dimanche 13 mai 2018

Bonheur et paix

Lectures bibliques : Ps 34, 12-15 ; Qo 3, 1-4.8-15 ; Jn 14 & Jn 20 (extraits) = textes en bas de page
Thématique : Bonheur et Paix… Qohélet et Jésus
Prédication de Pascal Lefebvre / Tonneins, le 13/05/18  / culte avec baptême

Ce matin, je vous propose d’explorer deux voies de bonheur : la première suggérée par l’Ecclésiaste (Qohélet), la seconde proposée par Jésus. 

* Nous l’avons entendu à travers un extrait, le sage Qohelet nous introduit dans la réalité de la vie, telle qu’il la voit. 
Pour lui, l’expérience humaine est bien limitée. De la naissance à la mort, il y a un moment pour tout… un temps pour chaque chose.
Par une longue énumération constituée de parallélismes antithétiques, Qohélet insiste sur la complexité de la vie. 

Dans l’existence, tout n’est pas linéaire, tout n’est pas cohérent… il y a - semble-t-il - des contradictions, en fonction des temps et des moments. 

Entre ombre et lumière, il y a parfois des temps destructeurs, tels que les guerres, mais aussi des occasions créatrices de vie que sont, par exemple, la naissance, l’amour ou la paix.

Beaucoup d’occasions dépendent de nous, de notre libre arbitre, de nos choix : planter, bâtir, chercher la paix… D’autres semblent nous échapper, comme naître ou mourrir. 

Nos existences sont prises dans le grand cycle de la vie, qui nous dépasse. 
A l’image des générations qui se succèdent sur la terre, nos vies sont marquées par ce qui passe (la vie individuelle, les occasions de bonheur pour chacun) et ce qui demeure (la vie elle-même, la vie - en général - qui se transmet, que se poursuit d’âge en âge, par-delà les générations). 

Qohélet semble montrer que, dans l’existence humaine, tout est provisoire, rien ne dure, tout change… en même temps, la vie elle-même ne s’arrête jamais… le grand cycle de la vie continue… quoi qu’il arrive. 

Ce motif du temps qui passe avec ses différentes saveurs, et ces diverses couleurs, ouvre une question existentielle : 
Face à ce constat, quel profit y a -t-il pour l’homme ?

« Quel profit y a-t-il pour l’homme dans toute la peine qu’il peine sous le soleil ? » (Qo 1,3) 
« Quel profit à l’artisan du travail qu’il fait ? » (Qo 3,9) 

Autrement dit : qu’est-ce qu’on est en droit de retirer de tout ce qu’on fait ?
C’est la question légitime de quelqu’un qui s’interroge sur le sens de la vie… sur la possibilité du bonheur. Et qui semble éprouver, parfois, une lassitude… une fatigue… face à la vie : A quoi bon demande-t-il ? Quel sens tout cela a-t-il ? 

Cette question ouvre Qohélet sur un constat de modestie : 
Pour lui, l’existence humaine est trop limitée… la connaissance humaine est trop fragmentaire… pour percevoir le sens de la vie. Car, l’homme ne peut franchir les limites du temps présent. 
Seul Dieu le peut. Le sens de la vie lui appartient, à Lui seul. 

C’est ce que Qohélet affirme dans ce verset - Je cite :
« Dieu fait toute chose agréable en son temps ; au coeur de l’homme, il donne même la pensée de l’éternité, sans que l’homme puisse trouver l’oeuvre que Dieu fait du début jusqu’à la fin » (3,11).

Cette réflexion du sage débouche sur deux ouvertures positives qui invitent à la reconnaissance : Quelle reconnaissance ? 
- Premièrement, savoir se réjouir de la vie, de ce qui nous est donné.
- Deuxièmement, respecter Dieu - le craindre - c’est-à-dire éprouver du respect et de la confiance devant sa face. 

Face aux aspects contradictoires de la vie, dont la connaissance humaine limitée ne permet pas de comprendre la cohérence… face à l’immensité de l’oeuvre de Dieu… Qohélet désigne cette voie de sagesse selon laquelle il est possible - malgré tout - de trouver du bonheur, dans les moindres instants plaisants de la vie.  Je le cite à nouveau :

« J’ai reconnu qu’il n’y a rien de bon pour les hommes, sinon de trouver du plaisir et de faire le bien durant leur vie.
Mais aussi, tout homme, qui mange, boit et goûte au bonheur en toute sa peine, cela est un don de Dieu ». (3, 12-13)

Ainsi donc, selon le sage, il nous revient de saisir les occasions de bonheur - de bien être - qui se présentent à nous dans les choses simples de la vie : manger, boire, se faire plaisir.

Il précise que toutes ces petites choses - qui participent au bonheur de vivre - sont des dons de Dieu. 

Cette invitation à accueillir et à saisir les occasions de bonheur qui passent, ouvre le lecteur au thème du respect - de la confiance - de la crainte de Dieu : 
La crainte, non pas au sens de la méfiance, mais de la conscience que tout vient de Dieu.

Je cite à nouveau la fin du passage que nous avons entendu :
« J’ai reconnu que tout ce que fait Dieu, cela durera toujours ; il n’y a rien à y ajouter, rien à y retrancher, c’est Dieu qui fait en sorte qu’on ait de la crainte - du respect - devant sa face.
Ce qui est arrivé, c’est ce qui est déjà, et ce qui arrivera existe déjà, mais Dieu va rechercher ce qui a disparu. » (3, 14-15) 

Pour Qohélet l’action de Dieu est belle (il fait toute chose agréable en son temps -v 11) et elle est éternelle. 
Le sens de la vie appartient à Dieu seul. Car, Il est à l’origine de tout ce qui se fait de bon pour l’homme. 

De son côté, l’action de l’homme reste besogneuse, provisoire et éphémère… mais peu importe. 

En prenant acte de ses limites, le sage acquiert une conviction forte : les joies simples de l’existence sont ce qui revient à l’homme, au temps voulu par Dieu. 
Pour profiter de la vie, pour en apprécier les saveurs, il convient donc d’accueillir ce que la vie nous donne… il convient d’accorder son temps avec celui de Dieu.

Même si le plan divin demeure obscure aux yeux des hommes… même si nous sommes contraints d’accepter nos limites … il est possible d’apprécier les bons côtés de la vie qui se présentent… en ayant conscience, d’une part, que la vie nous offre des joies agréables, bien qu’éphémères… et, d’autre part, que tous ces bons côtés viennent de Dieu : qu’ils trouvent leur origine en Dieu.

En d’autres termes, « craindre » Dieu revient à accepter de jouir des biens qu’il nous offre gratuitement. C’est également consentir à entrer en relation avec Celui-là seul qui connaît tout. 
« Craindre Dieu » signifie donc s’en remettre à Lui dans la confiance. 

Chers amis… c’est donc le premier point que nous pouvons retenir sur ce thème du « bonheur » que nous abordons aujourd’hui. 

Pour l’Ecclésiaste… le bonheur ne se trouve pas au bout d’efforts surhumains… il n’est pas à arracher, mais à accueillir, quand il passe. 
Il se cueille dans le présent, comme le fruit tangible d’un don de Dieu à recevoir.

