dimanche 23 août 2026

Que ferons-nous de ce qui nous est confié ?

Lectures bibliques : Mt 25, 14-30 ; Lc 12, 13-21 ; 1 P 4, 10 (= voir en bas de cette page)
Thématique : Que ferons-nous de ce qui nous est confié ?
Prédication de Pascal LEFEBVRE / le 23/08/26 - Bordeaux, temple du Hâ

La parabole des « talents » est sans doute l’une des paraboles de Jésus que nous croyons bien connaître.
Un talent - à l’origine - c’est une très grosse somme d'argent. Mais en français, le mot « talent » a fini par désigner aussi une capacité, un don, une aptitude. Et ce double sens peut nous aider à entendre cette parabole…

En l’entendant, on imagine comprendre assez vite ce qu’elle signifie : Dieu nous a donné des talents et des capacités… et nous sommes invités à les faire fructifier.

Alors nous commençons à nous demander :
« Quels sont mes talents ? » « Qu’est-ce que je sais faire ? »
« Est-ce que les utilise vraiment ? » « Est-ce que j’en fais assez ? »

Mais lorsqu’on écoute vraiment cette parabole, quelque chose résiste. Car Jésus ne raconte pas l’histoire de trois hommes qui ont reçu les mêmes possibilités…. L’un reçoit cinq talents, l’autre deux, le troisième un seul…. Et surtout, aucune consigne précise n’est donnée à ceux qui les reçoivent… 

Le maître part…. Il leur confie ses biens… et il s’en va.
Et c’est peut-être là que se joue l’un des enjeux de cette parabole : 

Que faisons-nous de ce qui nous est confié, lorsque personne ne nous dit exactement ce que nous devons en faire ?


Car il y a une chose que nous avons peut-être tendance à oublier : nous ne recevons pas seulement des capacités. Nous recevons une vie tout entière à faire fructifier.… du temps, des possibilités de rencontres, des relations, des charismes, des responsabilités… des occasions d’aimer, de servir, de créer, de transmettre.

Et nous ne savons pas toujours, au départ, ce que nous pouvons faire de tout cela… Il y a des choses que nous ne découvrons qu’en chemin.

Bien souvent, nous croyons que nous devons d’abord savoir « qui nous sommes » et développer nos capacités, pour pouvoir agir…. Mais peut-être est-ce l’inverse : peut-être est-ce en osant agir… en nous engageant… que nous découvrons ce dont nous sommes capables.

C’est peut-être cela que la parabole veut nous faire entendre : 
Dieu nous confie quelque chose… Il est comme un maître qui part pour un long voyage… et qui nous fait suffisamment confiance pour nous laisser libres d’en faire quelque chose de bon.

Alors la question n’est peut-être pas d’abord : « Quels sont mes talents ? »… Mais : « Qu’est-ce que je vais faire de ce qui m’a été confié ?… Est-ce que je fais suffisamment confiance à celui qui m’a confié des dons, pour oser m’en servir ? … et est-ce que je me fais confiance à moi-même… pour découvrir et utiliser les potentialités reçues ? »

I. Dieu nous fait confiance : il nous confie quelque chose


Regardons d’abord le début du texte et ce que fait le maître dans cette parabole.… Jésus nous dit : « Il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. »… Il ne s’agit pas d’un prêt… mais d'un don ! 

« Confier », c’est remettre quelque chose entre les mains de quelqu’un, en lui faisant confiance.

Comme nous l’avons vu… le maître ne donne aucune consigne précise à ses serviteurs. Il ne leur dit pas à ce qu’ils doivent faire de ces talents. Il leur donne… et il part… Il laisse le choix… Il leur laisse une responsabilité et une pleine liberté.

C’est déjà une manière assez étonnante de parler de Dieu.

Nous imaginons facilement un Dieu qui commande, qui surveille, qui juge, qui attend de nous que nous fassions correctement ce qu’il nous a demandé…. Mais dans cette parabole, Dieu apparaît d’abord comme celui qui fait confiance.

Il remet quelque chose entre nos mains et il nous laisse pleinement libres d’en faire quelque chose ou pas. 

Et cela change déjà notre manière de regarder notre existence et notre rapport à Dieu…. La question n’est plus de savoir : « Qu’est-ce que Dieu attend de moi ? »… mais : « Qu’est-ce que Dieu m’a confié ? »

Ce n’est pas vraiment la même question : La première peut nous placer sous le regard d’un Dieu qui exige…. La seconde nous place devant un Dieu qui fait confiance.

Et ce qui nous est confié n’est pas nécessairement extraordinaire ou spectaculaire… Cela peut être une aptitude, une capacité, une qualité, une responsabilité… ou encore une relation, une personne rencontrée sur notre chemin, une famille… ou simplement une parole que nous pouvons prononcer, un geste que nous pouvons poser.

Parfois, nous découvrons seulement après coup que quelque chose nous avait été confié… Nous le découvrons, parce que cela nous a permis d’initier quelque chose d’autre… de faire preuve de créativité…

C’est justement ce que nous montrent les deux premiers serviteurs : Le premier avait reçu cinq talents : il en gagne cinq autres… Le deuxième en avait reçu deux : il en rapporte deux autres. 

Lorsque le maître revient vers eux, pour prendre des nouvelles… les serviteurs ne lui rendent pas simplement ce qu’ils avaient reçu au départ…  Ils lui présentent quelque chose de nouveau… d’autres talents… Et cela est très important…

Quelque chose s’est donc passé entre le moment où le maître leur a confié ses biens et celui où il revient : Ils ont agi… Ils ont pris des initiatives… Ils ont accepté de prendre des risques…. Ils ont peut-être essayé, peut-être échoué et recommencé… la parabole ne le dit pas… Mais en faisant fructifier ce qui leur avait été confié, ils ont découvert ce qu’ils étaient capables d’en faire… Ils ont fait apparaître quelque chose qui n’existait pas encore.

