est-à-dire bienveillant, comme le Christ regarde chacun… alors je le vois d’un œil pur, sans arrière-pensée, sans jugement… je le regarde d’un œil lumineux… et je vois en lui ce qui est potentiellement beau et bon.
Ce n’est pas de la naïveté… c’est la capacité – avec le cœur – de voir au-delà des apparences…
C’est ainsi que Jésus regardait ses interlocuteurs… directement au cœur.
Deuxième question… justement : comment donc avoir le cœur pur ? Qu’est-ce qui nous purifie ?
C’est l’écoute de la Parole du Christ qui nous transforme, qui nous rend meilleur.
Dans l’évangile de Jean (au chapitre 15), Jésus affirme qu’il est comme une vigne dont nous sommes les sarments.
« Je suis la vraie vigne – dit-il – et mon Père est le vigneron.
Tout sarment qui, en moi, ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il en porte davantage encore.
Déjà vous êtes émondés par la parole que je vous ai dite ».
« Émonder » ça veut dire purifier, nettoyer, tailler, pour enlever ce qui n’a pas d’avenir… pour retirer les branches mortes ou déséquilibrées, pour se débarrasser des rameaux inutiles ou supprimer les plantes parasites… en vue de produire davantage de fruits… de bons fruits.
Il faudrait donc se demander – chers amis – ce qui a de l’avenir, et ce qui n’a pas d’avenir en nous ?
La réponse est assez simple : Ce qui a de l’avenir, c’est notre relation à Dieu… sachant que Dieu est Amour…. et qu’il est notre destination, notre but.
Ce qui n’a pas d’avenir c’est tout ce qui fait barrage à l’amour : ce sont nos mauvais penchants, l’orgueil, l’individualisme, l’avidité, la jalousie, la médisance, l’égoïsme, l’injustice, la violence, etc.
La Parole de Dieu nous transforme et nous purifie, parce qu’elle nous ouvre à l’amour, à la compassion et à la bienveillance… en nous appelant à nous connecter à notre vrai Soi et à donner le meilleur de nous-mêmes.
Augustin d’Hippone écrivait : « c’est la foi agissant à travers l’amour qui purifie le cœur » (cf. Sermons 53,11).
Par la foi en Dieu et en chacun – en chaque personne autour de nous – nous devenons semblable au Christ :
Peu à peu, en nous mettant à l’école de l’Evangile – grâce à l’Esprit saint – notre regard va s’éclairer, notre cœur va s’élargir… et nous allons voir l’image de Dieu dans chacun des visages de nos frères et de nos sœurs.
Alors, comme Jésus, nous serons toujours dans l’espérance… nous aurons le cœur pur… et nous verrons la présence de Dieu en chaque être humain !
Chers amis… que Dieu vous bénisse… qu’il vous accompagne sur ce chemin d’ouverture, de transformation… de sanctification…
Qu’il vous ouvre pleinement à son infinie bienveillance !
Heureux les cœurs purs… ils participent déjà au projet Dieu… à la vision de Dieu !
* Le juste salaire du travail - méditation pour le mouvement des EDC (Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens) - 11/02/2024
Parole de Dieu
Deutéronome 24 (14-15)
Tu n’exploiteras pas un salarié malheureux et pauvre, que ce soit l’un de tes frères ou l’un des émigrés que tu as dans ton pays, dans tes villes.
Le jour même, tu lui donneras son salaire ; le soleil ne se couchera pas sans que tu l’aies fait ; car c’est un malheureux, et il l’attend impatiemment ; qu’il ne crie pas contre toi vers le SEIGNEUR : pour toi ce serait un péché.
Jacques 5 (1.5)
Et maintenant écoutez-moi, vous qui êtes riches ! […]
Voyez le salaire des ouvriers qui travaillent dans vos champs : vous avez refusé de le verser ! C'est une injustice criante ! Les plaintes des moissonneurs sont parvenues jusqu'aux oreilles de Dieu, le Seigneur de l'univers.
