dimanche 24 janvier 2016

Lc 7, 1-10

La foi d’un centurion

Lectures bibliques : Q 7, 1-9 ; Lc 7, 1-10
Prédication de Pascal LEFEBVRE  / Tonneins, le 24/01/16
(Inspirée d’un commentaire de Jean Marc Babut et d’une méditation de Louis Simon)[1]

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Traduction des textes

La source Q 7, 1-9

Quand Jésus eut achevé cet enseignement, il lui arriva d'entrer dans le bourg de Capharnaüm. Un officier romain vint alors à sa rencontre pour lui faire cette pressante demande : « Mon garçon est au plus mal. » Jésus lui dit : « Est-ce à moi de venir le guérir ? » ... L’officier romain lui répondit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres chez moi, mais il suffira que tu dises un mot pour que mon garçon soit guéri. Moi-même en effet j'ai des supérieurs, et j'ai aussi des soldats sous mes ordres. Je dis à l'un : "Va", et il va ; ou à un autre : "Viens", et il vient. Je dis à mon domestique: "Fais ceci", et il le fait. » Jésus s'étonna de ce qu'il venait d'entendre, et il dit à ceux qui le suivaient : « Je vous le dis : en Israël je n'ai pas trouvé une pareille confiance. »

Lc 7, 1-10

1Quand Jésus eut achevé tout son discours devant le peuple, il entra dans Capharnaüm. 2Un centurion avait un esclave (serviteur) malade, sur le point de mourir, qu’il appréciait beaucoup. 3Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques notables (Anciens) des Juifs pour le prier de venir sauver son esclave. 4Arrivés auprès de Jésus, ceux-ci le suppliaient instamment (avec zèle) et disaient : « Il mérite (il est digne) que tu lui accordes cela, 5car il aime notre nation et c’est lui qui nous a bâti la synagogue. »
6Jésus faisait route avec eux et déjà il n’était plus très loin de la maison quand le centurion envoya des amis pour lui dire : « Seigneur, ne te donne pas cette peine, car je ne suis pas digne (suffisamment apte, capable, convenable) que tu entres sous mon toit. 7C’est pour cela aussi que je ne me suis pas jugé moi-même autorisé à (que je ne me suis pas jugé digne de) venir jusqu’à toi ; mais dis un mot (une parole), et que mon serviteur soit guéri. 8Ainsi moi, je suis placé sous une autorité, avec des soldats sous mes ordres, et je dis à l’un : “Va” et il va, à un autre : “Viens” et il vient, et à mon esclave : “Fais ceci” et il le fait. »
9En entendant ces mots, Jésus fut plein d’admiration pour lui ; il se tourna vers la foule qui le suivait et dit : « Je vous le déclare, même en Israël je n’ai pas trouvé une telle foi (une aussi grande foi). » 10Et de retour à la maison, les envoyés trouvèrent l’esclave (le serviteur) en bonne santé.[2]

Prédication

* Nous venons d’entendre deux versions de ce récit de l’évangile qui relate la guérison du fils ou de l’esclave d’un centurion romain par Jésus. En fait, il s’agit vraisemblablement d’un « garçon » (selon l’évangéliste Matthieu : Mt 8, 5-13) : terme qui peut tout aussi bien désigner le fils d’un officier (selon Jean : Jn 4, 46-54) que son jeune serviteur (selon Luc : Lc 7, 1-10).

Les différences entre ces versions portent sur un certain nombre de points. Vraisemblablement, l’évangéliste Luc a complété le récit initial par des éléments – des personnages relais : 2 groupes de personnages – qui lui permettent de ne pas mettre directement en contact Jésus et le centurion.
C’est par des intermédiaires qu’ils vont communiquer dans la version de Luc. Et la guérison va s’opérer à distance sur la foi du centurion en Jésus, en son autorité, dans la puissance de sa parole.

* Regardons d’abord le passage tel que le propose la source Q (la source des Logia, des paroles de Jésus, telle qu’elle a pu être reconstituée).

L’Histoire est assez simple : un capitaine romain – c’est-à-dire un officier païen, un non-juif – prie Jésus de guérir son garçon.
Le récit reste muet sur ce que Jésus a fait – ou n’a pas fait – en réponse à sa demande. Ce qui est mis en avant par le texte de la Source (Q), c’est la déclaration finale de Jésus : « En Israël je n’ai pas trouvé une pareille confiance ».
Autrement dit, ce qui est ici mis en exergue, c’est la foi, la confiance inouïe du capitaine romain.

