dimanche 11 juin 2017

Prière, confiance et pardon


Lectures bibliques : Mt 6, 5-8 ; Mt 18, 1-5 ; Mt 18, 21-35
Thématique : méditation, confiance et pardon : un programme pour vivre libre avec Dieu et les autres. 
Prédication de Pascal LEFEBVRE / Marmande, le 11/06/17, culte avec baptême de Tino. 


Nous venons d’entendre plusieurs passages bibliques choisis par la famille de Tino qui a vient de recevoir le baptême. 
Que pouvons-nous retenir de ces passages de l’Evangile ?

* Le premier (Mt 6, 5-8) concerne la prière : Jésus appelle ses disciples à une relation simple, intime et personnelle avec Dieu. 
Inutile d’exposer sa piété sur la place publique, inutile de faire étalage de ses convictions, de les montrer volontairement au grand jour. 
Ce qui se joue dans la foi, dans la relation avec Dieu, est de l’ordre de l’intime, du coeur, de la vie privée. 
Ce qui compte ce n’est pas ce que les autres humains pensent de nos convictions ou de notre foi… ce ne sont pas les apparences… mais ce qui importe, c’est la relation personnelle avec Dieu. D'où l’exhortation de se retirer seul dans sa chambre, de s’isoler dans le secret de la confiance avec le Seigneur.

La raison de cette recommandation est simple : quand tu fais ainsi… quand tu es dans ta chambre : Dieu… qui est comme un Père céleste, qui est comme une Force paternelle (ou maternelle) qui t’aime… Dieu est là avec toi : il te voit et t’entend là dans le secret. Il t’écoute. 

Et du coup, Jésus ajoute : inutile donc de rabâcher, de répéter les choses quand tu t’adresses à Dieu… car, il te connait. Il sait ce dont tu as besoin : il le sait avant même que tu lui demandes quoi que ce soit. 

Jésus dresse donc ici le portrait d’un Dieu qui prend soin de nous, de tous ceux qui lui font confiance. Et puisque Dieu sait ce qu’il y a dans notre coeur, avant même que notre bouche ne l’exprime par le langage, ce qui compte, plus encore que les mots que nous employons dans la prière, c’est notre intention, notre état d’esprit, notre coeur. Ce qui importe c’est la relation de confiance avec Dieu, elle-même, plus que les paroles que nous utilisons. 

On pourrait même déduire de ce message de Jésus que ce qui compte c’est de se mettre en relation avec Dieu dans le secret, c’est de prendre le temps de vivre cela… et cela peut même se faire dans le silence complet de la méditation. Car si Dieu connait chacun de nous, il n’a pas besoin des mots pour nous entendre, pour connaître nos besoins. Ce qui primordial, c’est la relation elle même avec le Seigneur. 

Une telle affirmation découle de la conviction qui est celle de Jésus. Pour lui, Dieu est comme un Père, une force de vie, d’amour, de protection, de guérison, de pardon, de libération. 
Cette force, nous pouvons nous connecter à elle, nous pouvons la recevoir. Dieu peut agir en nous, dans notre intériorité, pour nous donner son Souffle, son Esprit, pour nous relever, nous guider, nous transformer. 

C’est ce que nous avons rappelé la semaine dernière lors du culte de la fête de Pentecôte : Dieu se communique en donnant son Souffle, son Energie, pour nous ressourcer, nous relever, nous réconforter, nous re-dynamiser, nous apporter courage et confiance. 

C’est là une des Bonnes Nouvelles annoncées par l’Evangile : la possibilité d’une humanité unie à Dieu, la possibilité pour l’humain de vivre en lien de communion avec Dieu : c’est ce que Jésus est venu réaliser et montrer. 
C’est l’affirmation que l’esprit humain, limité et fragile, peut être uni et ressourcé par l’Esprit divin infini. 

Et Jésus ajoute que cela ne se passe pas sur la place publique, mais dans le secret d’une chambre, dans le coeur à coeur avec Dieu : 
Alors, à nous… dans ce monde où nos emplois du temps sont surchargés… où on est toujours pressé… d’oser et de choisir de prendre un peu de temps chaque jour, pour vivre cette communion avec le Seigneur. Nous en serons certainement apaisés et transformés. Tous ceux qui pratiquent la méditation et la prière vous diront tout le bien qu’ils en reçoivent. 

D’ailleurs, Jésus lui-même le confirme, en disant « ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra »
Il affirme ici que nous tirons toujours du bien d’une relation de confiance avec Dieu. Si Dieu est Amour, si Dieu est la Vie-même, le Bien-même, nous sommes forcément bénis - nous recevons forcément du bien-être - de vivre une relation de proximité avec le Seigneur. 