Méditation Le juste salaire du travail
Comment ré-enchanter le travail ? De nombreux moyens existent : redonner du sens, avoir un cap, soulager la pénibilité, favoriser les aspects relationnels et coopératifs, susciter la créativité et la confiance, valoriser l’engagement, encourager la reconnaissance, développer de nouveaux talents, etc. Mais la question première est sans doute celle de la justice ou de la justesse de la rémunération. Qu’est-ce qu’un « juste » salaire ?
Il doit non seulement permettre de mener une vie digne, être équitable, mais il constitue aussi un facteur de reconnaissance. Personne ne peut avoir une relation « apaisée » au travail s’il se sent « injustement » traité, voire « exploité », ou s’il ne parvient pas à en vivre décemment.
Cette question n’est pas nouvelle. Les auteurs bibliques dénoncent l’attitude des « patrons » cupides ou avides, qui ne pensent qu’à leur propre profit, au détriment des « petits ».
Qu’en est-il de notre côté ? Quels sont les critères qui prévalent dans la rémunération de nos salariés ? Plus fondamentalement, au-delà des niveaux de qualification, d’expérience, de rendement, et des évaluations annuelles (qui font le lien avec des objectifs fixés), peut-on seulement raisonner en termes de « mérites » ? Quelqu’un ne vaut-il que ce qu’il produit ?
Comme Chrétiens, n’avons-nous pas d’autres critères ? Le niveau d’engagement, la bonne volonté, la capacité de progresser ou de se dépasser, l’adaptabilité, le travail en équipe, mais aussi l’amour inconditionnel, des valeurs d’accompagnement, de partage, de solidarité et d’espérance… qui nous conduisent à ne pas nous limiter à la seule logique du mérite.
A bien y regarder, n’est-ce pas ce que Dieu fait pour nous ? D’une part, il pourvoit à nos besoins en nous offrant travail et responsabilités. D’autre part, il nous aime et nous pardonne sans compter (bien au-delà de nos faibles mérites). De plus, il fait preuve d’une infinie patience à notre égard. Enfin, il croit en nous et nous ouvre à l’espérance.
Le constat dressé par Jésus dans les évangiles, c’est que les règles (que connaissaient bien les Pharisiens) ne suffisent jamais à produire la justice. Sans l’amour et la fraternité, notre monde deviendrait vite « inhumain », car uniquement fondé sur la performance, la rivalité et la concurrence.
La prise de conscience de l’amour persévérant et inconditionnel de Dieu nous sauve d’une morale du mérite, pour nous ouvrir à la grâce et la liberté : s’ouvrir à l’écoute et la compréhension, entrer dans le don de soi, rechercher la justice et le règne de Dieu, en toute occasion.
Demande de grâce
Seigneur, avec ton amour, tu m’as donné la liberté et des responsabilités : que de grâces !
Mais comment en faire le meilleur usage ?
Offre-moi aussi ton Esprit saint pour me « souffler » ton discernement dans les décisions qui touchent aux relations humaines, afin d’être dans la voie de ta justice.
Donne-moi aussi la paix et la joie, sans lesquelles les tâches quotidiennes peuvent devenir, avec le temps, contraintes et devoirs.
Renouvelle-moi dans la « nouvelle mentalité » de l’Evangile, pour que je sois le promoteur infatigable d’un esprit de fraternité et de coopération, soucieux du plus « petit ».
Et surtout, dans tout le labeur de mes mains, laisse une grâce de toi pour parler aux autres, et un défaut de moi pour me parler à moi-même.
* Une mission thérapeutique ? - Mt 10, 5-8 & Jn 20, 19-23
Que dire de l’envoi des Douze en mission ? A l’heure de la réflexion synodale sur le thème de la mission et des ministères, nous pouvons relire et relier ces passages des évangiles.
………………
Dans l’évangile selon Matthieu (Chap.10), Jésus invite ses disciples à faire ce que lui-même faisait : proclamer la Parole de Dieu et à accomplir, en son nom, des actions de guérison. La mission est visiblement de caractère thérapeutique.
