dimanche 2 septembre 2012

Mt 6, 19-34


Mt 6, 19-34
Lectures bibliques : Gn 1, 26-31 ; Mt 6, 19-34 ; Mt 19, 16-26
Série de prédications sur Mt 5 à 7 (le sermon sur la montagne) : n°9 – Mt 6, 19-34
Thématique : lâcher nos soucis matériels, nos préoccupations éphémères, pour nous en remettre, dans la confiance, à la bonté providentielle de Dieu, pour orienter notre quête vers le royaume et la justice de Dieu.
Prédication de Pascal LEFEBVRE / Marmande, le 02/09/12.

Dans certaines situations de la vie, les soucis quotidiens peuvent nous accabler – nous ou nos proches – les inquiétudes nous user, nous tourmenter, nous anéantir.
Qu’est-ce que Jésus nous enseigne face à nos préoccupations, face à ce qui prend parfois tant de place de notre existence… et qui peut venir l’assombrir, la gâter ou la gâcher ?

Nous entendons ce matin une suite de maximes qui gravitent autour d’une instruction centrale : Jésus nous invite à nous abandonner dans la foi, à placer toute notre confiance dans la bonté providentielle de Dieu.
Parce que la providence de Dieu est à l’œuvre, nous pouvons lâcher prise pour les petites choses de la vie (la nourriture, le vêtement) – bien qu’elles soient indispensables – afin de nous orienter vers ce qui a véritablement du poids, vers ce qui relève de notre responsabilité : chercher le royaume et la justice de Dieu (v.33).

Parce que Dieu veille sur nous, parce qu’il prend soin de ses créatures et pourvoit chaque jour à tout ce dont nous avons besoin pour vivre… grâce à sa création… nous pouvons cesser de nous préoccuper de la nourriture, du vêtement, du lendemain (Mt 6, 25-34)… nous pouvons cesser de nous faire du soucis pour nous-mêmes, pour concentrer notre attention vers les autres… pour tourner notre regard vers le prochain… pour agir à la manière de Dieu – dans le don et la gratuité – … pour prendre part au royaume : au monde nouveau de Dieu.

- La 1ère maxime (v. 19-21) – « Ne thésaurisez pas pour vous des trésor sur la terre… mais amassez-vous des trésors dans le ciel » – pose la question du lieu où nous plaçons notre trésor, notre cœur.
L’idée est celle d’un amas inutile de biens périssables : vêtements attaqués par les mites et argent corrodé par la rouille.
La maxime suggère que notre préoccupation principale doit dépasser l’accumulation de biens, de richesses…. car tout cela – comme le dit l’expression populaire et le titre d’un film – « vous ne l’emporterez pas au paradis »… tout cela relève du provisoire, du périssable, de l’éphémère.
Jésus nous invite à placer notre cœur, notre attention, notre sollicitude vers quelque chose de plus « durable », de plus important, de plus précieux : le trésor que nous pouvons nous constituer « dans le ciel », dans le domaine de Dieu.

Mais précisément : comment se constituer un trésor dans le ciel ?
Jésus nous donne la réponse dans un autre passage du Nouveau Testament en s’adressant au jeune homme riche (cf. Mt 19, 21) :
« Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi ! »
La différence entre un trésor « terrestre » et un trésor « céleste », c’est que ce dernier se constitue non dans la possession, l’accaparement, mais dans le don, le partage.

C’est le don – don de soi, de son amitié, de ses charismes, de ses biens – c’est le partage, l’aumône (cf. Lc 12, 33) – le don en faveur du prochain, du plus pauvre – qui permet de se constituer un trésor devant Dieu.
Pourquoi ? … parce que ce don lui rend gloire… parce qu’il participe à la justice de Dieu... qui est bon pour tous – pour chacun quel qu’il soit – au-delà de nos distinctions, de nos catégories.
L’Evangile ne nous rappelle-t-il pas que Dieu « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber sa pluie sur justes et les injustes » (Mt 5, 45).
Jésus nous appelle à nous inscrire dans la même dynamique, dans le même élan… à vivre dans le don et la générosité… sans avarice, sans calcul… à l’image de la bonté providentielle de Dieu.

Autrement dit, spirituellement parlant, nous sommes riches non de ce que nous possédons, mais de ce que nous partageons, de ce que nous donnons. C’est le don qui nous enrichit (cf. Mt 10, 39 ; 16, 25). C’est ce que nous rappelle ce matin l’Evangile.

- La 2ème maxime (v. 22-23) se concentre sur l’œil, c’est-à-dire sur la manière dont nous voyons les choses dans la vie.
L’œil est comparé à une « lampe », non parce qu’il éclaire, mais parce qu’il reçoit la lumière… parce qu’il permet de regarder dans la bonne direction… parce qu’il permet de voir, de façon lucide ou opaque.
L’œil est l’organe qui perçoit et reflète la lumière dans tout le corps. Autrement dit, notre regard a un impact sur notre façon d’être et d’agir.
L’œil sain est opposé à l’œil malade :
L’œil sain ou simple est celui qui ne se laisse pas séduire par la cupidité ou par la jalousie. Les rabbins parlent d’un « œil bon ».
Au contraire, l’œil « mauvais » est toujours avare de ses biens (cf. Dt 15, 9) ou envieux de ceux d’autrui (cf. Si 14, 8-10).
Dans la Bible (cf. les Proverbes, le Siracide), le mauvais œil désigne le mouvement de colère et de jalousie de l’homme tout entier (voir aussi Mt 20, 15).
Jésus nous appelle à reconnaître, à discerner la vraie lumière… pour développer un œil bienveillant, emprunt de bonté… pour devenir porteur de lumière, pour nous et notre entourage.

Quand le regard, l’attention de l’homme se porte tout entier vers Dieu et sa Loi (sa volonté), la personne toute entière, unifiée, est maintenue dans la lumière.

- La 3ème maxime (v.24) introduit une sorte de personnification de « Mammon ».
Mammon, ce n’est pas simplement l’argent, mais toute « richesse ». C’est ce en quoi l’homme se fie, ce en quoi il met sa confiance.
En inscrivant une alternative exclusive entre Dieu et Mammon, la question que Jésus nous pose est la suivante :
En quoi pouvons-nous véritablement nous fier ? En qui placer notre confiance ? En Dieu ou en Mammon : en nos richesses ?

A travers le récit du jeune homme riche, l’évangile nous fait comprendre qu’il existe un lien profond entre la « confiance » de l’homme et sa « richesse » (cf. Mt 19, 23s).
L’évangile démasque le Mammon comme une idole, comme l’objet d’une confiance mal placée et aliénante.
L’idolâtrie apparaît lorsque notre regard s’arrête en cours de route, lorsqu’il ne vise pas assez loin… lorsqu’il porte sur une richesse provisoire et non ultime.
L’idolâtrie consiste à se tromper de cible … à transformer des moyens en fin ultime.
Lorsqu’un moyen – l’argent, la possession – est élevé en but à atteindre, il devient une idole, il me fait tomber sous sa coupe et fait de moi son esclave.
En devenant une quête, l’objet de ma préoccupation ultime – au lieu de rester à sa place d’objet transitoire, de moyen – la richesse risque de m’enfermer sur elle-même et de me détourner de Dieu, en prenant sa place.

Pour éviter de tomber dans l’idolâtrie, Jésus nous invite à un choix, une alternative radicale : renoncer à la richesse matérielle pour l’amour de Dieu.
A première vue, ce choix radical peut nous paraître « fou », totalement déraisonnable. Mais lorsqu’on comprend qu’il existe une manière intelligente et utile de le mettre en œuvre, de le concrétiser, il prend tout son sens :
Pour ne pas succomber à l’esclavage de Mammon, générateur d’égoïsme et de préoccupations matérielles incessantes… pour vivre véritablement libre… Jésus nous invite à un abandon.
Il nous appelle à nous libérer de nos soucis, à nous soulager du poids de nos inquiétudes liées à nos possessions… en partageant nos biens… en  les mettant au service du royaume et de la justice de Dieu… en en faisant profiter ceux qui en ont le plus besoin.
C’est en ce sens qu’on peut comprendre l’appel que Jésus adresse au jeune homme riche : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi ! »
Jésus invite ainsi ceux qui veulent le suivre à servir le bon maître (Dieu et non Mammon) : à placer leur confiance dans la bonté providentielle de Dieu, plutôt qu’en un faux dieu : une richesse provisoire et périssable… source d’attention et de préoccupations quotidiennes.