C’est - je crois - un état d’esprit, une attitude : de modestie, d’humilité, mais aussi de disponibilité intérieure, d’accueil, d’attention… qui nous permet de saisir les petits bonheur de la vie… qui se présentent à nous aux temps favorables. 

L’homme peut avoir part au bonheur. Cette « part », il y accède par sa capacité d’émerveillement et de jouissance… par sa capacité d’apprécier les bons côtés de la vie (Ec 3, 12-13), en jouissant des bonnes choses que lui procure son travail (Ec 2,24 ; 3, 13.22 ; 5,17 ; 9,7-10) dans le présent… indépendamment de ce qui adviendra dans l’avenir.

C’est une sagesse simple… qui consiste à prendre acte des moindres instants de plaisir et à s’en réjouir. Mais cette sagesse implique de prendre le temps d’être heureux… car, il est question de remarquer, d’accueillir les instants de bien-être et de joie, lorsqu’ils sont à portée de main. 

Le bonheur, ce serait donc d’abord une attitude, un art de vivre au jour le jour, dans la disponibilité et la reconnaissance… en accueillant la vie comme elle vient, comme un don de Dieu, tout en gardant les pieds sur terre.

Lorsqu’on s’approche d’un petit enfant… comme c’est le cas aujourd’hui… pour ce baptême… on se dit que « oui » le bonheur est là : l’être humain est une merveille de la création… une oeuvre magnifique de Dieu… On peut se réjouir pour le bonheur et la joie qui nous est donnée de partager la vie et l’amour de cette petite créature, qui porte quelque chose de divin en elle… une étincelle de l’amour de Dieu. 

* J’en viens maintenant à mon deuxième point : Après le bonheur… comme capacité et disponibilité à accueillir les belles et bonnes choses de la vie… le bonheur, comme capacité et disponibilité pour entrer dans la paix, la paix qui vient de Dieu.

Après avoir interrogé une jeune maman sur sa vision du bonheur… et avoir constaté que Qohélet nous parle aussi de cela…  je demandais la semaine passée à une dame d’un certain âge - qui a une bonne expérience de la vie - qu’est-ce que c’était pour elle le bonheur ?

Elle m’a répondu, le bonheur, c’est la paix ! 
Je dois dire que cette réponse m’a fait réfléchir… et m’a renvoyé vers ce que dit Jésus dans l’évangile de Jean. 

La paix… la paix : mais, qu’est-ce que la paix ?

La paix, c’est d’abord le contraire de l’angoisse, de l’inquiétude, des soucis. 
La paix, c’est aussi des relations accordées, bonnes et calmes avec les autres. 
La paix, c’est la concorde, la tranquillité, régnant en soi et dans les rapports entre plusieurs personnes. 

Oui… tout cela est beau et bon… c’est précieux… mais la paix - la vraie paix - n’est-ce pas encore autre chose ?

Je veux dire… Jésus n’a jamais dit : je vous fiche la paix… je vous laisse tranquille… Mais « je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (cf. Jn 14,27).

Il nous parle de la paix de l’âme… de la paix de l’esprit qui vient de Dieu. 

Dans la Bible, la paix est plénitude de vie. Elle est liée à l’idée d’achèvement, d’accomplissement, de plénitude.

« Être en paix » est lié au fait d’être intact, sauvé, unifié (accordé, uni) à Dieu. 

Cette paix… elle vient de Dieu. 
Elle fait que nous ne percevons plus aucun trouble, plus aucune inquiétude… nous sommes dans un état de pleine confiance (et conscience) avec Dieu… nous sommes en communion avec Dieu et avec nous-mêmes. Et dès lors, nous sommes pleinement sereins… quelles que soient les circonstances extérieures. 

Dans l’évangile selon Jean, il est intéressant de souligner que Jésus, au moment où il va partir, au moment où il sait que sa mort est proche, fait une promesse à ses disciples : il leur promet la paix… il affirme que c’est l’Esprit saint… le Souffle de Dieu… qu’ils vont recevoir, qui leur donnera cette paix véritable : la paix de l’âme (cf. Jn 14 & Jn 20). 

Jésus, le Messie, le Prince de la paix… promet la présence, la venue prochaine du Saint Esprit qui apportera la paix. 

Cette promesse semble s’être réalisée, après sa mort. Puisque lors d’une expérience spirituelle inouïe que raconte Jean, les disciples discernent la présence du Ressuscité et reçoivent son Souffle. 

Je cite à nouveau ces versets : « A nouveau, Jésus leur dit : "La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie." Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : "Recevez l’Esprit Saint" » (cf. Jn 20, 21-22)

Il semble que cette affirmation ouvre à tous les disciples du Christ un chemin … une promesse de bonheur, de plénitude : 
Jésus nous invite à trouver la paix de l’âme dans la présence de Dieu, dans la confiance en Dieu. 
Quelles que soient les vicissitudes de la vie et les obstacles, il est possible de trouver la paix dans la présence de Dieu, dans la méditation… dans le coeur à coeur avec son Esprit saint. 

C’est une voie de bonheur que Jésus nous propose, qui est liée au fait d’apprendre à lâcher-prise, à faire totalement confiance à Dieu.

Face aux inquiétudes, aux angoisses, à toutes nos peurs … je crois que nous avons tous besoin de cet Esprit de paix que Jésus est venu transmettre à ses disciples. Il rappelle qu’il nous est offert. 

Pour le recevoir, Jésus nous invite à entrer dans le lâcher-prise, dans la confiance… il nous invite à remettre à Dieu tous nos soucis, à lui confier… et, dès lors, à recevoir son Esprit de paix.

Il me semble que cette possibilité que Jésus nous ouvre, est une réalité que nous ne saisissons pas toujours : Dans nos existences, nous sommes souvent pris dans le flot de la vie, dans les activités, les projets, les problèmes, les inquiétudes, les préoccupations… et, nous ne prenons pas toujours le temps de nous arrêter, pour méditer, pour ressentir et recevoir cette paix qui vient de Dieu. 

J’entends là une invitation à nous rendre disponibles, pour recevoir cette paix. Jésus nous rappelle que c’est dans le détachement et la confiance que nous pouvons explorer cette paix véritable… synonyme de bonheur. 

Evidement, parvenir à se détacher de ses préoccupations matérielles, de ses soucis, de ses inquiétudes, mais aussi de ses projets, de ses désirs, de ses souhaits… est une chose difficile. 
C’est, en quelque sorte, consentir à un abandon, un lâcher prise… 

Cela signifie d’accepter que tout ne dépend pas de soi…  qu’on peut faire ce qu’on a à faire… et aussi remettre le résultat à Dieu.
On peut confier tout cela (toutes ses préoccupations) au Seigneur, pour trouver la paix de l’esprit… pour trouver le chemin du bonheur dans une relation de confiance en la vie et en Dieu.

