dimanche 17 avril 2022

Sortir de la peur, Ressusciter la confiance

 Lectures bibliques : Mt 16, 21-25 ; Mt 28, 1-20 (voir en bas de cette page)

Thématique : Sortir de la peur, Ressusciter la confiance : Le Christ nous précède. 

Prédication de Pascal LEFEBVRE, temple du Hâ, Bordeaux - Pâques 2022 – 17/04/22

 


Notre monde va mal : c’est malheureusement le constat que l’on peut faire en écoutant quotidiennement le journal télévisé. Et c’est d’ailleurs sans doute une des raisons pour laquelle de moins en moins de Français regarde la télévision. 

 

On nous y montre la plupart du temps la laideur du monde : maladies, pandémies, intempéries, catastrophes, dérèglement climatique, violences, guerres, conflits, risques de pénuries… sans cesse les médias suscitent la peur… Et, bien souvent, nous y sombrons : peur du lendemain, peur de la covid et de ses variants, peur que le conflit en Ukraine se transforme en guerre mondiale, peur que la hausse des prix de l’énergie et des denrées de base (huile, blé, etc.) ne précarise un peu plus notre situation économique, peur de la dette et de l’inflation, peur du résultat des élections présidentielles (que Macron reste à nouveau au pouvoir ou que Marine Le Pen y accède) …. 

Bref, d’après les médias, on aurait toutes les bonnes raisons d’avoir peur, de sombrer dans la paralysie, l’immobilisme ou la déprime. 

 

Mais le message de Pâques nous dit le contraire : 

Celui qui est Vivant nous précède en Galilée !

 

Les disciples aussi ont peur le jour de Pâques : selon les récits évangéliques, on peut discerner de multiples peurs : peur devant la découverte du tombeau vide, peur qu’on ait enlevé le corps du maître, peur des autorités qui pourraient arrêter les proches disciples de Jésus, peur devant l’inouï, la nouveauté de Pâques, peur aussi du côté des autorités que cette nouvelle incroyable se répande, peur des disciples qui n’arrivent pas à comprendre et qui ont des doutes…

Bref, la bonne nouvelle du matin de Pâques est d’abord occultée par la peur. 

 

Face à cela, tous les partenaires de Dieu essaient de rassurer les êtres humains : 

-      L’ange du Seigneur, le messager habillé d’un vêtement d’une blancheur éclatante, dit aux femmes « Soyez sans crainte ». Malgré tout l’évangéliste précise que les femmes quittent le tombeau à la fois avec crainte et grande joie.

-      Quand le Ressuscité apparait, sa première parole est « Soyez sans crainte » 

-      Quand les grands prêtres apprennent la nouvelle, ils ont peur, eux aussi : ils tiennent conseil avec les Anciens, et – face à la crainte que la nouvelle se propage – ils complotent. Car, comme disent à juste titre « les complotistes » (les lanceurs d’alerte) : « s’il y a des complotistes, c’est qu’il y a des comploteurs ». Ce fut bien le cas, là aussi, semble-t-il. On y retrouve tous les ingrédients du complot : mensonge, corruption, médiatisation d’une « fake news », « infox » ou fausse nouvelle. Et si les soldats corrompus venaient à être découvert, ils reçoivent la promesse d’une dissimulation de leur méfait, pour qu’ils ne soient pas inquiétés par le gouverneur. Ainsi, la vérité est achetée à prix d’argent, pour laisser place au mensonge et à la manipulation. 

-      Enfin quand la nouvelle de Pâques arrive jusqu’au disciples, et même que le Christ ressuscité leur apparait, certains ont encore des doutes. 

 

Il me semble qu’on tient là, chers amis, dans ce contexte, la première Bonne Nouvelle de Pâques !

 

Cette première bonne nouvelle est un appel adressé à l’humanité tout entière. Il se résume facilement : que les humains arrêtent enfin d’avoir peur !qu’ils fassent confiance à Dieu pour aujourd’hui et pour demain, puisque Dieu a cru bon de ressusciter Jésus – son fils, son envoyé - pour manifester son amour. 

 

Face à la peur, le cri répété de Pâques, c’est d’abord : ayez confiance ! soyez sans crainte !