- « [C’est] pour cela [que] je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie… ».
La 4ème maxime (v. 25-34) est en lien avec ce qui précède.
Outre de conduire à l’égocentrisme et à l’avarice, c’est le service du Mammon (de l’argent) qui cause l’anxiété et la préoccupation.
Le mot d’ordre est le lâcher prise dans la confiance.
Jésus nous appelle à nous « dépréoccuper ». L’expression[1] revient six fois : « Ne vous préoccupez pas… ne soyez pas anxieux… ne vous tourmentez pas ».
« La préoccupation du monde » – la richesse ou plutôt « l’illusion de la richesse » – étouffe la parole du royaume (comme le rappelle la parabole du semeur - cf. Mt 13, 22)[2].
Elle nous détourne de cette juste préoccupation que Paul appelle « la préoccupation (ou le souci) des uns pour les autres » (cf. 1 Co 12, 25).

S’il s’agit de lâcher nos préoccupations élémentaires et habituelles, ce n’est pas pour sombrer dans la paresse, mais c’est pour se rendre disponible pour autre chose, pour les « choses du Seigneur » (cf. 1 Co 7, 32s)… pour lui être attaché sans partage, sans tiraillement… pour « chercher avant tout le royaume et la justice de Dieu » (v.33).

Rechercher le royaume de Dieu, c’est servir Dieu (v.24), c’est regarder à sa seule volonté (v.22-23), c’est se détacher des trésors illusoires (v.19-21), pour s’engager à son seul service.

C’est ainsi que Jésus traduit la foi dans son sermon sur la montagne.
La foi, c’est la confiance en la providence et en la justice du Père céleste, qui pourvoit chaque jour aux besoins de ses enfants (cf. Mt 5, 45 ; 7, 11).
Et la mesure de cette foi, c’est l’aujourd’hui, comme l’affirme le dernier verset : « Ne vous préoccupez donc pas du lendemain, parce que le lendemain se préoccupera de lui-même : elle est suffisante pour [chaque] jour sa peine » (v.34).
Il s’agit, en quelque sorte, d’un commentaire de la demande centrale du Notre Père : « Donne-nous aujourd’hui notre pain du jour » (Mt 6, 11).
Jésus invite ses disciples à demander au jour le jour la nourriture nécessaire, avec la certitude que Dieu y pourvoira chaque jour, comme il avait nourri Israël au désert par la manne recueillie jour après jour. Rappelons-nous ce passage dans le livre de l’Exode :
« Le Seigneur dit à Moïse : "Voici, je vais faire pleuvoir du pain depuis le ciel pour vous : le peuple sortira en ramasser chaque jour la ration d’un jour » (Ex 16, 4).
Voici à ce sujet le commentaire décoiffant d’un rabbin :
« Rabbi El’Azar dit : Quiconque a de quoi manger pour aujourd’hui, et se demande ce qu’il mangera demain, est un homme qui manque de foi »[3].
Je crois qu’aux yeux de ce rabbin, nous manquons tous de foi…
Comment ne pas penser au lendemain ?... Comment s’enraciner dans la confiance au point de vivre le quotidien, sans penser au futur ?

Précisément… qu’est-ce qui peut nous autoriser une telle confiance ?... qu’est-ce qui nous permet de lâcher prise dans la confiance… de placer notre foi en Dieu, notre Père, le Créateur ?
Sa bonté providentielle ! C’est ce que nous rappelle l’Evangile de ce jour.
Parce que Dieu pourvoit à toutes ces petites choses (à la nourriture et au vêtement), nous pouvons orienter notre vie vers de plus grandes choses.
En effet, « La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? » (v.25).
Jésus nous offre un raisonnement a fortiori : si Dieu nous a donné les choses les plus grandes, l’âme [la vie][4] et le corps, ne nous donnera-t-il pas aussi les plus petites, la nourriture et le vêtement ?

Il suffit d’ouvrir les yeux autour de nous… d’observer la nature dans les quelques endroits (les réserves naturelles) où elle est encore protégée.
Les oiseaux sont un exemple de liberté par rapport à l’anxiété. Ils ne travaillent pas comme les hommes (qui sèment, moissonnent et engrangent les récoltes), et pourtant le Père céleste les nourrit.
Alors combien plus nous nourrira-t-il, nous qui sommes créés à son image, nous qui pouvons travailler pour lui.

Mais pour actualiser ce raisonnement, dans notre monde contemporain, il faut ajouter une condition :
Si Dieu le Père, le Créateur, nourrit les oiseaux, combien plus nous nourrira-t-il… à condition que par nos actions – nos actions blâmables – notre pollution, notre exploitation intensive et abusive de la nature, nous ne contribuions pas à diminuer nous-mêmes notre subsistance ?
Combien plus Dieu notre Père, le Créateur, nous nourrira-t-il… à condition que nous sachions partager entre nous, entre les peuples, entre frères, au lieu d’exploiter les hommes et les ressources, par notre convoitise… au lieu de laisser mourir une partie de l’humanité dans la misère, pour en avoir toujours plus, pour notre seul profit.
Ce n’est pas exactement ce que dit Jésus, mais je crois que c’est ce qu’on pourrait entendre aujourd’hui, à la vue de ce que l’homme est en train de faire en malmenant la création que Dieu lui a confié (cf. Gn 1, 26-30)[5]… en écrasant – au mépris de la justice – les plus faibles à l’autre bout de la planète.

De même, les lys des champs ne travaillent pas comme les femmes (qui peinent et qui filent), et pourtant le Créateur les habille magnifiquement.
Alors combien plus Dieu le Père nous vêtira-t-il, pour peu que nous lui fassions confiance ?... et pour peu que nous ne détruisions pas les ressources que la nature nous offre pour nous vêtir.

Jésus nous invite ainsi à quitter nos soucis matériels, nos préoccupations élémentaires, à lâcher prise dans la confiance, pour nous en remettre à la providence de Dieu… à condition que nous arrêtions de détruire sa création : cette création dont nous avons la charge et la responsabilité (comme nous rappelle le début du livre de la Genèse).

En d’autres termes, dans ce passage de l’évangile, Jésus ramène l’activité humaine à sa juste mesure. Ce n’est pas de nous, de notre activité, que vient la « vie », mais du Père céleste, du Créateur.
C’est pourquoi, notre souci ne doit pas porter sur la nourriture, le vêtement, le lendemain… encore moins sur l’argent… mais sur le partage quotidien avec le prochain, en vue du royaume et de la justice voulue par Dieu.
Cela passe par le respect de la vie, de la création… par la conservation de la nature… en vue de partager ses richesses, tout en maintenant et en faisant fructifier l’œuvre du Créateur, qui nous l’a confiée.

Conclusion : Alors, Frères et Sœurs, que pouvons-nous retenir de cette méditation ?[6]

En guise de conclusion, je retiendrai quatre enseignements, quatre conseils pratiques, pour apprendre à vivre avec nos soucis, pour les surmonter… pour que le flots des inquiétudes ne nous submerge pas, ne nous éteigne pas.

Le 1er conseil se rapporte à notre quotidien : chaque journée porte son lot de peine.
C’est bien assez que nous nous préoccupions des soucis du présent, pour ne pas porter en plus des soucis futurs : ceux que nous ne connaissons pas encore, mais que nous devinons.
Si – comme le jeune homme riche – nous ne parvenons pas à nous soustraire à nos préoccupations matérielles, ce que nous pouvons faire – au moins – c’est limiter notre inquiétude aux soucis présents et ne pas déborder sur les soucis futurs.
Car ceux-là sont susceptibles d’empoisonner notre vie présente.

Le 2ème conseil se rapporte à notre vie tout entière.
Redis-toi sans cesse : tu ne peux ajouter aucune minute à ta vie ou à celle des autres par des soucis (v.27).
Par contre, tu peux assombrir par des soucis de nombreuses minutes de ta vie (et de celle de tes proches).
Redis-toi sans cesse : la mort est inévitable. Elle vient. Elle vient pour toi et pour tous ceux que tu aimes. Mais il n’est pas inévitable que la pensée de la mort vienne empoisonner ta vie.
Alors… en attendant… au lieu de t’inquiéter… ne perd pas ton temps… apprend à lâcher prise… à abandonner tes soucis… à t’enraciner dans la confiance… à partager avec les autres.

