dimanche 17 octobre 2021

Sortir de l'avidité, entrer dans la confiance

Lectures bibliques : Mc 1, 14-15 ; Lc 12, 13-21 ; Lc 16, 1-13 (voir en bas de la page)

Thématique : D’où viendra le salut ? Changer de mentalité / sortir de l’avidité / choisir en qui placer sa confiance 


Prédication de Pascal LEFEBVRE -  17/10/21 – temple du Hâ – Bordeaux 

 

En quoi ou en quipuis-je placer ma confiance ?

 

En Dieu… en l’Évangile… en la politique… en la venue d’un homme providentiel… en l’argent… en la science… dans un vaccin… une promesse électorale… une nouvelle technologie ? 

 

Le mot « Mamon » désigne ce en quoi je me fie… ce en quoi je place ma confiance et mon désir. 

En cela, il s’agit d’une sorte de « divinité », de puissance, que Jésus présente comme une force « trompeuse ».

 

L’Évangile offre aujourd’hui deux passages qui illustrent la question de la confiance en prenant l’argent comme exemple.

 

Le problème posé et celui du désir : De quelle façon est orienté notre désir ? sur quelle base ? dans quelle direction ?

 

* Dans le premier texte : Un homme confronté à un conflit d’héritage interroge Jésus.

Le Christ comprend tout de suite que la problématique en jeu est celle de l’avidité humaine, de la cupidité.

 

L’avidité, en effet - avec l’ignorance - est sans doute la problématique qui cause le plus de dégâts dans le monde. 

Si personne n’était avide, il y en aurait pour tout monde. Il y aurait beaucoup moins de problèmes sur terre. La fraternité et le partage prévaudraient.

 

Quand je parle d’avidité, je ne parle pas seulement de la cupidité de quelques simples personnes, comme vous et moi… citoyens ou croyants anonymes… mais aussi - et surtout - de l’avidité des plus riches qui contrôlent tout. 

 

Rendez-vous compte qu’aujourd’hui les 1% les plus riches du monde possèdent plus biens et d’argent que les 99% du reste des humains sur la terre. 

Ces personnes - Les Rothschild, Du Pont, Rockefeller, Bush, Morgan, Soros, Gates, Clinton, etc. - à travers des fondations ou des empires financiers comme BlackRock, Vanguard, State Street, Berkshire Hathaway Inc., Morgan Stanley, etc. possèdent la majorité des grandes industries, des moyens de communication et des actions boursières : banques, énergie, agro-alimentaire, Internet, médias, cinéma, big pharma, armement, aviation, etc… 

Cela représente des dizaines de milliers de milliards de dollars - c’est-à-dire des trillions de dollars d’investissement – Ce qui revient à dire que la plupart des choses sur la terre relève du pouvoir de quelques centaines de familles les plus riches de la planète. C’est difficilement imaginable ! A travers cette hégémonie, des organisations internationales et des formes de lobbying, ces personnes sont évidemment ultra influentes sur toutes les décisions capitales prises dans le monde, au niveau économique et politique. 

 

Alors, peut-on faire confiance à des gens qui ont autant de pouvoir ?

Est-ce que notre sort ou celui de l’humanité leur importe réellement ?

Est-ce que le bien, votre santé ou la recherche de la justice font partie de leurs priorités ? ou est-ce le déploiement (et l’accroissement) de leur puissance et de leurs gains colossaux ?

 

John F Kennedy, le président des États-Unis, déclarait avant son assassinat :

« On est opposé dans le monde entier par une conspiration monolithique et impitoyable qui s’appuie principalement sur des moyens de convoitise pour étendre sa peur par l’influence, sur l’infiltration au lieu de l’invasion, sur la subversion au lieu des élections, sur l’intimidation au lieu de libre choix, sur les guérillas de nuit au lieu des armées de jour. 

C’est un système qui a enrôlé de vastes ressources humaines et matérielles, dans la construction d’une machine très efficace, qui combine l’armée, la diplomatie, le renseignement, l’économie, la science et la politique. 

Ses préparatifs sont cachés, pas publiés. Ses erreurs sont enterrées, pas titrées. Ses dissidents sont silencieux, pas loués. Aucune dépense n’est remise en question, aucune rumeur n’est imprimée, aucun secret n’est révélé. »

 

Retenons quelques mots de ce constat terrible, qui annonce que les jeux sont faits, que notre monde dominé par une caste de très riches (qui sont aux commandes) court à sa perte… sauf à placer notre confiance ailleurs qu’en toutes ces choses qui vont des médias aux laboratoires pharmaceutiques … en passant par la quête de la technologie et du « toujours plus » … quelques mots comme : convoitise, peur, influence, intimidation, impitoyable, absence de liberté, cachés, secret. Il y a là de quoi nous faire réfléchir !

 

Mais quittons maintenant les hautes sphères des 1% qui dominent le monde, pour revenir à notre quotidien… à nous les 99% ... et reprendre ensemble cette question de la convoitise. Pourquoi la cupidité ? 

 

L’avidité peut avoir plusieurs motifs : 

D’abord, l’angoisse, la peur : la peur de manquer, la peur du vide, la peur d’être dans le besoin, la peur du lendemain… peuvent pousser à la thésaurisation, à l’accumulation (comme une sorte de « sécurité »). 

D’autre part le désir orienté vers soi : désir d’accaparement, de convoitise… désir d’en avoir toujours plus, désir de jouir sans limite, l’ivresse du pouvoir… tout cela porte à l’avidité, à la cupidité.

 

Aussi le Christ est-il conscient de tout cela. C’est précisément pourquoi, face à la situation de l’être humain - face à la fragilité et à la finitude - il vient rappeler que la vie d’un homme ne tire ni son origine ni sa sécurité de ses biens : 

« Ce n’est pas du fait qu’un homme est riche qu’il a sa vie garantie par ses biens ». 

 

Cette affirmation peut paraître évidente, mais la réalité, c’est que beaucoup de Français ont aussi leur compte épargne plein, au cas où quelque chose se produirait… pour parer une éventuelle insécurité… pour faire face à de potentielles difficultés.

 

Il n’est pas du tout évident dans notre mentalité contemporaine d’accepter que l’argent ne soit pas gage de sécurité. 

