dimanche 9 avril 2017

Mc 13, 1-13

Mc 13, 1-13
Lectures bibliques : 1 R 9,1-9 ; 1 Jn 4, 1-6 ; Mc 13, 1-13
Thématique : avertissements et consignes de Jésus
Prédication (reprise en grande partie d’une méditation de Jean Marc Babut)
Tonneins, le 09/04/17

* A première vue, il semble un peu difficile de trouver une Bonne Nouvelle dans le passage de l’Évangile de ce jour. Jésus annonce la ruine du temple de Jérusalem, puis le commencement des douleurs à venir pour ses disciples, dans une sorte de récit « apocalyptique ».

Vous le savez, il y a plusieurs livres de la Bible qui utilisent ce genre littéraire appelé « apocalypse ». C’est le cas du dernier livre du Nouveau Testament : l’Apocalypse de Jean, mais il est aussi utilisé dans le livre d’Ésaïe et celui du prophète Daniel.

Une apocalypse, c’est une révélation : une révélation du sens de l’histoire. Et non pas ce que nos contemporains ont habituellement mis derrière ce terme, à savoir : soit une suite horrible de catastrophes planétaires, qui prélude à la fin de notre monde ; soit une sorte de message secret à décrypter, qui raconterait à mots couverts comment Dieu aurait programmé la fin dramatique de notre monde.

Bien sûr, on ne sait pas vraiment de quoi demain sera fait. Et l’avenir est souvent source d’angoisse pour beaucoup autour de nous. D’ailleurs, les actualités de cette semaine avec la guerre en Syrie, les bombes « chimiques » sur les populations civiles et les frappes américaines – en riposte – ne peuvent que contribuer à l’inquiétude générale. Se dirige-t-on vers un conflit international de plus grande ampleur ? Ces événements ont de quoi nous bouleverser et nous interroger.

Les disciples, eux-mêmes, questionnent Jésus : ils aimeraient – et nous aussi – avoir des « signes », qui permettraient de se repérer face à cet avenir incertain.

C’est sans doute en raison de cette inquiétude – de cette angoisse existentielle – qu’il y a tant de gens qui continuent de consulter les horoscopes ou qui se dirigent vers des voyantes.
Ils le font avec l’idée que notre avenir doit être secrètement inscrit quelque part, dans les astres, par exemple, ou programmé par quelque fatalité insaisissable.

Certains croyants – quelle que soit la religion – pensent d’ailleurs que c’est Dieu qui détermine les événements de notre vie.
« Cela devait arriver » entend-on parfois ou « Dieu l’a voulu » ou autre chose de ce genre.

Personnellement, je crois que cette vision d’un Dieu manipulateur, qui aurait tout déterminé d’avance, ne correspond pas à la manière de voir de Jésus.
Celui que le maître itinérant appelle « notre Père » est un Dieu bon, compatissant et miséricordieux. Il n’a rien d’un montreur de marionnettes qui, dans la coulisse, tirerait en secret les ficelles de nos vies, et qui aurait donc déjà tout prévu, en programmant les étapes successives de la fin de notre monde.

D’ailleurs, la réponse de Jésus à l’inquiétude des disciples est toujours la même : c’est un appel à la confiance. On entend ces différentes expressions dans le passage de ce jour : « ne vous alarmez pas », mais en même temps « soyez sur vos gardes », « ne soyez pas inquiets à l’avance » mais faites confiance à Dieu !
Jésus rappelle à ses disciples que, quels que soient les événements à venir, même difficiles, éprouvants ou sombres, ils ne sont pas seuls : l’Esprit de Dieu est avec eux, pour les guider et les inspirer.

* Le passage que nous lisons aujourd’hui, l’évangéliste Marc l’a placé peu de temps avant la mort de Jésus.
Depuis qu’il a chassé les marchands du temple et contesté la religion instituée (en raison de son infidélité au Dieu d’amour), Jésus sait pertinemment que la fin est proche… en tout cas pour lui.