Jésus disait : « venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau… et je vous donnerez le repos ! » (cf. Mt 11,28)
Ailleurs, il disait encore : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira. […] Si vous… vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent. » (cf. Lc 11,9-13). 
Il nous propose de faire confiance à Dieu et lui demander son Esprit saint, pour vivre chaque jour de sa paix. 

En ce jour de joie… c’est tout ce que nous pouvons souhaiter à la petite Victoria qui vient de recevoir le baptême : qu’elle puisse écouter Qohélet (pour profiter des bonnes choses de la vie) et Jésus (pour trouver la voie de la paix et de la confiance)… car Dieu nous aime et veut notre bonheur… il nous propose de suivre Jésus pour trouver la voie de notre propre accomplissement … pour trouver le chemin du bonheur avec les autres.  

Amen. 


Textes bibliques

Introduction

Pour préparer le culte d’aujourd’hui et le baptême de Victoria, j’ai rencontré à plusieurs reprises Elodie - sa maman. 
Avec Elodie, nous avons choisi de méditer sur le thème du bonheur, car quand on est la maman d’une belle petite fille comme ça… on a forcément envie de parler du bonheur de vivre. 
Certes, la vie n’est pas un long fleuve tranquille… il y a parfois des épreuves et des difficultés… mais il y a aussi des moments de joie… et c’est là - dans ces moments heureux - qu’on se dit que la vie vaut le coût… qu’elle peut être belle. On s’inscrit alors dans la reconnaissance et la gratitude. 
Aujourd’hui - en ce jour de joie et de baptême - je vous propose donc d’explorer ce thème du bonheur à travers quelques lectures bibliques : 

Lectures

Rm 12, 12-18 (Volonté de Dieu / au cours du culte)
Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière. Soyez solidaires des saints [des croyants/ des frères] dans le besoin, exercez l’hospitalité avec empressement. Bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez et ne maudissez pas. Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. Soyez bien d’accord entre vous : n’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. Ne vous prenez pas pour des sages. Ne rendez à personne le mal pour le mal ; ayez à cœur de faire le bien devant tous les hommes. S’il est possible, pour autant que cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes

Ps 34, 12-15
Fils, venez m’écouter !
Je vous enseignerai la crainte [le respect] du SEIGNEUR.
Quelqu’un aime-t-il la vie ?
Veut-on voir des jours heureux ?
Garde ta langue du mal
et tes lèvres des médisances.
Evite le mal, agis bien,
recherche la paix et poursuis-la !

Qo 3, 1-4. 8-15
Il y a un moment pour tout
et un temps pour chaque chose sous le ciel :
un temps pour enfanter et un temps pour mourir,
un temps pour planter et un temps pour arracher le plant,
un temps pour tuer et un temps pour guérir,
un temps pour saper et un temps pour bâtir,

un temps pour pleurer et un temps pour rire,
un temps pour se lamenter et un temps pour danser, […]
un temps pour aimer et un temps pour haïr,
un temps de guerre et un temps de paix.

Quel profit a l’artisan du travail qu’il fait ?
Je vois l’occupation que Dieu a donnée
aux fils d’Adam pour qu’ils s’y occupent.
Il fait toute chose belle en son temps ;
à leur cœur il donne même le sens de la durée (la pensée de l’éternité)
sans que l’homme puisse découvrir
l’œuvre que fait Dieu depuis le début jusqu’à la fin.

Je sais qu’il n’y a rien de bon pour lui
que de se réjouir et de se donner du bon temps durant sa vie.
Et puis, tout homme qui mange et boit
et goûte au bonheur en tout son travail,
cela, c’est un don de Dieu.
Je sais que tout ce que fait Dieu, cela durera toujours ;
il n’y a rien à y ajouter, ni rien à en retrancher,
et Dieu fait en sorte qu’on ait de la crainte [du respect] devant sa face.

Ce qui est a déjà été, et ce qui sera a déjà été,
et Dieu va rechercher ce qui a disparu.

Jn 14, 15-17. 25-28a
« Si vous m’aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements ; moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet (un avocat, un protecteur) qui restera avec vous pour toujours. C’est lui l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous. […] Je vous ai dit ces choses tandis que je demeurais auprès de vous ; le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre. Vous l’avez entendu, je vous ai dit : « Je m’en vais et je viens à vous ».

Jn 20, 19-22

Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que, par crainte des autorités juives, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu d’eux et il leur dit : « La paix soit avec vous. » Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie. Alors, à nouveau, Jésus leur dit : « La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint ». 

jeudi 10 mai 2018

Ascension et Pentecôte

Lectures bibliques : Ac 1, 1-12a ; Ac 2, 1-13 ; Jn 10,10
Thématique : Ascension et Pentecôte 
Prédication de Pascal LEFEBVRE / Bourran, le jeudi 10 mai 2018 (Ascension). 
(Partiellement inspirée d’un réflexion de John Shelby Spong)

* Les textes que nous avons entendus au début du livre des Actes décrivent la fin du ministère de Jésus. Cela correspond au « top » de départ du ministère des disciples, qui sont appelés à poursuivre l’action du maître. 

Pour ce faire, il nous est dit qu’ils reçoivent une Force, une Présence, décrite comme le « saint Esprit », la présence du Souffle de Dieu, pour les accompagner et les aider dans leur mission. 

Car, être « apôtres » du Christ, c’est être « envoyés » : les disciples sont appelés à être les témoins du Christ, qui est venu, lui-même, témoigner d’un Dieu d’amour, un Dieu d’accueil, un Dieu gratuit - un Dieu de grâce - qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et pleuvoir sa pluie sur les justes et les injustes (cf. Mt 5,45)… donc un Dieu qui est pur don… qui est accueil inconditionnel… loin des images du petit dieu moral ou du dieu juge, qui nous attendrait au tournant… image que l’imaginaire « anthropomorphique » des humains a construit et projeté sur dieu, pendant des siècles… et que Jésus est venu déconstruire. 

C’est donc cela - pour nous, disciples du Christ - que nous rappellent essentiellement ces récits qu’on lit à l’Ascension et à Pentecôte : nous sommes invités à prendre la suite du ministère de Jésus, à témoigner de ce Dieu d’amour, dont Jésus a été le Révélateur par toute sa vie. 

Chers amis… c’est une tache difficile d’être « Chrétiens »… car, si on prend au sérieux le message de Jésus… qui a dû souvent lutter contre les idées reçues et les préjugés (quitte à remettre en cause des traditions) : cela nous oblige à ne pas nous conformer au monde présent (Rm 12,2)… et à protester pour Dieu et pour l’Homme.

Cela implique de porter sa croix, disait Jésus - c’est-à-dire, à la fois, de professer sa foi (de donner toute sa confiance à ce Dieu d’amour) et d’accepter aussi les difficultés. Car être des témoins de la Grâce, dans un monde où prime toujours le donnant-donnant, le commerce, le marchandage… la logique du « chacun pour soi », de l’avoir et du pouvoir… les logiques de rivalité et de concurrence…. - en un mot la mentalité de « survie » qui nous vient de nos ancêtres, depuis l’homme de « cro magnon » - … c’est une chose difficile… qui implique de changer d’état d’esprit, de mentalité… c’est quelque chose qui nous amène à revoir, de fond en comble, tous nos comportements humains habituels. 

