dimanche 30 novembre 2025

Appelés, relevés, envoyés

Culte avec les jeunes 
Lectures bibliques : Luc 4,14-22 ; Luc 4,38-44 ; Luc 5,1-11 = voir lectures en bas de cette page

Thématique : : « Appelés, relevés, envoyés »
Prédication de Pascal LEFEBVRE, Bordeaux, le 30/11/25


Nous entrons ce dimanche dans la période de l’Avent… Le mot « Avent » veut dire « avènement », « venue », « arrivée ». C’est une période où l’on attend quelque chose… ou plutôt quelqu’un : 

On se souvient de la venue de Jésus dans notre monde, il y a 2000 ans… et on se prépare, on se rend disponible, on ouvre nos coeurs, pour accueillir sa venue dans nos vies d’aujourd’hui… pour recevoir sa présence, son Esprit et sa Parole. 

Ce n’est pas un simple compte à rebours avant Noël… L’Avent, c’est plutôt un temps d’attente active, où l’on s’interroge : Qu’attendons-nous vraiment dans notre existence ? De quoi avons-nous besoin, personnellement et collectivement ? Et plus largement… Quel monde espérons-nous ?

Ce sont des questions importantes… qui peuvent aussi résonner pour nos jeunes…

Qu’est-ce que la société nous promet… dans notre situation… face aux crises que nous traversons ? Quelles réponses apportons-nous aux jeunes, pour solutionner leurs inquiétudes, face au dérèglement climatique, face aux choix décisifs d’orientation, à la pression scolaire, à la peur ou la difficulté de trouver leur place dans la société, au constat des nombreuses injustices sociales qui nous entourent, ou encore face à l’anxiété ou au pessimisme ambiant, devant un avenir incertain. 

Oui… quelles sont nos attentes, précisément ?

Pour les jeunes, définir des attentes, ce n’est pas simple… car notre réalité est pétrie de contradictions : le progrès humain, le développement technologique dans tous les domaines n’a jamais été aussi grand qu’à notre époque… mais, en même temps, le niveau d’anxiété et d’angoisse des jeunes, face à l’avenir, n’a jamais été aussi important. 

Cette période de l’avent peut nous aider à porter un nouveau regard sur notre réalité : Nous ne sommes pas seuls… Dieu nous accompagne… En Jésus-Christ, Dieu vient visiter notre monde inquiet et blessé… nous apporter sa lumière et son salut.

Les trois passages de Luc de ce jour nous montrent comment Jésus vient (Luc 4,14-22) / comment il relève les gens et voit chacun (Luc 4,38-44) / et enfin, comment il appelle des personnes ordinaires à le suivre, à participer à sa mission (Luc 5,1-11). 

L’Evangile nous rappelle qu’à notre mesure… même si nous trouvons peut-être petits ou insignifiants… trop jeunes ou trop vieux… même si nous sommes faibles et imparfaits… le Seigneur nous rejoint et nous confie une mission…. Voyons cela ensemble….

A. Jésus reçoit une mission : annoncer la Bonne Nouvelle, conduit par l’Esprit

1. Jésus revient en Galilée « avec la puissance de l’Esprit »

L’évangéliste Luc raconte le début du ministère public de Jésus : Après son séjour au désert, où il a été éprouvé… mais où il est resté en communion avec Dieu… Jésus revient parmi les siens… il est rempli de la puissance de l’Esprit.

Cette précision nous rappelle que Jésus n’agit pas seul : L’Esprit de Dieu lui donne la force d’avancer dans les moments difficiles. Il est guidé par le Souffle divin, qui lui donne inspiration, confiance et autorité, pour agir. 

C’est déjà un message pour nous… Lorsque nous avons des épreuves à traverser… gardons en mémoire que l’Esprit du Seigneur nous accompagne, pour nous permettre de surmonter chaque situation. 

2. À la synagogue, Jésus lit Esaïe 61

A la synagogue, Jésus lit cette fameuse citation du prophète Ésaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi… pour apporter une Bonne Nouvelle aux pauvres, libérer les captifs, redonner la vue… ». Il affirme que cette parole se réalise maintenant à travers lui. 

Il annonce ainsi le cœur de sa mission : une mission altruiste, destinée à apporter libération, guérison et salut… à destination de toutes celles et ceux que la société a laissé de côté.

A l’époque du 1er siècle, où l’attente messianique était forte… ce n’est pas forcément - ni prioritairement - ce qu’on pouvait espérer du Christ : on attendait surtout une théophanie, une révélation théologie, et une délivrance politique. On croyait que le Messie donnerait pouvoir et souveraineté à Israël, qu’il apporterait un jugement pour les nations et une victoire pour son peuple.