C’est là que la parabole peut rejoindre notre propre expérience :

Nous ne sommes pas toujours conscients de ce que nous avons reçu… et nous ne savons pas toujours, au départ, ce que nous sommes capables de devenir… Nous le découvrons en chemin… en nous engageant dans l’existence… 

Un enfant ne sait pas nécessairement qu’il saura un jour enseigner, soigner, construire, écouter, consoler, créer, accompagner.

Un jeune adulte ne connaît pas nécessairement sa vocation…. Et même plus tard, dans la vie, nous pouvons découvrir en nous des ressources que nous ne soupçonnions pas.

Il faut parfois qu’une situation nous oblige à sortir de nous-mêmes, à explorer nos potentialités, à nous dépasser, pour découvrir que nous étions capables de quelque chose.

Il faut parfois qu'une personne nous fasse confiance, nous encourage, pour que nous commencions à avoir confiance en nous-mêmes.

Il faut parfois simplement oser commencer… et alors quelque chose de nouveau apparaît, au fur et à mesure…

C’est pourquoi, à mon avis, la leçon de cette parabole n’est pas utilitariste, productiviste, ni « capitaliste » : Elle ne dit pas seulement « Faites fructifier vos talents. »… Elle nous suggère quelque chose de plus profond : Elle nous appelle avant tout à la confiance ! 

Et elle nous rappelle que : ce qui nous est confié peut devenir, entre nos mains, autre chose.

En d’autres termes… Dieu ne nous donne pas toute notre vie déjà faite, clés en mains, avec toutes les réponses et toutes les instructions. Il ne nous demande pas, non plus, de conserver intact ce qu’il nous donne…. Il nous demande d’avoir suffisamment confiance en Lui et en nous, pour l’utiliser et le faire vivre…. Car en le faisant vivre, nous prenons le risque - positif - de découvrir notre propre chemin.

Jésus appelle ainsi les disciples à entrer dans une relation de confiance avec le Père céleste : les choses ne sont pas écrites d’avance… Dieu nous confie quelque chose…. Et c’est à nous d’oser découvrir ce que cette confiance peut faire naître.

II. La peur peut nous faire enterrer notre vie

Cette manière de lire la parabole semble confirmée par l’attitude du troisième serviteur…. qui sert ici de « contre-modèle ». 

Lui aussi a reçu quelque chose… Un seul talent, certes… Mais un talent tout de même !

Et que fait-il ? Il creuse un trou dans la terre, y dépose le talent et attend…. Et lorsque le maitre revient pour prendre des nouvelles, il explique très simplement : « J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. »

Remarquez qu’il ne dit pas : « voici le talent que tu m’as donné »… mais « voici ton talent… ton bien… prends ce qui est à toi. »… Cela signifie qu’il n’a jamais accueilli ce cadeau comme un don… Il est resté méfiant ! 

D’ailleurs, il l’avoue explicitement : « J’ai eu peur » dit-il !… C’est cette peur qui l’a figé et paralysé. 

Le problème du troisième serviteur… ce n’est donc pas d’avoir gaspillé ce qu’on lui avait confié… ce n’est pas d’avoir échoué… mal agi… raté ou perdu quelque chose… Son problème, c’est qu’il ne l’a même pas utilisé !… Il a voulu le conserver… et éviter le risque… par peur… Et c’est ainsi qu’il a fini par ne rien en faire.

Il a tellement voulu ne rien perdre qu’il a fini par ne plus rien vivre.

N’est-ce pas quelque chose que nous connaissons, nous aussi ?
La peur de se tromper… la peur de ne pas être à la hauteur.
La peur du regard des autres… la peur de l’échec.

Alors nous préférons parfois ne rien risquer. Nous appelons cela la prudence, la sagesse, le réalisme…  ou le principe de précaution… Mais il existe une prudence qui finit par devenir une manière de se protéger de la vie elle-même.

Au fond… l’attitude de ce troisième serviteur nous interroge nous-mêmes : 

Qu’est-ce que la peur peut parfois me faire enterrer ?

Une parole que je n’ai pas osé prononcer ?
Un projet ? Un rêve ? … Une relation ? Une capacité ?
Une possibilité d’aimer ou de m’engager ?

Encore une fois… le problème n’est pas seulement ce que nous faisons de travers…. Il y a aussi ce que nous ne faisons pas, par peur, par confort, par conformisme ou simplement parce que nous préférons la sécurité à l’inconnu.

Mais la parabole va plus loin… car elle indique l’origine, la raison de cette peur : « je savais que tu es un homme dur » dit-il. 

Voilà l’image que ce serviteur se fait de son maître… Et cette image détermine son comportement.

Il croit avoir affaire à un maître dur, exigeant, intransigeant. Alors il a agi par peur… en se figeant… et en voulant protéger ce qui lui avait été confié.

Son problème n’est donc pas seulement son attentisme et son immobilisme… c’est son manque de foi… ou plutôt sa « mauvaise foi » : ce qu’il croit au sujet de son maître.

Parce qu’il ne lui fait pas confiance…il ne fait pas, non plus, confiance à la vie.

Mais, en préférant la sécurité… il récolte, finalement, ce qu’il avait lui-même annoncé…. : Il croyait avoir affaire à un maître dur…. Et, du coup, il découvre un maître dur.

On pourrait presque dire qu’il rencontre le Dieu auquel il croit…. Non pas parce que Dieu serait réellement Celui qu’il imagine… mais parce que l’image que nous nous faisons de Dieu peut, d’une certaine manière, se concrétiser dans notre mental… et devenir une réalité qui fige notre manière de vivre.