J’en veux, pour exemple, aujourd’hui, où nous allons parler - cet après midi (aux Téoulès) - du thème et de la situation des migrants, des réfugiés… le fait que nous gardons encore en mémoire notre mentalité de survie ancestrale :

Notre tribu… qui n’est plus une petite tribu, mais un pays « la France » - et c’est vrai pour n’importe quel état-nation -… notre tribu prétend défendre son territoire d’un « danger »… car elle se sent menacée par l’afflux de populations qui viennent d’ailleurs, de loin, de l’étranger… 
Alors, on utilise des instruments : la loi (l’arsenal législatif), les règles européennes… et même la force publique… pour tenter de maitriser cette hypothétique menace. 

C’est cette mentalité de « survie » de la tribu - certes, élargie à l’échelle d’un pays - … cette mentalité de préférence nationale… qui nous amène à refouler des individus, à les expulser… parce qu’il n’ont pas le bon drapeau sur leur carte d’identité : 
Dès lors, on les considère « autrement »… non pas comme des égaux, des frères… mais comme des sous-citoyens, pour ne pas dire des sous-hommes… parce qu’ils ne sont pas membres de notre tribu (ni eux, ni leurs parents). 
Vous l’avouerez : on est encore loin de l’universalité du Souffle de Dieu offert à tous ! (dont le livre des Actes se fait l’écho).

Bien sûr, c’est un exemple, on aurait pu aborder d’autres sujets… mais ce que je voulais dire, c’est que nous avons gardé, quelque part, au fond de nous, cette mentalité de survie - primitive - qui vient du fin fond des âges de l’humanité… de l’homme des « cavernes » qui a dû évoluer… faire corps avec d’autres pour se protéger des dangers et rester le plus fort… et qu’il est temps de nous départir de cette manière de penser : 

C’est ce que Jésus disait déjà, il y a deux mille ans, quand il disait : « qui veut sauver son âme (sa petite vie, à lui seul) la perdra… mais qui perdra son âme, à cause de moi et de l’Evangile, la sauvera » (Mc 8,35). 

Il conduisait ses disciples à penser qu’il n’y a pas de salut individuel « chacun pour soi »… qu’il est inutile et absurde de penser qu’on peut sauver son âme, son ego, sa vie, tout seul, dans son coin… il nous faut penser plus large, plus collectif… Car nous sommes tous liés, tous unis, tous un, en Dieu le Père…. Nous sommes tous enfants d’un même Dieu. 

Lorsque Paul affirme, dans une de ses lettres, que « dans le Christ, il n’y a plus ni Juif ni grec » (Ga 3,28)… il est dans la droite ligne de notre récit de Pentecôte… qui rappelle l’universalisme de la Bonne Nouvelle de l’Evangile. 

Ce matin, nous aurions pu aborder d’autres sujets… comme l’écologie, par exemple…. qui est une réalité qui nous fait comprendre que nous sommes tous dans le même bateau… sur la même planète : 
Là encore, il est absurde de poursuivre une mentalité de tribu… celle du « chacun pour soi »… alors que nous sommes conviés à un élargissement de notre conscience et à penser qu’il n’y a pas de salut individualiste… devant l’urgence écologique. 
Cette réalité nous amène, ici encore, à voir plus large, à penser « l’unité du collectif ». 

Il me semble que le récit que nous entendons, tous les ans, à la Pentecôte, est - à ce titre - intéressant. Car, il rappelle l’universalité du don de l’Esprit de Dieu : 
Le Souffle saint que reçoivent les disciples, les amènent à dépasser leur frontières tribales : ils se mettent à parler des langues que tous comprennent. 

Ce jour là, au moins, ils ne sont plus les membres d’un petit groupe replié sur lui-même -  ils ne sont plus la poignée de « Protestants » contestant, à juste titre, les Scribes et les Pharisiens - ils deviennent les disciples d’un Dieu qui parle à tous les humains… qui s’offre à tous … au-delà de leur langue, de leur tribu, de leurs frontières : 

Ils reçoivent un Esprit qui vient briser - qui vient dépasser, transcender - les frontières. 
Ils deviennent - grâce à l’Esprit saint - les témoins d’un Dieu ouvert à tous… ce même Dieu qui faisait lever son soleil et pleuvoir sa pluie, sur tous, sans différence, sans étiquette. 

Il me semble donc - en premier lieu (c’est mon premier point) - qu’on peut retenir cet élément crucial dans ce récit de Pentecôte : cette ouverture au monde et aux autres, à la quelle nous sommes conviés… qui est un choix auquel l’avenir nous appelle. 

Bien sûr, cela nous interroge : Qu’est-ce que ça signifie être témoins de l’Evangile… témoins d’un Dieu d’accueil et de grâce… dans un monde de migration… où des gens se voient contraints de quitter leur pays et leur famille… pour tenter de survivre ailleurs ?
Comment dépasser nos mentalités tribales… qui se replient dans la peur de l’autre ?

* J’aimerais maintenant aborder un deuxième point, sur un autre sujet … tout à fait différent… quoi que lié au premier… vous allez comprendre ! 

Chers amis, lorsque nous lisons ces récits de l’Ascension et de la Pentecôte, tous les ans… se pose à nous une question : à qui parlons-nous ? Comment parlons-nous ? Et qu’attendons-nous de cette lecture ? 

Voyez vous… on nous dit que les apôtres en sont venus - sous l’action de l’Esprit - à parler une langue que tous comprennent… et nous, est-ce que tout le monde comprend notre langue ?… notre manière de parler lorsque nous lisons la Bible ?… lorsque nous sommes réunis en Eglise ? 

Le jour où les disciples ont vécu cette expérience spirituelle (qu’on a appelé l’évènement de Pentecôte) - peut-être une expérience extatique - ce n’est sans doute pas à l’occasion de la lecture habituelle d’un texte ancien, venu de leur tradition…  un psaume… ou un passage de la Torah… qu’ils lisaient… que cet évènement est survenu.
D’ailleurs, Luc ne nous dit pas dans quelle circonstance ils étaient réunis. 

Mais ce que pointe cette histoire, c’est une expérience, à la fois, personnelle et collective : quelque chose a surgit. 
C’était quelque chose venu du fond d’eux-mêmes, venu de l’expérience de leur relation personnelle au divin, depuis l’intimité de leur coeur… quelque chose qui a surgit dans leur intériorité… puis qui s’est exprimé, s’est manifesté, ensuite, autour d’eux. 

C’est cette expérience personnelle avec Dieu - Dieu comme Souffle, au fond d’eux-mêmes, qui est passé de l’intériorité à l’extériorité… qui les a fait sortir d’eux-mêmes. 

Personnellement, quand je lis ce récit… je me dis que l’expérience vécue par les disciples était certainement bien au-delà des mots… du langage… bien au-delà de ce récit, que Luc a écrit, peut-être 40 ans après… pour essayer de transmettre cette expérience extraordinaire aux générations suivantes. 