Ce qui peut d’abord nous étonner dans ce récit, c’est la réticence, la résistance de Jésus.
A la demande de guérison pour le garçon, Jésus répond par une question rhétorique par laquelle il se place à distance de la demande de cet homme païen : « Est-ce à moi de venir le guérir ? »
La réponse sous–entendue est à l’évidence : « Non, ce n’est pas mon affaire ». C’est une fin de non-recevoir.

Immédiatement, nous pensons à une autre rencontre racontée dans l’évangile entre Jésus et une femme cananéenne ou syro-phénicienne (cf. Mc 7, 24-30), où Jésus – le Maître Juif envoyé pour « les brebis perdues de la maison d’Israël » (cf. Mt 15, 21-28) – avait également répondu négativement, à la demande de guérison de la femme païenne pour sa fille, avant de consentir – finalement – à dialoguer avec elle et à l’entendre.

Ici, le refus initial de Jésus peut recevoir la même explication. En affirmant : « je vous le dis, en Israël je n’ai jamais trouvé une pareille confiance », Jésus laisse entendre que sa mission d’ambassadeur du royaume de Dieu – du monde nouveau de Dieu – l’envoie en priorité auprès du peuple d’Israël.
La requête du fonctionnaire romain le détourne donc de son objectif. Face à l’urgence de sa mission, Jésus ne peut pas se laisser distraire par des gens qui – apriori – ne croient même pas au Dieu d’Israël, en l’Eternel, son Père céleste.

Mais le centurion romain insiste… exactement comme le fera la femme cananéenne : 
Comme elle, il fait preuve d’humilité. Il reconnaît son indignité. Précisément, il reconnaît qu’il n’est pas digne de recevoir Jésus sous son toit : une manière de dire qu’il est étranger au peuple d’Israël.
Mais, il ajoute qu’une seule parole de Jésus doit suffire pour obtenir la guérison de son garçon.

Comme avec la femme cananéenne, Jésus se retrouve piégé devant la foi du centurion. Comment pourrait-il ignorer une telle confiance et se soustraire à la demande de cet homme meurtri par la maladie de son garçon ?

Le centurion romain révèle sa foi et explicite sa démarche à partir de sa propre expérience de commandement :
Comme officier, il a certes des supérieurs, il sait donc ce qu’il en est d’être soumis à une autorité. Mais, comme capitaine, il a également des subordonnés, il sait donc aussi ce qu’il en est du pouvoir de se faire obéir.
Il sous-entend que Jésus se trouve dans une situation analogue – et même supérieure – à la sienne. Il détient par conséquent les moyens d’agir efficacement et de montrer son autorité sur la maladie… et cela d’une simple parole.

Son raisonnement est le suivant : « si moi qui suis placé sous l’autorité impériale, j’ai le pouvoir de donner des ordres et d’agir sur mes sujets, à combien plus forte raison, toi, qui est placé sous l’autorité du Roi des Rois, toi qui a une autorité qui vient de Dieu, as-tu le pouvoir d’agir sur la maladie, pour guérir le garçon ».

Bien évidemment, le centurion ne peut tenir cette argumentation que parce qu’il a eu connaissance d’autres guérisons déjà obtenues par le Maître itinérant.
Le titre qu’il donne à Jésus est précisément celui de « maître, Seigneur », preuve que Jésus est pour lui plus qu’un simple guérisseur.

Comme la femme cananéenne, l’attitude du capitaine romain est pleine d’humilité et de confiance :
D’une part, il avoue ne pas avoir l’honneur ni l’avantage de faire partie du peuple d’Israël.
D’autre part, il reconnaît dans la parole de Jésus la dynamique du salut, la possibilité d’une guérison offerte aux hommes.

Autrement dit, comme la Cananéenne qui ne demandait quasiment rien : juste les miettes qui tombent de la table des maîtres (cf. Mt 15,27), lui aussi ne demande presque rien : qu’une simple parole de Jésus au bénéfice de son garçon…. Rien qu’une parole.

Par sa foi, le centurion transcende les questions de pureté et d’impureté : il n’est pas utile que Jésus – le maître juif – se déplace jusqu’à chez lui… il n’est pas nécessaire qu’il entre dans la maison d’un païen…. et risque de se rendre impur… sa seule parole suffira à guérir le garçon à distance… sans être « contaminé » en entrant sous son toit.

