dimanche 4 juin 2017

Pentecôte, Dieu communique son souffle

Lectures bibliques : Jn 14, 15-27 ; Ac 2, 1-12 ; Rm 8, 1-17 ( ou 1 Co 12, 3-13)
Thématique : Pentecôte : Dieu se communique comme Esprit, comme Souffle, pour nous ressourcer, nous guérir, nous transformer. 
Prédication de Pascal LEFEBVRE / le 04/06/17, dimanche de Pentecôte, au temple de Tonneins. 

* Le jour de la Pentecôte, les chrétiens fêtent le don du Saint Esprit. 

L’Esprit saint qu’est-ce que c’est ?

Je ne me risquerai pas répondre à cette question de façon spéculative, ce matin, car on ne peut pas objectiver Dieu. Mais, on peut essayer de trouver quelques pistes de réponses, grâce aux textes que nous avons entendus.

* L’Esprit saint, c’est d’abord une manière de parler de l’Esprit de Dieu, du Souffle divin. 
Le mot grec pneuma qu’on traduit par « Esprit » est un décalque de l’hébreu rouar, le Souffle.
L’Esprit saint désigne le vent puissant de Dieu, son Souffle créateur et régénérateur, protecteur et sauveur. 
C’est une manière de dire la présence et l’influence bénéfique de Dieu, ici ou là. 

Plutôt que d’essayer de définir le terme « Esprit saint », et de risquer de tomber dans des concepts théoriques ou des catégories théologiques, il est préférable de s’interroger sur ce que fait l’Esprit saint… sur ce qu’il réalise… car, après tout, le vent, le souffle, c’est quelque chose d’impalpable, d’invisible, d’insaisissable… ce qui est intéressant c’est d’en constater les effets, les résultats. 

* Dans le récit des Actes des apôtres que nous lisons tous les ans à la Pentecôte, la présence du saint Esprit est traduite par des images… car il n’y a pas d’autres moyens pour dire la présence invisible de Dieu : cette image, c’est celle d’un violent coup de vent qui remplit toute la maison. 

Ensuite, l’auteur du livre des Actes décrit l’expérience spirituelle collective vécue par les apôtres. 
Il utilise une autre image, celle de langues de feu qui se posent sur chacun, comme pour dire une présence, quelque chose qui vient bruler le coeur des disciples… une joie, un enthousiasme, une chaleur qui les saisit et les consume intérieurement… comme ce que fait la présence d’un amour incandescent qui donne un coeur brulant (comme le racontent, par exemple, les témoins d’Emmaüs : voir Lc 24,32). 

Ce qui déborde alors à l’extérieur, c’est le langage, c’est la parole : cela conduit les apôtres à parler en langues nouvelles, à proférer un langage nouveau. 

Ce langage semble être une émanation de l’Esprit lui-même, puisque, si les disciples parlent de nouvelles langues, c’est qu’ils ont reçu des langues spirituelles, comme des « langues de feu ». C’est l’image qui nous est proposée, pour essayer de décrire cette expérience spirituelle inouïe. 

Est-ce un phénomène de glossolalie ou autre chose ? On ne sait pas. 
Mais, a priori, Luc affirme que c’est plus que cela. C’est quelque chose d’extraordinaire, puisque parmi tous ceux qui sont là, chacun des auditeurs de la foule les entend parler sa propre langue. Et, bien sûr, cela génère une grande stupéfaction : les gens restent déconcertés et perplexes… sans explication. 

Il n’y a que l’auteur du récit et les protagonistes de cette expérience qui semblent avoir interprété - sans doute a postériori - l’origine de cette manifestation : c’est la présence et l’action du Souffle de Dieu. 
Et la conséquence, c’est le témoignage, une expression de louange, puisque l’auteur précise que ce que les apôtres saisis par l’Esprit manifestent, ce sont « les merveilles de Dieu ». 

L’Esprit saint serait ainsi une sorte de vent, de Souffle, qui nous soulève, qui nous relève et nous déplace, pour nous permettre de témoigner, de louer Dieu, de lui rendre grâce, d’annoncer ses hauts-faits et sa grandeur (voir aussi Ac 10,46). 

D’ailleurs, le texte grec souligne que les apôtres sont au départ assis dans la maison (v.2) et qu’il s’opère un déplacement, puisqu’ils sortent vraisemblablement pour parler… en tout cas, une foule se rassemble. 
C’est ce que la suite du texte explicite avec un discours de Pierre, où il est précisé que l’apôtre se met debout pour élever la voix et s’exprimer à tous. 
C’est comme si l’effet produit par l’Esprit était une mise en route, un soulèvement de toute l’existence, une sorte de résurrection intérieure, en vue d’une communication à autrui. 