Le 3ème conseil déplace notre regard au-delà de notre vie vers la nature, dans laquelle nous sommes inclus.
Les oiseaux et les lys ne connaissent pas de soucis. Ne devraient-ils pas nous servir d’exemple ? Un exemple d’insouciance ?
Mais voilà qui est justement devenu problématique aujourd’hui :
les oiseaux du ciel émigrent parce qu’ils ne trouvent plus chez nous de quoi se nourrir. Les lys doivent être protégés, afin qu’ils ne disparaissent pas. La nature à son tour est devenue pour nous un sujet de préoccupation. Elle l’est devenue parce que nous avons détruit son ordre.
Aussi amer que soit cet aveu, il contient pourtant une promesse :
si nous respectons à nouveau cet ordre, alors nous pourrons lui refaire confiance. Et elle redeviendra peut-être un exemple, un modèle pour nous apprendre à nous affranchir de nos soucis.

Et pour finir, le conseil le plus important. Il nous ouvre sur une perspective plus large : sur le royaume de Dieu et sa justice… c’est-à-dire la justice qu’attendent les citoyens de ce royaume et dont ils ont faim et soif.
Toute vie est une expérience pour satisfaire Dieu : depuis les être unicellulaires, les paramécies, jusqu’à l’homo sapiens, l’homme moderne.
Mais seul l’homme prend conscience de cette expérience, de cet appel.
Lui seul peut être saisi – au-delà de toutes les autres préoccupations –
par cette seule préoccupation : par cette faim et cette soif de justice… de ce que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au ciel (cf. Mt 6, 10).
C’est parce que ce souci peut nous saisir, nous tirailler, nous blesser, que nous avons plus de valeur que les oiseaux du ciel et les lys des champs.
Devant cette grande préoccupation – cette préoccupation ultime – toutes les autres s’effacent.

Alors, Frères et Sœurs, apprenons à lâcher prise… à quitter nos préoccupations éphémères et provisoires… pour nous orienter vers cette préoccupation ultime.
Sachons prendre le temps de contempler la nature, de rêver, de méditer : de méditer aux oiseaux et aux lys, et à ce que Jésus dit des oiseaux et des lys…
Sachons accueillir dans notre vie, la force paisible que Dieu nous donne, en nous donnant son Esprit saint… sachons sentir cette force qui est une contre-force aux soucis qui rongent notre quotidien… sachons nous ouvrir à cette contre-force qui nous permet de vivre dans la confiance, pour confier à Dieu tout ce que nous tenaille, pour lui abandonner nos inquiétudes. 
Cette force libératrice que le Créateur nous donne, c’est « la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence ».
Qu’elle « garde nos cœurs et nos esprits dans le Christ Jésus » (cf. Ph 4, 7)… pour chercher le royaume et la justice de Dieu.
Amen.


[1] Le verbe merimnao.
[2] « Celui qui a été ensemencé dans les épines, c’est celui qui entend la Parole, mais le souci du monde et la séduction des richesses étouffent la Parole, et il reste sans fruit » (Mt 13, 22).
[3] Mekhilta’ de Rabbi Yishma’el sur Ex 16, 4.
[4] Ce que nous appelons « vie », c’est l'« âme » en hébreu et en grec biblique (nefesh, psyché), en tant que principe de l’animation du corps, mais aussi en tant que fonction régularisatrice des besoins vitaux, comme la faim. Il n’y a aucune différence, dans la Bible, entre « vie » biologique et « vie » spirituelle.
[5] L’être humain est chargé par Dieu de maîtriser la création qui lui est offerte (Gn 1, 26-30). En assignant à l’humanité cette tâche de dominer la terre et les animaux, Dieu lui demande implicitement d’agir comme lui, à son image, c’est-à-dire avec maîtrise et mesure ; et non dans la violence. Ceci afin que le règne animal puisse lui aussi fructifier et se multiplier, comme Dieu l’a ordonné (Gn 1, 22).
[6] Pour cette conclusion, nous inspirons d’une prédication de Gerd Theissen, Des traces de lumière, Collection « Parole Vive », Les Bergers et les mages, 1999, p.67-69.

dimanche 26 août 2012

Le Baptême (sanctification) (2ème partie)


Le baptême (2/2) : la sanctification

Lectures bibliques : Mc 1, 1-15 ; Jn 20, 19-23 ; 1 Co 3, 16-17 
Thématique : Le sens du baptême à travers quelques gros mots de la théologie (suite) : la sanctification

Prédication = voir plus bas, après les lectures

Quelques mots avant d’ouvrir la Bible :

Durant ce mois d’août, nous avons la joie d’accueillir plusieurs baptisés. Après trois baptêmes, il y a trois semaines, nous accueillons aujourd’hui Amelle dans l’Eglise du Christ.
Lors du dernier culte, nous avons médité sur le sens du baptême chrétien, à travers les notions d’« élection » et de « conversion ».
Nous avons vu ensemble que le baptême est le signe de l’amour de Dieu… qu’il atteste de la grâce de Dieu qui nous offre son pardon et son salut.
Nous avons vu que le baptême est lié à la conversion… qu’il est la marque d’un appel qui nous invite à vivre un changement de mentalité et de comportement : une vie nouvelle, sous le signe de la gratuité, de l’amour de Dieu et du prochain.
Enfin, nous nous sommes souvenus que le baptême est reçu au nom du Christ… qu’il nous associe à la vie, à la mort et à la résurrection de Jésus le Christ… et ainsi, qu’il nous inscrit dans la communion avec Dieu le Père.
Aujourd’hui, j’aimerais abordé le baptême à travers une autre notion : celle de « sanctification ».

Lectures bibliques : Mc 1, 1-15 ; Jn 20, 19-23 ; 1 Co 3, 16-17

- Mc 1, 1-15

1Commencement de l'Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu : 2Ainsi qu'il est écrit dans le livre du prophète Esaïe,
Voici, j'envoie mon messager en avant de toi,
pour préparer ton chemin.

3Une voix crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
rendez droits ses sentiers.

4Jean le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés. 5Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés. 6Jean était vêtu de poil de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. 7Il proclamait : « Celui qui est plus fort que moi vient après moi, et je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la lanière de ses sandales. 8Moi, je vous ai baptisés d'eau, mais lui vous baptisera d'Esprit Saint. »

9Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. 10A l'instant où il remontait de l'eau, il vit les cieux se déchirer et l'Esprit, comme une colombe, descendre sur lui. 11Et des cieux vint une voix : « Tu es mon Fils bien-aimé, il m'a plu de te choisir. »

12Aussitôt l'Esprit pousse Jésus au désert. 13Durant quarante jours, au désert, il fut tenté par Satan. Il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient.

14Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait l'Evangile de Dieu et disait : 15« Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s'est approché : convertissez-vous et croyez à l'Evangile. »

- Jn 20, 19-23

Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que, par crainte des Juifs, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu d'eux et il leur dit : « La paix soit avec vous. » 20Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie. 21Alors, à nouveau, Jésus leur dit : « La paix soit avec vous. Comme le Père m'a envoyé, à mon tour je vous envoie. » 22Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l'Esprit Saint ; 23ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. »

- 1 Co 3, 16-17

Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? 17Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est saint, et ce temple, c'est vous.


Prédication de Pascal LEFEBVRE / Tonneins, le 26/08/12 / Culte avec baptême

Alors, l’Esprit saint : qu’est-ce que c’est ?... et si j’ose dire : a quoi ça sert ?... quelle est sa fonction ?
La « sanctification » : qu’est-ce que ça veut dire exactement ?

La sanctification : c’est un terme qui évoque un processus de transformation, grâce à l’action de l’Esprit saint, de l’Esprit de Dieu.
C’est un terme qui signifie que Dieu qui est Esprit peut intervenir dans nos vies si nous acceptons – dans la liberté qui est la nôtre – de lui laisser de la place en nous-mêmes, si nous nous ouvrons à l’action de son Esprit.