* Ensuite, dans le deuxième passage que nous avons entendu (Mt 18, 1-5), Jésus parle de l’attitude à adopter pour entrer dans le Royaume, le monde nouveau de Dieu. 
Il s’agit de devenir - de se faire - petit comme un enfant. Comment comprendre cette recommandation ? Qu’est-ce qui caractérise vraiment un enfant ? 

En faisant référence à l’enfant, je ne crois pas que Jésus parle ici d’innocence, mais plutôt d’accueil et de « dépendance ». 

Un enfant, c’est la confiance, l’humilité, la joie de vivre, le bonheur de découvrir le monde, la curiosité, l’ouverture à la nouveauté, etc. 
Un enfant n’a pas d’apriori, pas de préjugés. Il a un esprit ouvert aux autres et au monde autour de lui. 

Ainsi, contrairement aux disciples qui posent la question de savoir « qui est le plus grand dans le royaume » et qui ont donc une certaine ambition, une certaine prétention, une volonté de prépondérance, de domination… Jésus prend le contre-pied de ce type de désir, avec l’image de l’enfant, en précisant qu’il ne s’agit pas de dominer, mais de servir (voir aussi Mc 9,35)… donc de ne pas vouloir être grand - le plus grand - mais de garder conscience de notre petitesse, de la fragilité de notre condition humaine.

Le statut de l’enfant à l’époque de Jésus, il y a 2000 ans, n’a rien à voir avec la situation d’aujourd’hui. L’enfant n’a aucun droit ; il est comme un petit serviteur. Il est totalement dépendant de son père. 

Jésus appelle donc ses disciples à avoir la même confiance, la même disponibilité de coeur vis-à-vis de Dieu. Il appelle ses disciples à vivre dans la même situation d’accueil et de dépendance - donc de confiance - à l’égard de Dieu. 

Cette relation de proximité avec Dieu dans laquelle Jésus nous invite à entrer, est une relation d’amour, de service, de confiance. Pas une relation de domination, de rapport de forces, comme la mentalité courante de notre monde où certains tentent toujours d’arracher sur d’autres plus d’avoir, plus de pouvoir ou certains privilèges. 

Il ne s’agit donc pas d’être le plus grand, de penser en termes de force, de puissance ou de rivalité, comme les disciples le croient, mais d’accepter de se faire serviteur, d’accepter de faire pleinement confiance à Dieu. 

Un enfant, c’est quelqu’un de spontané, qui fait confiance, qui n’a pas d’idées arrêtés, qui est prêt à tout. 
Tout est possible ; l’enfant s’adapte à tout. Il peut vous suivre n’importe où. Jésus nous invite à vivre la même chose avec Dieu. 

La seule chose nécessaire à cette confiance, c’est la bienveillance. On ne peut donner sa foi à quelqu’un que s’il est bienveillant. Or, c’est exactement ce que Jésus dit de Dieu, de la manière dont il parle de son Père, de notre Père. 
Pour Jésus, Dieu est amour. Dieu est une force d’amour, qui prend soin de nous, qui pourvoit à nos besoins, et aussi qui pardonne. C’est d’ailleurs l’objet du 3ème passage que nous avons entendu. 

* Dans la suite de cet extrait (Mt 18, 21-35), Jésus répond à une question de Pierre au sujet du pardon : combien de fois doit-on pardonner ? Peut-on tout pardonner ? 

Jésus répond en disant non pas 7 fois, qui symbolise le chiffre parfait, mais, bien plus : 77 fois 7 fois, c’est-à-dire un nombre considérable… ce qui signifie que c’est hors de compte… qu’il faut arrêter de compter, arrêter de tout comptabiliser. 
Jésus appelle ses disciples à la gratuité et au pardon inconditionnel et pour l’illustrer, il offre aux siens une parabole. 

Dans cette petite histoire, Dieu est comparé à un roi, à qui un serviteur doit beaucoup d’argent : un somme considérable qu’il ne pourra jamais rembourser, même en travaillant toute sa vie. 
Sa dette est impayable… un peu comme la vie que nous avons reçue gratuitement : rien ne peut la rembourser, rien n’a la valeur de cette vie. 

Mais ce qui est intéressant dans cette comparaison, c’est que, contre toute attente, le maître se laisse infléchir par la demande de son serviteur. Il aurait la capacité d’exiger le remboursement, de faire payer son débiteur et sa famille. Mais, il se laisse saisir de compassion, émouvoir aux entrailles (v.27), devant la requête de son serviteur. Finalement, dans un élan de compassion, d’altruisme, de générosité, il lui remet toute sa dette. 

A travers, cette parabole, c’est le portrait de Dieu que brosse Jésus : 
il est comme ce roi miséricordieux. Il se laisse émouvoir. Il pardonne à celui qui le lui demande. Il remet la dette de celui qui avait beaucoup péché… car ici, dans cette histoire, la faute est comparée à une dette. 
En abandonnant la dette de son serviteur, le roi abandonne son bon droit. Il accepte de renoncer à la possibilité d’obtenir réparation : il lâche prise. Il libère totalement son serviteur de tout le poids de sa dette. 