Ainsi, le récit se prolonge par un discours de Pierre - que nous n’avons pas lu ce matin - qui annonce le salut merveilleux offert par Dieu. Ce salut, il le résume à travers les évènements suivants : la résurrection de Jésus, son exaltation auprès de Dieu et le don de l’Esprit saint (cf. Lc 2, 32-33). 
Ce même Esprit, qui était celui que Jésus avait reçu, est ainsi répandu sur ses disciples. Ce qui se passe le jour de la Pentecôte en est une manifestation. 

En d’autres termes, pour Pierre, l’Esprit saint c’est l’Esprit dont Jésus était déjà le porteur, c’est le Souffle par lequel il agissait, il parlait, il guérissait, il pardonnait, il libérait ceux qu’il croisait sur son chemin. 
Désormais, les apôtres sont animés du même Esprit de Dieu, dont Jésus était le porteur, le révélateur. 

* Autrement dit, l’Esprit saint c’est aussi l’Esprit du Christ. C’est l’Esprit envoyé par le Père à la demande de Jésus lui-même. 

C’est ce qu’explique l’évangéliste Jean, qui raconte, dans l’évangile, la promesse que Jésus a adressé à ses disciples avant sa mort. 
Je vous cite à nouveau ce passage (Jn 14, 15-21) :

« Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je demanderai au Père de vous donner un autre paraclet (un autre défenseur) pour qu'il soit avec vous pour toujours, l'Esprit de la vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas et qu'il ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous et qu'il sera en vous.
Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens à vous. Encore un peu, et le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me verrez, parce que, moi, je vis, et que vous aussi, vous vivrez. En ce jour-là, vous saurez que, moi, je suis en mon Père, comme vous en moi et moi en vous. Celui qui m'aime, c'est celui qui a mes commandements et qui les garde. Or celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l'aimerai et je me manifesterai à lui ».

On l’entend, dans ce passage, Jésus annonce lui-même la venue de l’Esprit saint, comme un autre « paraclet » : c’est un terme juridique qui souligne la présence de quelqu’un, d’une force - un auxiliaire, un avocat, un défenseur - en charge d’aider, de protéger, de défendre une personne. 

Le mot « paraclet » pour parler de l’Esprit saint désignerait donc la venue d’un Esprit d’aide et de protection, que Jésus appelle aussi « Esprit de vérité ». 
Et la suite du passage explique que cet Esprit de vérité, qui vient de Dieu, permettra aux disciples de comprendre - a postériori - les enseignements de Jésus et de se remémorer, de se ressouvenir, de toutes ses paroles, pour pouvoir les vivre et en témoigner. 

Je cite ces versets (Jn 14, 25-27) (voir aussi Jn 16, 13-14) : 
« Je vous ai parlé ainsi pendant que je demeurais auprès de vous. Mais c'est le paraclet (le Défenseur), l'Esprit saint que le Père enverra en mon nom, qui vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que, moi, je vous ai dit.
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Moi, je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble pas et ne soit pas craintif ! »

Pour l’auteur de l’évangile de Jean, l’Esprit saint c’est donc une aide offerte aux disciples - un Esprit de vérité - qui va leur permettre de témoigner fidèlement de l’enseignement de Jésus… de son Evangile du règne de Dieu : un monde nouveau de proximité avec Dieu… et qui va leur donner de témoigner de la bonne nouvelle du salut de Dieu offert ici et maintenant. 

* Quelle est donc cette Bonne Nouvelle ? 

- On pourrait la résumer en une idée fondamentale : Jésus enseignait la possibilité de se connecter à Dieu, de vivre en communion avec le Père, compris comme une Force de vie, d’amour, de protection, de guérison, de pardon, de libération. 
Jésus voyait Dieu comme une force de vie, de bien, de soutien, de miséricorde, de paix… qui est attentive et bienveillante, et qui pourvoit à tous nos besoins… ainsi que le ferait un Père pour ses enfants. 

Cette Force nous pouvons la recevoir. Dieu peut agir en nous, dans notre intériorité, pour nous relever et nous transformer… pour nous donner courage et confiance.

C’est là - je crois - l’essence du message chrétien : la possibilité d’une humanité unie à Dieu. C’est l’affirmation que l’esprit humain, borné et limité dans le temps, peut être uni et ressourcé par l’Esprit divin infini.