Le mot grec thérapeuo a plusieurs significations : servir, assurer un service / soigner, guérir, apporter un remède, restaurer la santé. En ce sens il rejoint le mot latin salvus (salut) qui veut dire « guéri ».
Pour les disciples, il s’agit donc d’aider, de soutenir, de réconforter, de prendre soin, et plus fondamentalement de libérer d’un mal, d’apporter une forme de salut, de guérison, de la part de Dieu.
Comment recevoir cette exhortation de Jésus, 2000 ans plus tard ? Sommes-nous capables de participer à cette mission qui consisterait même à « ressusciter les morts » ? ou à « expulser les démons » ? Comment pourrions-nous traduire aujourd’hui dans un langage plus contemporain les mots de Jésus ?
« Guérir les malades » :
Cette invitation ne doit sans doute pas s’entendre seulement sur le plan de la santé physique. Même si nous ne nous sentons pas forcément équipés d’un don de guérisseur, de thaumaturge, nous pouvons y participer. Par notre présence, autour de nous, nous pouvons écouter les autres, les accompagner, les soutenir, les réconforter, leur redonner le moral, les redynamiser. Nous pouvons leur redonner courage et confiance, et les accompagner sur un chemin de guérison intérieure.
« Ressusciter les morts » :
« Ressusciter » signifie « réveiller » et « relever » : réveiller les consciences et relever ceux qui en ont besoin, ceux qui n’ont plus d’espérance. Nous pouvons toujours faire quelque chose, face à l’individualisme ambiant, à la mentalité du « chacun pour soi ». Dans les rencontres du quotidien, ici ou là, nous pouvons accueillir les autres, permettre à chacun de reprendre conscience de sa vie devant Dieu, du fait que notre vie compte, que notre âme est liée à Dieu. Ce que nous oublions parfois quand nous sommes épuisés par les soucis, les préoccupations du quotidien, ou lorsque nous traversons des épreuves qui nous plombent ou nous jettent à terre.
Nous pouvons agir et aussi, parfois, trouver sur notre route quelqu’un qui nous aide à nous relever (un « bon samaritain ») qui permet que la vie afflue à nouveau en nous, qui nous remet en contact avec notre vitalité intérieure, lorsque celle-ci a été coupée.
« Purifier les lépreux » :
Cela peut s’entendre de deux manières : d’une part, accueillir ceux qui se considèrent comme indignes. Nous pouvons accueillir notre prochain sans condition, tel qu’il est, et lui souhaiter la bienvenue et lui signifier qu’il est précieux aux yeux de Dieu.
D’autre part, nous pouvons lui permettre une transformation intérieure, grâce au lien avec Dieu, en le remettant sur la route d’un cheminement possible et personnel avec Dieu.
« Expulser les démons » :
C’est libérer les êtres qui en ont besoin des schémas existentiels pathogènes, ou les libérer des images nocives de Dieu, des projections négatives d’autrui, ou tout ce qui peut réduire leur vie ou l’estime de soi. C’est les libérer aussi des emprises, des idoles ou des addictions, ou de tout ce qui peut les abimer ou amoindrir l’image d’eux-mêmes. Nous avons tous besoin de libération !
Quel que soit le vocabulaire employé, il s’agit d’apporter délivrance, pardon, guérison, réconciliation, paix intérieure, avec soi, avec Dieu et avec autrui… de renouveler la confiance (en Dieu et en soi), d’ouvrir à l’espérance.
Les disciples sont donc appelés à transformer les situations, à apporter de la nouveauté dans le monde : à être « sel de la terre » et « lumière du monde » (Mt 5,13-16). Ce qui signifie « transmettre » la lumière qu’ils ont eux-mêmes reçue dans la foi.
Pour le dire avec les mots de D. Bonhoeffer, il s’agit d’« aider notre prochain à être un homme [ou une femme] devant Dieu ».
Mais comment est-ce possible ? Comment les disciples pourraient-ils faire tout cela ?