Mais… là… Luc annonce que le Christ vient pour tous… à commencer par les plus petits, ceux qui en ont le plus besoin : les pauvres, les captifs, les aveugles, les opprimés… 

C’est un Messie qui vient répondre aux besoins réels des gens… qui vient faire du neuf !  
Il ne vient pas pour vaincre, pour juger, pour écraser… ou pour faire la morale… ou encore pour récompenser les meilleurs et punir les injustes… 
Ils vient d’abord pour ceux qui doutent, qui luttent, qui ont peur, qui souffrent…

Plus tard, Jésus résumera ainsi sa mission : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus » (cf. Luc 19,10).

On aimerait que nous gouvernants d’aujourd’hui s’inspirent d’une telle vision : qu’ils soient là pour le peuple !… pour aider, relever, apporter attention, s’occuper des besoins concrets des personnes…  
On a tellement l’impression que nos responsables d’aujourd’hui, sont éloignés du monde réel et des préoccupations quotidiennes des gens. 

3. Jésus sait qui il est… et où il va… Et toi ?

Ce qu’on voit, dans ce premier passage de Luc, c’est que Jésus sait pourquoi il est là…

Peu importe ce que pensent les gens… que certains prétendent le connaitre, lui ou ses parents… ou disent savoir d’où il vient… ce qui est sûr, c’est que lui sait ce qu’il veut faire… ce qui l’anime… où il veut aller… Il connait sa mission. 

Ça… c’est déjà quelque chose d’important ! 

Je connais des gens qui passe leur vie à s’interroger… quelle est vraiment ma vocation ?… peut-être parce qu’ils se sont laissés enfermer par les attentes des autres…

Quand on est jeune…  ou adolescent…. c’est naturellement une question qui nous traverse :  
Qui je suis ? Quelle est ma place ? A quoi suis-je appelé ? Qu’est-ce que je veux faire de ma vie ? 

Il est à peu près certain que la réponse ne viendra pas des réseaux sociaux, ni du regard des autres… Mais de ce qui est au plus profond de nous-mêmes, en chacun… ou de rencontres décisives, qui peuvent nous interpeller… et changer le cours de notre vie…

Pour nous aider à trouver des réponses, Dieu nous donne son Esprit, aujourd’hui encore… comme il a guidé Jésus dans sa vocation messianique… il nous guide et nous appelle…

L’Évangile nous rappelle que nous sommes aimés… que nous avons de la valeur aux yeux de Dieu… puisque Dieu s’intéresse à chacun… à commencer par ceux qui sont au bord du chemin, dans l’incertitude et le doute…. Et qu’il nous appelle, nous aussi… 

On voit dans l’évangile que la mission de Jésus va avoir des conséquences… et ouvrir ensuite la porte à la mission des disciples… à cette mission que Dieu peut donner à chacun. 

Dans notre société contemporaine, on est souvent soumis à la logique de la performance… on pense qu’on a besoin de réussir… pour être reconnu, apprécié ou aimé… Jésus vient nous dire autre chose : Il est là pour tous… sans condition… à commencer par celles et ceux dont les chances de vie ou de réussite sont affectées ou amoindries…  Le salut n’est pas réservé à une élite… mais offert à tous ! 

B. Le Christ voit la valeur de chacun : Jésus relève, guérit, restaure

1. Après avoir parlé, Jésus agit : il voit ce que les autres ne voient pas

Dans le deuxième épisode (cf. Luc 4,38-44), l’évangéliste Luc nous montre immédiatement Jésus à l’œuvre.
Il va chez Simon, dans une maison simple. Il se trouve que sa belle-mère est malade…

L’évangéliste fait écho à une petite scène domestique… Jésus s’approche, la touche, la relève. La guérison s’opère par des gestes simples. C’est la Bonne Nouvelle en acte.

Rappelons-nous qu’à l’époque, les femmes n’avaient pas de statut et peu de place, dans l’échelle sociale. Les malades encore moins. Mais, Jésus s’intéresse à eux… Il pose un regard qui restaure… Il guérit pour rendre à chacun santé et dignité. 