- Nous pouvons croire en un Dieu qui nous condamne, et vivre comme des condamnés.
- Nous pouvons croire en un Dieu qui exige, et passer notre vie à essayer de mériter.
- Ou nous pouvons croire en un Dieu qui nous fait confiance, et découvrir alors une liberté nouvelle.

Ainsi, ce troisième serviteur ne nous interroge pas seulement sur ce que la peur peut nous faire rater comme occasions… il nous questionne aussi sur notre foi… sur l’image que nous pouvons avoir de Dieu…
 
Qu’est-ce que je crois lorsque je dis : « Je crois en Dieu » ?

Un Dieu dont je dois constamment me méfier ?… Ou celui qui me dit : « Je te fais confiance. Je te confie quelque chose. À toi maintenant de le faire vivre. »

La foi ne nous protège pas de l’erreur… Elle ne supprime pas le risque…. Elle nous donne simplement un élan : le courage de ne pas laisser la peur décider à notre place.

Elle nous pousse à la confiance et à l’audace… puisque nous nous savons aimés par quelqu’un qui nous veut du bien !… et non surveillé par quelqu’un qui nous attendrait au tournant…

III. Faire fructifier n’est pas accumuler : le don devient don pour les autres

Mais il y a encore quelque chose à comprendre…  Car si nous nous arrêtons là, nous pourrions encore mal entendre cette parabole…

Nous pourrions entendre : « Dieu nous a donné des capacités. Il faut oser… les développer, être audacieux, réussir, produire davantage. »

Et nous retrouverions très vite, dans l’Évangile, quelque chose qui ressemble étrangement à notre monde…. Un monde qui nous demande sans cesse d’être plus efficaces, plus performants, plus productifs…. Un monde où chacun est invité à développer ses compétences, à optimiser son potentiel, à faire fructifier son « capital ».

C’est pourquoi la parabole du riche insensé, dans l’évangile de Luc, vient apporter un contrepoint précieux… à une lecture utilitariste ou « capitaliste » de la parabole des talents. 

De quoi s’agit-il dans cette petite histoire ?  D’un homme riche… qui, lui, a tout fait comme il faut… en tout cas, au début de l’histoire… il a tellement su faire fructifier ce qu’il avait reçu… qu’il se trouve dans la surabondance… Sa terre a tellement produit qu’il ne sait plus où mettre sa récolte. 

Voyez qu’il n’a pas enterré son bien. Au contraire, il l’a fait fructifier…. Et pourtant, quelque chose ne va pas… Il tombe dans un autre écueil… 

Lequel ?… 
non pas la peur… mais l’égoïsme et l’avidité.

Son problème, c’est qu’il ne pense qu’à lui… Il ne parle qu’à son âme : « Je vais démolir mes greniers et j’en construirai de plus grands. J’y amasserai toute ma récolte et tous mes biens. »

Mes greniers. Ma récolte. Mes biens…. 

Il est doué… Il a largement su faire fructifier ce qu’il a reçu… mais il n’a pas appris à donner… à vivre dans la générosité et le partage…

Voilà qui complète bien la parabole des talents : 
- Dans la parabole de Matthieu, le danger est d’enterrer le don par peur.
- Dans celle de Luc, le danger est presque inverse : c’est de le faire fructifier, mais seulement pour soi.

L’Évangile nous invite ainsi à sortir de ces deux enfermements… la peur ou la soif de possession. 

Et c’est la raison pour laquelle ces textes bibliques ont encore une grande actualité… car ces deux écueils représentent ce qu’inconsciemment nous vivons très souvent : 

- D’un côté, nous vivons sans cesse dans la peur… peur de l’imprévu, peur du lendemain, peur d’une nouvelle crise économique, écologique ou sanitaire… d’une nouvelle guerre… Pour y pallier nous avons inventé des mécanismes de défense et des « principes de précaution » qui finissent, en réalité, par étouffer toute initiative… 

- Et, d’un autre côté, nous sommes sans cesse appelés à consommer, à en vouloir « toujours plus »… nous vivons dans une éternelle course à la technologie, à la nouveauté, qui nous pousse à désirer tout ce qui se fait… pour le posséder et en jouir… comme si notre vie et notre bonheur en dépendaient. 

La peur et l’avidité sont à ainsi l’origine d’un grand nombre de nos actions… Mais, à bien y regarder, elles provoquent aussi la plupart de nos maux et nos malheurs….

C’est pourquoi ces deux paraboles sont à tenir ensemble… Elles nous bousculent et permettent de reformuler notre questionnement… 
Non pas seulement se demander : « Est-ce que j’ose entrer dans une dynamique de confiance… pour faire fructifier mes talents ? »… mais aussi : « Pour qui cela fructifie-t-il ? »

C’est précisément ce que nous rappelle la première lettre de Pierre :
« Que chacun mette au service des autres le don qu’il a reçu. »

Voilà peut-être la clé : Le don reçu devient vraiment un don… lorsqu’il passe par nous, pour rejoindre quelqu’un d’autre.

Notre temps, notre expérience, notre intelligence, notre créativité, notre argent, notre capacité d’écoute, notre foi elle-même… tout cela peut rester inexploité… ou peut être utilisé et développé, mais finalement rester enfermé en nous.

Ou alors…  tout cela peut aussi circuler… et rayonner… 

Une source ne garde pas son eau pour elle-même… elle coule vers ailleurs…

Une lampe, une lumière ne s’allume pas pour rester sous le boisseau - dira Jésus - mais pour briller et éclairer tous ceux qui sont dans la maison (cf. Mt 5,14-16). 