Seuls, ils ne peuvent rien faire (cf. Jn 15,5). C’est l’Esprit saint, le Souffle de Dieu, qui peut agir par eux. C’est ce que racontent les récits de Pentecôte.
Dans l’évangile selon Jean, le récit du chapitre 20 (v. 19-23) concentre en quelques phrases : l’évènement de Pâques, celui de Pentecôte et l’envoi des disciples en mission. Il nous livre ainsi un indice. Les disciples deviennent témoins de la foi pascale. Le Christ leur donne son Souffle – comme une énergie nouvelle – pour les inspirer et les gonfler à bloc, pour leur permettre de faire ce qui peut parfois sembler impossible.
L’enjeu de la mission est donc d’abord de s’ouvrir à la confiance et la présence de Dieu, de laisser Dieu être « Dieu en soi ». Autrement dit, d’accueillir et de laisser de la place à l’Esprit saint dans notre vie et notre cœur. Car c’est Lui qui peut agir en nous et par nous.
En ce début d’année scolaire, à nous de prendre un peu de temps, dans notre vie quotidienne, pour méditer, prier en silence, ouvrir notre cœur et ressentir sa présence. Parce qu’il nous libère et nous transforme, il nous permet d’être les porteurs et les témoins d’une Parole qui soigne.
Textes :
Mt 10, 5-8 [extr. TOB]
Ces douze, Jésus les envoya en mission avec les instructions suivantes : […] En chemin, proclamez que le Règne des cieux s’est approché. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.
Jn 20, 19-23 [TOB]
Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que, par crainte des autorités juives, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu d’eux et il leur dit : « La paix soit avec vous. » Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie.
Alors, à nouveau, Jésus leur dit : « La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint ; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. »
* Le défi interreligieux : un sujet d’actualité ! (30/10/20)
* Les images de dizaines de milliers de manifestants au Bangladesh, au Pakistan ou au Magreb, brulant des drapeaux français nous ont choqué. Elles sont le signe d’un échec relationnel et d’une profonde rupture avec l’internationale islamiste, exprimant la haine de l’autre.
Depuis une re-publication des caricatures du Prophète Mahomet par le journal Charle Hebdo, le 1er septembre dernier, la violence des terroristes se déchaine sur des « symboles » vivants de l’occident : enseignant, lieu de culte chrétien, ambassade, capitales européennes.
Dans cette confrontation idéologique, le risque est celui de l’amalgame. C’est de confondre l’Islam et l’Islamisme. L’islamisme est une idéologie manipulant l’Islam, en vue d'un projet politique. La réalité, c’est que des tensions et des luttes d’influence importantes traversent l’Islam. Il serait bon d’en être mieux informé.
En dénonçant les attentats et en annulant les fêtes pour la naissance du Prophète en France, l’Islam de France (par la voix du président du CFCM) a voulu exprimer un soutien fraternel à la communauté Catholique endeuillée.
Cette résurgence de violence inouïe montre qu’au XXIe siècle, le monde est toujours divisé sur les questions de séparation entre le temporel et le spirituel, sur les manières de comprendre le concept de « laïcité », sur la question de la liberté d’expression et de la presse, sur la notion de « blasphème » (sans parler d’autres sujets, comme la place de la femme). Visiblement, il y a un manque de compréhension réciproque.
Si les défis sont nombreux à l’international, ils existent aussi en France. Au moins quatre grands défis attendent notre société. Et dans ce moment de crise, les Protestants Réformés ont quelque chose à apporter.
* Premièrement : reconnaitre l’importance de la vie spirituelle et intellectuelle au quotidien. Il y a un défi pour la laïcité de l’Etat français, qui connait mal les religions. Cette méconnaissance empêche l’Etat de réaliser la véritable place des « cultes » dans la société, de discerner leurs façons de voir, leurs éthiques, leurs impacts. Les confinements successifs montrent un manque de reconnaissance de l’importance de la sphère spirituelle - au même titre que la vie intellectuelle - des gens, puisque les cérémonies religieuses - comme les librairies - sont contraintes à la désertion des publics, du fait de décisions arbitraires. Ces lieux - qui devraient pourtant être reconnus « d’intérêt général », et même « d’utilité publique », dans la mesure où ils permettent un « service public » de la foi et de la spiritualité, ou de la culture et de l’intelligence - ne sont pas considérés - par nos gouvernants - comme « essentiels » à la vie quotidienne et à l’épanouissement humain de millions de français, alors même qu’ils luttent, l’un comme l’autre, contre l’isolement et l’ignorance (causes de souffrances).