Le baptême est lié à la promesse de l’Esprit, au don de l’Esprit saint.
Cet Esprit nous est donné. C’est « l’objet de la promesse » selon l’apôtre Paul (cf. Ga 3, 14 ; 4, 6).

L’Esprit saint a le pouvoir de nous transformer intérieurement, dans le sens voulu par Dieu, afin que nous revêtions le Christ – l’image parfaite de Dieu (cf. 2 Co 4, 4) –, que nous soyons conformes à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1)… autrement dit, afin que nous soyons saints et parfaits comme Dieu est saint et parfait (cf. Lv 19, 2 ; Mt 5, 48).

Mais il y a un obstacle sur la route de la sanctification : c’est le péché.
Le péché… nous en avons déjà parlé la dernière fois… c’est ce qui nous fait manquer notre but. C’est notre incrédulité, notre orgueil et notre convoitise, qui nous font rater notre cible dans nos relations avec les autres.

Ce n’est donc pas par nous-mêmes, par nos propres forces, que nous pouvons devenir « justes » et « bons ». C’est en accueillant l’Esprit saint, en laissant Dieu agir en nous.
Ce n’est pas par nous-mêmes que nous pouvons nous approcher de Dieu. Mais, puisque Lui s’approche, puisqu’il vient à nous, puisqu’il se donne, nous pouvons « simplement » l’accueillir, le laisser peu à peu nous transformer de l’intérieur.

Pour comprendre cette notion de « sanctification » et la manière d’agir de Dieu, il faut être attentif à ce que disent les passages du Nouveau Testament que nous avons entendus.

* Le début de l’évangile de Marc nous révèle la manière dont Dieu agit dans notre monde.
En revêtant un homme – Jésus – de son Esprit, en faisant de lui le Christ, le porteur de l’Esprit, Dieu intervient dans notre histoire.
Ce n’est pas par magie, en restant à distance, en haut du ciel, mais c’est dans l’en bas de nos vies, par son Esprit, par le don de son souffle créateur et régénérateur, que Dieu agit, qu’il prend chair, qu’il s’incarne, qu’il intervient au cœur de l’humain.

L’évangéliste Marc nous parle d’un baptême d’Esprit saint (cf. Mc 1, 8-11). Il nous fait part du baptême de Jésus.
Ce baptême est le lieu de reconnaissance – unanime pour les quatre évangiles – de Jésus comme étant le Christ, l’envoyé de Dieu, le révélateur du Père.
En recevant l’Esprit de Dieu, Jésus est reconnu comme le « fils » élu, comme le Christ de Dieu : le porteur de l’Esprit.

Cette définition toute simple peut nous aider à comprendre ce que signifie exactement le terme « Messie », le mot « Christ ».
Dans le langage courant, nous parlons souvent de « Jésus Christ », comme s’il s’agissait d’un nom propre. Mais, il faudrait mieux dire « Jésus le Christ » ou « Jésus qui est le Christ ».
Nous n’avons pas affaire à « Monsieur Jésus Christ », mais à un homme – Jésus – choisi par Dieu (oint, consacré) et reconnu par les disciples comme étant le Christ de Dieu.

A travers le récit du baptême de Jésus, les quatre évangiles nous montrent que c’est l’Esprit de Dieu qui fait de Jésus le Christ.
L’homme Jésus de Nazareth est le Christ, parce qu’il est le porteur de l’Esprit, le révélateur de Dieu.
Le plus important n’est pas de savoir à quel moment de la vie de Jésus situer cette reconnaissance : au moment de sa naissance[1] ou au moment de son baptême[2], à la croix ou lors des apparitions du Ressuscité.
Ce qui importe – en reconnaissant, en Jésus, le Christ, le porteur de l’Esprit de Dieu – c’est de confesser qu’en lui, Dieu – qui est Esprit – se manifeste et se révèle… et ainsi que nous pouvons connaître, grâce à lui, le projet de Dieu : sa volonté de salut, de libération, pour les hommes.

Mais le récit du baptême de Jésus nous en dit plus.
Il nous montre la manière dont Dieu se révèle… la façon dont il agit.
Dieu choisit l’homme.
Il a choisi Jésus, en particulier, pour se faire connaître, et Jésus a pleinement répondu à cet appel. Mais cet appel à une dimension universelle. Il s’adresse à l’humanité toute entière. 
Dieu choisit l’homme. Il nous choisit, nous, tels que nous sommes.
Il ne veut pas agir seul, du haut du ciel, mais il choisit d’agir avec nous, en nous, à travers nous, dans l’en-bas de nos vies, en nous donnant son souffle, pour que nous soyons ses bras et ses mains qui accueillent et qui façonnent son Royaume… pour que nous soyons ses représentants, ses mandataires, là où nous pouvons parler et agir conformément à l’Evangile.

Souvent les croyants en phase de doute aigu ou les athées disent que si Dieu existait il n’y aurait pas autant de souffrances et de misères sur la terre.
Pour ma part, je ne veux pas rentrer dans le débat stérile sur l’existence de Dieu, car cette question philosophique est de toute façon mal posée.
Si Dieu est le Vivant, le Créateur, l’Eternel, le fondement de l’être, la puissance d’être, il est au-delà de l’existence… il dépasse, il transcende l’existence dans notre espace-temps.
La vraie question n’est pas de savoir si Dieu existe (ou non), mais comment Dieu – le créateur de l’univers, de tout ce qui existe – agit et intervient dans notre monde, dans notre histoire… comment Dieu vient à nous, pour nous appeler à nous tenir devant lui, à vivre avec lui, pour nous inviter à lui faire de la place dans notre existence.
Ce que nous disent les passages de la Bible que nous avons entendus, c’est que Dieu s’est manifesté par Jésus, avec Jésus, en Jésus, et que, de même, il veut agir de façon incarnée, à travers ses disciples… par nous, avec nous, en nous.
Alors, avant de vouloir convoquer Dieu devant le tribunal des hommes, pour le juger, il faut retourner la question, pour nous la poser à nous-mêmes : que faisons-nous face à la souffrance et la misère humaines ? Acceptons-nous de travailler aux côtés de Dieu, là où nous sommes… d’être ses ouvriers, ses collaborateurs ? Acceptons-nous de mettre toute notre énergie au service de la justice et du Royaume de Dieu, pour bâtir un monde fondé sur les valeurs de l’Evangile ? Acceptons-nous de nous laisser inspirer par l’Esprit de Dieu… d’être ses bras et ses mains qui prennent part à son Royaume ?

Dieu choisit d’agir avec nous, en nous.
Par le don de son Esprit, Dieu, le tout Autre, le transcendant, se fait le Dieu intime et transpersonnel. Il se fait proche.
Il vient incognito dans le monde, pour régner de façon cachée, en se logeant dans le creux de l’humain.

Par son Esprit, Dieu intervient. Il agit discrètement en l’homme. Il agit pour autant que l’homme s’ouvre à lui… pour autant qu’il lui laisse de la place.
Ainsi, Dieu nous rejoint et nous touche de façon incarnée, au travers de l’humain, au travers des autres… par le moyen des gestes et des paroles que nous pouvons recevoir et donner.

Par son Esprit, Dieu nous transforme. C’est lui qui nous inspire lorsque nous vivons dans l’amour du prochain, lorsque nous cherchons ce qui est « juste » et « bon », lorsque nous vivons selon la volonté de Dieu, lorsque nous avons le sentiment de vivre des relations justes avec les autres.

Là où souffle l’Esprit saint… là le Royaume de Dieu se fait proche.
Avec Jésus, le Royaume est devenu tout proche ; il s’est manifesté dans notre monde.

Autrement dit… dans notre existence, dans certaines situations de la vie, grâce à l’amour, à la fraternité, à l’amitié des autres, nous pouvons ressentir la proximité, la présence de Dieu.
Dieu se donne discrètement, de manière à peine perceptible, dans les mots et les gestes qui touchent, qui font du bien, qui encouragent, qui redonnent confiance et espoir.