2. Le Christ agit encore aujourd’hui

Dans notre monde, beaucoup de personnes - aujourd’hui encore - se sentent indignes, isolées ou incomprises… je ne parle pas seulement de personnes exclues, de S.D.F., ou de personnes très âgées ou malades… je pense aussi aux étrangers… ou aux jeunes… 

Beaucoup d’étudiants vivent des situations de solitude ou de précarité… Beaucoup de lycéens se débattent avec leurs angoisses et leur anxiété…  avec la pression du système éducatif et l’évaluation permanente… les choix décisifs d’orientation…. la compétition pour les meilleures places… la peur d’échouer…  l’angoisse de devoir devenir quelqu’un d’utile, de rentable, de performant,… ou l’impression de n’être qu’un numéro sur un dossier scolaire sur Parcoursup ou en Prépa… comme si la vie se réduisait à des notes, du stress et des peurs… 

Il faut savoir que le taux de pensées suicidaires en France, chez les 18-24 ans, a augmenté de 218% entre 2014 et 2021. Il y a beaucoup de solitude, de précarité, de stress académique, de pression lié à la réussite… à une période charnière de développement et de construction de soi… c’est donc important de soutenir et d’accompagner nos jeunes… et de rappeler aussi qu’on ne joue pas sa vie, seulement à travers ses études…

Face à cette réalité… l’Évangile a une bonne nouvelle à nous communiquer…

En Jésus-Christ, Dieu voit ce que d’autres ne voient pas… il voit directement au cœur… au-delà des apparences, de nos fragilités, de nos incertitudes, de nos failles, de nos peurs ou de nos échecs. 

Tout comme Jésus a pris soin de tous les malades qui sont venus à lui… Il nous rejoint dans nos vulnérabilités… Il nous offre son amour et sa compassion, pour nous relever.

Il arrive parfois qu’on se sente « incapable d’avancer », peut-être comme la belle-mère de Simon, clouée au lit, sans force…. Mais le Christ vient à notre rencontre… Il nous relève…

3. Un Avent de promesses

Le message de cette période de « l’Avent »… c’est que Dieu vient se manifester… et révéler son projet de salut… au milieu de ce qui semble faible, insignifiant, petit, apparemment sans importance… 

En Jésus - l’enfant de la crèche qui deviendra l’homme de Nazareth, qui apportera guérison et espérance sur les routes de Palestine - Dieu vient nous rejoindre, au coeur de nos vulnérabilités… 

Jésus révèle ainsi un Dieu qui vient à notre rencontre, qui se penche vers nous… pour nous relever… et nous appeler à son service… comme la belle-mère de Simon. 

C. Jésus appelle : des disciples, des collaborateurs… et nous aujourd’hui

1. La scène du lac : des pêcheurs ordinaires, des vies ordinaires

Le dernier épisode (cf. Luc 5, 1-11) nous montre… Pierre, Jacques, Jean : des jeunes hommes comme les autres… Ce ne sont pas des rabbins, des savants, des spécialistes de la Loi mosaïque ou des super-héros spirituels. Mais de simples pêcheurs fatigués, découragés, qui ont fait une nuit blanche… et qui rentrent à vide. 

Jésus les rejoint dans leur quotidien…. Et leur demande un service… qu’il puisse embarquer avec eux, pour pouvoir s’éloigner un peu de la foule oppressante… 

Après avoir enseigné, il invite les pécheurs à avancer au large… 
Cette invitation peut résonner pour nous…

Même si parfois, nous n’y croyons pas trop - comme Simon, qui émet des doutes et des réserves… -  le Christ, lui, croit en nous ! … Il croit en un « au-delà » pour chaque situation… 

« Avance au large » dit Jésus… « en eau profonde »… « ose sortir du connu… de tes certitudes… de ta zone de confort »… « Fais moi confiance !… et fais toi confiance ! » 

C’est une invitation à ne pas se résigner… à oser faire un pas supplémentaire… à essayer quelque chose de nouveau… 

Est-ce que nous croyons, nous aussi, que le Christ peut instiller du nouveau dans notre vie ?… qu’il vient précisément apporter nouveauté et espérance ? 

Dans un monde où les jeunes entendent souvent des discours mortifères : « C’est trop tard pour le climat » ; « L’avenir est bouché » ; « Le marché du travail est saturé » ; « L’I.A. (l’intelligence artificielle) va tout bouleverser … et prendra ta place »…

Jésus, lui, dit : « Ne t’arrête pas à tes filets vides »… « Je vois plus loin que tes peurs… et tes échecs… Regarde plus loin, toi aussi »… « Je t’appelle à participer à un monde nouveau » !

2. Pierre : la peur de ne pas être à la hauteur

C’est alors que les pêcheurs - à l’aide du Christ - obtiennent un pêche exceptionnelle… extraordinaire !  Devant un tel prodige… qui fait déchirer les filets… du fait de l’abondance de poissons… Simon prend peur : « Seigneur, éloigne-toi… je suis un homme pécheur. » (Lc 5,8). 

Il se sent indigne, insuffisant… peut-être trop petit, trop imparfait… pas du tout à la hauteur ! 