Le pardon est ainsi compris comme un acte de libération… un acte par lequel on accepte d’abandonner son bon droit… pour libérer le débiteur, celui qui avait commis une faute… mais aussi pour se libérer soi-même de toute rancoeur, de toute volonté d’obtenir vengeance ou réparation. 

Mais, l’histoire se complique un peu, car, dans la suite, celui qui a reçu la grâce, le pardon, n’accepte pas, pour sa part, de faire la même chose avec un autre de ses compagnons, qui avait une dette envers lui (une dette bien plus petite). 

La conclusion est sans appel : le roi revient sur sa décision et oblige le premier serviteur à rembourser sa dette. Puisqu’il n’a rien compris au pardon, à la grâce qu’il avait reçue, il devra désormais payer, lui aussi. Tant pis pour lui !

Cette petite histoire a un but : nous provoquer, pour nous faire changer de mentalité et pour nous faire prendre conscience de la grandeur du pardon de Dieu. 

Dieu nous pardonne tout, sans compter, sans mesure… même quand notre dette est colossale, même lorsque nos péchés sont importants. 
La seule chose qui nous est demandée, c’est de prendre conscience de cela, pour, à notre tour, accorder notre pardon, lorsque quelqu’un d’autre à une dette envers nous, lorsque quelqu’un d’autre nous a lésé, blessé ou nous doit réparation. 

De la même manière que Dieu agit, nous pouvons agir, nous aussi : 
nous pouvons également libérer les autres du poids de leur dette, de leur passé, de leurs fautes. Le pardon est une force d’abandon, de libération. 
Nous sommes donc invités à imiter la grâce de Dieu, à nous inscrire dans ce lâcher-prise, cet abandon, cet amour incommensurable. 

Ce que cette parabole nous apprend par ailleurs : c’est que nous avons le Dieu que nous choisissons. 
Si nous refusons d’entrer dans le pardon, alors nous avons l’image d’un dieu dur et sévère, qui exige le remboursement de nos dettes… alors, nous risquons aussi de subir les conséquences de cette dureté que nous imposons aux autres. 

Si, a contrario, nous acceptons de pardonner à autrui, alors nous sommes déjà dans le règne de Dieu, le monde nouveau de Dieu : c’est à-dire dans la nouvelle mentalité de gratuité qui appartient à Dieu. 

A travers cette parabole, Jésus invite donc ses auditeurs à la compassion et au pardon à l’égard d’autrui. 
Il nous invite à la conversion, à un profond changement de pensée et de comportement.

A mon avis, cette transformation du coeur naît peu à peu de la rencontre avec Dieu… elle advient dans la proximité avec notre Père céleste. 

La vraie question est de savoir ce que nous sommes vraiment prêts à changer dans notre vie, pour entrer dans la proximité d’une relation avec Dieu… pour accepter que son amour nous transforme… pour se recevoir « enfants » de Dieu, comme Jésus nous y invite ?

Que sommes-nous prêts à changer pour entrer dans le monde nouveau de Dieu ? 

* Pour conclure… Que pouvons-nous retenir de tout cela… de cette méditation biblique ? 

Nous pouvons rassembler ces textes et offrir ce bouquet à Tino, notre petit baptisé de ce jour.

Nous pouvons lui souhaitez d’entrer dans cette nouvelle mentalité, ce Royaume que Dieu offre à chacun : 
  • un monde nouveau qui nous est ouvert, où la méditation et la prière nous permettent de vivre en relation, en communion avec Dieu… avec ce Dieu qui nous voit et nous aime dans le secret.
  • un monde nouveau où la confiance, la foi, est possible… où il suffit de répondre à l’amour de Dieu avec un coeur d’enfant, dans l’assurance de Sa bienveillance. 
  • Enfin, un monde nouveau où le pardon est offert… un monde nouveau où l’on se sait aimé et pardonné par Dieu, qui est comme un père ou une mère pour nous, car il nous aime sans condition. Entrer dans son amour, c’est lui répondre, c’est vouloir vivre et expérimenter ce même amour avec les autres, même quand c’est difficile, même quand il y a eu des épreuves et des blessures. Il est toujours possible de lâcher prise, de remettre tout cela à Dieu, pour s’en libérer. 
L'amour de Dieu nous libère. Nous pouvons souhaiter à Tino de le découvrir un jour et de le vivre dans la foi. 

A nous, adultes, nous pouvons aussi nous souhaiter les uns les autres de garder notre âme d’enfants… car nous sommes « enfants de Dieu » et rien d’autre. 

En accueillant le Seigneur comme le font les enfants, nous l’accueillons avec confiance dans l’assurance qu’il nous offre tout ce qu’un père ou une mère digne de ce nom peut offrir : l’amour, la paix, la liberté et la joie. 

Amen.