dimanche 22 mars 2015

Lc 14, 12-14

Lc 14, 12-14
Lecture biblique : Lc 14, 12-14
Culte avant l'Assemblée Générale – Marmande, le 15/03/15 & Tonneins, le 22/03/15
Thématique : Prendre part à l'Evangile de la gratuité
Prédication de Pascal LEFEBVRE

En ce jour d’Assemblée Générale, il est bon de réentendre ce bref passage de l’évangile de Luc, qui met en avant deux valeurs essentielles et chères à notre église : la gratuité et la fraternité.
Nous vivons dans un monde où tout s’achète et tout se vend… un monde orienté par Mammon, le dieu argent… un monde qui ne croit au salut que par plus d’avoir et de pouvoir… qui pense que le bonheur est lié à nos possessions, à notre pouvoir d’acheter et de consommer. 
Face à cela, l’Eglise est un des derniers lieux où l’on peut entendre une autre parole, qui fait, au contraire, l’éloge de la gratuité, qui nous invite à entrer dans une autre dimension – la grâce – en sortant de nos logiques de calcul, de donnant-donnant. 

Dans ce passage, Jésus appelle ses disciples à inviter ceux qui ne peuvent pas rendre, ceux qui ne sont pas susceptibles de répondre par la réciprocité. Qui a-t-il de plus gratuit que de donner et d’agir à l’égard des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ?… Cela signifie sortir de toute relation commerciale, fondée sur l’intérêt personnel, pour rencontrer l’autre tel qu’il est, celui qui est mon frère, mon semblable, tout en n’étant pas identique, le même que moi. Cela veut dire aller vers celui qui est différent, qui peut avoir besoin de mon soutien, mais qui ne pourra pas me rendre la pareille… ou, par ailleurs, aller vers celui dont je peux solliciter l’aide, car, après tout, rien ne dit que je ne suis pas cet aveugle ou ce boiteux dont parle Jésus. 

Dans tout l’évangile, Jésus ne cesse de nous appeler à dépasser les relations de miroir « donnant-donnant » : que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite ; à qui veut prendre ta tunique, laisse aussi ton manteau ; si quelqu’un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui ; ne rend pas œil pour œil, dent pour dent, mais tend l’autre joue, prend l’initiative de la rencontre et de la réconciliation (Mt 5,38-6,4) !

L’Evangile met en avant la gratuité de nos gestes envers autrui. C’est ainsi qu’il invite les ouvriers de la première heure à sortir de la logique du calcul et de la jalousie envers les ouvriers de la dernière heure, en ouvrant la possibilité d’agir avec bonté et générosité, comme le maître de la vigne, qui dépasse une justice strictement méritoire, en agissant par grâce (cf. Mt 20, 1-16).

Ce qui motive cette nouvelle mentalité à laquelle Jésus nous appelle, c’est l’attitude de Dieu lui-même qui est bon avec tous, qui agit avec chacun indépendamment de ses mérites, qui fait lever son soleil sur les méchants et les bons et pleuvoir sur les justes et les injustes (cf. Mt 5,45). Ainsi, parce que Dieu agit dans la surabondance de son amour, il invite ses enfants à faire de même, à s’inscrire dans la gratuité. 

Je voudrais vous faire percevoir que c’est ce que nous vivons à notre échelle dans l’église. En effet, si vous êtes là ce matin, c’est que vous êtes membres de cette communauté, que vous participez régulièrement à sa vie cultuelle, mais aussi à sa vie matérielle, par votre soutien financier. Or, qu’est-ce que devient notre offrande ? A quoi et à qui sert l’argent que nous donnons à l’église ? Il sert, bien sûr, à maintenir l’existence matérielle de notre communauté et à participer à la rémunération d’un poste pastoral. Mais, plus fondamentalement, il ne sert pas qu’à nous, qui sommes rassemblés ici le dimanche au culte. Il permet de payer un pasteur et ses déplacements, pour accompagner des actes pastoraux : baptêmes, bénédiction de mariage, annonce de l’évangile lors d’obsèques… il sert, d’une façon ou d’une autre, à animer l’école biblique, la catéchèse, la formation, les petits déjeuners bibliques, l’Entraide, etc. 