 

Écoutons donc cette parole et mettons-là en pratique : arrêtons d’avoir peur, car Dieu est là, le Christ est ressuscité : il nous promet la vie, la vie en plénitude, pour aujourd’hui et pour demain. Car c’est bien là le message et le projet de Jésus.

 

Voici son programme tel qu’il l’annonce dans l’évangile selon Jean (Jn 10, 10) : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’il l’ait en abondance, en plénitude ! »(Sans doute un des plus beaux versets de l’Évangile)

 

Arrêtons donc d’avoir peur… quels que soit les évènements, les difficultés, les épreuves, le résultat du conflit ukrainien, le résultat des élections présidentielles… Arrêtons d’écouter ceux qui nous manipulent par la peur... Soyons sans crainte : 

Car Dieu est plus grand que nos soucis ou nos problèmes... il est plus fort que nos difficultés ou nos épreuves. Faisons lui confiance !

 

Et l’évangile va plus loin… et nous dit pourquoi ne pas avoir peur / pourquoi entrer dans cette confiance. 

La raison est simple : il nous précède en Galilée !

 

En Jésus Christ, Dieu nous précède : il est toujours à nos côtés… non seulement à nos côtés, mais il nous prépare la route… il est au-devant de nous, pour nous ouvrir le bon chemin. 

 

S’il nous précède, s’il nous guide tel le bon berger (cf. Ps 23), il vient également au-devant de nous, à notre rencontre, tel le Père du fils prodigue, qui prend son enfant de retour dans ses bras pour l’accueillir et le couvrir de baisers…. Et c’est d’ailleurs à cet instant que le Père affirme que son enfant, qui était comme mort, est revenu à la vie (cf. Lc 15). 

 

C’est donc Pâques aussi pour Dieu quand ses enfants reviennent à lui !

 

Alors – j’insiste – pourquoi avoir peur, si Dieu nous montre le chemin, nous accueille et nous protège ainsi ?

 

Mais, encore faut-il (me direz-vous) nous mettre à son écoute…. Et c’est là le Deuxième appel de Pâques (ou la deuxième bonne nouvelle) : n’ayez pas peur… écoutez-moi ! dit le Seigneur : je vous précède sur vos chemins. 

Mettez-vous donc à mon écoute ! Devenez mes disciples !

 

C’est ainsi qu’on peut entendre la conclusion de l’Évangile selon Matthieu : gardez tout ce que je vous ai prescrit (dit le Christ) ; je suis avec vous tous les jours.  

 

Les auditeurs de l’Evangile (que nous sommes) sont ainsi invités à se remémorer les enseignements de Jésus … et à reprendre les commandements du maître, pour les faire vivre quotidiennement, dans notre vie personnelle et relationnelle : aimer son prochain comme soi-même, même ceux qui vous traitent en ennemi ; ne pas jugez, mais pardonner ; adopter un nouveau style de vie fondé sur la gratuité et le don de soi (pour dépasser la réciprocité) ; donner et agir sans compter ; vivre dans la bienveillance ; risquer sa vie pour ne pas la perdre ; donner pour recevoir ; croire en l’autre pour susciter le changement ; etc. 

 

Enfin, la troisième bonne nouvelle de Pâques – à côté de la confiance / de l’appel à l’écoute / c’est, bien entendu, la victoire sur la mort. 

 

Dans l’évangile selon Matthieu, elle est figurée par la découverte du tombeau vide : le crucifié n’est pas ici, il est ressuscité ! il a été relevé de la mort, il est debout, il vous attend déjà pour un ailleurs et un autrement !

 

Si le tombeau est vide, c’est que la mort n’a pas pu enfermer le Christ, c’est que Dieu a eu et aura toujours le dernier mot : celui de la vie ! 

 

C’est cela la bonne nouvelle de Pâques. : croire en un Dieu qui est le Dieu des vivants… le Dieu de la vie, plus forte que la mort. 

 

Et c’est, bien sûr, aussi la raison pour laquelle, il n’y a plus de raison d’avoir peur. Car « si Dieu est pour nous, qui sera contre nous »dit l’apôtre Paul (cf. Rm 8,31). 

 

Si Dieu a le dernier mot, il ne nous reste qu’à lui faire confiance… et tout le reste a finalement beaucoup moins d’importance.