Au moment où il va être enlevé à ses disciples, l’avenir de ceux-ci s’annonce bien incertain et périlleux. Mais Jésus tente de les préparer à son départ et à cette perspective. Il leur livre ici une sorte de testament et quelques recommandations.

- "Sa première consigne, c'est : « Veillez à ce que personne ne vous égare. » (v.5) C'est-à-dire : ne vous laissez pas manipuler.

Notre monde va mal, très mal, il court à sa perte, c'est évident. Il ne faut donc pas s'étonner que des sauveurs se présentent, qui prétendent détenir la solution.
Les plus caricaturaux sont les chefs de certaines sectes […] mais il y a aussi les petits sauveurs religieux […] : ces gens plus ou moins intégristes ou fondamentalistes qui [prétendent] détenir « la vérité » [et manipulent les assemblées].
Et [en période d’élection présidentielle] on aurait tort enfin d'oublier les soi-disant sauveurs politiques, les « hommes providentiels ».

Les uns et les autres ne sont tous que de faux sauveurs, prévient Jésus. Notre conviction, à nous chrétiens, c'est que Jésus est le seul sauveur possible de l'humanité [dans la mesure où il propose un autre type de salut, de guérison, de relation entre les humains].

Le salut qu'il annonce et qu'il propose, c'est qu'enfin les humains changent de mentalité et qu'ils entrent dans le monde nouveau de Dieu.
Donc, « que personne ne vous égare ! » Ne vous laissez pas détourner du seul Évangile.

- La seconde consigne de Jésus, c'est : « Ne vous alarmez pas. »
Les guerres, les bruits de guerre, les conflits entre nations..., l'actualité récente nous en a servi plus que nécessaire. Mais tout cela n'est pas le signe que la fin de notre monde serait imminente. C'est bien plutôt le lot quotidien de l'humanité, c'est la conséquence directe des choix que les peuples et les individus ont faits pour gérer leurs relations avec les autres, à savoir dominer et accumuler :

[La vision d’un salut par plus d’avoir et de pouvoir. Une soif insatiable d’être le plus fort, de faire concurrence aux autres, pour en avoir toujours plus.]
Si les conséquences de ces choix universels sont catastrophiques, les humains n'ont à s'en plaindre qu'à eux-mêmes !

On peut dire, en effet, que presque toujours ce sont eux [nous, les hommes] qui sont finalement responsables des malheurs qui frappent l'humanité. Je ne parle pas seulement des guerres civiles ou internationales, qui enracinent la haine et ruinent le vainqueur autant que le vaincu. Mais les famines ne feraient pas tant de victimes si nous acceptions un peu plus de partager avant qu'il soit trop tard.

Bien sûr, ce ne sont pas les humains qui déclenchent les sécheresses ou les tremblements de terre, ou les éruptions volcaniques, ou les inondations catastrophiques. Mais, si ces fléaux font si souvent tant de victimes, c'est […] [à la fois, à cause de la pauvreté et de la misère des peuples touchés par ces événements, et à cause des rivalités, des guerres, des conflits armés ou encore de la corruption qui s’ajoutent aux catastrophes naturelles.]
Et cela continuera aussi longtemps que nous les humains nous continuerons à chercher notre salut dans plus d'avoir et plus de pouvoir. [C’est-à-dire, tant que nous ne changerons pas de manière de penser et d’agir, de mentalité et de comportement.]

Au fond, Jésus nous fait découvrir que nous avons tous une vision profondément tordue des choses. Nous raisonnons toujours comme si, tout compte fait, ça n'allait pas si mal sur notre terre, et comme si les guerres ou les catastrophes naturelles survenaient injustement pour mettre en péril la vie de notre monde. Mais il y a longtemps que le glas sonne pour notre monde.