Le Royaume de Dieu progresse dans notre monde à chaque fois qu’une personne est touchée par la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu, à chaque fois que, dans le cœur de quelqu’un, la peur fait place à la confiance, l’orgueil fait place au service, le cynisme à l’amour… à chaque fois que le calcul fait place à la gratuité, le désespoir à l’espérance.
A chaque fois qu’il est donné à quelqu’un de vivre cela pour lui-même ou d’en témoigner pour d’autres, alors le règne de Dieu – que Jésus annonce – advient sur la terre comme au ciel.

Parce qu’il était le porteur de l’Esprit de Dieu, Jésus a suscité le changement et la transformation des personnes qu’il a rencontré ; il a rendu manifeste le Royaume de Dieu autour de lui.
La vie des disciples… de ceux qui ont croisé sa route… en a été bouleversée et transformée.

Par ricochets, à leur tour, toutes ces vies changées se sont répercutées sur d’autres vies, en suscitant le changement et la nouveauté, de personne en personne.
Ainsi, de génération en génération, l’Esprit saint pénètre les cœurs et accomplit patiemment son œuvre de transformation pour faire advenir le règne de Dieu.

* Pour mieux comprendre ce processus de changement et de transmission du changement, nous pouvons nous arrêter un instant sur le deuxième texte que nous avons entendu.

La fin de l’évangile de Jean (cf. Jn 20, 19-23), nous montre comment le Christ, le porteur de l’Esprit, baptise à son tour les disciples dans l’Esprit, en leur transmettant… en leur insufflant le souffle de Dieu.[3]
En recevant l’Esprit saint, les disciples reçoivent une mission.
Le Ressuscité les envoie proclamer la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu.
Il les envoie libérer les hommes et les femmes qu’ils rencontreront du poids de leur péché, de ce qui les retient captifs, de ce qui les empêche de vivre et d’avancer : l’orgueil, l’égocentrisme, l’indifférence ou la culpabilité qui bien souvent nous enferment et nous empêchent de changer… le mécanisme du mimétisme et de la répétition qui nous enlise dans des comportements sclérosants.
En nous libérant, l’Esprit de Dieu nous conduit à la nouveauté… il nous entraîne dans une dynamique de vie.

Ainsi… comme Jésus avait rendu manifeste le salut de Dieu sur les chemins de Judée et de Galilée, en libérant, en soignant, en aimant, jusqu’à la croix…les disciples sont appelés, à leur tour, à proclamer la Bonne Nouvelle du salut offert par grâce.

Le salut, c’est ce processus de libération et de guérison qu’opère l’Esprit de Dieu partout où il est accueilli, partout où il est accepté et libre d’agir.

Autrement dit… l’Esprit sanctifiant est l’œuvre de Dieu :
C’est une réalité invisible et imperceptible, mais présente et agissante au cœur de notre vie.
C’est Dieu qui se donne lui-même secrètement… en nous donnant son souffle.
En hébreux, l’Esprit, c’est le « souffle »… le souffle créateur et régénérateur de Dieu.
C’est le vent de Dieu, l’air qu’il nous envoie, pour nous permettre de respirer, de nous renouveler, de nous vivifier.
C’est la pression de l’air, l’influence positive que Dieu exerce discrètement sur nous, pour nous permettre de tenir bon durant le long chemin qui commence avec le baptême et pour nous permettre de devenir ses témoins.

Conclusion :

Alors, Frères et Sœurs, en conclusion… que pouvons-nous retenir du sens du baptême, à travers cette notion de « sanctification » ?

En nous donnant son Esprit, Dieu nous offre de cheminer avec lui, de vivre en relation avec lui, de nous appuyer sur lui, de le prendre pour modèle, afin de nous laisser transformer par lui… lui qui n’est que don, amour, bonté et gratuité.

Ainsi, il nous invite à nous dégager de nos errances et de nos comportements mortifères, pour peu à peu nous libérer de nos entraves, pour développer et donner le meilleur de nous-mêmes, le meilleur dans notre vie relationnelle.

La sanctification est une dynamique de transformation de notre être, de notre existence, de nos priorités, de nos attachements… qui s’opère sous l’action de l’Esprit saint.
Cette transformation ne s’opère que dans la mesure où, dans notre liberté, nous acceptons d’ouvrir la porte de notre intériorité à l’action de Dieu, de lui faire de la place, de le laisser agir en nous.

En d’autres termes, nous pouvons retenir ce 1er point concernant le baptême :
Le baptême annonce l’Esprit saint. L’Esprit saint vient opérer en nous un processus de transformation, de sanctification.
Il vient témoigner en nous de ce que nous sommes « enfants de Dieu » (Rm 8, 16).
L’Esprit saint est le souffle qui nous fait appeler Dieu : Père (Rm 8, 15 ; Ga 4, 6), qui rend vivant l’Evangile au cœur de notre existence, qui nous permet d’en vivre et d’en témoigner autour de nous.

Ce processus de transformation a une dimension individuelle et collective. Il concerne l’ensemble de notre vie relationnelle et sociale.
Par nos paroles et nos actes, nous sommes appelés à nous engager conformément à l’Evangile, à témoigner de l’amour de Dieu autour de nous, à prendre part à la conversion et à la libération de notre prochain… en l’aidant à être un homme ou une femme devant Dieu.[4]
En vivant ainsi notre foi, nous sommes appelés à faire connaître le Dieu de Jésus Christ, et à partager avec la communauté des croyants notre expérience et notre témoignage.

En d’autre termes, nous pouvons retenir ce 2nd point concernant le baptême :
Le baptême nous incorpore dans une Eglise, dans une communauté, qui vit sous l’impulsion de l’Esprit saint.
Nous y trouvons des hommes et des femmes qui nous sont donnés comme frères et sœurs à aimer… comme compagnons de route… comme membres d’un même corps (cf. 1 Co 12, 13).
En Christ, nous sommes appelés à nous soutenir fraternellement, à nous épauler les uns les autres dans la découverte de la parole de Dieu et dans l’approfondissement de la foi.

Alors… Frères et Sœurs… sachons accueillir, dans nos cœurs et dans nos vies, le souffle de l’Esprit capable de nous transformer.
Demandons à Dieu qu’il renouvelle en nous, jour après jour, la dynamique de notre baptême, afin que, par l’action de son Esprit, notre vie soit rayonnante de son amour.
Amen.


[1] Comme le dit l’évangéliste Matthieu – Mt 1, 20
[2] Comme le dit Marc – Mc 1, 10
[3] Ainsi, ce qui est annoncé au début de l’évangile (Mc 1, 8 ; Jn 1, 33) se réalise. Parce qu’il est le Christ, le porteur de l’Esprit, Jésus est celui qui baptise ses disciples dans l’Esprit saint.
[4] Parfois, à certains moments de notre existence, nous avons des choix importants à faire ou nous rencontrons des personnes, des amis, qui nous demandent conseil.
Je me suis souvent demandé quel est le critère important, le critère éthique décisif, qui peut nous aider dans cette situation, lorsque nous avons quelqu’un à accompagner, lorsqu’une personne nous demande conseil.
En lisant un texte de Dietrich Bonhoeffer, j’ai trouvé un éclairage et la réponse suivante :
A l’heure de faire des choix, qui engagent ma personne et celle des autres, je peux invoquer l’aide de Dieu… le soutien, le secours de l’Esprit saint… pour lui demander de m’éclairer et de m’ouvrir au bon discernement.
Le critère est le suivant : Comment mon action (mes gestes et mes paroles) à cet instant peuvent aider mon prochain à un être un homme ou une femme devant Dieu.
Se placer devant Dieu… amener ceux que nous croisons à faire de même… voilà une manière de vivre concrètement notre foi.

samedi 4 août 2012

Le Baptême (élection, conversion) (1ère partie)


Le baptême (1/2) : l’élection, la conversion (et la sanctification)

Lectures bibliques : Es 43, 1-7 ; Mc 1, 1-15 ; Rm 6, 3-11 
Thématique : Le sens du baptême à travers quelques gros mots de la théologie : l’élection et la conversion (la repentance, la justification, la régénération)

Prédication = voir plus bas, après les lectures


Es 43, 1-7 ; Mc 1, 1-15 ; Rm 6, 3-11

- Es 43, 1-7

Mais maintenant, ainsi parle le SEIGNEUR
qui t'a créé, Jacob,
qui t'a formé, Israël :
Ne crains pas, car je t'ai racheté,
je t'ai appelé par ton nom, tu es à moi.