Et désormais - après que Jésus ait révélé et montré cela - c’est aux disciples - avec l’aide de l’Esprit de vérité - de prendre la relève. 
C’est à eux - à nous - de continuer à témoigner de ce salut que Dieu offre à l’humanité… de ce salut que chacun peut trouver dans sa présence… dans la communion de coeur et d’esprit avec Dieu. 

Je crois que c’est, avant tout, de cela dont Jésus parle à chacun ses interlocuteurs dans l’Evangile : il dit aux uns et aux autres… aux exclus, aux malades, aux pauvres… à chacun… la possibilité d’accueillir la présence de Dieu avec confiance…  la possibilité de recevoir Dieu comme une Force de vie et de bien, un Souffle régénérant dans son coeur, son âme et son corps. 

La conviction qui était celle de Jésus - lorsqu’il appelle à la confiance - c’est que c’est la présence de Dieu, son Souffle saint, qui apporte réellement le salut, la guérison et le bien. 

Le salut, c’est quand le mal, le malheur, la maladie sont vaincus, dépassés, abandonnés, pour le bien, le beau, le bon, la santé et la bienveillance. 

C’est Dieu qui peut faire cela en nous - c’est l’action de son Esprit, de son Souffle, de son dynamisme vital, de son Energie - et c’est par la foi, par la confiance, que nous accueillons toute la bonne énergie vitale, tout le bien, qui viennent de Dieu. (1)

- Au fond… ce message est simple… finalement ! Mais il n’est pas forcément facile à appliquer. Car nous avons du mal à abandonner le mal, le passé, nos habitudes, nos mauvais penchants, nos désirs contradictoires, notre égoïsme…
Nous avons aussi du mal à lâcher notre mental, à abandonner nos préoccupations matérialistes… et à faire pleinement confiance à Dieu, à son Souffle saint. 

La foi, le lâcher prise, la confiance… ce n’est pas forcément si simple… car nous prétendons souvent tout réaliser pas nous-mêmes, par nos seules forces… nous prétendons réussir par nous-mêmes… et nous oublions que nous avons besoin de la Force de Dieu pour nous ressourcer, nous renouveler, nous régénérer. 
Pourtant, si Dieu est la vie-même, si Dieu est l’amour-même, il est cette force régénératrice… il la produit dans sa création pour chacune de ses créatures. 

Et puis, nous avons aussi du mal à faire silence pour méditer et prier, pour se connecter à Dieu… pour entrer en contact avec la nature merveilleuse autour de nous ou pour écouter l’Evangile… nous ne prenons pas forcément le temps : nous avons tellement d’autres soucis, de tracs matériels.  

- Enfin, ce que Jésus nous a apporté dans cette Bonne Nouvelle, avec son Evangile, c’est aussi une nouvelle manière de penser Dieu : 
un Dieu d’amour, un Dieu accessible et gratuit, comme une Force de grâce, de pardon, de libération, de guérison. 

On est loin du dieu de la religion qui réclame des sacrifices, à qui il faut plaire par une obéissance stricte, et qui a besoin de rites, de préceptes et lois pour être adoré. 
Le Dieu de Jésus Christ est un Dieu d’amour et de liberté : un Dieu accessible par la foi, par la confiance… un Dieu qui apporte tout ce dont nous avons réellement besoin pour vivre heureux. 

Alors, oui… il est bon en ce jour de Pentecôte de rappeler que Dieu se donne, se communique, se révèle par son Esprit, par son Souffle, qui peut faire toute chose nouvelle dans notre vie, en nous et autour de nous. 

* A bien y réfléchir, il est aussi significatif que pour les Chrétiens, c’est le jour de Pentecôte… le jour où les Juifs fête « Chavouot », le don de la loi, de la Torah à Moïse… que nous nous fêtions le don de l’Esprit. 
C’est une manière de rappeler que tout se joue, en réalité, dans notre intériorité. 

Pour Jésus, en effet, ce n’est pas seulement en appliquant la loi de Moïse qu’on peut s’approcher de Dieu… car on peut toujours la pratiquer de façon légaliste ou comme des hypocrites (ce que Jésus rapprochait aux Pharisiens)… non, c’est en accueillant son Esprit en nous, dans notre intériorité, que nous nous connectons à Dieu. Car, là, c’est en nous, dans nos coeurs et nos corps, qu’il peut agir, si nous lui faisons confiance. C’est son Souffle saint qui peut, peu à peu, nous convertir au bien, nous changer, nous transformer. C’est ce que les réformateurs - notamment Calvin - ont appelé la sanctification. 