C’est plutôt le contraire qui prévaut !

 

L’argent peut même devenir « un dieu », « une idole », quand nous fondons notre sécurité sur sa possession. 

C’est ce que raconte Jésus dans la parabole du riche insensé.

 

Dans l’histoire, le gros propriétaire prévoit d’agrandir ses granges pour abriter l’abondante récolte qui s’annonce. 

Son attention est manifeste : pouvoir jouir et profiter seul de ses biens à profusion en toute tranquillité, pendant de nombreuses années.

 

Aussi, dans la solitude de son projet, s’adresse-t-il à son âme : « mon âme (dit-il)… repose de toi, mange, bois, fait bombance ». 

Il décrit ainsi l’idéal du jouisseur égocentrique, dont le sentiment de sécurité est fondé sur la fortune. 

 

Or, pour Jésus, cette sécurité est illusoire. 

La parabole le montre par une ironie tragique.

Puisque la nuit même, au moment où il croit avoir atteint la sécurité, on lui réclame son âme, sa vie. 

Ce qui n’était donc qu’un prêt lui redemandé. 

 

L’homme croyait jusqu’alors avoir prise sur sa vie, avoir la maîtrise du cours de son existence, mais il n’en était rien.

 

Le bilan est catastrophique : non seulement l’homme riche a tout perdu sur terre, mais il s’est trompé de lieu où amasser ses trésors.

 

L’erreur de l’homme n’est pas d’avoir voulu un trésor, ni de thésauriser, mais d’avoir voulu uniquement ce trésor pour lui-même, dans un repli égocentrique.

 

Aussi la parabole oppose-t-elle, d’un côté, l’attitude qui consiste à amasser un trésor pour soi-même – ce qui est finalement « insensé » - de l’autre, celle qui consiste à « s’enrichir auprès de Dieu ». 

Ce qui représente ici un usage des biens guidé par la solidarité humaine et l’amour du prochain.

 

Le but de la parabole est bien entendu de changer la mentalité de l’auditeur, en lui montrant l’absurdité - et le vide de sens - d’un investissement uniquement centré sur soi-même, alors qu’il est possible de réordonner l’enrichissement dans une finalité altruiste, en laissant son désir être guidé par l’amour de Dieu et d’autrui. 

 

La parabole interroge donc le fondement et le sens (la direction) de notre désir : est-il guidé par l’égoïsme, l’égocentrisme, la convoitise, la cupidité… ou par une finalité plus altruiste ? plus fraternelle ?

 

Et ce texte prend d’autant plus de sens dans notre société contemporaine marquée par un individualisme exacerbé et une vision du bonheur souvent ramenée au matérialisme, au consumérisme, au profit immédiat, au désir de jouissance dans l’instant ou dans les plus brefs délais. 

 

La parabole pose également la question de ce qui peut réellement fonder notre confiance. 

 

Si la sécurité ne repose pas sur nos biens, nos possessions…Sur quoi ou sur Qui repose-t-elle réellement ?

 

Jésus répond un peu plus loin en affirmant qu’elle repose, en réalité, sur la Providence de Dieu :

Dieu sait ce dont nous avons réellement besoin. Il prend soin de ses créatures. Il pourvoit à nos besoins, même si nous ne le voyons pas toujours. C’est sur Lui seul que peut se fonder notre confiance. 

 

Aussi, si nous faisions davantage confiance à Dieu, si nous acceptions de lâcher notre peur, nos mauvais désirs, notre avidité… alors, il y aurait plus de place sur terre pour le partage et la fraternité.

 

En invitant ses disciples à s’inscrire dans la confiance, Jésus propose de lâcher nos angoisses existentielles et économiques, pour prendre conscience de la bonté providentielle de Dieu, pour chercher sa présence et son règne, pour vivre une vie plus juste… ajustée aux désirs de Dieu qui offre la vie en abondance à ses créatures… à condition que nous sachions aussi partager. 

 

L’Évangile réoriente ainsi la quête existentielle des disciples (que nous sommes) vers la recherche du règne de Dieu (du Royaume, de la présence de Dieu, de son monde nouveau, ici et maintenant) et vers la justice. 

 

Il ressort donc pour Jésus, qu’on ne peut investir sa sécurité, à la fois, en Dieu et en l’Argent : il faut choisir ! 

Cela ne veut pas dire que nous devons être pauvre. Cela signifie que nous devons choisir où placer notre vrai désir… choisir de dépasser l’angoisse, la peur du vide ou du lendemain… cesser de nous inquiéter… Orienter – ou réorienter - notre désir vers des réalités plus durables que les biens matériels et les possessions financières. Pour Jésus nous avons mieux à penser et à faire ici et maintenant.  

 

Mais est-ce si facile ? 

 

La possibilité de la réorientation de notre désir dépend en premier lieu de notre niveau de confiance : 

C’est ce que l’évangile nous fait comprendre. 

 

« Où est votre trésor, là aussi sera votre cœur »disait Jésus. 

L’homme concentre sa réflexion et son désir, c’est-à-dire son cœur, sur ce qu’il vise. 

Si notre trésor de confiance est fixé sur la bonté providentielle de Dieu, alors notre cœur, fondé sur cette confiance, sera ouvert aux autres, à la générosité et au partage… puisque nous avons cette confiance fondamentale que Dieu nous offre, à nous aussi, depuis toujours, sa générosité et tous ses dons. 

 

* La deuxième parabole est un peu plus complexe. C’est la parabole du gérant habile.

 

Elle se déroule dans le contexte économique d’une métairie, dont la gestion a été confiée à un intendant. 

Le propriétaire, ayant eu vent d’une gestion déloyale de ses biens, signifie au gérant son congé. Il le renvoie.

 

Ce dernier se livre à une analyse réaliste de ses possibilités. Il en conclut que la solution la plus avantageuse pour lui, consiste à profiter de son ultime pouvoir de gérant, pour abaisser les dettes des débiteurs de son maître, afin d’acquérir leur reconnaissance.

 

Quand on doit 3700 litres d’huile, un rabais de 50 % n’est pas de refus !

 

On peut d’abord avoir l’impression que ce gérant monte une sorte d’escroquerie aux dépends de son maître, en abaissant les dettes de ses débiteurs.