C’est une grave erreur et une incompréhension de ce qui fait l’identité des personnes : un français croyant est tout autant français que croyant (chrétien, juif, musulman, …). Croire qu’il doit juste obéir aux lois de la République et aller travailler, pour éviter sa propre faillite économique et celle de la France, est une réduction complète du sens de la vie et de ce qui se passe dans le coeur de nombreux citoyens.
* Deuxième défi : revoir notre manière de comprendre la laïcité.La tentation du laïcisme - au sens du rejet du spirituel de la sphère publique - est une forme de dévoiement de la laïcité, une forme d’idéologie qui absolutise le temporel, et nie la place des religions, en tant que bien commun. La distinction du temporel et du spirituel - connue, à travers l’histoire, comme doctrine des deux règnes - est une nécessité. Mais cette distinction ne signifie pas l’ignorance de l’un par l’autre. En méconnaissant plus ou moins les religions - réduites et compartimentées à la seule sphère privée - l’Etat court le risque de transformer la laïcité en laïcisme et d’en faire une nouvelle religion d’Etat. Ce qui conduirait au refoulement de la diversité culturelle et religieuse pourtant existante. L’Etat a tout intérêt à favoriser le dialogue - une laïcité du dialogue - respectueuse de la diversité. C’est un moyen d’éviter les replis religieux, les incompréhensions, les fondamentalismes, opposés à la cohésion sociale et à la paix civile.
La laïcité de l’Etat devrait permettre à notre société d’abriter toutes les cultures et les religions, leur permettre de se connaître, de se respecter, de débattre, de s’interpeller sur les questions de justice, les questions éthiques, sur les questions existentielles et de société.
* Troisièmement : le défi de l’enseignement d’une « culture religieuse / interreligieuse » dans l’éducation nationale. Aujourd’hui, de nombreux enfants sont écartelés entre deux formes de fidélité : une fidélité envers leurs professeurs, grâce auxquels ils découvrent - à travers les enseignements d’histoire ou d’EMC - les belles valeurs de la République, à commencer par la citoyenneté, la liberté, l’égalité, etc. Et la fidélité envers leurs parents, leurs cultures, leurs religions, leurs traditions. Parfois les valeurs sont proches. Mais parfois, il y a une véritable dichotomie entre ces deux mondes, par exemple, si les enfants sont issus d’une famille de confession musulmane (stricte ou traditionaliste) nouvellement arrivée en France.
Dans ce contexte, l’école ne peut pas se taire au sujet des religions. Elle doit présenter leur histoire, leurs croyances, leurs représentations, etc. Il s’agit d’offrir des clés de compréhension. Bien souvent, dans la « laïcité du silence », les religions sont ce dont on ne parle pas ou peu, au nom de la neutralité. A l’exception d’une minorité de professeurs - dont Samuel Paty (l’enseignant assassiné) faisait peut-être partie - l’école laïque est bien souvent l’école de l’analphabétisme religieux et interreligieux. Cet état de fait semble pourtant nier l’histoire même de notre continent anciennement chrétien et devenu à la fois sécularisé et interreligieux. Il faut certainement repenser la manière dont l’éducation nationale aborde le sujet des religions.
Aujourd’hui, l’Etat doit aider l’école - lieu de culture - a surmonter son inculture religieuse.
La culture interreligieuse devrait relever de la responsabilité de la société et de l’Etat. Elle est la condition indispensable de la communication entre les religions et les cultures, pour un vivre ensemble apaisé.