Ainsi en est-il de ce que Dieu nous confie : La grâce, l’amour, la confiance… sont appelés à circuler… 

Et c’est peut-être cela, finalement, une vie féconde :
Accepter de recevoir, sans posséder… oser, sans être certain de réussir… et donner, sans chercher à tout garder pour soi.

Dans la parabole de Matthieu…  les deux premiers serviteurs avaient au départ un nombre différent de talents… Il ne sont pas félicités simplement parce qu’ils ont multiplié un capital… mais parce qu’ils ont - tous les deux - accepté d’entrer dans un mouvement : ils ont reçu, ils ont osé, Ils ont crée… et quelque chose de nouveau est apparu… Et cela est certainement devenu fécond pour d’autres…

Et c’est cela qui compte… que la confiance devienne une dynamique… qu’elle devienne source de vie autour de nous… 

Conclusion : Recevoir, oser, donner

Pour conclure… chers amis… je crois que c’est bien la question que nous posent ces paraboles : celle de la foi… 

Aussi bien au niveau personnel que collectif… nous recevons des dons, des talents… Notre vie, nos relations, notre temps, nos capacités, nos responsabilités, nos possibilités… 

Nous ne savons pas toujours ce que nous avons reçu, et nous ne savons pas davantage ce que cela pourra devenir…. Mais nous sommes appelés à entrer dans la confiance de Celui qui la Source, à l’origine de ces dons… 

C’est là que nait la foi : dans cet acte d’oser faire confiance à Celui qui nous fait confiance.

Si nous avons reçu nombre de bonnes choses dans cette existence… c’est pour le multiplier et le partager… pour le rendre fécond pour d’autres… Car ce qui nous est donné n’est pas destiné à rester enfermé en nous.

La lettre de Pierre nous le rappelle : « Que chacun mette au service des autres le don qu’il a reçu. »

Alors peut-être que la vie chrétienne tient dans ce mouvement très simple : « recevoir, oser, donner ».
- Recevoir ce qui nous est confié, comme un cadeau. 
- Oser le faire vivre et en faire quelque chose de nouveau. 
- Et faire en sorte que ce qui nous a été donné puisse devenir, à travers nous, un don pour d’autres.

Je crois Dieu ne nous demande pas d’abord d’être performants…. Il nous fait confiance… et nous invite à vivre de cette confiance… pour la faire rayonner… pour que la vie, à travers nous, puisse devenir vie pour d’autres.

Qu’il en soit ainsi, chers amis ! 
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Lectures bibliques


Matthieu 25, 14-30 - Jésus parle du Royaume des cieux en parabole - Les talents


14 « En effet, il en va [du Royaume des cieux] comme d’un homme qui, partant en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens. 15 A l'un il remit cinq talents, à un autre deux, à un autre un seul, à chacun selon ses capacités ; puis il partit. Aussitôt 16 celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla les faire valoir et en gagna cinq autres. 17 De même celui des deux talents en gagna deux autres. 18 Mais celui qui n'en avait reçu qu'un s'en alla creuser un trou dans la terre et y cacha l'argent de son maître. 

19 Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et leur fit rendre compte. 20 Celui qui avait reçu les cinq talents s'avança et en présenta cinq autres, en disant : “Maître, tu m'avais confié cinq talents ; voici cinq autres talents que j'ai gagnés.” 21 Son maître lui dit : “C'est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, sur beaucoup je t'établirai ; viens te réjouir avec ton maître.” 22 Celui des deux talents s'avança à son tour et dit : “Maître, tu m'avais confié deux talents ; voici deux autres talents que j'ai gagnés.” 23 Son maître lui dit : “C'est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, sur beaucoup je t'établirai ; viens te réjouir avec ton maître.” 

24 S'avançant à son tour, celui qui avait reçu un seul talent dit : “Maître, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes où tu n'as pas semé, tu ramasses où tu n'as pas répandu ; 25 par peur, je suis allé cacher ton talent dans la terre : le voici, tu as ton bien.” 26 Mais son maître lui répondit : “Mauvais serviteur, timoré ! Tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé et que je ramasse où je n'ai rien répandu. 27 Il te fallait donc placer mon argent chez les banquiers : à mon retour, j'aurais recouvré mon bien avec un intérêt. 

28 Retirez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui a les dix talents. 29 Car à tout homme qui a, l'on donnera et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera retiré. 30 Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres du dehors : là seront les pleurs et les grincements de dents.”

Luc 12, 13-21 - Parabole du riche insensé

16 Et il leur dit une parabole : « Il y avait un homme riche dont la terre avait bien rapporté. 17 Et il se demandait : “Que vais-je faire ? car je n'ai pas où rassembler ma récolte.” 18 Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j'en bâtirai de plus grands et j'y rassemblerai tout mon blé et mes biens.” 19 Et je me dirai à moi-même : “Te voilà avec quantité de biens en réserve pour de longues années ; repose-toi, mange, bois, fais bombance.” 20 Mais Dieu lui dit : “Insensé, cette nuit même on te redemande ta vie [ton âme], et ce que tu as préparé, qui donc l'aura ?” 21 Voilà ce qui arrive à celui qui amasse un trésor pour lui-même au lieu de s'enrichir auprès de Dieu. »

1 Pierre 4, 10 - Intendants de la grâce

10 Mettez-vous, chacun selon le don qu'il a reçu, au service les uns des autres, comme de bons administrateurs de la grâce de Dieu, variée en ses effets. (TOB)

[NBS : 10 Que chacun mette au service des autres le don qu'il a reçu de la grâce ; vous serez ainsi de bons intendants de la grâce si diverse de Dieu. ]

 

dimanche 2 août 2026

Il n'est jamais trop tard !