Mais si, à la fin, le maitre loue le gérant pour son habileté, c’est qu’il y a une autre explication.

 

On sait, en effet, suivant le droit romain, que les gérants de métairie gagnaient leurs salaires par des commissions prélevées sur les opérations financières. 

Ainsi ce qu’a fait le gérant en allant voir chacun des débiteurs de son maitre, c’est d’accepter de renoncer à sa marge personnelle, à ses parts de commission. 

Ce faisant, au lieu de gagner de l’argent, de l’amasser comme un gage de sécurité, il a, en fait, inversé la fonction de cet argent, en renonçant à ses marges personnelles, en introduisant de la gratuité. 

Ce qui a dû faire la joie de ses débiteurs !

 

En d’autres termes, en faisant grâce, il a investi l’argent auquel il a renoncé dans un sens relationnel, en ouvrant des relations avec ses clients, en se faisant des amis. 

Au lieu d’amasser pour lui un trésor, il s’est créé un trésor de reconnaissance auprès des anciens débiteurs. 

 

Cet homme totalement opportuniste est finalement loué pour son inventivité, son habileté, son intelligence, face à une situation menaçante. 

Il a finalement réussi à inverser la fonction de l’argent : en libérant les débiteurs d’une partie substantielle de leurs dettes, il a fait de l’argent quelque chose de fécond en matière de relations humaines. Autrement dit il a subverti le pouvoir de l’argent. 

On pourrait presque dire qu’il a trompé « l’argent trompeur ». 

 

Le terme « Mamon d’injustice » ou « argent trompeur » désigne l’argent idolâtre tel qu’il fascine habituellement les humains. Mais dont la possession est toujours liée à système de répartition injuste. 

 

Si ce gérant trompeur – qui a habilement trompé l’argent trompeur, en abandonnant ses marges pour se faire des amis – est mis en avant, c’est pour inciter les croyants – présentés comme « ceux qui appartiennent à la lumière » – à agir de même :

Pas seulement agir de même par rapport à l’argent, mais agir de même dans le sens où en faisant cela, en introduisant de la gratuité, le gérant s’est ouvert un avenir sur cette terre. 

Ainsi donc : que les chrétiens usent pareillement des dons qu’ils ont reçus, en les offrant gratuitement, pour préparer leur avenir… leur avenir éternel. 

 

Dans cette petite histoire, par ce retournement, ce renversement (de la dette vers le don / de la division vers l’unité, la fraternité), Jésus rend à l’argent sa véritable place : celle d’être seulement un moyen, un instrument au service de l’humain, de la relation humaine, du bien commun… et non d’être une idole capable de prendre la place de Dieu. 

 

Pour Jésus, idolâtrer l’argent, comme le font beaucoup, est incompatible avec la confiance en Dieu. 

Il insiste sur la radicalité du choix : on ne peut investir sa sécurité à la fois en Dieu et en l’argent. Il faut choisir. 

 

La parabole propose ainsi de donner à l’argent une autre place : une place de second ordre, de moyen, d’instrument, au service de l’homme et de la relation humaine. 

C’est seulement en subvertissant l’argent trompeur – par le don, par la gratuité – que le gérant habile y parvient. 

 

Pour conclure, je voudrais revenir sur cette parole de l’évangile de Marc où Jésus appelle ses auditeurs à se convertir, à changer de mentalité, et à croire à la bonne nouvelle de l’Évangile, à faire confiance au message de salut qu’il vient proclamer. 

 

Jésus appelait ses disciples à interroger leur système de croyance. 

 

A son époque, nombre de croyants Juifs – des Juifs pieux – pensaient que c’est en appliquant l’ensemble des préceptes de la loi, les pratiques rituelles et religieuses, les pèlerinages et les sacrifies au temple pour le pardon des péchés, qu’ils trouveraient le salut. 

 

Jésus est venu remettre en cause ce système de croyance. 

 

Il annonce que ce n’est pas dans les pratiques religieuses que l’homme peut trouver le salut, mais dans une relation gratuite de confiance et de proximité avec le divin, dans une relation de cœur à cœur avec Dieu. 

 

Pour lui, Dieu est une réalité bienveillante, comme un Père ou une Mère qui nous aime, qui pourvoit à notre bien et à nos besoins, c’est un Dieu d’amour auquel nous pouvons être connecté : c’est cet amour, ce lien avec Dieu qui nous apporte la lumière, le salut, la santé, le discernement et le meilleur – tout le bonheur - que nous pouvons goûter sur cette terre avec ceux qui nous entourent (comme le dit aussi Qohélet). 

 

Inlassablement, Jésus appelait ses disciples à faire confiance à Dieu, à s’ouvrir à Lui, à s’inscrire dans la méditation et la prière, à aimer l’Éternel – notre Père céleste - de tout son cœur. 

 

C’était un changement de mentalité que proposait Jésus :

-      Prendre conscience qu’aucune réalité matérielle n’est capable de nous apporter le salut (en latin, salvussignifie guéri… autrement dit, être sauvé, être guéri, être délivré, être libéré) : aucune pratique religieuse, aucune possession d’argent… rien ne peut le faire et le produire, sinon Dieu lui-même… c’est pour cela qu’il appelait à entrer dans le règne de Dieu, dans la présence de Dieu. 

 

C’est la même chose pour nous aujourd’hui, il est bon de rappeler cela dans notre contexte contemporain : car nous sommes, nous aussi, appelés à cette prise de conscience, à ce changement de mentalité : aucun trésor matériel ne peut réellement nous apporter le salut… aucun argent, aucune fortune, aucune réussite… mais - non plus - aucun homme politique providentiel… aucun milliardaire… aucun vaccin, aucun confinement, aucune mesure sanitaire coercitive, aucune loi, aucune privation de liberté… rien ne nous apportera le véritable salut auquel nous pouvons accéder, sinon la présence de Dieu lui-même. 

 

Aussi, nous devons prendre conscience que lorsqu’on croit au veines promesses d’un salut par plus d’avoir, plus de pouvoir, plus de sécurité sanitaire, plus de contrôle… nous suivons une chimère… nous écoutons des discours idolâtres… qui nous trompent et nous vendent une sécurité illusoire. 