Alors, je crois que nous ne sommes pas seulement conviés à lire ce récit, tous les ans - dans le temple de Bourran ou ailleurs - parce qu’il est dans le canon biblique reconnu par notre Eglise… dans la liste des lectures officielles. Nous sommes amenés à vivre une expérience de communion avec le divin… à vivre de la foi, de façon personnelle, profonde, existentielle… pour que, nous aussi, un jour, nous puissions sentir - expérimenter - la force et la présence de Dieu, en nous, comme Jésus et les disciples l’ont vécues. 

Ce récit nous invite à dépasser les mots et le cadre du récit… je dirais même à sortir du cadre… pour retrouver l’expérience vécue par ces hommes de foi… 
Quand je dis « sortir du cadre », je parle aussi du fait de sortir de notre manière de lire la Bible. Car, chers amis, à qui parlons-nous ? Qui peut bien croire à ces récits que nous venons de lire ? 

Ces histoires décrivent certainement une expérience, qui est bien au-delà des mots…  et c’est sans doute la raison pour laquelle Luc nous transmet cette histoire… elle raconte une expérience importante, essentielle, décisive, pour les disciples. 
Mais, deux mille ans plus tard… nous ne pouvons pas nous en tenir à ces textes, comme s’il s’agissait d’un récit historique. 

Au XXIe siècle, qui peut encore croire que Jésus est monté au ciel ? 
Si nous le disons comme une vérité historique, à qui prétendons nous encore parler ? 

Nous devons comprendre que pour dire leur foi et décrire les expériences spirituelles vécues par les disciples, les évangélistes ont utilisé le langage disponible de leur époque : Luc a ré-utilisé des images et ré-agencé des symboles des Ecritures, du Premier Testament, que ses contemporains connaissaient très bien. 

Nous ne devons donc pas lire ces textes, comme des récits qui raconteraient littéralement ce qui s’est passé… mais nous devons essayer de discerner l’expérience de communion spirituelle, qui se cache derrière eux… Sinon - au XXI e siècle - notre témoignage risque ne plus être reçu… Car, bien évidement, cette histoire d’Ascension se heurte à notre rationalité et notre expérience habituelle de la vie. 

C’est un fait dont, souvent, nous n’osons pas parler… comme si nous avions peur de nous-mêmes… peur de remettre en cause le bien fondé ou la vérité des Ecritures… parce que nous nous interrogeons à leur sujet. 

Mais, il est tout-à-fait normal et légitime de nous questionner sur ces textes… puisque nous ne vivons plus dans un monde pré-scientifique, où le « surnaturel » était utilisé, pour tenter d’expliquer les choses inexplicables… puisque ces récits semblent contredire notre expérience quotidienne de la vie. 

Je vous propose donc de crever l’abcès :

Il est clair que le récit de l’Ascension n’est pas de l’Histoire (avec un grand « H ») comme nous la concevons aujourd’hui. 

Depuis que l’air de l’aviation et des télescopes, on sait très bien que si on s’élève vers le ciel, on n’arrive pas aux cieux, au paradis. 
Soit, on se met en orbite, soit on s’arrache à l’attraction terrestre et on vogue vers l’espace. 

Ce que Luc veut nous dire, avec les concepts et les catégories de son temps, c’est que Jésus - après sa résurrection, après qu’il ait pu apparaître comme « vivant » à ses disciples… vivant dans une autre sphère de réalité - … Jésus a accédé au monde divin… qu’on se représentait à cette époque : dans les cieux. 

Et c’est de là… depuis qu’il a rejoint l’éternité de Dieu… c’est de là… qu’il a envoyé son Souffle sur la communauté des disciples. 

Ce qu’on a appelé « l’Ascension » correspond certainement à la dernière apparition du Ressuscité… à la dernière expérience pascale des disciples… ensuite, on a parlé de Pentecôte… d’une présence Spirituelle. 

Pentecôte est un effet de Pâques. D’ailleurs, tout se passe le même jour selon l’évangéliste Jean (cf. Jn 20, 19-22) :

Le Ressuscité, qui est auprès de Dieu, a reçu du Père son Souffle, son Esprit. Il l’a répandu et communiqué. 
(C’est ce que l’apôtre Pierre Dira dans son premier discours, qui suit le récit de Pentecôte : cf. Ac 2, 32-33)

Pour essayer de communiquer cette expérience, Luc utilise des images et un langage, qui reprennent des éléments signifiants et symboliques des Ecritures hébraïques : Jésus disparait, absorbée par la nuée (1,9). 

Dans le Premier Testament, la nuée manifeste la présence de Dieu à son peuple (cf. Ex 13,21 ; 19,16 ; 33, 9-11). C’est une manière de signifier que Jésus a rejoint l’espace de Dieu… il est désormais soustrait aux regards des hommes, qui devront eux-mêmes poursuivre sa mission. 

Les hommes en vêtements blancs arrachent le regard des apôtres du ciel - de leur tristesse, liée à la séparation - pour le réorienter sur le présent, sur l’avenir et sur leur mission. C’est à eux d’être acteurs et témoins du Règne de Dieu.

La date choisie par Luc pour décrire cet évènement est aussi symbolique : le don de l’Esprit a lieu à Shavouot, la fête des moissons (ou « fête des semaines »), c’est-à-dire au moment où Israël fêtait et commémorait le don de la Loi au Sinaï. 

Ainsi, à la Pentecôte - comme autrefois au Sinaï - Dieu scelle avec son peuple une nouvelle alliance fondatrice : 
L’Esprit saint descend sur les croyants réunis tous ensemble. 

La venue de l’Esprit s’accompagne de signes qui, dans le Premier Testament, annoncent la présence de Dieu : du vent, du feu (1 R 19,11 ; Ex 19,18 ; Ps 104,4). 
Un violent coup de vent secoue la maison, et comme des langues de feu se posent sur les croyants (2, 2-3). 

L’Esprit fait parler chacun dans une autre langue. Dieu fait entendre l’Evangile dans la langue de chacun. C’est une sorte de miracle de la communication, comme une préfiguration de la mondialisation de l’Evangile annoncée. 

C’est l’annonce de l’envergure universelle de l’Evangile, qui sera le résultat, à la fois, de l’action de la grâce de Dieu et du labeur missionnaire.

Si nous essayons de rechercher quelles étaient les références de Luc… les antécédents de la Bible hébraïque…. sur lesquels il a pu s’appuyer pour mettre en récit cette expérience spirituelle vécue par les disciples… notre attention peut être attirée vers le cycle - bien connu à l’époque - des histoires d’Elie et d’Elisée : 

Le deuxième livre des Rois raconte que le prophète Elie, lui aussi, monta aux cieux. Elie accorda aussi son esprit en héritage à son disciple et successeur Elisée. 
Une lecture attentive du récit de l’ascension de Jésus montre que Luc a repris et amplifié des éléments de l’ascension d’Elie (cf. 2R 2), pour tenter de mettre en mots son propre récit. 