Lectures bibliques : Es 55, 6-11 ; Mt 13, 3-8 & 18-23 ; Mt 19, 27-30 & Mt 20, 1-16 = voir textes en bas de cette page
Thématique : Il n’est jamais trop tard - Quand la Grâce bouleverse nos calculs
Prédication de pascal LEFEBVRE - le 2 août 2026 - Bordeaux, temple du Hâ & le 9 août 2026 - Salies de Béarn

Il y a parfois des passages de l’évangile qui nous dérangent. La parabole des ouvriers de la vigne en fait partie. Chaque fois que nous l’entendons, la même question nous traverse : « Est-ce vraiment juste ? » 

Nous nous identifions volontiers aux ouvriers de la première heure, ceux qui ont travaillé toute la journée. Et nous comprenons leur réaction. Ne devraient-ils pas recevoir davantage que les autres ? 

Avant d’aborder cette question… prenons un peu de recul avec les autres textes que nous avons entendus… car ils montrent tous un même mouvement :

- Dans le livre d'Ésaïe, Dieu adresse un appel : « Cherchez le Seigneur pendant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le pendant qu’il est proche. »

Et un peu plus loin, le prophète compare la parole de Dieu à la pluie qui descend du ciel. Elle ne reste jamais sans effet. Elle arrose la terre, la féconde, la fait germer. Elle accomplit son œuvre, souvent d’une manière invisible, silencieuse et patiente.

- Puis, dans l’évangile de Matthieu, Jésus raconte l’histoire d’un semeur. 

Lui aussi sort de chez lui… pour agir, pour répandre largement la semence… sur les chemins, dans les pierres, parmi les ronces, mais aussi dans la bonne terre.

- Enfin, dans la parabole des ouvriers de la vigne, Jésus met en avant le dynamisme du personnage principal : un propriétaire qui ne cesse de sortir toute la journée pour embaucher… à cinq reprises… depuis l’aube… jusqu’à la dernière heure de la journée de travail. 

Dans les trois lectures, c’est toujours le même Dieu qui se met en mouvement… un Dieu qui ne reste pas à distance… qui cherche… qui appelle… qui vient à notre rencontre.

C’est peut-être cela, avant toute chose, la Bonne Nouvelle de l’Évangile : un Dieu, qui fait toujours le premier pas.

I. Dieu ne cesse de semer

Revenons un instant à cette première parabole : Jésus vient de raconter à la foule l’histoire d’un semeur. 

Et, spontanément, nous nous demandons quelle est la bonne terre (?). Nous cherchons à savoir de quel côté nous nous situons : en ce moment, quelle est la qualité de notre terrain ? Notre coeur est-il plutôt comme une terre fertile ?… comme un endroit pierreux ?… ou comme un lieu envahi par les ronces ?

En écoutant cette histoire… nous risquons de nous concentrer sur la question du terrain… Mais ce qui frappe d’abord, dans cette comparaison, c’est le semeur lui-même… C’est sa prodigalité : 

Il sème partout… Il ne retient pas sa main… Il ne sélectionne pas les meilleurs terrains… Il n’effectue pas de tri préalable…. Il ne dit pas : « Celui-ci est trop dur... celui-là est trop encombré... celui-ci ne vaut pas la peine... ».

Il sème ici et là… avec une générosité presque déraisonnable…. 

Cette image nous révèle déjà quelque chose de Dieu : 

Il ne réserve pas son Évangile à ceux qui sont parfaits… ou à ceux qui seraient déjà prêts à l’entendre. 

Il prend l’initiative… Il parle, quoi qu’on puisse entendre… Il continue d’espérer… Il ne cesse de croire en chacun de nous… Sa Grâce précède toujours notre réponse.

C’est exactement ce que dit aussi Esaïe : comme la pluie descend du ciel sans faire de distinction entre les champs, ainsi la parole de Dieu descend dans nos vies. Elle vient irriguer ce qui paraît sec, réveiller ce qui semblait endormi, faire naître une vie nouvelle, là où nous n’attendions plus rien.

Quelle magnifique espérance !

Nous avons parfois l'impression que les choses stagnent… qu’elles n’évoluent pas en nous... que certaines personnes resteront toujours enfermées dans leurs habitudes... ou que notre propre vie spirituelle manque de ferveur, de racines ou de conséquences… 

Pourtant… Dieu continue de semer… Il ne se lasse jamais d’agir… Il n’abandonne jamais un cœur humain.

Mais alors une question se pose : Si Dieu ne cesse de parler… Si sa parole est aussi vivante et efficace que la pluie qui féconde la terre… Pourquoi avons-nous le sentiment qu’elle transforme si peu notre existence ?

II. Nous ne sommes pas toujours prêts

La réponse de Jésus est d’une grande finesse psychologique… Il ne dit pas qu’il y aurait, d’un côté, les bonnes personnes, et de l’autre, les mauvaises… Il ne distribue pas des étiquettes…. Mais il permet de nous interroger sur nous-mêmes… 

Au fond… nous sommes, tour à tour, les différentes terres de la parabole.

Il y a des moments et des domaines où nous sommes ouverts… d’autres où nous résistons.

Il y a, en nous, des blessures… des peurs… des inquiétudes… mais aussi des désirs de maîtrise… des ambitions…. Et des habitudes.

Nous n’avons pas… ni la même ouverture… ni le même niveau de conscience… dans tous les domaines de notre vie… Et nous sommes parfois pris par de nombreuses préoccupations, qui monopolisent notre énergie et notre temps. 

Autrement dit… il y a des moments où nous ressemblons au chemin : Nous entendons une parole, mais elle reste à la surface de notre vie. Rien ne pénètre vraiment.

Il y a d’autres moments où nous sommes comme un terrain pierreux : Nous accueillons volontiers une intuition, un élan, une décision... mais tout ça demeure fragile. Au premier obstacle, nous revenons à nos anciennes habitudes.