Ne soyons pas insensés comme le riche qui veut remplir ses greniers pour pallier l’angoisse du lendemain. 

Le Mamon trompeur (ce en quoi je me fie, je place ma confiance) peut prendre bien des formes… à commencer par les discours de peur ou de manipulation auxquels nous sommes confrontés… et qui conduisent au final à enrichir Big Pharma … avec la complicité des médias… en nous offrant de fausses promesses de sécurité. 

 

-      Par ailleurs, quand on parle de conversion, puisque c’est comme cela que Jésus commence dans l’Évangile de Marc (convertissez vous et croyez à la Bonne Nouvelle), il faut savoir que cela commence par cette prise de conscience dont je vous parle : être conscient que nous ne sommes pas sur le bon chemin, que nous avons été trompés par tous les discours ambiants… mais ensuite, c’est un changement de mentalité auquel Jésus appelle ses disciples. Ce changement nous exhorte à prendre un autre chemin (plus étroit), un nouveau chemin : c’est ce que le Christ appelle « entrer dans le règne et la présence de Dieu » : le monde nouveau de Dieu. Cela nous conduit à vivre des changements sur le plan éthique et social, à changer notre manière de vivre et d’envisager nos relations sociales. 

 

C’est donc un chemin de transformation que le Christ ouvre devant les croyants : entrer dans un chemin de pleine confiance en Dieu, accepter de s’en remettre totalement à notre Père céleste, à sa bonté, à sa Providence, dans l’assurance que c’est là que nous trouverons le véritable salut… que la vie en plénitude, la vie éternelle nous est offerte.

 

Pour le Christ, c’est Dieu qui agit dans nos cœurs, si nous laissons la place de le faire : en nous, dans la confiance, il transformera nos cœurs, pour nous rendre plus aimants, plus lumineux, plus libres, plus justes… et tout le reste nous viendra par surcroit… si nous commençons par ce chemin de pleine confiance … si nous accueillons et laissons la lumière de Dieu entrer en nous. 

 

Amen.

 

Lectures bibliques 

 

Mc 1 - Jésus proclame l’Évangile en Galilée

 

14Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait l’Évangile de Dieu et disait : 

15« Le temps est accompli, et le Règne de Dieu (le monde nouveau de Dieu) s’est approché : convertissez-vous (changez de mentalité) et croyez à l’Évangile (faites confiance au message de salut). »

 

Lc 12 - Parabole du riche insensé

 

13Du milieu de la foule, quelqu’un dit à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » 

14Jésus lui dit : « Qui m’a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ? » 

15Et il leur dit : « Attention ! Gardez-vous de toute avidité ; ce n’est pas du fait qu’un homme est riche qu’il a sa vie garantie par ses biens. »

16Et il leur dit une parabole : « Il y avait un homme riche dont la terre avait bien rapporté. 

17Et il se demandait : “Que vais-je faire ? car je n’ai pas où rassembler ma récolte.” 

18Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en bâtirai de plus grands et j’y rassemblerai tout mon blé et mes biens.” 

19Et je me dirai à moi-même : “Te voilà avec quantité de biens en réserve pour de longues années ; repose-toi, mange, bois, fais bombance.” 

20Mais Dieu lui dit : “Insensé, cette nuit même on te redemande ta vie, et ce que tu as préparé, qui donc l’aura ?” 

21 Voilà ce qui arrive à celui qui amasse un trésor pour lui-même au lieu de s’enrichir auprès de Dieu. »

22Jésus dit à ses disciples : « Voilà pourquoi je vous dis : ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. 

23Car la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement. […]

[…] 29Et vous, ne cherchez pas ce que vous mangerez ni ce que vous boirez, et ne vous tourmentez pas. 

30Tout cela, les païens de ce monde le recherchent sans répit, mais vous, votre Père sait que vous en avez besoin. 

31Cherchez plutôt son Royaume, et cela vous sera donné par surcroît. 

32Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. […]

34où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.

 

Lc 16 - Parabole du gérant habile

 

1Puis Jésus dit à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui fut accusé devant lui de dilapider ses biens. 

2Il le fit appeler et lui dit : “Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires.” 

3Le gérant se dit alors en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance ? Bêcher ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’en ai honte. 

4Je sais ce que je vais faire pour qu’une fois écarté de la gérance, il y ait des gens qui m’accueillent chez eux.” 

5Il fit venir alors un par un les débiteurs de son maître et il dit au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?” 

6Celui-ci répondit : “Cent jarres d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, vite, assieds-toi et écris cinquante.” 

7Il dit ensuite à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Celui-ci répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu et écris quatre-vingts.” 

8Et le maître fit l’éloge du gérant trompeur, parce qu’il avait agi avec habileté. En effet, ceux qui appartiennent à ce monde sont plus habiles vis-à-vis de leurs semblables que ceux qui appartiennent à la lumière.

9« Eh bien ! moi, je vous dis : faites-vous des amis avec le Mammon d’injustice - l’Argent trompeur - pour qu’une fois celui-ci disparu, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. […] 

13« Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent. »

dimanche 26 septembre 2021

Le P@ss est-il compatible avec l'Evangile ?

 Lectures bibliques : Mt 8, 1-4 ; Mt 9, 9-13 ; Mt 10, 16-39  (voir en bas de cette page)

Thématique : Le Passeport sanitaire est-il compatible avec l’Évangile ? 

Prédication de Pascal LEFEBVRE – le 26/09/21 – Bordeaux (temple du Hâ)

 

Il y a 10 mois environ, au moment du 2èmeconfinement, j’affirmais dans une prédication qu’« il n’y a pas de liberté, sans fraternité ». Et je le crois toujours. 

Mais aujourd’hui, je voudrais – avec vous – affirmer le pendant de cette dialectique : « il n’y pas de fraternité, sans liberté ». C’est aussi vrai et important !