Autrefois, Elie avait eu besoin de l’aide d’un char de feu et de chevaux de feu qui le firent monter au ciel. Il y fut aidé par une tempête envoyée par Dieu, qui lui fournit une poussée additionnelle vers le ciel. 
Jésus - le nouvel Elie - monta au ciel sans aide extérieur. 

Elie avait déversé une double part de son esprit puissant, mais néanmoins humain, sur son unique disciple Elisée. 
Jésus déversa la puissance du saint Esprit de Dieu sur la communauté chrétienne réunie, en mesure suffisante pour durer pendant les siècles des siècles. 

Luc pris le feu du chariot et des chevaux d’Elie, et en fit des langues de feu, qui dansèrent au dessus des têtes des disciples, sans les brûler. 
Puis, il prit la tempête de l’histoire d’Elie et la transforma « en un bruit qui venait du ciel, comme le Souffle d’un violent coup de vent » (2, 2-3).

Quand nous lisons ces récits des Actes, nous ne sommes pas en train de lire de l’Histoire (il était une fois, voilà comment les choses ce sont passées exactement), nous regardons plutôt Luc en train de dépeindre un portrait tiré des Ecritures hébraïques, destiné à présenter « l’expérience de Jésus », comme une invitation à ne faire qu’un avec Dieu…  avec Dieu, qui est Esprit. 

Nous sommes en train de recevoir l’expérience de communion avec Dieu qu’on vécue les disciples. 

Ce qui est réel, ce n’est pas le récit à la lettre, c’est l’expérience qui est cachée derrière cette histoire. 
Et, pour essayer de nous la communiquer, Luc utilise le seul langage à sa disposition : le langage magnifique de sa tradition religieuse. 

Deux mille ans plus tard, nous sommes confrontés à cette difficulté : on ne peut plus recevoir ces textes comme s’ils décrivaient littéralement ce qui s’est passé. 
Derrière ces récits, se cache infiniment plus qu’une histoire, un mythe ou un conte merveilleux : ils nous parlent d’une expérience spirituelle qui a bouleversé la vie des tous ces témoins du Christ. 

Ils nous parlent de la présence du Souffle de Dieu - dont Jésus, en tant que Christ, était le porteur - … de ce Souffle qu’ils ont reçu et qui a été pour eux la source d’une profonde transformation. 

Ils nous parlent d’une expérience de communion avec le divin, en eux. 

Je crois, chers amis, que si nous continuons à lire ces récits comme l’Eglise l’a fait traditionnellement pendant des siècles, nous courons le risque de ne plus parler à personne… Et, du coup, de ne plus être les témoins de l’Evangile proclamé et vécu par Jésus… l’Evangile qui nous invite à la communion avec le Père.
(Quand Jésus dit : « je suis dans le Père, comme le Père est en moi » (cf. Jn 14), il ne fait pas de la philosophie ou de l’ontologie… il nous parle de l’expérience du divin en lui, dans son intériorité.)

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus enfermer l’expérience de foi « Jésus Christ » dans la littéralité des textes, qui tentent simplement d’expliquer cette expérience avec un langage datant de vingt siècles.

[Ce langage - en grande partie - n’est plus recevable, parce que les concepts et les images qu’il utilise contredisent les connaissances scientifiques d’aujourd’hui. On ne peut plus lire ces textes « littéralement » comme si ce problème n’existait pas.]

Il faut ajouter que : Faire l’expérience du divin et lire des textes qui parlent de cette expérience : ce n’est pas la même chose ! 

C’est là un point capital : nous ne sommes pas appelés seulement à lire ces textes ou à les « croire »… nous sommes appelés à essayer de percevoir - à travers eux - quelle était l’expérience de foi « Jésus Christ » … et à vivre, nous-mêmes, cette expérience. 

Si la foi est censée nous transformer… et nous apporter la vie -  la vie en plénitude - Car c’est bien ce qu’annonce Jésus : « je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10,10)… nous devons voir que Jésus n’a jamais appelé personne à simplement lire les Ecritures…  Par contre, il appelait ses disciples à la méditation et la prière personnelle (cf. Mt 6,6 ; Mt 26,38 ; etc.). 

Il appelait ses disciples à vivre leur foi… à rechercher la présence de Dieu… à ouvrir leur intériorité à la présence du Souffle de Dieu… et c’est certainement ce qui s’est passé - comme Luc le raconte. 

Donc, vous l’avez compris : c’était mon deuxième point. 
Après avoir émis l’idée d’un Esprit qui nous pousse à sortir de nos frontières tribales et de notre mentalité de survie, pour élargir notre conscience au collectif et à l’universalité du salut… je vous suggère que l’Esprit répandu par le Christ, nous pousse aussi à sortir des frontières de notre Eglise, de nos cultes, de nos lectures traditionnelles de la Bible, pour nous inviter à vivre et à ressentir l’expérience de Dieu dans notre propre vie. 

L’Evangile nous invite à transcender toutes nos frontières : celles de l’accueil, celles de la pensée, comme celles de la prière. 

* Un dernier mot… Vous avez peut-être reçu dernièrement un petit livret de l’Eglise Protestante Unie, un fascicule - un cahier appelé « ressources » édité par l’Eglise. (C’est le n° 7, du mois d’Avril.) 
Ce livre - très bien fait - nous appelle à lire la Bible, c’est une bonne chose… c’est certainement nécessaire… et je vous encourage à le faire. 
En même temps - je vous donne mon sentiment - ce ne sera pas suffisant si nous voulons devenir des « témoins » du Christ. 

Je ne sais pas si les apôtres étaient des férus des Ecritures hébraïques… mais ce qu’ils faisaient certainement : c’était de méditer, de prier, de chercher la présence de Dieu… et c’est à cela que ce récit de Pentecôte nous ouvre. 

Pour moi, ce récit nous invite à vivre la même expérience que les disciples… à rechercher l’expérience du divin en soi… afin de nous ouvrir ensuite au témoignage… comme une explosion… comme un rayonnement. 

On ne peut témoigner que de ce qu’on a vécu.
Il faut commencer par le commencement : s’ouvrir à la confiance… recevoir et ressentir le Souffle de Dieu au creux de son intériorité… et, alors, on pourra faire rayonner cette Lumière. 

Alors… Cherchons d’abord le règne de Dieu, dans notre coeur…. Et tout le reste nous sera donné par surcroit !    


Amen. 

dimanche 6 mai 2018

Lc 10, 38-42

Lectures bibliques : Mt 13, 1-8. 18-23 ; Lc 10, 38-42. 
Thématique : Marthe et Marie… choisir la bonne part
Prédication de Pascal LEFEBVRE / Marmande, le 06/05/18

Quelle est donc la « bonne part » que Marie a choisie ? 
Quels enseignements peut-on tirer de ce récit bien connu ? 

Il s’agit d’un épisode relativement banal qui est raconté par Luc : Jésus est un hôte invité par Marthe. Chacun prend des dispositions à son arrivée. Marie, la soeur de Marthe, s’assoit au pieds de Jésus, pour l’écouter. Pendant ce temps Marthe s’affaire au service, pour tout préparer. 
Au bout d’un moment, elle se sent certainement seule, abandonnée ou débordée,  inquiète ou fatiguée. Elle aimerait être soutenue par sa soeur dans ses tâches et son service d’hospitalité. Elle laisse alors entendre une plainte, qui est un appel à l’aide. Elle s’adresse - non pas à Marie - mais à Jésus, afin qu’il intervienne, pour que sa soeur lui vienne en aide. 