2Si tu passes à travers les eaux, je serai avec toi,
à travers les fleuves, ils ne te submergeront pas.
Si tu marches au milieu du feu, tu ne seras pas brûlé,
et la flamme ne te calcinera plus en plein milieu,

3car moi, le SEIGNEUR, je suis ton Dieu,
le Saint d'Israël, ton Sauveur.
J'ai donné l'Egypte en rançon pour toi,
la Nubie et Séva en échange de toi

4du fait que tu vaux cher à mes yeux,
que tu as du poids et que moi je t'aime ;
je donne donc des hommes en échange de toi,
des populations en échange de ta personne.

5Ne crains pas, car je suis avec toi,
depuis le levant je ferai revenir ta descendance,
depuis le couchant je te rassemblerai.

6Au nord je dirai : « Donne »,
et au midi : « Ne retiens pas !
Fais revenir mes fils du pays lointain
et mes filles de l'extrémité de la terre,

7tous ceux qui sont appelés de mon nom
et que j'ai, pour ma gloire, créés, formés et faits !

- Mc 1, 1-15

1Commencement de l'Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu : 2Ainsi qu'il est écrit dans le livre du prophète Esaïe,
Voici, j'envoie mon messager en avant de toi,
pour préparer ton chemin.

3Une voix crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
rendez droits ses sentiers.

4Jean le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés. 5Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés. 6Jean était vêtu de poil de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. 7Il proclamait : « Celui qui est plus fort que moi vient après moi, et je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la lanière de ses sandales. 8Moi, je vous ai baptisés d'eau, mais lui vous baptisera d'Esprit Saint. »

9Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. 10A l'instant où il remontait de l'eau, il vit les cieux se déchirer et l'Esprit, comme une colombe, descendre sur lui. 11Et des cieux vint une voix : « Tu es mon Fils bien-aimé, il m'a plu de te choisir. »

12Aussitôt l'Esprit pousse Jésus au désert. 13Durant quarante jours, au désert, il fut tenté par Satan. Il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient.

14Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait l'Evangile de Dieu et disait : 15« Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s'est approché : convertissez-vous et croyez à l'Evangile. »

- Rm 6, 3-11

Ignorez-vous que nous tous, baptisés en Jésus Christ, c'est en sa mort que nous avons été baptisés ? 4Par le baptême, en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle. 5Car si nous avons été totalement unis, assimilés à sa mort, nous le serons aussi à sa résurrection. 6Comprenons bien ceci : notre vieil homme a été crucifié avec lui pour que soit détruit ce corps de péché et qu'ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. 7Car celui qui est mort est libéré du péché. 8Mais si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. 9Nous le savons en effet : ressuscité des morts, Christ ne meurt plus ; la mort sur lui n'a plus d'empire. 10Car en mourant, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes ; vivant, c'est pour Dieu qu'il vit. 11De même vous aussi : considérez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus Christ.



Prédication de Pascal LEFEBVRE / Tonneins, le 04/08/12 / Culte avec baptêmes

La Bible nous donne aujourd’hui matière à réfléchir sur les différentes facettes du baptême chrétien, ainsi que sur plusieurs aspects fondamentaux de la vie du croyant.
Je vous propose aujourd’hui une méditation en forme de « petite catéchèse », pour aborder le baptême comme une introduction à la vie de foi, à travers quelques « gros mots » de la théologie dont nous allons essayer d’éclaircir le sens : « l’élection » (A), « la conversion » (B), « la sanctification » (C).

(A) Tout d’abord, il est question, dans ces passages de la Bible, de la notion d’« élection ».
L’élection, c’est un terme qui désigne le choix de Dieu, le fait que Dieu choisisse un « lieu » pour y demeurer.
Ce « lieu » n’est pas un temple de pierre, mais c’est nous-mêmes, c’est notre personne que Dieu choisit (1 Co 3, 16 ; Ep 2, 22), pour nous prendre à son service, pour y placer son image et son nom.
L’élection, avec la création et l’alliance, fait partie des thèmes majeurs qui définissent la relation de Dieu avec son peuple : le peuple élu, Israël d’abord, puis, à travers les nations, tous les croyants qui mettent leur confiance en Dieu.

Si Dieu élit les croyants, s’il les appelle à son service, c’est pour qu’ils soient saints (Lv 19, 2 ; Ep 1,4), qu’ils lui appartiennent, et qu’ils héritent du Royaume (Jc 2,5).
Pour l’évangéliste Matthieu (cf. Mt 22, 14), ceux que Dieu appelle à son service, au service de son Royaume (de ce monde nouveau de fraternité, de justice et de paix que Dieu veut pour l’humanité) doivent se montrer dignes de la grâce de Dieu en pratiquant la justice et l’amour du prochain.
La conviction de l’évangéliste (qui témoigne de l’enseignement de Jésus), c’est que tous les hommes sont appelés, tous les hommes reçoivent la grâce première de Dieu, mais que tous ne souhaitent pas répondre à cet appel, tous ne veulent pas vivre de cette grâce (cf. Mt 22, 14 ; Mt 25, 31-46).
Ceux que Matthieu nomme les élus sont ceux qui ont été appelés et qui ont choisi de répondre à l’amour de Dieu.

Le sacrement du baptême dit cette grâce première de Dieu.
Le livre d’Esaïe nous rappelle le sens de cette élection :
« Ne crains pas – dit le Seigneur – car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi.
Si tu passes à travers les eaux, je serai avec toi […] car moi, le Seigneur, je suis ton Dieu, le Saint d’Israël, ton Sauveur » (Es 43, 1-3).

C’est cette conviction qui anime les croyants : Nous ne sommes pas seuls. Nous n’arrivons pas de nulle part dans l’existence. Quelque chose – ou plutôt quelqu’Un – nous précède et chemine à nos côtés. Nous sommes précédés de l’amour de Dieu, de sa Parole de grâce qui nous accueille tels que nous sommes, gratuitement et inconditionnellement.
C’est cette Parole que le sacrement du baptême rend visible par l’eau qui vient caresser le front du baptisé comme une parole d’amour liquide qui viendrait le couvrir et l’envelopper d’un habit d’amour et de lumière offert par Dieu.

C’est le 1er point que nous pouvons retenir :
Le baptême est le signe de l’amour et de la grâce de Dieu.
Il nous rappelle que nous sommes aimés de Dieu, que Dieu nous accueille comme ses enfants.

(B) À côté de cette notion d’élection dont Esaïe nous rappelle la force et la profondeur… la deuxième notion que le début de l’évangile de Marc introduit est celle de « conversion » (cf. Mc 1, 4 & 15).
Pour qu’elle nous paraisse plus clair, je vous propose de la découper en trois aspects : la repentance (B1), la justification (B2), la régénération (B3).

(B1) La grâce de Dieu nous est offerte, mais la grâce de Dieu résonne aussi comme un appel : un appel à vivre de cette grâce, un appel à sortir de nos errements, de nos enfermements, de notre esclavage… pour vivre une existence véritablement libre, en relation avec Dieu.
Le premier aspect de la conversion est celui que fait résonner Jean le Baptiste en « proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés » (Mc 1, 4).

Souvent, nous avons du mal avec cet aspect qu’on appelle « la repentance », peut-être parce que nous ne comprenons pas toujours ce que désigne le « péché » ou peut-être parce que nous avons une image négative de la « repentance », comme s’il s’agissait de faire pénitence, de « se fouetter » ou de se culpabiliser.

Dans notre monde contemporain, le mot « péché » est complètement tombé en désuétude. Et lorsqu’on essaie de l’utiliser, la plupart du temps, il prête à confusion et à un certain nombre de malentendus.
Il ne faut pas confondre « le péché » et « les péchés ».
Le péché n’est pas d’abord une faute morale, mais un état qui résulte de notre éloignement, de notre séparation d’avec Dieu… et qui correspond plus ou moins à une vie sans Dieu, à une existence sans préoccupation ultime, sans véritable relation avec notre fondement créateur.

En hébreux, le mot « péché » signifie « rater sa cible », « manquer son but ».
Or, manquer quelqu’un, manquer sa relation avec un autre, cause forcément un dommage : au minimum, cela nous fait perdre l’occasion d’une belle rencontre. Mais si ce quelqu’un est Dieu, on imagine les conséquences. Celui qui manque Dieu passe à côté de sa vocation d’enfant de Dieu, il passe à côté de l’essentiel : de la découverte de sa véritable humanité en relation avec le Père Eternel.