La réaction du capitaine romain suscite l’étonnement de Jésus :
D’une part, parce Jésus – visiblement – n’a jamais rencontré un tel écho positif en Israël, alors que le passé et l’histoire de ce peuple devaient le prédisposer à accueillir le message de l’avènement du temps du salut.
D’autre part, parce que le centurion montre une foi véritable. Ce qui suscite l’admiration et les éloges de Jésus.

Quand on parle de « foi », il ne s’agit pas de « croyance » (ni de dogmatique), mais de « confiance ». L’homme s’en remet pleinement à la parole de Jésus pour la vie de son garçon. Il lui fait totalement confiance.

* Nous avons aussi entendu, ce matin, le récit de la même rencontre mise en scène par l’évangéliste Luc.

Outre les nombreux points communs entre les deux narrations, notamment la conclusion de Jésus sur la foi du centurion, le déroulement de la rencontre comporte quelques différences, à commencer par le fait que – pour Luc – Jésus et le capitaine romain ne se sont, en réalité, jamais vu ni rencontré… puisque tout se joue à distance… tout se passe par l’entremise de deux relais, deux ambassades successives dépêchées par le centurion vers Jésus :
- une délégation de responsables juifs, annonçant la dignité du centurion et son mérite ;
- une délégation d’amis militaires, porte-paroles de leur chef, mettant en avant son indignité - du fait qu’il n’appartienne pas au peuple d’Israël – mais aussi sa confiance.

On retrouve, en effet, plusieurs fois le mot « digne », pour dire, d’un côté la dignité du centurion, du fait de ses œuvres, et, d’autre part, son indignité, du fait de son être, de ses origines.
Or, dans cette histoire, Jésus ne va s’arrêter ni sur les bonnes œuvres, ni sur l’être ou l’ascendance du capitaine, mais uniquement sur sa foi.

- Première ambassade : des « anciens des juifs », des notables de la synagogue, viennent plaider en faveur de la requête du capitaine romain.

Dans les faits, cela paraît assez surréaliste : S’il s’agit bien de responsables de la synagogue locale, ils sont, selon toute vraisemblance, opposés à Rome et à ses armées d’occupation.
Or, selon Luc, ce groupe va pourtant accepter de plaider la cause d’un Romain devant Jésus, un « Messie » dont l’autorité est pourtant contestée par un certain nombre de leurs coreligionnaires.

Pour eux, si le centurion mérite d’être écouté et exaucé, c’est en raison ses actes. L’officier est présenté comme un étranger « craignant-Dieu », un païen attiré par le judaïsme, qui a fait preuve d’une grande générosité envers la nation juive :
« il est digne... il mérite [ton attention]… car il aime notre nation et c’est lui qui nous a bâti la synagogue ».

C’est comme cela que l’on parle dans les milieux religieux et la religion des œuvres :
Il n’est plus question d’un appel au secours ou à la compassion, plus question de don et de gratuité, mais c’est une question de mérite. C’est du donnant-donnant. On mesure ce qu’il convient de donner en échange de ce qui a été reçu.

Bien sûr, on ne peut pas nier que les anciens de la synagogue soient pleins de bonnes intentions, mais, malgré eux, leur ambassade auprès de Jésus est une caricature de la religion des œuvres. 
Leur argument n’est pas d’abord humain (humanitaire) ni fraternel, mais il manifeste un système marchand : le centurion a acquis la dignité nécessaire au salut par ses bonnes œuvres. « Il mérite, car il pense comme nous et il a versé une très forte cotisation… »

- Deuxième ambassade : des amis de l’officier, des proches du fonctionnaire viennent à leur tour plaider en faveur d’une intervention bénéfique de Jésus. Ils parlent au nom de leur chef.

Cette fois l’intervention est presque à l’opposé de celle des religieux. Par la bouche de ses amis soldats, le capitaine affirme justement qu’il ne mérite pas…. qu’il n’est pas digne de s’approcher de Jésus.

Alors que les religieux le disait « digne », lui se juge « indigne ».
Il se considère indigne parce qu’il n’est pas Juif et que Jésus, le maître, le thaumaturge renommé, a sans doute mieux à faire que de venir chez lui. Mais, ce sentiment d’indignité est soutenu par une pleine confiance : Jésus n’a pas besoin de se déplacer, sa seule parole suffira à la guérison du garçon.