Mais Jésus réplique à cette plainte en deux points : 
D’une part, il dévoile son inquiétude et son agitation. Et l’appelle à ne pas contaminer son entourage avec son stress. Il l’invite à l’apaisement. 
D’autre part, il affirme que Marie - en choisissant l’écoute - a choisi la bonne part. 
Il semble ainsi faire passer un message, qui invite à l’écoute, au calme, à la méditation… plutôt qu’à l’agitation, aux préoccupations matérielles et au stress.

Autrement dit, cet épisode semble distinguer deux types d’attitudes vis-à-vis du Christ : D’un côté, celui ou celle qui a le soucis des affaires du monde, des préoccupations matérielles. De l’autre, celui ou celle qui a le souci des affaires du Seigneur, des préoccupations spirituelles (cf. 1 Co 7, 32-35). Jésus indiquant que le plus important - la bonne part - serait de choisir les préoccupations spirituelles. 

C’est comme cela que ce texte a souvent été interprété… mais est-ce réellement comme cela qu’il faut le lire ? Est-ce que c’est vraiment ce que Jésus veut dire ?

Il est vrai que ce type d’interprétation à des appuis textuels. Par exemple, dans le sermon sur la montagne, Jésus appelle lui-même ses disciples à quitter leurs préoccupations matérielles, pour autre chose, pour une autre quête. 
Je cite Jésus : « Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? […] Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné par surcroît. » (Mt 6, 25-34). 

De même, on trouve cette question autour de nos priorités, de nos choix de vie, dans la deuxième épitre de Paul aux Corinthiens. 
Je cite Paul : « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage et même si, en nous, l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. […] Notre objectif n’est pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel. » (2 Co 4)

Paul semble appeler, ici, les disciples du Christ à se préoccuper de leur être intérieur - leur âme immortelle, leur relation avec Dieu - plutôt que de leur être extérieur - leur corps - qui n’est qu’une tente et qui sera un jour détruit avec la mort. 

On aurait donc une sorte de contraste, de dichotomie, de distinction entre deux états d’être : l’extériorité, la matérialité, d’un côté ; l’intériorité, la spiritualité, de l’autre. 
Mais est-ce bien cela dont il s’agit dans notre passage avec Marthe et Marie ? 

Dans la tradition de l’église, on a souvent opposé les attitudes de deux soeurs, comme deux archétypes, deux types d’attitudes chrétiennes distinctes … et on en a déduit que Jésus qualifierait positivement l’attitude d’écoute et de foi, qui est celle de Marie… et du coup, qu’il qualifierait négativement celle de Marthe. Mais est-ce vraiment le cas ? Que Jésus remet-il en cause exactement chez Marthe ?

Il faut regarder le texte de plus prés. Je ne crois pas qu’il y ait une telle opposition dans notre épisode. 

Remarquons d’abord que Jésus ne dit rien. Il ne fait que répondre à une plainte de Marthe. Il ne disqualifie pas son service. Mais il répond à sa plainte… parce qu’il semble que Marthe s’épuise à la tâche… qu’elle s’affaire dans un service compliqué. 

Ce que Jésus met en avant, c’est son inquiétude et son agitation… c’est son hyper activité et son stress, qui sont, pour lui, inutiles… et certainement nocifs, puisqu’elle les projette sur les autres.

Comme d’habitude, Jésus appelle au calme, à la confiance, à la paix intérieure… là où Marthe est présentée comme une femme absorbée, affairée, tiraillée de toute part par le service de son hôte et de multiples tâches. 

Jésus en profite pour dire que cette agitation n’est pas nécessaire. Marthe en fait trop. Son attitude est jugée « disproportionnée ». L’agitation de Marthe l’empêche de vivre l’essentiel de l’instant présent. 

Une seule chose est nécessaire - et donc prioritaire - dit Jésus - c’est de se mettre à l’écoute du Seigneur … le reste doit passer après. 
C’est la raison pour laquelle, il affirme que Marie a choisi la bonne part… parce qu’elle a compris et choisi cette priorité. 

Il me semble que cet épisode ne vise donc pas à opposer le service à la contemplation, mais davantage à relativiser nos angoisses et notre stress, pour les questions matérielles. 
C’est un appel à lâcher prise face aux taches matérielles quotidiennes, pour nous centrer ou recentrer vers l’écoute, le calme, le silence, la méditation, la contemplation, la relation à Dieu… qui devraient aussi appartenir à notre quotidien. Ce que Marie semble avoir spontanément compris… même si normalement, en tant que femme, elle était sûrement attendue « aux fourneaux » : c’était certainement la place octroyée aux femmes à cette époque. Elle n’est donc peut-être pas à sa place aux pieds du Seigneur (aux yeux de Marthe ou des autres). Or, Jésus fait fi des conventions et accepte et même encourage l’attitude de Marie. 

Tout disciple (homme ou femme) - selon l’évangéliste Luc - est donc appelé à ne pas être seulement comme Marthe… nous devons apprendre à lâcher prise, à prendre le temps d’être aussi comme Marie… d’accepter de quitter notre quotidien, nos tâches matérielles, nos soucis pour tous les aspects pratiques, qui prennent souvent tout notre temps, notre attention… et qui nous causent bien du stress. 

Cet épisode nous encourage, au contraire, à faire comme Marie : à nous mettre à l’écoute, dans le calme et le silence…. Donc à prendre des temps, pour la méditation, la contemplation, la prière… du temps pour se ressourcer, pour ouvrir et élargir l’espace de notre intériorité. 

D’ailleurs, l’épisode qui suit celui-ci dans l’évangile de Luc est un enseignement sur la prière… dont le « Notre Père » s’est largement inspiré. 

En d’autres termes, ce qui est remis en question par Jésus, dans ce récit évangélique, ce n’est pas le service opéré par Marthe, mais c’est son agitation et son souci. 

Les soucis sont des stress, qui nous font envisager le présent et l’avenir avec angoisse. Ils ont tendance à bloquer nos actions ou à les précipiter. Ils nous oppressent et nous troublent, au point qu’ils finissent pas prendre toute la place. Ils nous obsèdent. Et du coup, nous les ressassons. Et nous perdons notre joie. 

Or, l’attitude de foi consiste en un lâcher prise : 
Nous pouvons confier ses préoccupations à Dieu… les déposer… pour, finalement, nous recentrer sur « l’être », sur la relation… plutôt que sur le « faire » et l’« agir ». 

Nous trouvons bien des passages dans la Bible qui nous invite à confier nos soucis au Seigneur : 

- Par exemple, dans le psaume 55 (v23) : « Rejette ton fardeau, mets-le sur le SEIGNEUR, il te réconfortera, il ne laissera jamais chanceler le juste. »

- Ou, dans la première épitre de Pierre (1 p 5,7) : « Déchargez-vous sur Dieu de tous vos soucis, car il prend soin de vous. »

- Ou encore, dans l’évangile de Matthieu : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. » (Mt 11, 28-30).