Et puis il y a les ronces… peut-être est-ce l’image la plus actuelle : Jésus parle des soucis, des séductions de la richesse, des désirs qui envahissent le cœur.

Nous pourrions ajouter aujourd’hui : nos agendas toujours remplis, nos préoccupations permanentes, notre besoin de tout maîtriser, la comparaison avec les autres, la recherche de reconnaissance, ou encore des fixations, des angoisses, des obsessions, des déceptions qui nous caractérisent…

Il ne s’agit pas de fautes, au sens moral. Mais tout ce qui occupe tellement notre espace intérieur, que nous ne sommes plus disponibles… que la Parole n’y trouve plus de place.

Pour autant, il y a aussi des moments où quelque chose s’ouvre en nous… Nous devenons plus libres, plus disponibles, plus réceptifs… comme si la terre avait enfin été labourée.

Je crois que c’est là l’œuvre discrète de l’Esprit Saint : Nous parlons souvent de l’Esprit, comme d’une force ou d’un Souffle. Mais peut-être est-il aussi Celui qui travaille lentement notre terre intérieure…  Celui qui enlève les pierres… Qui arrache les ronces… Qui assouplit ce qui était devenu trop dur… Qui rend notre cœur habitable pour le Christ.

Alors sa Parole ne reste plus seulement une idée ou un beau discours… Elle descend en nous… Elle prend racine… Elle devient peu à peu une manière nouvelle de vivre.

Mais même lorsque notre terre semble encore bien pauvre… Même lorsque nous avons l’impression de ne pas avancer… Dieu, lui, ne renonce jamais.

Et c’est précisément ce que Jésus va raconter dans la seconde parabole… qui en élargit le sens…

III. Alors Dieu revient…

Le même Dieu semeur… qui répandait partout des grains… est maintenant présenté comme un propriétaire, un maître de vigne… qui se lève tôt, pour aller embaucher des ouvriers pour sa vigne.

L'image a changé. Mais le mouvement est exactement le même : Il sort. Il revient. Il repart. Et il recommence.

Cinq fois dans la même journée : à l’aube, à neuf heures, à midi, à trois heures. Et même à cinq heures du soir… alors qu’il ne reste plus qu’une heure de travail. 

Ce détail de la parabole peut sembler anecdotique. Mais si jésus donne cette comparaison, c’est pour révéler le cœur de Dieu.

Dieu ne cesse jamais de venir à notre rencontre… Il ne lance pas un appel une fois pour toutes en attendant que nous répondions… Il revient à maintes reprises… Il cherche encore… Il appelle de nouveau… Et il n’abandonne personne en chemin.

Ainsi, pour Dieu, il n’est jamais trop tard… Même une heure de vie a du prix… 
Il est toujours possible de se rendre disponible, de se mettre à l’écoute… de changer quelque chose… pour travailler avec le Seigneur…
Donner une heure de confiance… une heure d’amour… une heure pour le Royaume : c’est déjà quelque chose d’important ! 

Cette parabole ouvre ainsi une immense espérance : Elle nous rappelle que Dieu ne nous enferme jamais dans notre passé… Il ne dit jamais : « C’est trop tard… Tu es passé à côté de l’essentiel… Tu as manqué l’important.… Tu as laissé passer ta chance. »… Au contraire, il continue de croire en chacun ! 

Nous en avons l’écho dans dans nombreuses rencontres de l’Évangile.

Pensons, par exemple, à Zachée, ce riche collecteur d’impôts que tout le monde considérait comme perdu… ou à Paul, arrêté sur le chemin de Damas, alors qu’il combattait les disciples de Jésus…. ou encore au « bon larron », au brigand crucifié aux côtés de Jésus, accueilli jusque dans les dernières heures de son existence.

À chaque fois, la Grâce de Dieu arrive à se faufiler dans les interstices des existences humaines… Il n’est jamais trop tard !

Et c’est sans doute la même chose dans notre histoire personnelle… Il y a parfois des dimensions de notre vie que nous laissons longtemps en friche… Des appels que nous avons refusé d’entendre… ou auxquels nous n’avons pas oser répondre… Des changements que nous n’avons pas eu le courage de faire… ou que nous avons cru impossibles… Des pardons que avons sans cesse remis au lendemain… ou des paroles que nous n’avons jamais oser dire… 

Et pourtant… Jésus nous dit que Dieu revient, avec une patience infinie.… que des occasions nouvelles peuvent toujours se présenter…

Le Seigneur continue de frapper doucement à la porte de notre cœur… parce qu’il continue d’espérer en nous.

IV. Puis arrive le scandale…

Fort de ce constat… nous pouvons alors nous arrêter sur ce qui nous dérange souvent dans cette parabole : la question du salaire.

Si nous commençons la lecture par cette question, nous risquons de passer à côté du véritable centre du récit… qui n’est pas économique… mais théologique.

En effet, Jésus ne cherche pas à parler du droit du travail… du sens de l’effort… ou de l’importance de nos mérites… Il cherche à nous révéler le cœur de Dieu.

Mais voilà que dans cette petite histoire… le maître demande que l’on commence par payer les derniers ouvriers…. Et tous reçoivent un denier, une pièce d’argent.

Alors, naturellement, ceux de la première heure se mettent à calculer : « Si ceux qui n’ont travaillé qu’une heure reçoivent un denier… nous allons certainement recevoir davantage »… Mais, c’est la déception… ils reçoivent exactement ce qui avait été convenu… sans rien de plus…

Pourtant, à bien y regarder… le maître n’a lésé personne. Il a tenu parole et respecté son engagement. 

La colère des premiers ouvriers ne vient pas de ce qu’ils auraient perdu. Elle vient de ce que les autres ont reçu.