[Nous devrions peut-être penser que tout cela n’arrive pas par hasard et que nous avons quelques responsabilités dans cette affaire.]
Les malheurs qui frappent notre humanité ne sont pas le signe que la fin est imminente, ils sont le signe qu'elle est profondément gangrenée et qu'elle n'a d'autre issue que la mort, à moins d'un changement profond des mentalités, à commencer par nos propres mentalités. […]

[Bien caché, il y a sans doute une Bonne Nouvelle dans ce que dit Jésus, c’est cette affirmation que je vous relis : « Car il faut d’abord que l’Évangile soit proclamé à toutes les nations. »
Pour Jésus], la seule chose qui pourra marquer que la fin des catastrophes est enfin venue pour notre monde, c'est que le but de Dieu soit enfin atteint, c'est-à-dire­ que […] [l’Évangile de l’amour de Dieu et du prochain soit annoncé à toutes les nations.

Alors, quand ce message aura été annoncé et reçu, les choses changeront : les malheurs de l’humanité prendront naturellement fin.]
Mais tant que le message de l'unique salut possible – celui apporté par Jésus – n'aura pas été offert à tous, notre monde ne fera que continuer sur sa lancée et courir de catastrophe en catastrophe."[1]

* Si Jésus dit vrai, comme je crois… alors, qu’est-ce que nous attendons pour proclamer partout cette Évangile qui appelle à la transformation des cœurs, des consciences et des comportements ? … qui invite à plus d’altruisme, de compassion et de fraternité.

Pour le théologien Jean Marc Babut, il y a deux obstacles considérables à surmonter sur la route de cette proclamation au monde entier du message de salut apporté par Jésus. Je le rejoins dans son analyse et je vous livre sa pensée :

- "Le premier obstacle [dit-il], c'est la résistance que chaque être humain oppose naturellement au message de salut proclamé par Jésus.

Aucun de nous n'est prêt à renoncer volontiers aux deux choses qu'il considère comme les meilleures garanties de sa sécurité et donc de son salut du moment, à savoir, d'une part, ce qu'il possède, son avoir (ses biens, sa culture, son confort, ses assurances du lendemain...) et, d'autre part, les pouvoirs directs ou indirects qu'il détient sur d'autres humains (le désir secret de dominer, les rapports de force, comme on dit en politique, les stratégies « agressives » dont on se vante dans le monde des affaires, etc.).

C'est donc tout à fait clair : le message de salut proclamé par Jésus est loin d'aller de soi pour la plupart des humains. On ne doit donc pas s'étonner qu'il rencontre les plus dures oppositions.

Mais Jésus, qui croyait, lui, à ce qu'il annonçait, est allé jusqu'au bout de sa mission [jusqu’à la mort, sur la Croix : mort réservée aux bandits et aux criminels]. Et, en le ressuscitant, Dieu lui a donné raison contre toutes les oppositions qu'il avait rencontrées. [Il lui a donné raison contre les religieux et les politiques, incapables de se remettre en cause… en tout cas, contre la manière habituelle de penser.]

- Le second obstacle à l'évangélisation du monde – dit encore Jean Marc Babut –, c'est nous, les chrétiens, qui l'avons dressé en faisant du christianisme une religion, c’est-à-dire un ensemble de croyances et de pratiques, alors que Jésus n'a créé aucune religion, mais qu'il a appelé avec insistance à un style de vie vraiment différent de celui qu'on mène [habituellement] sur notre terre.

La foi que Jésus s'efforce de susciter parmi nous, j’ai envie de dire que c'est une foi « laïque ».

Mais si c'est, au contraire, une religion que nous les chrétiens nous présentons aux autres humains, alors, malgré tous les efforts que l'on fait aujourd'hui pour faciliter le dialogue interreligieux, nous ne pourrons jamais leur apparaître autrement que comme des rivaux, des gens qui leur contestent un des traits marquants de leur identité.