 

Je voudrais commencer cette méditation par 2 petites anecdotes

 

Il y a 3 semaines, j’ai été voir mon banquier (celui du Centre Social dont j’ai la charge). Au cours de nos échanges, immanquablement, la conversation est partie sur divers sujets… et notamment sur des question d’actualités, à savoir le P@ss sanitaire et la vaccination – c’est le genre de sujet qu’il fallait absolument éviter cet été, si vous receviez de la famille ou des amis, car, à coup sûr, ces questions divisent les gens (dans la société comme dans les familles). Et chacun prend souvent rapidement parti, ne laissant que peu de place à un véritable dialogue, un débat fraternel et contradictoire – Bref, ce banquier, donc, qui est vacciné… me racontait que – par peur – il n’invitait plus chez lui que des amis vaccinés.

 

Je dois vous avouer que cette affirmation m’a choqué : s’il est vacciné, qu’a-t-il à craindre ? Et surtout, est-ce que ce n’est pas un peu radical de devoir faire du tri, d’opérer une discrimination dans son entourage, en décidant de ne rencontrer que ceux qui sont déclarés « fréquentables », car « purs », « tatoués », hypothétiquement « bien portant » ?

En tant que pasteur, je ne pouvais pas faire autrement que de penser à Jésus - qui lui faisait strictement le contraire – en osant fréquenter les malades, les lépreux, les gens impurs… pour les restaurer dans leur identité d’enfant de Dieu et leur rendre une vie sociale. 

 

Mais je n’étais pas au bout de mes surprises quand j’ai vu, ailleurs, une dame dans un magasin – qui avait le masque et qui était vacciné (puisqu’elle s’en ventait) – interroger une des vendeuses (qui portait aussi un masque) pour lui demander si elle était bien vaccinée ? 

A l’issue d’un échange verbal un peu tendu, la cliente refuse finalement d’être servie par cette employée non-vaccinée, et demande à être pris en charge par une vendeuse vaccinée. 

Qu’avait-elle à craindre (elle aussi) puisqu’elle était vaccinée et qu’en plus, elle portait un masque ?...  (à moins que ni l'un ni l'autre n'ait une quelconque efficacité !)

 

« Dans quel monde vit-on ? » : je n’ai pas pu m’empêcher de me poser la question. Et je nous la pose collectivement. 

Est-ce que toutes ces peurs ne sont pas irrationnelles ? 

 

Faut-il accepter d’exclure des gens sous prétexte qu’ils pourraient représenter potentiellement un danger ? 

Qu’est-ce que c’est que cette société qui écarte des personnes ? qui porte sur autrui un regard de suspicion ? … alors que nous ne sommes même pas en train de parler de personnes malades ou contagieuses… mais de personnes qui hypothétiquement pourraient l’être, comme n’importe qui… (mais qui a priori, sont saines).

 

Dans l’antiquité, pour se protéger des maladies contagieuses, on demandait, par exemple, aux lépreux de se signaler et de respecter un isolement et une distanciation (parce qu’on soupçonnait déjà que tous ceux qui souffrent d’une forme d’écoulement pouvait transmettre une maladie). Mais on n’a jamais demandé à des personnes saines de s’isoler, de se confiner… ni même de présenter un laisser-passer.

 

En tant que lecteur de l’Évangile, cette société « pseudo-sanitaire » fondée sur la peur m’interroge. 

 

C’est vrai qu’on peut craindre pour sa santé face à une épidémie, une maladie contagieuse… c’est bien normal !… Mais depuis plusieurs mois, nous avons pris des mesures : 

nous avons pris l’habitude de porter des masques, de respecter les gestes barrières (lavage des mains, distanciation, …). Et globalement, on peut dire que la grande majorité des personnes fait attention dans les lieux publics fermés. 

Par ailleurs, les plus âgés et les plus fragiles peuvent recevoir (s’ils le veulent) une injection avec une thérapie génique (censée les protéger). N’y a-t-il donc pas une sorte de psychose, d’obsession sanitaire ? 

 

Il me semble que nous devrions maintenant assumer le risque de la vie… dont la maladie (une maladie dont on a plus de 99,9 % de chance de rechaper) et même la mort font partie. 

Nous ne pouvons pas continuer à vivre renfermés sur nous-mêmes, cloitrés dans la peur. 

 

Dans l’Évangile, on peut citer au moins 2 épisodes où les disciples sont confrontés à la peur de la mort. 

 

- Dans l’épisode qu’on a coutume d’appeler « la tempête apaisée », les disciples, installés dans une barque, sont en proie à une tempête. Ils ont peur de périr et finissent par réveiller Jésus pour qu’il fasse quelque chose. 

Le Christ intervient, les éléments se calment, puis il conclut par ses mots : « Pourquoi avez-vous si peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

 

Jésus rappelle à ses disciples que le remède contre la peur est la foi, la confiance. 

 

Cette parole nous interroge : notre vie corporelle aura un jour une fin, notre corps peut être soumis aux aléas, à la fragilité, la vulnérabilité, la mort même… Mais n’avons-nous pas la foi, la confiance que Dieu nous promet la vie éternelle ?… la foi que notre corps éphémère n’est pas le tout de notre identité… et que notre esprit (notre âme, notre corps spirituel) est promis à la vie ?

 

La vie éternelle n’est-elle pas plus que notre vie charnelle, corporelle ? N’avons-nous pas cette confiance, en tant que disciples… frères et sœurs de Jésus-Christ. 

 

Il y a également un autre épisode, au chapitre 10 de l’évangile selon Matthieu, lorsque Jésus évoque la condition missionnaire du disciple :

Être disciple de l’Évangile disait Jésus, c’est courir le risque d’aller à contre-courant des habitudes, de gêner, de rencontrer des oppositions, et même de la violence. 

 

Proposer un changement de mentalité, une autre manière de vivre, annoncer le Royaume, le « monde nouveau de Dieu » qui vient et qui est à notre portée, est une prise de risque et peut déboucher sur des persécutions. 

 

Jésus évoque des situations tragiques à cause de l’annonce de l’Évangile : division dans les familles, haine à cause du nom de Jésus, fuite d’une ville à l’autre… la situation envisagée par le Christ est le risque d’une dislocation de tous les liens symboliques qui régissent la vie en société (lien familial, interdit du meurtre, exclusion du groupe social). 