Par votre soutien et votre contribution, vous donnez la possibilité à des personnes qui ne sont pas membres de cette communauté, mais qui la croisent, à certains moments, de rencontrer l’Evangile et un témoin, un interprète de la Parole, un pasteur, sur leur chemin. En d’autres termes, votre don ne vous revient que partiellement, mais il permet à d’autres de pouvoir entendre la Parole de Dieu. Votre don participe ainsi à quelque chose de nouveau, à un geste qui sort de la traditionnelle démarche du « donnant-donnant », de relation marchande de réciprocité : il permet de financer la proclamation de l’Evangile… d’un Evangile qui appelle justement à la gratuité des relations entre les humains. 

En soutenant la vie de l’église, en lui permettant d’avoir un pasteur, dont vous profitez partiellement des services, vous ouvrez la possibilité à d’autres de pouvoir entendre l’Evangile, alors même que vous ne les connaissez pas, alors même qu’ils ne côtoient pas forcément notre église locale : C’est ce qui se passent quand je fais – grâce à vous – une préparation au mariage pour un couple en marge de la communauté qui va se marier ailleurs. (Je prépare, par exemple, en ce moment un couple de Talence (où il n’y a pas de pasteur) qui va se marier en septembre à Nérac (où il n’y a pas non plus de pasteur)… C’est grâce à votre soutien que ce couple a pu rencontrer un pasteur à Marmande). C’est le cas aussi quand une famille éloignée demande la présence d’un accompagnement pour un service à l’occasion d’obsèques. Grâce à votre contribution, cette famille pourra entendre l’Evangile de la résurrection. Il y a encore bien d’autres situations où un pasteur peut écouter, accompagner, prier, agir, … grâce aux soutiens réguliers des membres de l’église. 

Autrement dit, au moment où nous allons entendre le bilan d’activité annuel de notre église locale, le rapport statistique, avec tels ou tels chiffres, je crois qu’il est important de se souvenir que tout ce qui se vit est possible grâce à votre générosité… que vos dons entrent dans la proclamation en paroles et en actes de l’Evangile de la gratuité… mais aussi que tout ces chiffres ne sont finalement pas très importants… et ne veulent pas dire grand-chose, dans la mesure où l’on ne peut pas quantifier ce qui est de l’ordre du qualitatif, de l’existentiel, du vécu, du relationnel, dans notre église ou à ses marges. 
Qui peut dire si une parole semée ici ou là, à telle ou telle occasion, ne va pas finir par germer à un autre moment ?… si une Parole d’Evangile ne va venir marquer un événement et changer l’orientation d’une personne un peu plus tard ?

En participant à la vie de l’Eglise, vous n’invitez peut-être pas directement des pauvres, des aveugles et des boiteux à votre table, comme l’évangile nous y invite (cf. Lc 14, 12-14) … mais vous êtes dans cet élan non-marchand de gratuité, en permettant à d’autres, qui ne sont pas ici ce matin, d’avoir pu entendre l’Evangile durant l’année écoulée à telle ou telle occasion… et de pouvoir continuer à entendre la Bonne Nouvelle l’année qui vient. 

Ce faisant, vous êtes ainsi dans l’élan de la règle d’or, qui nous invite à prendre les devants, à prendre l’initiative en faveur de l’autre, à vivre la fraternité avec engagement : « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faîtes-le vous-mêmes [d’abord] pour eux : c’est la Loi et les Prophètes » (Mt 7,12). 

Pour conclure cette brève méditation, je voudrais terminer par cette parole qui est juste avant la règle d’or dans l’évangile de Matthieu et qui nous appelle à prier le Père : « demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira » (Mt 7,7).

Ce qu’on peut demander au Seigneur pour notre communauté et pour l’année qui vient : c’est de pouvoir être le mieux possible à son service. C’est d’accueillir son Esprit, pour être de plus en plus et de mieux en mieux, grâce à Lui et à sa Parole, une communauté fraternelle et rayonnante… une église de témoins. 
Nous pouvons aussi lui demander son soutien pour qu’il mette sur notre route… sur le chemin de notre église locale… de nouvelles personnes, de futurs nouveaux membres pour notre communauté, des hommes et des femmes en quête de Dieu… afin que notre église s’étoffe et qu’elle puisse encore mieux annoncer l’Evangile de la gratuité et de la fraternité… et ainsi prendre part à la nouvelle mentalité instillée par Jésus. 


Amen.