Là aussi, l’attitude des amis militaires est assez surréaliste : Peut-on imaginer des soldats dirent à Jésus que leur chef, leur supérieur – un capitaine – n’est pas digne de lui, un simple juif, soumis au pouvoir de l’occupant romain ?

Mais précisément Jésus ne s’arrête pas à l’origine des personnes. Ce qui le touche ici, ce sont les paroles d’un homme qui parle avec le cœur, avec humilité et avec foi… comme si, finalement, il n’était juste ni de proclamer la dignité de ses œuvres, ni l’indignité de ses origines, mais seulement de dire sa confiance en l’amour d’un Autre : « dis seulement une parole et je serai guéri… et mon garçon sera relevé »

Ce qui me semble très intéressant dans ce passage, c’est la fascination de Jésus pour la foi du centurion.

A travers les mots de Jésus, nous comprenons que ce qui est important ce ne sont pas la dignité ou l’indignité de nos œuvres ou de notre naissance… ce n’est pas ce que nous avons fait ou d’où nous venons qui compte… mais ce que nous croyons assurément. C’est notre confiance positive et active en Christ, qui nous conduit à espérer et demander l’ouverture et l’action de Dieu dans notre vie.

Dans la vie de tous les jours, nous sommes bien souvent tentés de raisonner en terme de valeurs ou de mérites, soit en nous dévalorisant, en confessant sans cesse nos insuffisances ou notre péché, ou, au contraire, en vantant notre orgueil et nos mérites… mais, en réalité, l’évangile nous montre que tout cela n’intéresse personne à part notre petit ego.
Jésus, lui, regarde au cœur. Et ce qu’il voit c’est notre foi… c’est notre intention et notre attention… c’est le moteur de notre action, c’est ce qui fait briller nos yeux.
« Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » dira-t-il (cf. Mt 6,21). Et le trésor du centurion, c’est à la fois l’affection, l’amour filial qu’il a pour son garçon et la confiance qu’il a en Jésus, qui est vraiment, pour lui, un envoyé de Dieu.

[Concernant notre passage… on peut se demander pourquoi Luc a inclut ces deux ambassades dans son récit :
Faut-il y voir une influence ou une relecture juive du message de Jésus avec la question des mérites, des bonnes œuvres du centurion, qui de ce fait méritait bien l’obtention d’une guérison ?
Est-ce pour des raisons de vraisemblance historique que Jésus ne soit pas abordé directement par un centurion, un chef militaire, mais par ses amis, ses subalternes ? Ou y a-t-il d’autres raisons ? [3]

Ou encore, est-ce pour développer un thématique chère à l’évangéliste Jean, à savoir que l’officier « a cru sans avoir vu » que le récit fait ici intervenir des intermédiaires, des relais ? « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » (cf. Jn 20,29) dira Jésus dans l’évangile de Jean.[4]
Cela correspond bien à la problématique des disciples de la 2ème ou 3ème génération qui n’ont pas connu Jésus, qui n’ont pas été des témoins directs des actes accomplis par le Christ.]

Nous ne saurons jamais pourquoi Luc a introduit ces deux délégations dans sa mise en texte. Toutefois, nous pouvons le remercier car il donne encore davantage d’éléments pour notre réflexion.

En effet, grâce à Luc, on se rend compte de l’importance des médiateurs, des relais dans la transmission de la foi.
Il n’y a pas de bons relais, ni de bonnes prières, ni de bons témoins… mais, malgré leurs présupposés ou leur maladresse, les relais sont ici nécessaires pour permettre une rencontre entre Jésus et le centurion… pour permettre à la foi de se dire, à l’ouverture de se faire, et à la guérison d’advenir.

2000 ans plus tard… à notre niveau et à notre tour… nous pouvons accepter, nous aussi, d’être des relais entre le Christ et les hommes qui ont besoin de son secours, de sa guérison… 
Nous pouvons accepter de porter les paroles et les préoccupations de nos contemporains, de porter leurs soucis dans la prière, de traduire leurs besoins, au risque de trahir un peu leurs pensées ou même d’être parfois infidèles à l’évangile de la grâce… car – comme ici – soyons certains que le Christ entend ce qui se joue dans les cœurs, au-delà des paroles et des maladresses.

Ce récit tout simple tel que Luc le reprend, met finalement à jour un processus de transmission – traduction – et forcément aussi de trahison – de la parole, aboutissant à l’expression de la foi, à l’admiration de Jésus et – vraisemblablement – à la guérison de l’enfant.