Et c’est ici que Jésus pose une question qui a traversé les siècles : « Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » ou dit autrement : « verrais-tu d’un mauvais œil que je sois bon ? »

Pourquoi la bonté de Dieu… pourquoi sa générosité… peuvent-elles déranger ?
Pourquoi la grâce accordée à un frère peut-elle empêcher de se réjouir de ce que l’on a soi-même reçu ?

Voilà le véritable scandale de cette parabole : Les premiers deviennent malheureux… non parce qu’ils reçoivent moins… mais parce que d’autres reçoivent autant qu’eux.

N’est-ce pas une expérience profondément humaine ?

Nous étions heureux… jusqu’au moment où nous avons commencé à nous comparer.
Nous étions reconnaissants… jusqu’à ce que nous regardions ce qui arrivait aux autres.

Alors naissent les questions que nous connaissons tous… et que les enfants expriment souvent si bien : Pourquoi lui ?… Pourquoi pas moi ?… Et moi, qu’est-ce que j’y gagne ?

Sans même nous en apercevoir, notre regard se déplace… Nous ne regardons plus le don que nous avons reçu… Nous regardons ce que l’autre reçoit.

[ Et cela peut nous faire penser à d’autres passages bibliques : 
- Le frère aîné de la parabole du fils retrouvé réagit exactement de cette manière.
- Jonas aussi, lorsque Dieu pardonne aux habitants de Ninive.
Tous deux découvrent qu’il est parfois plus difficile d’accepter la grâce donnée aux autres que celle que nous recevons nous-mêmes. ]

Si Jésus a choisi de raconter cette histoire… ce n’était certainement pas pour culpabiliser ses auditeurs… mais pour leur permettre de changer de regard… pour les libérer de cet esprit de comparaison permanente qui finit par empoisonner nos vies ?

Le Royaume de Dieu commence peut-être là… au moment où nous cessons de compter les mérites… pour apprendre simplement à nous réjouir de la bonté de Dieu.

V. Jésus nous révèle le vrai visage de Dieu

Il peut être bon, alors, de se souvenir, à nouveau, des paroles du prophète Esaïe… qui prennent, ici, tout leur relief.

« Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies. » - dit le Seigneur

Nous avons facilement tendance à imaginer un Dieu qui récompense les bons et punit les mauvais ou les insuffisants… Un Dieu finalement à notre image, qui calculerait, qui comptabiliserait, qui distribuerait à chacun selon ses mérites.

Mais Jésus vient bouleverser cette image : Il nous révèle un Dieu qui donne avant de compter…. Un Dieu qui cherche avant d’attendre… Un Dieu qui pardonne avant de condamner … Un Dieu qui rassemble au lieu d’établir des classements. 

Voilà pourquoi ses pensées sont plus hautes que les nôtres… parce qu’elles sont infiniment plus généreuses.

Le Royaume de Dieu n’est pas le monde du « chacun pour soi »… de la compétition…. où chacun doit faire ses preuves… pour gagner sa place… 
Ce n’est pas le monde des récompenses…. Mais celui de la Grâce.

Dans le Royaume, personne n’a besoin de mériter d’être aimé.
Tout commence par un don… 
Le « denier » que reçoit chaque ouvrier, n’est pas seulement la récompense d’un effort. Il représente le salaire d’une journée, ce qui permet de vivre vivre dignement. / Autrement dit… Dieu ne donne pas à chacun ce qu’il mérite…. Il donne à chacun ce qui lui permet de vivre.

Voilà la justice de Dieu…  Une justice qui ne cherche pas d’abord à répartir selon les performances, mais à faire vivre… à restaurer la dignité… pour faire grandir…

Et c’est peut-être cela qui nous déroute le plus… Nous aimerions parfois un Dieu plus prévisible… plus conforme à notre manière de compter…
Mais Jésus nous invite à entrer dans une autre logique : Celle de la bonté et de la gratuité.

VI. Conclusion - La véritable question

Pour conclure… je crois que nous pourrions revenir à la question qui a provoqué toute cette parabole… On l’a peut-être oubliée… Pourtant, elle se trouve juste avant… : Pierre demande à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. Qu’en sera-t-il donc pour nous ? »… Autrement dit : « Qu’allons-nous y gagner ? »

Au fond, la parabole entière est la réponse de Jésus. Et sa réponse est étonnante… un peu comme s’il lui disant : « Pierre… tu poses déjà la mauvaise question… Tu cherches encore à mesurer le Royaume avec les critères du marché… Tu raisonnes encore en termes de mérite, de récompense et de comparaison. 

Or le Royaume ne fonctionne pas ainsi…. Le Royaume n’est pas ce que tu vas gagner… C’est ce que tu vas recevoir.

Car personne ne mérite l’amour de Dieu… Personne ne l’achète… Personne ne le possède davantage qu’un autre… Il est donné gratuitement… à toutes celles et ceux qui acceptent d’entrer dans la vigne…. de participer à la dynamique du Père céleste… »


Alors, la vraie question n’est pas savoir : « Que vais-je gagner à suivre le Christ ? »… Mais plutôt : « Suis-je prêt à accueillir ce que Dieu me donne déjà ? »

À accueillir sa confiance… son pardon… sa présence… son appel.
À entrer dans cette joie, où il n’est plus nécessaire de se comparer aux autres, pour savoir que l’on est aimé.
Car le disciple ne suit pas le Christ, pour être davantage aimé que les autres…. Mais parce qu’il découvre, peu à peu, qu’il est déjà aimé.

Et cette découverte change tout : Elle nous libère du besoin de nous justifier… de faire nos preuves… Elle nous libère aussi de la peur de manquer… Et elle nous rend capables de nous réjouir lorsque d’autres, eux aussi, découvrent la bonté de Dieu.