* Quatrième défi : favoriser le dialogue interreligieux, notamment avec l’Islam.Il faut prendre en compte que - comme le Christianisme - l’Islam n’est pas uniforme, mais pluriel. Il n’y pas une seule interprétation du Coran, ni un Islam monolithique. D’un coté, par exemple, pour une branche fondamentaliste et intégriste, ce qu’on appelle « les versets violents » du Coran va permettre de fonder le djihadime, au sens d’une action violente et politique. Il en sera tout autrement, pour une branche plus éclairée de l’Islam qui va interpréter les textes dans un contexte nouveau, à partir d’un esprit du Coran, qui relativise le contexte initial ou la signification première de ces versets.
Autre exemple, la représentation du prophète Mohammed : elle a été pratiquée pendant des siècles et n’est considérée comme un blasphème que depuis 5 ou 6 siècles. Certains musulmans s’accommodent de ces caricatures et y perçoivent même une forme de critique de l’islam radical et fondamentaliste. D’autres - au contraire - ne supportent pas ces caricatures et se sentent profondément blessés par elles, au point d’en appeler à punir ou éliminer leurs auteurs.
Face à ces Islams pluriels, un Etat ou une République laïque peut toujours vouloir combattre l’Islamisme, pour son intolérance ou son obscurantisme. Car rien ne justifie l’usage de la violence. Mais il faut se demander si elle n’aurait pas surtout intérêt à favoriser l’évolution de l’Islam, en permettant une meilleure formation des Imams, en favorisant les approches culturelles et historiques, en donnant des instrument de critiques littéraires et textuelles, pour éviter les approches fondamentalistes.
L’Etat - dans le cadre de la laïcité - doit aider à la formation culturelle des responsables religieux, surtout s’ils viennent de l’étranger et méconnaissent notre culture marquée par la liberté de conscience et la liberté d'expression.
Il s’agirait ainsi de contribuer à la formation théologique des prédicateurs, au niveau de la culture générale, et à leur formation interreligieuse, car nous vivons dans un monde pluriel.
* Le théologien Hans Küng a écrit : il n’y aura « pas de paix entre les peuples, sans paix entre les religions ».La situation actuelle nous oblige à nous engager dans le dialogue interreligieux.
Aujourd’hui, la société a besoin des autres religions (Judaïsme, Christianisme, …) pour renouer le dialogue. En tant que Chrétiens - Protestants Réformés - l’Etat laïque- aussi bien que l’Islam - ont besoin de nos lumières, pour permettre le dialogue interreligieux, pour retisser du lien entre les citoyens, pour retrouver une forme de cohésion, de coopération dans le « vivre ensemble » et davantage de fraternité.
• D’abord, nous pouvons apporter au monde notre compréhension de la religion : Comprendre la foi comme un chemin. Pas comme une citadelle à défendre. (Chemin de conversion, de changement, de prise de conscience… chemin de grâce, de dialogue, de pardon, de réconciliation… chemin d’amour, de partage, de fraternité : cheminer dans la foi, c’est accepter de quitter ses fausses assurances, de se remettre en question et de lâcher ses certitudes.)
• Au niveau théologique, nous pouvons apporter « une vision de Dieu qui construit l’humanité, toute l’humanité, et donc qui ne la détruit pas »(cf. Gérard Siegwalt). Qu’est-ce que la foi en Dieu libère en nous, comme potentialités, comme capacités créatives ?
• Nous pouvons apporter notre herméneutique, notre rapport aux textes, notre soif d’intelligence de la foi : il y a une nécessaire interprétation des Ecritures : passer de la lettre à l’esprit. il y a une nécessaire contextualisation passée et présente des textes, ainsi qu’un discernement spirituel dans leur interprétation : quelle bonne nouvelle les textes apportent-ils à notre monde ?
• Dans un monde angoissé, nous pouvons enfin apporter notre confiance et notre espérance. Car la foi en une forme de transcendance (pour ne pas dire « Dieu ») nous libère de la peur et nous invite à avancer, quelles que soient les difficultés présentes.