 

Non seulement le disciple peut se retrouver dans une situation, où il n’a pas de lieu où « poser sa tête », parce qu’il se trouve comme une « brebis au milieu des loups ». Mais il peut mettre sa vie corporelle, son intégrité physique en danger, car son message risque de ne pas être reçu et sa vie de se trouver menacée. 

 

Pour autant, le Christ poursuit par ses mots : « ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez bien plutôt celui qui peut faire périr âme et corps dans la géhenne ». 

Que peut-on conclure de cette parole ?

 

Jésus distingue ici le corps et l’âme. Le fait que notre existence biologique (le corps) puisse être mise en danger, n’est pas le plus à craindre. Ce qui serait vraiment à craindre, c’est que quelqu’un puisse toucher à l’âme (l'esprit), à ce qui fait la singularité du sujet, son identité profonde. 

Or, rien ni personne ne peut attenter à l’âme ; seul Dieu le pourrait. 

 

Seul est à craindre le jugement de Dieu, car lui seul peut juger l’homme dans la totalité de son existence : corps et âme. 

Mais ce Dieu Juge, Jésus le présente en fait comme un Père céleste qui aime ses enfants et prend soin d’eux. 

Ce qu’il répète inlassablement à ses disciples à maintes occasions et ici encore : « Quant à vous ; même vos cheveux sont tous comptés. Soyez donc sans crainte… »

 

Un des enseignements qu’on peut tirer de ces 2 passages du NT, c’est que nous n’avons pas de raison de nous inquiéter outre mesure pour la vie de notre corps terrestre. 

Certes, nous devons en prendre soin, puisque nous sommes des occupants, des locataires, des gestionnaires de ce corps, mais la vie est plus que le corps. 

 

La peur de mourir ne doit pas dominer notre vie. 

Jésus nous offre la possibilité de la confiance… une confiance qui transcende toutes les craintes… qui nous promet la vie en plénitude, en abondance. 

 

D’ailleurs, Jésus lui-même n’a jamais choisi la sécurité, ni la prudence, mais la Foi et la Justice. 

Au nom de l’Évangile de l’amour de Dieu et du prochain, il a osé prendre des risques, désobéir, remettre en question les pouvoirs, les privilèges et les fausses certitudes. 

 

Ne sommes-nous pas ses disciples ? 

N’est-il pas notre Maître, notre Seigneur ? 

 

J’en viens à un deuxième sujet : qu’est-ce que Jésus a fait en réalité ? Qu’est-ce que l’Évangile met en avant au sujet du comportement de Jésus ?

 

La semaine passée, j’ai pu écrire un petit édito qui a accompagné le journal « partage » pour les membres de notre église en centre-ville. Quelques personnes ont réagi vivement à cet article pour dire qu’il était quand même un peu trop polémique. Je le reconnais bien volontiers. Il était peut-être un peu "provocateur". 

Cela dit, j’ai pu voir ainsi que quelques personnes l’avaient lu. 

C’est bien qu’on puisse dialoguer de tous les sujets dans notre Église et même exprimer sereinement et fraternellement nos accords et nos désaccords. 

 

Du coup, j’ai pu avoir des échanges avec quelques paroissiens et lors d’une conversation quelqu’un m’a dit : Est-ce que ces sujets ne sont pas politiques ? Est-ce que Jésus faisait de la politique ?

 

La question m’a semblé intéressante : qu’en pensez-vous ?

Est-ce que Jésus faisait de la politique ?

 

On peut d’abord répondre « non » à cette question, en affirmant que Jésus n’est jamais intervenu pour traiter des affaires de l’état ou du pouvoir temporel. 

Ses paroles ont plutôt été interprétées comme une séparation du temporel et du spirituel : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Lc 20,25). Donc, Jésus n’a jamais fait de politique partisane.

 

Cependant, il a quand même pris le parti de quelqu’un : celui de Dieu.

Et prenant le parti de Dieu, il a pris le parti de l’Humain. 

 

On peut donc répondre que « oui » : Jésus faisait de la politique, au sens où il a pris parti publiquement et avec force « pour » ou « contre » certaines pratiques (au nom de la justice, du partage ou d’un Dieu d’amour). 

 

On peut citer quelques exemples :

-      Quand Jésus chasse les marchands du temple à coup de fouet (ce qui a été vécu par certains comme un acte réellement violent), il prend parti contre les rites sacrificiels au temple, il remet en cause l’idée d’un dieu-marchand avec qui les croyants pourraient faire du business, du commerce, pour négocier un « pardon »… il milite pour un Dieu gratuit, un Dieu d’amour qui pardonne, sans compter, sans avoir besoin de sacrifices d’animaux. 

 

-      Quand Jésus parle de l’argent, par exemple dans la parabole du riche insensé, il dénonce la fausse sécurité apportée par la recherche de biens et l’absurdité d’une telle quête. Il rappelle à ses disciples que l’avidité, la cupidité, le fait d’en vouloir toujours plus, d’accaparer toujours plus d’argent pour soi, dans un repli egocentrique, n’a aucun sens. L’usage des biens doit être guidé par la solidarité. Cette parole est d’ordre éthique et politique.

 

-      Quand Jésus invite à sa table : des péagers, des prostituées, des marginaux, des exclus… ou quand il va manger chez Zachée, le collecteur d’impôt… il fait un acte « politique » : il prend le parti de l’inclusion des personnes (de toutes les personnes) au nom d’un Dieu qui accueille tous ses enfants (même ceux jugés « indignes » par les religieux), et rejette l’idée d’exclure des personnes parce qu’elles n’appliqueraient pas les préceptes de la loi, qu’elles seraient « injustes », « impures », « malades » ou « pas comme il faut » …ou parce qu’elles collaboraient avec l’occupant romain. 

 

-      Lorsque Jésus s’approche des lépreux, guérit des personnes malades ou souffrant d’un handicap, il fait un geste thérapeutique et prophétique, en accueillant des personnes que tout le monde rejetait. Il délivre un message politique : personne n’est « inacceptable » aux yeux de Dieu. Chacun peut être restauré dans sa véritable identité (qui est imprenable) et trouver sa place dans la société. 