L’Esprit de Dieu nous transforme. L’Esprit de vérité suscite en nous la fidélité à la loi divine - la loi de Dieu. 
Mais, il ne le fait pas de l’extérieur, comme des préceptes à suivre et à respecter de façon plus ou moins artificielle, ou comme un carcan moral qui nous serait imposé. 
L’Esprit saint, lui, le fait de l’intérieur, parce que nous nous convertissons à la loi d’amour intérieurement, parce que notre coeur est transformé par la présence agissante de Dieu, par son Souffle. 

En d’autres termes, avec l’Esprit saint, la loi se grave dans nos coeurs. C’est Dieu qui les transforme. 
N’est-ce pas ce qu’annonçait le prophète Jérémie (cf. Jr 31) :
je cite :
« Des jours viennent – oracle du SEIGNEUR – où je conclurai avec la communauté d’Israël – et la communauté de Juda – une nouvelle alliance. Elle sera différente de l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères quand je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte. […] 
je déposerai mes directives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi. »

Ainsi donc, cette Esprit de vérité nous éclaire. Il nous permet d’écouter, de lire, d’interpréter les paroles et gestes de Jésus. 
Il nous permet aussi de recevoir l’Evangile, de nous l’approprier et de l’incarner, de le rendre vivant en nous, pour pouvoir en témoigner… en témoigner en paroles, aussi bien qu’en coeur et en chair (pour ne pas dire en chair et en os). 

* Pour conclure, il y a aussi une dimension à relever dans le récit de Pentecôte, c’est la dimension collective de cette manifestation, c’est la fraternité qui unit tous les disciples de Jésus. 

Le Souffle de Dieu est un Esprit d’amour qui suscite la fraternité et la communion. Certes, nous sommes tous différents, nous avons tous des qualités et des charismes différents, mais c’est le même Esprit - le même Souffle - qui rassemble et unit les croyants, ceux qui font confiance à Dieu. 

L’apôtre Paul le savait bien,  puisque, dans ses lettres, il parle de la communion de l’Esprit ou communion dans l’Esprit. 
Il souhaite que les premiers chrétiens dans ses communautés se laissent totalement convertir et unir par l’Esprit d’amour qui vient de Dieu. 
Je cite quelques versets: 
(Ph 2, 1-2) «  S’il y a donc un appel en Christ, un encouragement dans l’amour, une communion dans l’Esprit, un élan d’affection et de compassion, alors comblez ma joie en vivant en plein accord. Ayez un même amour, un même cœur ; recherchez l’unité »

(2 Co 13,13) « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu et la communion de l'Esprit saint soient avec vous tous ! »

Si on lit aussi les évangiles, on se rend compte que c’était déjà le désir de Jésus, qui, avant de mourir, adressait à Dieu une prière, en lui demandant de garder ses disciples dans l’unité, dans la communion de l’esprit. 

je cite un dernier passage où Jésus prie son Père, dans le magnifique chapitre 17 de l’évangile selon Jean (Jn 17, 17-23) :
« Consacre-les par la vérité : c'est ta parole qui est la vérité. Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. Et moi, je me consacre moi-même pour eux, pour qu'eux aussi soient consacrés par la vérité. 
Ce n'est pas seulement pour ceux-ci que je demande, mais encore pour ceux qui, par leur parole, mettront leur foi en moi, afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient en nous, pour que le monde croie que c'est toi qui m'as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous, nous sommes un, — moi en eux et toi en moi — pour qu'ils soient accomplis dans l'unité et que le monde sache que c'est toi qui m'as envoyé et que tu les as aimés comme tu m'as aimé ».

Cet Esprit de vérité que Jésus demande au Père pour les disciples, c’est un Esprit nouveau, un Esprit de sagesse, qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu (Rm 8, 16), aimés de Dieu, sans condition. 

Dès lors, nous pouvons lui faire totalement confiance. 

Amen. 


Notes
(1) A mon avis, c’est ce qu’essaient de faire tous les gens qui pratiquent la méditation ou la prière. Certains n’ont peut-être pas conscience qu’ils se connectent à Dieu, à l’Esprit universel - parce qu’ils ne l’appellent pas ainsi - mais c’est pourtant ce qu’ils font et ils s’en trouvent ressourcés et apaisés.