Alors, oui, chers amis… le Royaume commence déjà au milieu de nous (cf. Lc 17,21).

Chaque fois qu’un être humain renonce à compter ses mérites, pour entrer dans la joie de la Grâce.
Chaque fois qu’il se réjouit, aussi bien de ce qu’il reçoit, que de ce que les autres obtiennent.
Chaque fois qu’il découvre que Dieu ne cesse de venir à notre rencontre… pour nous donner, inlassablement, ce qui fait vivre. 

A chaque fois… le Royaume est tout proche… à notre portée… 

Alors… réjouissons-nous ! 

Amen.

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Lectures bibliques 

Volonté de Dieu


Es 55, 6-11

 
6 Cherchez le Seigneur pendant qu'il se laisse trouver ; invoquez-le pendant qu'il est proche.
7 Que le méchant abandonne sa voie, et l'homme malfaisant ses pensées ; qu'il revienne au Seigneur, qui aura compassion de lui, – à notre Dieu, qui pardonne abondamment.
8 Car mes pensées ne sont pas vos pensées, vos voies ne sont pas mes voies – déclaration du Seigneur.
9 Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées.
10 Comme la pluie et la neige descendent du ciel et n'y reviennent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir fécondée et fait germer, sans avoir donné de la semence au semeur et du pain à celui qui a faim, 11 ainsi en est-il de ma parole qui sort de ma bouche : elle ne revient pas à moi sans effet, sans avoir fait ce que je désire, sans avoir réalisé ce pour quoi je l'ai envoyée.

Lectures 

Mt 13, 3-8 & 18-23

 
3 [Jésus] leur parla longuement en paraboles ; il disait : Le semeur sortit pour semer. 4 Comme il semait, des grains tombèrent le long du chemin ; les oiseaux vinrent et les mangèrent. 5 D'autres tombèrent dans les endroits pierreux, où ils n'avaient pas beaucoup de terre : ils levèrent aussitôt, parce que la terre n'était pas profonde ; 6mais quand le soleil se leva, ils furent brûlés et se desséchèrent, faute de racines. 7 D'autres tombèrent parmi les épines : les épines montèrent et les étouffèrent. 8 D'autres tombèrent dans la bonne terre : ils finirent par donner du fruit, l'un cent, l'autre soixante, l'autre trente. […]

18 Vous donc, entendez la parabole du semeur. 19 Lorsque quelqu'un entend la parole du Règne et ne la comprend pas, le Mauvais vient s'emparer de ce qui a été semé dans son cœur : c'est celui qui a été ensemencé le long du chemin. 20 Celui qui a été ensemencé dans les endroits pierreux, c'est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie, 21 mais il n'a pas de racine en lui-même, il ne tient qu'un temps ; sitôt que survient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, c'est pour lui une cause de chute. 22 Celui qui a été ensemencé parmi les épines, c'est celui qui entend la Parole, mais les inquiétudes du monde et l'attrait trompeur des richesses étouffent la Parole, et elle devient stérile. 23 Celui qui a été ensemencé dans la bonne terre, c'est celui qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit et produit, l'un cent, l'autre soixante, l'autre trente.

Mt 19, 27-30 & Mt 20, 1-16

 
27 Pierre prit la parole et dit à Jésus : « Écoute, nous avons tout quitté pour te suivre. Que se passera-t-il pour nous ? » 28 Jésus leur dit : « Je vous le déclare, c'est la vérité : quand le Fils de l'homme siégera sur son trône glorieux dans le monde nouveau, vous qui m'avez suivi, vous siégerez également sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël. 29 Et tous ceux qui auront quitté pour moi leurs maisons, ou leurs frères, leurs sœurs, leur père, leur mère, leurs enfants, leurs champs, recevront cent fois plus et auront part à la vie éternelle. 30 Mais beaucoup qui sont maintenant les premiers seront les derniers et beaucoup qui sont maintenant les derniers seront les premiers. »

1 Voici en effet à quoi le règne des cieux est semblable : un maître de maison qui était sorti de bon matin embaucher des ouvriers pour sa vigne. 2 Il se mit d'accord avec les ouvriers pour un denier par jour et les envoya dans sa vigne. 3 Il sortit vers la troisième heure (9h), en vit d'autres qui étaient sur la place sans rien faire 4 et leur dit : « Allez dans la vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste. » 5 Ils y allèrent. Il sortit encore vers la sixième (midi), puis vers la neuvième heure (15h), et il fit de même. 6 Vers la onzième heure (17h) il sortit encore, en trouva d'autres qui se tenaient là et leur dit : « Pourquoi êtes-vous restés ici toute la journée sans rien faire ? » 7 Ils lui répondirent : « C'est que personne ne nous a embauchés. – Allez dans la vigne, vous aussi », leur dit-il. 8 Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : « Appelle les ouvriers et paie-leur leur salaire, en allant des derniers aux premiers. » 9 Ceux de la onzième heure (17h) vinrent et reçurent chacun un denier. 10 Les premiers vinrent ensuite, pensant recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier. 11 En le recevant, ils se mirent à maugréer (à murmurer) contre le maître de maison 12 et dirent : « Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites à l'égal de nous, qui avons supporté le poids du jour et la chaleur ! » 13 Il répondit à l'un d'eux : « Mon ami, je ne te fais pas de tort ; ne t'es-tu pas mis d'accord avec moi pour un denier ? 14 Prends ce qui est à toi et va-t'en. Je veux donner à celui qui est le dernier autant qu'à toi. 15 Ne m'est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux ? Ou bien verrais-tu d'un mauvais œil que je sois bon ? » 16 C'est ainsi que les derniers seront premiers et les premiers derniers.

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