 

-      Lorsque Jésus remet en cause la distinction religieuses entre le « pur » et « l’impur », il accomplit une remise en cause d’un des fondements religieux des Pharisiens ou des Saducéens, en affirmant que l’impureté n’est pas liée au corps mais au cœur. Elle ne vient pas de l’extériorité, mais de l’intériorité. Il vient affirmer par une parole prophétique et politique que les choses ne se jouent pas comme on le croit… qu’il y a des réalités plus importantes et plus profondes que les traditions extérieures (les ablutions rituelles ou les règles sanitaires)… que l’homme ne peut pas agir en jugeant autrui, en le discriminant, en réduisant son humanité, en le cantonnant à une place de sous-citoyen. 

 

Or, les amis, c’est ce qui est en train de se jouer aujourd’hui dans le monde pour des millions de personnes. Je ne parle pas seulement de la France, mais de nombreux pays. 

 

A travers la création d’un P@ss ou Passeport sanitaire, de nombreux états sont en train de créer des citoyens de seconde zone (des sous-citoyens) parce qu’ils ne sont pas comme il faut (ils ne sont pas vaccinés) et de ce fait, ils n’ont plus les mêmes droits que les autres. 

 

Je ne veux pas parler du vaccin, jouer les provax ou les antivax. Car je sais que c’est un sujet sensible et complexe, qu’on ne peut traiter ici. Et surtout, je ne veux fâcher personne. Ce n’est pas mon propos. 

 

En revanche, je voudrais nous alerter, en tant que Chrétiens, disciples du Christ, que ce système de Passeport sanitaire est en train de défaire ce que Jésus a accompli, ce pourquoi il a lutté de toute ses forces (comme d’autres après lui, par exemple, Martin Luther King) : rejeter les discriminations, refuser les exclusions, accueillir, accompagner, donner confiance, relever, donner courage, unir, rassembler, faire avancer les gens en direction de l’amour de Dieu offert à tous.  

 

Lorsqu’on interdit certains services à des personnes parce qu’elles n’ont pas le bon P@ss sanitaire, on favorise les discriminations, on exclut des milliers de personnes, on laisse des gens, en grand nombre, sur le bord de la route. 

On fait donc le contraire de ce qu’on peut attendre d’une politique solidaire et fraternelle : la politique doit favoriser la cohésion sociale, un vivre ensemble apaisé… 

De ce point de vue, on peut dire que Jésus faisait de la politique, parce qu’il ouvrait un autre possible, une vie nouvelle pour tous les exclus (païens, malades, impurs, etc.). Il leur donnait une place et un avenir dans une vie collective. 

 

Alors, bien sûr, quand il s’agit seulement d’un service restreint qui interdit d’aller au restaurant, au musée ou au cinéma, sans P@ss sanitaire, comme en France, ce n’est pas très grave. Je vous l’accorde. Car ces services ne sont pas indispensables. 

 

Mais quand on vous interdit de travailler sans P@ss – comme les enseignants au Canada – ou quand le gouvernement – comme en Italie – va maintenant demander aux employeurs de ne pas verser de salaires aux personnes ne possédant pas de Passeport vaccinal, c’est très grave. Cela ne signifie « pas de P@ss » donc « pas de revenus ». 

 

C’est une discrimination intolérable, car elle exclut du champ collectif des centaines de milliers de personnes, qui sont poussées dans la précarité sociale et économique (alors qu’elles sont simplement en droit de refuser une thérapie expérimentale, dont on ne connait pas les effets). 

 

En réalité, rien ne peut justifier l’exclusion d’autrui, surtout par mesure de précaution… parce que cet autre pourrait hypothétiquement présenter un danger potentiel… : ça n’a pas de sens !

 

On ne peut pas fonder une société bienveillante et respectueuse de chacun sur la peur de l’autre, sur le rejet d’une partie de la population. 

 

[ Le 30 septembre, en France, on risque – de la même façon – d’exclure la majorité des jeunes de la collectivité, des activités extrascolaires, puisque 60% des 12-17 ans qui n’ont pas de P@ss sanitaire : est-ce que ça ne doit pas nous poser une question éthique qu’on mette de côté tous ces jeunes, qui n’ont rien à craindre du Covid … mais qui pourrait soi-disant représenter une hypothétique menace pour les plus âgés ? N’est-ce pas encore la peur qui guide tout cela ? Alors que les jeunes ont déjà subi 2 confinements … faut-il encore leur imposer cela ? Qu’est-ce que ça signifie en termes de fraternité à l’égard de cette jeunesse ?]

 

La question se pose pour nous aussi dans notre Église : 

Que ferions-nous si, demain, on demande un « P@ss sanitaire » pour entrer dans ce temple ?… Quel sens cela aurait pour des disciples du Christ d’agir ainsi ? Cela ne pourrait être qu’une complète infidélité à l’Évangile.

 

Les premiers chrétiens, même ceux qui n’ont pas directement connus Jésus, ont compris sa vie et sa mort, comme un don, un pain donné et rompu pour tous : pas pour certains, pas pour « les biens comme il faut » mais pour « tous ».

 

L’apôtre Paul, missionnaire et fondateur de communautés chrétiennes a pu affirmer dans ses lettres que nous (frères et sœurs, croyants) nous pouvons tous revêtir la manière d’être du Christ, et vivre ensemble, au-delà des différences : « Il n'y a plus ni Juif ni païen, il n'y a plus ni esclave ni citoyen libre, il n'y a plus ni homme ni femme ; en effet, vous êtes tous un, unis à Jésus Christ. » (Ga 3,28)

 

Aujourd’hui, unis en Christ, nous dirions plus largement qu’il n’y a plus ni juste ni pécheur, ni blanc ni noir, ni hétérosexuel ni homosexuel, ni vacciné ni non-vacciné, ni malade ni bien-portant… Le Christ est là pour tous ; il nous unit tous. 

En lui, nous sommes « Un », nous sommes reconnus par Dieu dans une égale dignité d’enfants de Dieu. 

 

Voilà, cher ami, un des messages fondateurs proclamé par Paul : En Jésus Christ, Dieu nous offre : la grâce, la confiance, la liberté, l’unité, la fraternité.