 

La bonne nouvelle de Pâque est donc là : simplement dans la confiance en un Dieu vivant, un Dieu de Vie, dynamisme créateur, au fondement de l’être.

 

Bonne nouvelle d’un Dieu qui surmonte la mort… toutes les petites morts du quotidien : les échecs, les erreurs, les bêtises, les manques d’amour, les mesquineries… et même les fautes plus graves : les complots, les mensonges, la corruption, les manipulations des puissants… tout ce qui peut faire souffrir autrui par avidité d’avoir ou de pouvoir. 

 

Le Dieu de vie est miséricordieux : il surmonte notre avidité, notre égoïsme, notre ignorance, notre mépris. 

 

Voilà l’incroyable nouvelle de Pâques, celle d’un Dieu tellement bon qu’il croit en nous (malgré tout) au point qu’il surmonte l’injustice et la méchanceté humaine… au point de nous adopter, de nous prendre pour ses enfant, pour nous faire entrer dans le sillage de sa vie éternelle … au point de nous appeler à devenir des enfants de lumière, à l’image du Christ ressuscité. 

 

L’espérance que Pâques nous donne, c’est celle-là : celle d’un Dieu qui surmonte toute chose par amour : le péché et la mort… et qui nous appelle à demeurer en lui, et à faire vivre sa Parole en nous et autour de nous…pour nous laisser transformer et pour transformer le monde à la lumière de l’Évangile. 

 

* Pour conclure, je vous propose d’écouter une autre voix… et d’entendre les mots du théologien Anselm Grün qui revient sur le récit de Pâques dans l’évangile de Matthieu :

 

« Le messager du Seigneur descendait du ciel. Il s’approcha, fit rouler la pierre et s’y assis. […] 

Tous les mots que Matthieu emploie pour décrire son action n’exprime pas seulement le mystère de la Résurrection de Jésus, mais aussi celui de la nôtre, après notre mort, mais déjà ici et maintenant. 

Si un messager entre dans ma vie et roule la pierre qui me bloque et m’empêche de vivre, alors quelque chose en moi se met en mouvement, et je peux ressusciter.

 

C’est alors que Matthieu revient sur les gardiens du sépulcre, qui tremblent de peur et tombent à la renverse. 

La résurrection n’est pas décrite directement, mais à travers cette réaction des gardiens qui la reflète et que les femmes peuvent constater. 

 

De tels gardiens, il n’y en avait pas seulement devant le tombeau de Jésus, il y en a aussi dans notre âme ; ils veillent à ce que tout reste en l’état, que nous ne devenions pas tout à fait humains, que notre Soi, notre vraie nature, reste enfoui dans le tombeau de la peur et de la tristesse. 

 

Matthieu donne à voir deux gestes qui reflètent la résurrection : la descente de l’ange qui, dans le fracas du tremblement de terre, roule la pierre, et la chute des gardiens. 

 

Quand le Christ ressuscite en nous et nous remet debout, [il nous redonne courage et confiance, et] cela devient visible dans notre façon de vivre, dans une liberté et une vivacité nouvelle. Nous osons marcher sans béquilles, nous rejetons la tutelle des gardiens de la mort.

 

C’est alors que l’ange devient aussi porteur d’un message. Il s’adresse aux femmes : « Ne craignez rien ! […] »

 

[Ensuite Matthieu montre Jésus leur apparaissant] […] Il leur parle presque dans les mêmes termes que l’ange : « ne craignez rien. Partez. Dites à mes frères de se rendre en Galilée, car là, ils me verront ». […]

 

Matthieu interprète les faits dans une vision d’avenir ; notre foi en la résurrection agit aujourd’hui encore sur notre vie, elle nous met en mouvement, afin que nous ne restions pas tournés vers le passé. […] La mission du Ressuscité n’est pas terminée : notre foi doit se manifester dans notre vie […]. 

