dimanche 14 mai 2017

La foi de Joseph

Lectures pendant les différents moments de la liturgie : extraits de Gn 37 ; Gn 39, 1-5 ; Gn 46, 1-7. 28-30 ; Gn 50, 15-26.
Culte avec les jeunes autour de l’histoire de Joseph
Thématique : la foi de Joseph ; croire malgré ou au-delà de ce qu’on voit
Prédication de Pascal LEFEBVRE = voir après les lectures bibliques / Tonneins, le 14/05/17

Lectures bibliques

Gn 50, 15-26
Voyant que leur père était mort, les frères de Joseph se dirent : « Si Joseph allait nous traiter en ennemis et nous rendre tout le mal que nous lui avons causé ! » 
Ils mandèrent à Joseph : « Ton père a donné cet ordre avant sa mort : 
Vous parlerez ainsi à Joseph : “De grâce, pardonne le forfait et la faute de tes frères. Certes, ils t’ont causé bien du mal mais, de grâce, pardonne maintenant le forfait des serviteurs du Dieu de ton père.” » Quand ils lui parlèrent ainsi, Joseph pleura.
Ses frères allèrent d’eux-mêmes se jeter devant lui et dirent : « Nous voici tes esclaves ! » 

Joseph leur répondit : « Ne craignez point. Suis-je en effet à la place de Dieu ? 
Vous avez voulu me faire du mal, Dieu a voulu en faire du bien : conserver la vie à un peuple nombreux comme cela se réalise aujourd’hui. 
Désormais, ne craignez pas, je pourvoirai à votre subsistance et à celle de vos enfants. » Il les réconforta et regagna leur confiance.

Joseph habita en Egypte, lui et la maison de son père. Joseph vécut cent dix ans 
et vit la troisième génération des fils d’Ephraïm. De plus les fils de Makir, fils de Manassé, naquirent sur les genoux de Joseph. 

Joseph dit à ses frères : « Je vais mourir. Dieu interviendra en votre faveur et vous fera remonter de ce pays vers le pays qu’il a promis par serment à Abraham, Isaac et Jacob. » 
Puis Joseph fit prêter serment aux fils d’Israël : « Lorsque Dieu interviendra en votre faveur, vous ferez remonter mes ossements d’ici. »
Joseph mourut à l’âge de cent dix ans. On l’embauma et on le déposa dans un cercueil en Egypte.

Mt 17,14-20 
Quand ils arrivèrent là où était la foule, un homme s'approcha de Jésus, se mit à genoux devant lui et dit : « Maître, aie pitié de mon fils. Il est épileptique et il a de telles crises que, souvent, il tombe dans le feu ou dans l'eau. Je l'ai amené à tes disciples, mais ils n'ont pas pu le guérir. » 
Jésus s'écria : « Gens mauvais et sans foi que vous êtes ! Combien de temps encore devrai-je rester avec vous ? Combien de temps encore devrai-je vous supporter ? Amenez-moi l'enfant ici. » 
Jésus menaça l'esprit mauvais ; celui-ci sortit de l'enfant qui fut guéri à ce moment même. 
Les disciples s'approchèrent alors de Jésus en particulier et lui demandèrent : « Pourquoi n'avons-nous pas pu chasser cet esprit ? » 
Jésus leur répondit : « Parce que vous avez trop peu de foi. Je vous le déclare, c'est la vérité : si vous aviez de la foi gros comme une graine de moutarde, vous diriez à cette colline : “Déplace-toi d'ici à là-bas”, et elle se déplacerait. Rien ne vous serait impossible

Mt 21, 21-22 (épisode du figuier desséché)
Jésus leur répondit : « En vérité, je vous le déclare, si un jour vous avez la foi et ne doutez pas, non seulement vous ferez ce que je viens de faire au figuier, mais même si vous dites à cette montagne : “Ote-toi de là et jette-toi dans la mer”, cela se fera. 
Tout ce que vous demanderez dans la prière avec foi, vous le recevrez. »

Prédication

* L’histoire de Joseph est une véritable « saga » pleine d’intrigues. On y trouve tous les thèmes qui touchent notre humanité : trahison, mensonge, blessure, violence, rivalité, jalousie… mais aussi, courage, libération, rebondissement, résilience, pardon, réconciliation, fraternité, confiance, etc.

Joseph est une figure « christique » : il accepte la vie telle qu’elle est, telle qu’elle se présente à lui, malgré les chutes, les blessures, les galères et les croix. Malgré le mal subi, il refuse de rendre le mal pour le mal. Il reste juste et intègre, malgré la souffrance et les trahisons. Il refuse de donner de la place au mal ou à la vengeance. 

Coûte que coûte, Joseph garde confiance en Dieu : sa foi et son courage lui permettent de relever la tête. 
Il saisit chaque événement de sa vie comme une occasion profitable, une opportunité qui lui est offerte de repartir, de recommencer, de faire du neuf, avec la certitude que Dieu l’accompagne.

C’est finalement cela qui caractérise Joseph : sa confiance inouïe, sa foi à toute épreuve : quoi qu’il arrive, il sait qu’il peut compter sur Dieu… Il croit à la Providence de Dieu. 