 

Pour conclure, je crois que cette méditation nous impose de revoir 2 choses :

 

-      D’une part, l’image que nous avons de Jésus-Christ (1)

-      D’autre part, la manière dont nous sommes appelés à vivre l’Évangile aujourd’hui (2)

 

(1) Nous avons parfois en tête l’image de Jésus Christ comme un sage, un enseignant, une personne douce, qui délivrait une bonne parole de consolation. 

Jésus a, en effet, enseigné, mais il a aussi été un prophète révolutionnaire, dans le sens où il était révolté contre les injustices, surtout celles vécues au nom de la religion. 

 

Le Christ est venu abattre les murs de séparation entre les personnes. Il a appelé ses contemporains à réinterpréter la tradition au nom de l’amour. 

 

Il est venu jusqu’à prendre le Soi, l’amour du Soi, et l’amour du prochain comme Soi-même… comme étalon de l’amour... en établissant la règle d’or :

« Faites à tous les humains ce que vous voulez qu’ils vous fassent »

Dit autrement :« tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites le vous-mêmes d’abord pour eux » 

Ainsi, chacun est appelé à prendre l’initiative du bien… quels qu’en soient les risques, quel qu’en soit le prix. 

 

Alors, oui, Jésus est venu perturber les habitudes, il est venu apporter une nouvelle mentalité… en proposant à ses contemporains d’entrer dans un monde nouveau : le monde nouveau de Dieu. 

 

(2) C’est cette Parole dont nous sommes les héritiers. 

Il est donc légitime que notre actualité – particulièrement troublée en ce moment - nous questionne sur certains points. 

Nous devons rester vigilants et nous avons – 2000 ans après Jésus -  le choix d’accepter ou de refuser certaines choses, au nom de l’Évangile. 

 

Lorsque nous voyons des choses inacceptables ou douteuses autour de nous, nous ne pouvons pas simplement nous taire. 

Jésus ne le faisait pas. Il prenait la parole, il agissait. (Il désobéissait même !)

 

Rien ne nous oblige à accepter une société de contrôle, une société qui prône un contrôle social permanent, qui discrimine les citoyens, divise les familles et exclut des gens. 

C’est le risque que nous courrons en ce moment. 

(Alors que le P@ss sanitaire devait être un instrument provisoire jusqu’au 15 novembre prochain, il est déjà question qu’il soit repoussé jusqu’à l’été 2022.). 

 

A travers son exemple et son Évangile, Jésus nous a donné la force, le courage et la confiance pour dire « oui » à ce qui unit, nous relève et nous édifie… et pour dire « non » à ce qui divise, ce qui exclut et rejette autrui. 

 

L’Évangile n’est pas simplement une collection de belles paroles destinées à nous aider à vivre, il résonne aussi comme un appel qui nourrit notre réflexion et notre manière de vivre au quotidien. En cela l’Évangile a des implications politiques. 

 

L’Évangile nous appelle à suivre le Maître, à vivre en disciples du Christ, à refuser ce qui peut nous paraitre inacceptable, à « chercher d’abord le règne de Dieu et sa justice »… avec la confiance que « tout le reste nous sera donné par surcroit » (Mt 6,33)

 

Amen 

 

 

Lectures bibliques : 

 

Mt 8, 1-4 / Guérison d’un lépreux

1Comme il descendait de la montagne, de grandes foules le suivirent. 

2Voici qu’un lépreux s’approcha et, prosterné devant lui, disait : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » 

3Il étendit la main, le toucha et dit : « Je le veux, sois purifié ! » A l’instant, il fut purifié de sa lèpre. 

4Et Jésus lui dit : « Garde-toi d’en dire mot à personne, mais va te montrer au prêtre et présente l’offrande que Moïse a prescrite : ils auront là un témoignage. »

 

Mt 9, 9-13 / Jésus appelle Matthieu

9Comme il s’en allait, Jésus vit, en P@ssant, assis au bureau des taxes, un homme qui s’appelait Matthieu. Il lui dit : « Suis-moi. » Il se leva et le suivit. 

10Or, comme il était à table dans sa maison, il arriva que beaucoup de collecteurs d’impôts et de pécheurs étaient venus prendre place avec Jésus et ses disciples. 

11Voyant cela, les Pharisiens disaient à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs ? » 

12Mais Jésus, qui avait entendu, déclara : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. 

13Allez donc apprendre ce que signifie : C’est la miséricorde que je veux, non le sacrifice. Car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. »

 

 

Mt 10, 16-39

 

Annonce des persécutions

16« Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez donc rusés comme les serpents et candides comme les colombes.

17« Prenez garde aux hommes : ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. 

18Vous serez traduits devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi : ils auront là un témoignage, eux et les païens. 

19Lorsqu’ils vous livreront, ne vous inquiétez pas de savoir comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là, 

20car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. 

21Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront condamner à mort. 

22Vous serez haïs de tous à cause de mon nom. Mais celui qui tiendra jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. 

23Quand on vous pourchassera dans telle ville, fuyez dans telle autre ; en vérité, je vous le déclare, vous n’achèverez pas le tour des villes d’Israël avant que ne vienne le Fils de l’homme. 

24Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur. 

25Au disciple il suffit d’être comme son maître, et au serviteur d’être comme son seigneur. Puisqu’ils ont traité de Béelzéboul le maître de maison, à combien plus forte raison le diront-ils de ceux de sa maison !

 

Ne craignez rien !

26« Ne les craignez donc pas ! Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est secret qui ne sera connu. 

27Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les terrasses. 

28Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez bien plutôt celui qui peut faire périr âme et corps dans la géhenne. 

29Est-ce que l’on ne vend pas deux moineaux pour un sou ? Pourtant, pas un d’entre eux ne tombe à terre sans votre Père. 

30Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. 

31Soyez donc sans crainte : vous valez mieux, vous, que tous les moineaux. 

32Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, je me déclarerai moi aussi pour lui devant mon Père qui est aux cieux ; 

33mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai moi aussi devant mon Père qui est aux cieux.

 

Non la paix, mais le glaive

34« N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive. 

35Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : 

36on aura pour ennemis les gens de sa maison.

 

Se renier soi-même pour suivre Jésus

37« Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. 

38Quiconque ne prend pas sa croix et vient à ma suite n’est pas digne de moi. 

39Qui aura assuré sa vie la perdra et qui perdra sa vie à cause de moi l’assurera.