Tous les personnages relais – Juifs religieux ou militaires païens – se sont mis à la disposition d’une souffrance humaine à soulager, d’un garçon à libérer du mal. Et c’est cela qui compte : se mettre au service d’autrui, des plus petits et de l’Evangile… même maladroitement… ouvrir un chemin pour que la bonne nouvelle du salut puisse s’introduire, toucher les cœurs et les guérir.

* Encore un mot pour conclure.[5] On peut se poser la question : « où se trouve le plus grand miracle dans ce récit de guérison ?

On peut dire : le plus merveilleux dans cette histoire, c'est ce petit esclave rendu à la santé et à la vie. Quoi de plus vrai ? Et pourtant le récit n'évoque pas ce merveilleux. La guérison se fait en coulisses, sans que nul n’en sache rien sur la route, et même sans que Jésus, à aucun moment, n’en parle.

On peut dire : c'est la foi du capitaine. Selon Luc, ce serait là le point de vue de Jésus. […]

On peut aussi dire : le plus merveilleux, c'est le courage inouï de ces Juifs qui ont accepté de faire abstraction de leurs a priori politiques et théologiques… ou la hardiesse de ces militaires qui osent accorder à Jésus (même sans en mesurer toute l’importance) le titre qu’ils doivent réserver à l’empereur : « Seigneur ».

Ou bien encore : le merveilleux se trouve du côté de Jésus, qui a, pour une fois, assisté à un miracle, la naissance d’une parole, qui a été enseignée par un militaire anonyme et païen et qui donc a découvert qu’on a toujours besoin de l’étranger pour guérir sa parole.

En fait, le merveilleux surgit ici de partout. La guérison a atteint tout le monde ! Elle habite (et désormais travaille) chacun dans son corps, son cœur, sa langue et son esprit.

Voici le merveilleux de ce miracle : cette solidarité difficile et nécessaire entre Juifs, Romains, Jésus, païens, religieux et militaires, pourquoi ? Pour qu’un petit esclave soit heureux ! »

Cela nous enseigne à développer la même confiance que le centurion… la même compassion que ses amis… tout en servant de relais à la parole… en nous mettant au service des plus petits.  

Amen.



[1] Jean Marc Babut, Un tout autre christianisme, Traduction et commentaire de la Source Q, Desclée de Brouwer, p.85ss. / Louis Simon, « Mon » Jésus, Les bergers et Les Mages, p.91ss.
[2] Remarque : Par fidélité à l’évangéliste Luc, nous parlerons ici de la rencontre entre Jésus et un « centurion » ou « capitaine romain », mais il s’agissait sans doute au départ d’un « officier royal », comme le précise l’évangéliste Jean (cf. Jn 4, 46). En effet, la Galilée, qui a été gouvernée par un tétrarque jusqu’en 44 ap. J-C, n’était pas sous occupation romaine au temps de Jésus… bien qu’elle le fût devenue du temps des évangélistes Matthieu et Luc. Il n’est donc pas normal qu’un centurion romain se trouve en poste à Capharnaüm. Il s’agissait sans doute initialement d’un fonctionnaire du roi, qui était un Romain, donc un gentil (un non-juif).
[3] Comme, par exemple, l’occasion qui est donné à Luc de mettre le mot « Seigneur », normalement réservé à l’empereur, dans la bouche de soldats romains à destination de Jésus Christ. / C’est peut-être aussi pour ne pas télescoper les étapes de l’histoire du salut (et l’ouverture universelle du salut, qui sera racontée dans le livres des Actes (cf. Ac 10, 1-48)) que Luc tient ici volontairement Jésus à l’écart de l’officier romain (païen).
[4] Précisément, l’épisode raconté par Jean (cf. Jn 4, 46-54) problématise la relation entre le voir et le croire (v.48). A l’affirmation de Jésus « Va, ton fils vit » (v.50) – affirmation qui n’est complété d’aucun geste thérapeutique – le père est placé en situation de décision : croire sans voir ou réclamer un signe visible. Il obéit à Jésus et se met en route. Son comportement en fait le paradigme de la foi. Il croit sans voir, en se fondant sur la seule parole de Jésus (v.50).
[5] La conclusion est reprise d’une méditation de Louis Simon « Une guérison de la communication » (Lc 7, 1-10) in « Mon » Jésus. Ed. Les bergers et les mages, p.91ss.