Il me semble que c’est ce qu’il faut entendre dans la réponse de Jésus à Marthe : il ne disqualifie pas son service, mais son souci… son agitation. 
Il l’invite à changer d’attitude… à lâcher-prise. Il l’appelle également à revoir l’ordre de ses priorités… en mettant en avant l’attitude d’écoute de Marie. 

Dans la parabole du semeur… et dans l’interprétation qui est proposée… on retrouve aussi un  avertissement au sujet des soucis… et des préoccupations du monde. 
Je cite ce passage que nous avons entendu : « Voici que le semeur est sorti pour semer. Comme il semait, des grains […] sont tombés dans les épines ; les épines ont monté et les ont étouffés. […] Celui qui a été ensemencé dans les épines, c’est celui qui entend la Parole, mais le souci du monde et la séduction des richesses étouffent la Parole, et il reste sans fruit. » (cf. Mt 13).

Bien sûr, ici, il n’est pas question de l’attitude de Marthe - ses préoccupations ne sont sans doute pas du même ordre - elle est préoccupée par le service, non par les richesses. 
Mais, malgré tout, le point commun avec notre épisode se retrouve dans le mot « soucis » (c’est le même mot en grec). Et c’est quelque chose qui nous concerne tous, car nous avons tous tendance à nous faire du souci pour telle ou telle chose, telle ou telle situation. Comme Marthe, il nous arrive de nous inquiéter, de nous angoisser, d’éprouver de l’anxiété. 
Alors, il est bon d’entendre que ce que Jésus nous offre : la possibilité de confier nos soucis à Dieu, de les déposer, de les relativiser, de nous ouvrir au calme intérieur et à l’écoute du Seigneur. 

Dans un monde où tout va très vite, où notre quotidien est bousculé par l’immédiateté… la nécessité de toujours réagir, de répondre rapidement, d’agir face aux très nombreuses sollicitations… les paroles de Jésus nous appelle plutôt à prendre du recul, au calme intérieur, à l’écoute : chose que nous prenons pas toujours le temps de vivre. 

Ainsi, la « bonne part » que Marie a choisie, pourrait être comparée à la « bonne terre » de la parabole du semeur (Mt 13) : « Celui qui a été ensemencé dans la bonne terre - dit Jésus - c’est celui qui entend la Parole et comprend : alors, il porte du fruit et produit l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente ». 

Prendre le temps de nous mettre à l’écoute de Dieu… d’écouter notre âme en relation avec Dieu… voilà un état d’ « être » - et non pas un « faire » - que Jésus nous invite à vivre, à expérimenter. 

* Alors… pour conclure et répondre à la question que je posais, en introduction, sur la manière d’interpréter ce récit… on peut dire que ce passage biblique a été très diversement lu et reçu au cours du temps. 
Certains y ont vu, par exemple, un contraste fort - une tension - entre la dispersion (dispersion dans les soucis de la vie matérielle) personnifiée par Marthe, et la concentration (concentration sur la parole de Dieu, unification intérieure dans la foi) personnifiée par Marie. 

Pour ma part, je ne crois pas que Jésus établisse une opposition entre le service et la méditation, entre la diaconie et la contemplation. 
S’il dit que Marie a choisi la « bonne » part, c’est parce qu’en tant que femme, elle choisit de sortir du rôle social qu’elle était censée endosser… elle choisit d’écouter le Seigneur, plutôt que de s’occuper des tâches ménagères - alors que c’était vraisemblablement ce que l’on attendait d’elle, à l’époque, à commencer par sa soeur -. Mais, Jésus ne dit pas que Marthe a choisi la « mauvaise » part.

A travers le personnage de Marthe, il s’agit plutôt d’inviter les disciples au calme intérieur, au lâcher prise, pour accepter de se placer devant Dieu, pour les inviter à Lui déposer les soucis et les agitations, pour retrouver une véritable unité intérieure. 

L’attitude de Marie est mise en avant par Luc, dans le sens où elle représente l’attitude de foi du disciple, qui prend le temps de se mettre à l’écoute du Seigneur. 
Jésus nous invite aussi à faire de même…  Souvenons-nous que, dans l’épisode précédant, Jésus invite un légiste (qui demande comment recevoir la vie éternelle) a agir en s’engageant dans la voie de l’amour du prochain… et dans le service, pour prendre soin des autres et porter secours … à travers la parabole du bon samaritain… qui se termine par la conclusion, par l’exhortation : « va et toi aussi, fais de même ! » (Lc 10,37)… autrement dit, Jésus invite les disciples à être comme Marthe, à s’engager par amour d’autrui… seulement, maintenant, il invite également (et d’autre part) ses disciples à prendre du temps - comme Marie - pour vivre une relation avec Dieu, pour écouter sa parole… car la voie de l’intériorité, du coeur à coeur avec Dieu, est nécessaire pour évoluer et progresser. 

Il n’y a donc pas lieu d’opposer le service et l’amour du prochain, avec l’écoute du Seigneur et la méditation. Les deux aspects sont importants et complémentaires. Il nécessaire de s’engager avec altruisme, mais aussi d’apprendre à prendre du recul et à prendre le temps de la prière. 

C’est ce que Jésus faisait lui-même après avoir enseigné les foules ou fait des guérisons, l’évangile nous dit qu’il allait s’isoler dans la montagne, seul, au calme, pour prier. 

Nous sommes donc conviés (à travers cet épisode) à relativiser les soucis du monde, à leur donner une place moindre, par rapport à la foi, à la confiance et à la relation avec Dieu. Nous sommes appelés à revoir nos priorités dans nos choix de vie…

Je crois que c’est sur le ton de l’amitié qu’il faut entendre les propos de Jésus : dans le sens d’un conseil affectueux qu’il promulgue à Marthe « Marthe, Marthe, tu te fais des soucis et tu t’agites pour beaucoup de choses. Une seule est nécessaire »… il faut y entendre le conseil d’un ami qui veut soulager celle qui le reçoit, de son anxiété, de la pression qu’elle se met elle-même sur les épaules, de son angoisse d’être seule à agir… de se sentir isolée, lasse ou fatiguée … de sa peur de ne pas être à la hauteur… ou de tout vouloir faire parfaitement… en bref, de toutes ces choses qui lui ôtent sa joie de vivre et sa paix intérieure. 

Notre monde a bien besoin de ce calme intérieur que le médecin des âmes, Jésus, semble prescrire à Marthe… et nous en avons aussi certainement besoin. 
Jésus nous appel à revoir l’ordre de nos priorités… et à ne pas oublier de nous connecter à Dieu, pour nous ressourcer intérieurement. 

Qu’il nous soit donné - chers amis - de prendre du temps dans notre vie personnelle… de choisir la « bonne part »… à la suite de Marie… celle qui peut nous transformer et nous rendre rayonnant de l’amour et de la paix de Dieu.  


Amen.