Pour mieux comprendre ce que recouvre le « péché », le théologien luthérien Paul Tillich le découpe en trois strates relationnelles (par rapport à Dieu, à soi-même et aux autres) :
- Premièrement, le péché est incroyance ou incrédulité. C’est le contraire de la foi. Il s’agit de l’acte ou de l’état de l’homme qui n’a besoin de personne et surtout pas de Dieu… qui se revendique dans une pleine indépendance, une totale autosuffisance, une complète autonomie… et qui, de ce fait, se détourne de Dieu, pour se tourner vers lui-même.
- Deuxièmement, le péché est « hubris », c’est-à-dire « élévation de soi », par laquelle l’homme se fait le centre de lui-même et de son monde.
Au lieu de reconnaître sa dépendance et sa finitude, l’homme – devenu « étranger » à Dieu – s’élève lui-même jusqu’à la sphère du divin. Le livre de la Genèse révèle ce désir caché de l’homme d’être comme Dieu. L’hubris y apparaît quand le serpent promet à Eve que manger du fruit de l’arbre de la connaissance fera de l’homme l’égal de Dieu (cf. Gn 3, 5).
- Enfin, troisièmement, le péché est concupiscence. Après s’être décentré de Dieu (c’est l’incroyance) et posé comme centre (c’est l’élévation de soi), la concupiscence désigne la convoitise illimitée de l’homme qui veut inclure en lui l’ensemble de son monde, en s’accaparant toute chose, en ramenant la réalité à lui-même, en attirant tout à lui.
Mais cette volonté de toute-puissance aboutit à la chosification des autres, qui ne sont plus considérés comme des personnes, des sujets, mais comme des objets au service de l’égocentrisme de celui qui se met au centre.
Pour Tillich, le péché – qui vient entraver et pervertir la relation à Dieu, à soi-même, et aux autres – conduit à un processus de déshumanisation des personnes et finalement à un mécanisme d’autodestruction.

Par ailleurs, comme le péché est universellement répandu, il se trouve amplifié par la logique du mimétisme et de la répétition.
Bon nombre de théologiens (à la suite de l’apôtre Paul) ont ainsi parlé de la « puissance du péché », comme d’un phénomène « diabolique », c’est-à-dire comme quelque chose qui « divise » fondamentalement les personnes entre elles et en elles-mêmes.

Alors, que signifie le mot « repentance » par rapport à cette notion de péché, qui nous fait rater notre cible avec Dieu, avec nous-même et avec les autres ?
Par rapport au péché, la « repentance » est avant tout synonyme de « reconnaissance ». Se repentir, c’est d’abord confesser son péché, se reconnaître pécheur.
La repentance est le premier stade de la conversion.
Pour se retourner, pour changer d’orientation et de mentalité, il faut commencer par reconnaître qu’on s’est trompé de chemin.
La conversion commence par la reconnaissance de notre incrédulité, de notre orgueil et de notre convoitise.

Avec cette notion de repentance et de conversion, nous touchons au sens du baptême tel que Jean le Baptiste le pratiquait.
Qui dit « reconnaissance de notre péché » dit « reconnaissance de la grâce de Dieu » à laquelle nous n’avons pas su ou pas voulu répondre. La reconnaissance du péché va de pair avec la reconnaissance de l’amour premier de Dieu et celle de notre faiblesse et de notre incapacité à y répondre.

Dans le judaïsme du premier siècle, les croyants pratiquaient régulièrement des ablutions, des rites de purification ou des bains rituels. Le baptême de Jean n’a pas pour objet une purification rituelle, mais c’est un baptême de changement radical pour le pardon des péchés. Il s’articule avec une prédication musclée qui annonce l’arrivée d’un temps nouveau. Il proclame la justice de Dieu et demande un changement de comportement.
Il est reçu par ceux qui reconnaissent leur péché ; il atteste du pardon offert par Dieu ; il est signe de repentance et de conversion.
Ceux qui ont été baptisés sont appelés à produire du fruit digne de ce changement radical (cf. Mt 3, 8).

Certains éléments du baptême de Jean qualifie aussi le baptême chrétien : c’est un baptême que l’on reçoit, qui n’a lieu qu’une fois, qui témoigne d’un temps nouveau et qui engage à mener une vie nouvelle.

C’est le 2ème point que nous pouvons retenir :
Le baptême est lié à la conversion. Dieu nous invite à reconnaître notre éloignement et à répondre à son projet d’amour. Il attend de nous un changement de comportement, pour que, créés à l’image de Dieu, nous advenions à notre véritable humanité à sa ressemblance (cf. Gn 1).
Le baptême est la marque d’un appel qui nous invite à vivre une vie nouvelle, sous le signe de la gratuité, de l’amour de Dieu et du prochain.

(B2) Après la repentance – la reconnaissance de notre péché – un deuxième aspect de la conversion peut être abordé à travers la notion de « justification » ou d’« acceptation ».
C’est ce qu’on appelle « la justification par grâce par le moyen de la foi ».

La reconnaissance du péché nous conduit à demander pardon à Dieu et à accepter sa grâce. C’est là le cœur de la conversion : accepter de dépendre de la grâce de Dieu, de sa justice qui est extérieure à nous-mêmes ; accepter que Dieu nous offre gratuitement son amour et sa miséricorde, bien que nous soyons pécheurs et indignes.

Dans la justification, il y a deux éléments : Dieu opère la justification par grâce et nous la recevons dans la foi.
- Il y a d’abord l’acte gracieux de Dieu qui accueille l’homme pécheur malgré sa culpabilité… qui surmonte le péché… qui accepte l’homme, sans condition, malgré tout ce qui peut le séparer de Lui.
- Il y a ensuite l’acte de l’homme qui – par le moyen de la foi – accepte la miséricorde salvifique de Dieu.
Le croyant accepte d’être accepté par Dieu bien qu’il se sache inacceptable.

La justification relève d’une double acceptation. Elle relie (1) la grâce divine qui accepte et qui pardonne (sans raison, par amour) à (2) la foi qui accepte d’être accepté, d’être pardonné gratuitement. 
Il y a dans ce processus de salut (de pardon, de libération et de guérison) un élément paradoxal, qui est lié à l’initiative de Dieu qui surmonte le péché.
Malgré le péché, en dépit de son éloignement, l’homme est accepté par Dieu. Il est invité à recevoir cette acceptation, cette justification… à l’accepter et à en vivre.

L’homme est appelé à prendre part à la grâce de Dieu… à la bonté et à la gratuité qui caractérise le Père céleste, qui aime tout homme, qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes » (Mt 5, 45).

C’est le 3ème point que nous pouvons retenir :
Le baptême atteste du pardon du péché. Dieu surmonte le péché et justifie l’homme par grâce, par l’effet de sa bonté miséricordieuse.
Ainsi justifiés par la seule grâce de Dieu, nous sommes libérés des accusations, des fautes et des erreurs qui jalonnent notre histoire.
Nous pouvons vivre dans la foi et la liberté, car Dieu nous offre de recommencer.

(B3) Le troisième aspect de la conversion (après la reconnaissance de notre péché et l’acceptation du pardon) est celui de la « régénération » ou « participation ».

L’homme Jésus, le Christ, le Révélateur de Dieu, est venu manifester l’amour inconditionnel de Dieu.
Du fait de sa pleine communion avec Dieu, l’apôtre Paul dit que Jésus était sans péché (cf . 2 Co 5, 21). 
Parce qu’il était sans péché… parce qu’il vivait et agissait sous l’impulsion de l’Esprit de Dieu… Jésus a introduit dans notre monde une nouvelle réalité : il a rendu manifeste l’homme nouveau, le nouvel Adam, l’homme pleinement uni à Dieu, en parfaite communion avec Lui.
Le croyant est invité à prendre part – à participer – à cette nouvelle réalité, à cette nouvelle humanité totalement unie à Dieu.
Il est appelé à se laisser saisir par le Christ… à se laisser régénérer en prenant part à la vie du Christ.
C’est ce que Paul appelle « être en Christ ».