 

Pour Matthieu, il n’est pas de foi sans dimension éthique. Il ne suffit pas de faire l’expérience de Dieu, de sentir sa proche présence salvatrice, d’être en lui ; la foi demande que nous suivions tous les commandements que Jésus nous a donnés. […] Il nous enjoint de changer notre comportement pour le rendre conforme à la Parole de Jésus, et à témoigner ainsi de son message, qui prête à l’homme des possibilités nouvelles. […] 

 

[le dépassement de la réciprocité, l’amour inconditionnel, le pardon sans limite, la bienveillance, la compassion, la réconciliation, l’engagement, le don de soi, le service du prochain…] […]

 

[Le message de Pâques n’est pas naïf.] Il ne nous donne pas à croire que rien de mauvais ne saurait nous arriver. Nous pouvons, tout comme Jésus, tomber dans l’abandon, la solitude, la peur et l’impuissance devant la mort, mais [il nous ouvre à la possibilité de la confiance : ] même là, nous sommes dans la main protectrice de Dieu.

 

C’est pourquoi l’évangile de Matthieu nous livre un important conseil : Vis de la confiance et non de la peur ! 

 

Tu n’es pas seul sur ton chemin, près de toi, il y a le Christ, Emmanuel, il vient au-devant de toi, quand tu es, comme Pierre, pris dans les vagues de la vie et en danger de sombrer ; il t’accompagne quand ta charge est trop lourde, quand tu es crucifié et ne sais comment t’en sortir. 

 

La croix, telle que l’entend Matthieu, ne signifie pas que nous devons chercher les difficultés dans la vie, mais plutôt qu’il faut apprendre la confiance la plus profonde dont l’être humain est capable : nous laisser aller, en mourant, [en nous abandonnant] dans les bras du Père qui nous aime. 

 

La croix, c’est la clé de la vie. Porter la sienne, c’est accepter que se brise cet egoqui se crispe sur lui-même. 

 

Pour les mystiques de toutes les religions, ce renoncement à l’égoest la clé de l’expérience de Dieu la plus profonde que l’être humain soit capable de faire : celle qui permet de saisir Dieu comme toujours omniprésent, et d’être tout entier dans l’instant. 

Matthieu appelle cette expérience la "vigilance". »[1]

 

Goûter la proximité et la présence de Dieu. 

 

C’est la présence de Dieu qui nous donne de ressusciter… Dieu, l’Éternel présent, nous redonne souffle et courage… il relève notre âme et nous rend à la Vie. 

 

Christ est ressuscité… Il nous appelle à ressusciter avec lui, en Dieu !

 

Amen. 

 

 

Lectures bibliques 

 

Mt 16, 21-25

21A partir de ce moment, Jésus Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter. 

22Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander, en disant : « Dieu t’en préserve, Seigneur ! Non, cela ne t’arrivera pas ! » 

23Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Retire-toi ! Derrière moi, Satan ! Tu es pour moi occasion de chute, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

 

Mt 28, 1-20

1Après le sabbat, au commencement du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent voir le sépulcre. 

2Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. 

3Il avait l’aspect de l’éclair et son vêtement était blanc comme neige. 

4Dans la crainte qu’ils en eurent, les gardes furent bouleversés et devinrent comme morts. 

5Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes : « Soyez sans crainte, vous. Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié. 

6Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit ; venez voir l’endroit où il gisait. 

7Puis, vite, allez dire à ses disciples : “Il est ressuscité des morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez.” Voilà, je vous l’ai dit. » 

8Quittant vite le tombeau, avec crainte et grande joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. 

9Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent de lui et lui saisirent les pieds en se prosternant devant lui. 

10Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte. Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » 

11Comme elles étaient en chemin, voici que quelques hommes de la garde vinrent à la ville informer les grands prêtres de tout ce qui était arrivé. 

12Ceux-ci, après s’être assemblés avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une bonne somme d’argent, 

13avec cette consigne : « Vous direz ceci : “Ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé pendant que nous dormions.” 

14Et si l’affaire vient aux oreilles du gouverneur, c’est nous qui l’apaiserons, et nous ferons en sorte que vous ne soyez pas inquiétés. » 

15Ils prirent l’argent et se conformèrent à la leçon qu’on leur avait apprise. Ce récit s’est propagé chez les Juifs jusqu’à ce jour.

16Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. 

17Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais ils eurent des doutes. 

18Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. 

19Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, 

20leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »

 



[1]Extr. Anselm GRÜN, Jésus, le Maître du Salut – Évangile de Matthieu, ed. Bayard, 2003, p.135-146. 

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