Il croit en Dieu capable de résurrection… Il ne croit pas en « un dieu-parapluie » qui le protégerait de tout mal… mais en Dieu qui agit et qui transforme : 
un Dieu qui conduit imperceptiblement son peuple et chacun de ses enfants vers un avenir meilleur, même quand le présent est rempli d’épreuves provisoires. 

Autrement dit, Joseph est un croyant extraordinaire : 
il ne s’arrête pas à ce qu’il voit… il ne se contente pas de la réalité telle qu’elle lui apparaît, telle qu’il peut en faire l’expérience, parfois de façon éprouvante… Non, il veut croire que demain sera meilleur, car Dieu est bon et fidèle : Dieu n’abandonne pas les siens ; Dieu a forcément un plan : il trouvera forcément un moyen pour lui donner la possibilité de rebondir, de repartir.

[En d’autres mots, Joseph voit plus loin que la vue, il voit la réalité par le canal de la foi. Cela peut nous faire penser à cette affirmation de l’apôtre Paul qui vit dans l’espérance et qui écrit : « nous cheminons par la foi, non par la vue » (2 Co 5, 7).]

Le secret de Joseph, c’est sa foi, sa confiance… qui lui permet de tenir bon, de ne jamais désespérer… et qui lui donne courage, pour continuer d’avancer. 
Sa foi le porte sans cesse en avant, et lui donne l’espérance que Dieu est là, qu’il agit imperceptiblement. 

* Il me semble que nous devrions contempler cette foi de Joseph comme un exemple qui nous est donné :

Nous aussi, nous pouvons traverser des épreuves personnelles, liées, par exemple, à la solitude, à la maladie ou à des relations humaines conflictuelles. 

Plus largement, collectivement, notre société et notre monde sont aussi en proie à bien des difficultés et des menaces : divisions, guerres, violence, exclusion, chômage, perte de sens, solitude, misères de toutes sortes, menaces écologiques et environnementales, etc. 

Nous sommes souvent tentés de baisser les bras, de nous replier sur nous-mêmes. La tentation du désespoir est immense. 

Elle est d’autant plus grande que les journaux télévisés nous montrent essentiellement ce qui va mal. Nous sommes abreuvés d’images violentes, qui nous présentent un monde qui court de catastrophe en catastrophe. 

Joseph, lui, nous montre le courage que donne la foi. 
Sa confiance a toute épreuve est son secret, son médicament, pour aller bien, pour relever les défis, pour construire un avenir meilleur. 

Ce n’est pas de la naïveté, ni de l’aveuglement. Ce n’est pas un manque de lucidité. C’est plutôt un état d’esprit et une assurance : une confiance, qui lui vient d’ailleurs.
Le moteur de son action c’est sa foi en un Dieu qui agit, en Dieu qui soutient, qui accompagne, qui relève, malgré tout. 

Nous devrions, chers amis, essayer de vivre cette même confiance aujourd’hui dans notre vie, dans notre église, dans notre monde : 

J’ose croire que si c’était le cas, bien des portes s’ouvriraient devant nous ; des portes qui semblent aujourd’hui fermées ou inaccessibles… 

Parce que nous nous contentons des choses telles qu’elles sont ou semblent être, bien souvent, nous n’osons plus les croire ou les imaginer, différemment, telles que nous voudrions qu’elles soient. 
Nous n’osons même pas penser la réalité autrement… et, du coup, nous sommes comme « esclaves » de nos sens, de nos manques d’imagination et de confiance en un autre possible. 

Notre monde est désenchanté. C’est un fait !
Il manque de foi et d’imagination : c’est là le principal frein de son évolution : 

La peur de perdre ou de manquer – la peur de l’autre ou l’angoisse du lendemain – le manque d’imagination et de confiance : voilà ce qui résume notre état d’esprit actuel et qui bloque notre évolution : la peur !

* Voyez vous, Jésus ne cesse de le répéter, lui aussi : la foi nous permet de faire des choses impossibles… de rendre possible ce qui semble parfois inaccessible ou impensable. 
Par la foi, nous ne nous appuyons pas - ou plus - seulement sur nous-mêmes, mais sur l’univers, sur Dieu… sur un Dieu capable de transformer les situations… Nous devenons partie prenante du salut qui est en Dieu, nous participons, nous prenons part à l’action même de Dieu, à son courage, à sa vie, à sa lumière, à sa force de résurrection. 

Lorsque nous ouvrons les évangiles, nous lisons à plusieurs reprises, cette phrase que Jésus adresse à ses disciples : « n’avez vous pas encore la foi ? » ou encore « va… ta foi t’a sauvé ! » (cf. Mc 4,40 ; 5,34 ; 10,52 ; 11,22 ; Lc 17,19)

Il ne dit pas à ses coreligionnaires : Dieu te sauve ; Dieu va faire tout le travail à ta place : tu n’as qu’à croire en lui, en attendant. Ce n’est pas une confiance béate, naïve ou réconfortante : une petite confiance de consolation.