En tant que Protestants, nous avons donc beaucoup à apporter à notre monde. Le repli sur soi n’est pas une option. Le dialogue interreligieux nous attend. Soyons audacieux !
Pour en savoir plus…
Cet article - écrit le 30/10/20 - a été inspiré par l’actualité et l’ouvrage de Gérard Siegwalt, Le défi interreligieux, ed. Du Cerf, 2015.
* La Bienveillance... devenir Bonne Nouvelle pour notre prochain (Chronique Consistoire de Guyenne - Journal Ensemble - Nov 2020 )
La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Bien des évènements peuvent surgir dans notre existence (chômage, divorce, maladie, deuil…) qui s’imposent à nous et qui viennent perturber notre joie de vivre. Dans ces conditions, comment être vraiment heureux ?
C’est possible, si nous changeons notre manière de penser « la joie », comme une réalité intérieure.
Voici quelques suggestions… à méditer :
- Vivre l’instant présent : La disponibilité et la spontanéité des enfants est un exemple à suivre, pour entrer dans la joie de l’instant présent. Si nous nous accrochons au passé ou si nous vivons dans l’angoisse du lendemain, nous ne goutons plus la joie du présent. Ce constat nous amène à sortir du mental (des ressassements ou des ruminations intérieures, des peurs de l’avenir), pour nous inscrire dans le présent, ici et maintenant… seul lieu possible pour le bonheur.
- Relativiser : doit-on prendre la vie comme une chose sérieuse (et difficile) ? Ou n’est-elle pas un terrain de jeu ?… qui nous invite à inventer, expérimenter, et relativiser… tout en pensant « collectif », car nous ne sommes pas seuls.
- La balle est dans notre camp : Nous ne choisissons pas toujours les événements (difficiles ou heureux) qui se présentent à nous. Mais, nous pouvons décider de la manière dont nous les accueillons et dont ils nous affectent. Nous choisissons soit de les retenir et de nous y accrocher, soit de les laisser passer.
- En d’autres termes, la joie est intérieure et ne dépend pas de ce qui est extérieur : nous confondons souvent la vie (en tant que telle, en tant que personne vivante) avec l’ambiance de la vie (le cadre, l’environnement). L’ambiance de la vie (foyer, famille, espace de travail, lieu de vie, etc.) est une chose extérieure, qui est relative et changeante. Cette ambiance n’a de réalité pour nous que parce que nous sommes, nous existons. En fait, on ne saisit le monde que de façon subjective (son, lumière, peine, plaisir,…). Grâce à nos sens, nous pouvons voir le monde. Mais on ne le voit qu’à l’intérieur de soi (à travers nos filtres). Or, c’est nous qui décidons ce qui se passe en nous. C’est nous qui déterminons notre expérience intérieure. Par la paix intérieure, il nous appartient de garder notre joie de vivre… en toute situation.
- Cultiver le positif, les belles rencontres, la fête et le don de soi : Voir « le verre à moitié plein » (plutôt qu’à moitié vide), prendre le temps des relations humaines, profiter des moments de fêtes… et surtout donner le meilleur de soi à chaque occasion… autant de possibilités de cultiver la joie ! Profitons-en !
* Le jeu de la vie (Edito du bulletin "Reflet" de mai 2016)
* Soif de spiritualité
Il parait que le pape François a affirmé : "Il n'est pas nécessaire de croire en Dieu pour être une bonne personne. Dans un sens, la notion traditionnelle de Dieu est dépassée. On peut être spirituel mais pas religieux. (…)"
En effet, nous confondons souvent "religion" et "spiritualité… voici un petit édito (du bulletin "Reflet" de mai 2015) qui aborde ce sujet :
* Voici quelques articles publiés dans le mensuel protestant du Sud-Ouest "Ensemble"…
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- N°302 - Mai-Juin 2015 - "Pas de science sans con-science" / "Hors de la science, point de salut" : Lire l'article
- N° 300 - Mars 2015 - "Libre mais serviteur" : Lire l'article
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