La régénération ou participation au Christ… à la vie du Christ – à sa communion avec Dieu, à sa mort et sa résurrection – introduit une autre signification du baptême.
Paul exprime cette compréhension de deux manières :

- D’abord, dans l’épître aux Galates, le baptême est comparé à un vêtement. Par le baptême, le croyant revêt le Christ.
Voici ce que dit Paul : « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ » (Ga 3, 27). 

Nous savons bien que le vêtement est une marque d’identité. La façon dont nous nous habillons est une manière de parler de nous-mêmes, de nous présenter.
En disant que par le baptême, nous avons revêtu le Christ, ce que Paul veut dire c’est que notre identité se trouve désormais en Christ.
Nous n’avons plus à chercher ailleurs le fondement de notre existence. Il nous est offert par notre participation au Christ.

- Ensuite, dans l’épître aux Romains, Paul parle du baptême comme d’une mort qui nous associe à celle du Christ, pour nous faire renaître à une vie nouvelle :
«  Par le baptême, en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle » (Rm 6, 4).

Pour Paul, Jésus Christ est venu manifester le salut – la libération et la guérison – que Dieu offre aux hommes. Mais le Christ n’a pas seulement révélé ce salut, au cours de son existence terrestre, dans sa vie relationnelle et sociale (en libérant, en soignant, en aimant ceux qu’il rencontrait). Il a aussi manifesté le salut de Dieu par sa résurrection par-delà la mort.
Cet événement n’est pas seulement un événement passé. Si Dieu a ressuscité Jésus Christ, cela indique qu’il vit désormais d’une vie nouvelle dans la gloire de Dieu.
Par la foi, nous pouvons d’ores et déjà prendre part à cet événement, nous pouvons participer à la mort et la résurrection de Jésus Christ, et ainsi entrer dans une dynamique nouvelle, dans une vie nouvelle.

En participant à la vie du Christ, à sa communion avec le Père, nous crucifions en nous le vieil homme (cf. Rm 6, 6-11), nous engloutissons l’homme pécheur éloigné de Dieu, pour renaître à une vie nouvelle : une vie en relation avec Dieu, réconciliée avec Lui.
Par cette communion au Christ, nous choisissons la vie : une vie libre et responsable qui nous permet d’être en accord avec la volonté de Dieu : en vivant l’Evangile, en cherchant la justice, en nous engageant en faveur du prochain.
C’est cette participation à la vie du Christ, à sa mort et à sa résurrection, signe d’une vie nouvelle, qui fait dire à Paul : « Avec Christ, j’ai été crucifié.  Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi » (Ga 2, 19-20).

C’est le 4ème point que nous pouvons retenir :
Le baptême est reçu au nom du Christ. En étant baptisés, nous sommes associés à la vie, à la mort et à la résurrection de Jésus Christ. Le baptême nous rappelle que le fondement de notre histoire ne se situe pas en nous-mêmes, mais dans le Dieu de Jésus Christ, qui nous apporte le salut et nous ouvre à l’espérance.

Ainsi, la conversion – à travers ses trois étapes : la reconnaissance de notre péché (la repentance), l’acceptation du pardon de Dieu (la justification par grâce) et l’entrée dans une dynamique nouvelle par la participation à la vie du Christ (la régénération) – nous conduit à un changement radical d’orientation, à une véritable révolution copernicienne.
En nous inscrivant dans la relation à Dieu, à la suite de Jésus Christ, nous nous libérons de notre égocentrisme… nous cessons de tout ramener à nous-mêmes… nous cessons d’avoir besoin de nous mettre au centre, de nous justifier en permanence.
Libérés dans la foi, nous pouvons désormais placer Dieu et le prochain – le Royaume et la justice – au centre de nos préoccupations.

Ce que représente l’eau dans la Bible peut nous aider à comprendre ce passage de la mort à la vie évoqué par Paul.
D’une part, l’eau peut être symbole de mort. C’est l’eau du déluge et de la tempête.
L’eau du baptême dit la mort de Jésus Christ qui nous délivre de nos morts, de nos peurs et de nos enfermements.
D’autre part, l’eau est aussi un symbole de vie. Elle est source et condition de toute vie.
L’eau du baptême dit la résurrection de Jésus Christ qui nous appelle au renouvellement de notre vie, à la nouvelle naissance, à l’accueil et à l’espérance.

Nous avons été baptisé une fois, mais nous devons continuellement être baptisés par la foi. Avec le Christ, nous devons toujours mourir à l’orgueil, à l’égoïsme et à l’indifférence, et avec le Christ, nous devons toujours renaître à l’espérance, à la confiance, au pardon et à l’amour de Dieu.

(C) Pour finir cette méditation à la fois sur le baptême et la vie chrétienne, il manque encore une dernière étape – une dernière notion –  pour cheminer dans cette dynamique, dans cette vie nouvelle : c’est la « sanctification », comme « processus de transformation ».

La notion de « sanctification » nous donne le sens du baptême chrétien dans la durée : le baptême est lié à la promesse de l’Esprit, au don de l’Esprit saint… c’est-à-dire à l’action de l’Esprit de Dieu qui agit en nous, intérieurement, au cœur de notre être, pour nous transformer en profondeur, pour changer nos mentalités et nos comportements, et pour porter autour de nous ce changement et cette nouveauté de vie.

Je ne vais pas développer davantage cette notion qui sera à elle seule l’objet d’une prochaine méditation, mais ce que nous montre le début de l’évangile de Marc, c’est la manière dont Dieu agit dans notre monde.
En revêtant Jésus de son Esprit, en faisant de lui le Christ, le porteur de l’Esprit, Dieu (qui est Esprit) nous révèle la manière dont il intervient dans notre histoire.
Ce n’est pas par magie, en restant en haut du ciel, mais c’est dans l’en bas de nos vies, par son Esprit, par le don de son souffle créateur et régénérateur, que Dieu agit, qu’il prend chair, qu’il s’incarne, qu’il intervient dans les êtres.
Dieu choisit l’homme. Il choisit Jésus et il nous choisit. Il choisit d’agir avec nous, à travers nous, en nous, dans l’en-bas de nos vies, en nous donnant son souffle, pour que nous soyons ses bras et ses mains qui accueillent et qui façonnent son Royaume.

Par le don de son Esprit, Dieu se fait intime, Dieu se fait proche.
Il vient incognito se loger dans le creux de l’humain, pour autant que l’homme s’ouvre à lui, qu’il lui laisse de la place.
C’est par son Esprit que Dieu intervient ; c’est par lui qu’il nous transforme. C’est un processus de longue haleine, qui s’inscrit tout au long de l’existence.

Il ne s’agit pas seulement de se convertir, de changer de mentalité et de s’ouvrir à une nouveauté de vie, mais il s’agit de tenir bon dans cette dynamique, de s’enraciner dans un processus de transformation dont le baptême n’est que le commencement et qui dure toute la vie.
La sanctification est ce processus de transformation positive de l’individu qui s’opère progressivement sous l’action de l’Esprit saint. Il ne s’opère que dans la mesure où le croyant, dans sa liberté, accepte de s’ouvrir à l’action de l’Esprit, accepte de le laisser agir en lui.

C’est le 5ème point que nous pouvons retenir pour aujourd’hui :
Le baptême annonce l’Esprit saint. L’Esprit saint vient opérer en nous un processus de transformation, de sanctification.
Il vient témoigner en nous de ce que nous sommes « enfants de Dieu » (Rm 8, 16).
L’Esprit saint est le souffle qui nous fait appeler Dieu : Père (Rm 8, 15 ; Ga 4, 6), qui rend vivant l’Evangile au cœur de notre existence, qui nous permet d’en vivre et d’en témoigner autour de nous.

Conclusion :

Alors, Frères et Sœurs, en ce jour de joie pour ces trois baptêmes, souvenons-nous que le baptême est une ouverture, un commencement riche de promesses.
Il offre un condensé de la vie chrétienne et nous inscrit dans un cheminement, dans une dynamique de vie et de transformation.

Demandons à Dieu qu’il renouvelle en nous, jour après jour, la grâce et la dynamique de notre baptême, afin que, par l’action de son Esprit, notre vie soit transformée et rayonnante de son amour.