Jésus dit : trouve en toi la véritable confiance qui déplace les montagnes ! ; visualise ce que tu désires et choisis, agis de ton mieux, aime de tout ton cœur, et crois en Dieu de toutes tes forces ; avance en plaçant ta vie, ton travail, ta confiance en Dieu. 
C’est une confiance qui transforme ! 

Jésus nous appelle à croire si fort en Dieu, qu’il nous invite à croire et à remercier Dieu de ce qu’il nous donne, avant même que nous l’ayons obtenu ou expérimenté : 

Je cite Jésus dans l’évangile de Marc, au chapitre 11 (v. 22 à 24)

Jésus leur dit : « Ayez foi en Dieu. 
En vérité, je vous le déclare, si quelqu’un dit à cette montagne : “Ote-toi de là et jette-toi dans la mer”, et s’il ne doute pas en son cœur, mais croit que ce qu’il dit arrivera, cela lui sera accordé. 
C’est pourquoi je vous déclare : Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et cela vous sera accordé ».

La foi de Jésus Christ consiste, d’une part, à imaginer et visualiser ce que nous demandons à Dieu. (Il faut donc savoir ce que nous voulons.) Et, d’autre part, à tourner notre cœur vers Lui, pour le remercier et le bénir, dans la confiance, comme si nous avions déjà reçu ce que nous attendons, appelons et choisissons. (Imagination, visualisation et gratitude : appartiennent au registre de la confiance.)

Est-ce réellement quelque chose que nous pratiquons ? 
Je veux dire : Avez-vous déjà remercié Dieu à l’avance pour quelque chose que vous demandez, comme si – par la foi – vous l’aviez déjà devant vos yeux ? 

Avons-nous assez de foi, de capacité d’imagination, de force de visualisation : pour dire merci à Dieu pour quelque chose que nous souhaitons ardemment, même si cela n’est pas encore visible concrètement, matériellement ? 

Je ne suis pas sûr que nous osions faire cela. Et pourtant, je crois que si Jésus dit vrai… si nous avions un peu plus de confiance, de capacité de nous projeter et de visualiser… les choses pourraient être vraiment différentes autour de nous. 
Mais, pour cela, il faut être un peu fou : il faut oser croire en Dieu de toutes ses forces, de tout son cœur. 
Jésus nous appelle à une telle confiance !

* Lorsqu’on relit l’histoire de Joseph, on peut s’interroger sur la présence de Dieu : 
Au fond, on pourrait très bien se dire que, vu tous les malheurs qui arrivent à cet homme, son Dieu est plutôt absent ou négligeant. 
Que fait-il ce prétendu Dieu ? 
N’est-ce pas ce que pensent beaucoup de nos contemporains ? 

Mais, joseph, lui, voit les choses différemment : « vous avez voulu me faire du mal – dit-il à ses frères – Dieu, lui, a voulu en faire du bien ! » (Gn 50,20)

Quelle confiance incroyable !

Le Dieu de Jospeh, c’est un Dieu capable de changer le mal en bien, de renverser le cours des actions humaines. C’est un Dieu présent aussi bien dans les gestes inconscients des méchants que dans le cœur de ceux qui lui font confiance. 

Pour Joseph, c’est aussi en Dieu que se trouve la clé du pouvoir de pardonner :

Dans chaque épreuve vécue, Joseph n’était pas seul. Dieu était avec lui. Il a même donné à Joseph une chance de se relever, de grandir, de mûrir. 
Il permet ensuite que Joseph offre à ses frères, à travers un chemin d’épreuves et de tests, le même chemin de mûrissement ; ce n’est qu’à travers de multiples étapes qu’une nouvelle relation de pardon, de confiance et d’amour pourra s’établir entre ses frères et lui, puis avec leur père Jacob : 
chacun a dû faire son chemin jusqu’à la libération du mal commis et subi en vue de relations nouvelles, pleines et heureuses.

En d’autres termes, le chemin de la confiance en Dieu est aussi pour Joseph un chemin de libération, qui lui permet de pardonner à ses frères. 

Joseph refuse de se faire juge ou de punir, alors qu’il en aurait le pouvoir. 
Il est sûr que la vraie justice se trouve en Dieu seul.

Voyez-vous, chers amis, jusqu’où peut aller la confiance en Dieu :

Croire en l’amour et la bonté providentielle de Dieu, nous donne courage et confiance pour rebondir en chaque situation et construire demain, dans l’assurance que nous sommes aimés, accompagnés et soutenus par une force bienveillante qu’on appelle Dieu.

Croire en la justice de Dieu, nous permet aussi de nous libérer du poids de notre histoire ou de notre passé. 
Puisque le jugement ne nous appartient pas, nous pouvons aussi libérer nos frères de leurs erreurs ou demander pardon à Dieu pour les nôtres. 

Croire en l’action de Dieu, en sa puissance d’amour, c’est croire qu’en lui faisant confiance, nous pouvons rendre possible ce qui n’est pas encore advenu : il suffit d’un peu d’imagination et de foi.

« Tout est possible à celui qui croit ! »
Dieu rend possible l’impossible. 
Avec lui, la vie trouve toujours un chemin. 

C’est à cette confiance que nous sommes appelés !


Amen.