Dans de telles, conditions – [en faisant de l’Evangile de Jésus, une religion, plutôt qu’un message accessible, une Bonne Nouvelle, qui appelle chacun à la confiance et la transformation] – quelle chance leur reste-t-il de jamais connaître l'Évangile qui peut seul sauver le monde de ses démons ?  On se le demande.

[D’une certaine manière] cette chance, c'est nous les chrétiens qui la leur ôtons, et je ne sais pas comment il est possible de remonter la pente et de repartir de zéro.
[C’est pourtant cela qu’il faudrait faire : permettre à l’Evangile de sortir de la religion (de la sphère du religieux), pour imprégner la vie quotidienne… pour rendre le cœur de son message accessible à tous.]"

* "Dans ce monde à l'agonie, Jésus annonce que les siens doivent s'attendre à être persécutés.
Cela n'a rien d'étonnant dans la mesure où le message sauveur de Jésus met radicalement en question les choix de vie adoptés par l'ensemble des humains, qu'ils soient africains, américains, asiatiques ou européens. Sur ce plan-là, tous en sont au même point.

Dans la mesure où on n'aspire [partout] qu'à davantage de force et davantage de richesse, un message qui prône au contraire le service et le partage, et qui met donc en question nos appétits de pouvoir et d'avoir, ne peut paraître que particulièrement dérangeant et subversif. […]

[Du coup, nous devrions nous demander si le message que les églises portent aujourd’hui, au nom de Jésus, n’est pas devenu relativement mou et insipide.]
Le fait ­qu’en Occident, nous les chrétiens ayons maintenant plus ou moins pignon sur rue devrait nous poser des questions.
Si nous sommes, en effet, tellement bien tolérés, cela ne veut-il pas dire que nous ne sommes plus vraiment les témoins de l'Evangile dérangeant proclamé par Jésus ?

[En quoi le message que nous proclamons remet-il réellement en question nos façons habituelles d’agir… notre manière ancestrale de penser ?
En quoi sommes-nous réellement les témoins d’une autre voie (voix) ouverte par Jésus ?]

[En tout cas, Jésus lui – au nom de la confiance en Dieu, de la certitude de son amour et de sa bienveillance, de sa bonté et de sa Providence – a osé porter un message qui dénonçait toutes les idoles forgées par les humains, leurs fausses sécurités, et les mécanismes de réciprocité et de rivalité, induit par les relations de type « donnant-donnant ». Sa contestation – y compris de la religion – lui a valu la mort.]

[Ainsi] Jésus avertit les siens que l'épreuve risque d'être très dure. Cela peut aller jusqu'à d'affreuses trahisons à l'intérieur même des familles.
Mais Jésus promet que les siens ne seront pas abandonnés à l'épreuve. L'Esprit de Dieu sera à leurs côtés et leur permettra de tenir bon.

Jésus lui aussi a tenu bon. Non par entêtement, ni pour éviter de perdre la face, mais parce que c'était pour lui le seul moyen de témoigner qu'il croyait envers et contre tout au message de salut qu'il était venu proposer aux habitants de notre terre – le seul moyen donc que ce message, mal­gré son échec du moment, reste encore crédible aux générations à venir.

C'est grâce à cet ultime témoignage, dans lequel Jésus a fait don de sa vie, qu'il nous est encore possible aujourd'hui d'avoir l'assurance que l'humanité connaîtra un jour enfin le salut.
[Ce salut est à portée de mains… et de cœurs… pour autant que nous le recevions et le vivions.]

À Pâques Dieu a confirmé que, pour lui, c'est bien Jésus qui avait raison."

Et nous, qu’en pensons-nous ?
Osons-nous vivre cet Évangile au quotidien ?

Vivre l’Évangile du détachement, de la non-domination, du partage, de la fraternité, chaque jour, n’a rien d’évident.

C’est pour cela que Jésus offre une promesse… une Bonne Nouvelle :
« Celui qui tiendra jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé ! »

Amen.



[1] Cf. Jean-Marc Babut, Actualité de Marc, Cerf, p.282-287.