C’est ce que pensent beaucoup de gens autour de nous… qui imaginent qu’ils ne sont « pas assez »  quelque chose : « pas assez bien ou bon »… « pas assez croyant », « pas assez compétent », « pas assez impliqué », « pas assez jeune »… ou, au contraire, « trop » : « trop jeune », « trop occupé », « trop vieux », « trop indécis »… trop ceci ou cela…

En réalité… Jésus ne sollicite pas des gens parfaits… il n’attend pas non plus que nous soyons prêts… ou que nous répondions à telle ou telle condition…

Simon- Pierre ne s’attendait certainement pas à rencontrer le Christ sur sa propre barque, ce jour-là… ni à être appelé aussi soudainement… et à tout lâcher pour le suivre…

La seule réponse de Jésus, c’est « N’aie pas peur. »… Il nous demande juste de lui faire « confiance » !

La première chose que Jésus fait avec un disciple… ce n’est pas de lui donner des règles… ou d’exiger des compétences… mais de l’encourager, d’ôter la peur… pour lui permettre de franchir le pas de la foi…

3. « Pêcheur d’hommes » : qu’est-ce que ça veut dire ?

Et voilà que nos jeunes disciples - Pierre, Jacques, Jean - sont appelés à une nouvelle mission : devenir « pêcheurs d’hommes »…

Il ne s’agit plus de capturer du poisson, pour s’en saisir… pour le vendre ou s’en nourrir…
Mais de pêcher, au sens de : rassembler, aider, encourager, remonter, ramener à la vie… 

Devenir pêcheur d’hommes, c’est :
- aider quelqu’un à sortir la tête de l’eau quand il coule,
- tendre la main à un ami découragé,
- écouter une personne en détresse,
- Permettre à quelqu’un de remonter de l’abime, d’être relevé…

Voilà donc la mission que Jésus donne à ses disciples : être des porteurs de vie.

4. Et aujourd’hui, nous aussi…

C’est ce que nous entendons aussi dans l’épitre de Paul à Timothée
“Nous mettons notre espérance dans le Dieu vivant…
Que personne ne méprise ta jeunesse…
Sois un modèle pour les croyants.” (Cf. 1 Timothée 4,10-12)

Cet appel s’adresse autant aux jeunes qu’aux adultes. Dieu n’attend pas que nous soyons parfaits ou que nous ayons tout compris ; il cherche juste des cœurs ouverts et confiants.

- Tu es jeune ?… C’est Parfait : c’est le moment où Dieu construit les fondations.
- Tu es fragile ?… c’est Parfait : Dieu se révèle et vient à toi dans la faiblesse.
- Tu doutes ?… c’est Parfait : Simon-Pierre aussi !… il a pourtant été appelé… Il a même renié son maître… mais il a fini par devenir un roc… sur lequel d’autres se sont appuyés…

Conclusion

En conclusion… chers amis et chers jeunes … les trois textes de l’évangile de Luc dessinent le portrait d’un Dieu qui vient… qui vient pour ouvrir notre espérance… et nous faire entrer dans une dynamique de transformation : 

- Un Dieu qui appelle : « L’Esprit du Seigneur est sur moi… » dit le Christ… toi aussi, viens… avance au large…  accueille la Grâce !
- Un Dieu qui relève : « Il les guérit tous… ». Par sa présence, le Christ guérit nos blessures. 
- Un Dieu qui envoie : « N’aie pas peur… et suis-moi » dit Jésus.  Il nous envoie comme porteurs d’une Bonne Nouvelle.

Que ce temps de l’ Avent soit - pour chacun de nous - un temps d’espérance, de relèvement et d’appel.   Amen. 

Lectures lors du culte

Volonté de Dieu


Tim 4, 7. 10-12
Exerce-toi à vivre dans l’attachement à Dieu [à la piété]. […] 
Si nous peinons et si nous combattons, c'est que nous avons mis notre espérance dans le Dieu vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes, surtout des croyants. Voilà ce que tu dois prescrire et enseigner.
Que personne ne méprise ton jeune âge. Tout au contraire, sois pour les fidèles un modèle en parole, en conduite, en amour, en foi, en pureté.

Lectures bibliques 

Luc 4,14-22

14 Alors Jésus, avec la puissance de l'Esprit, revint en Galilée, et sa renommée se répandit dans toute la région. 15 Il enseignait dans leurs synagogues et tous disaient sa gloire.
16 Il vint à Nazara où il avait été élevé. Il entra suivant sa coutume le jour du sabbat dans la synagogue, et il se leva pour faire la lecture. 17 On lui donna le livre du prophète Esaïe, et en le déroulant il trouva le passage où il était écrit :
18 L'Esprit du Seigneur est sur moi
parce qu'il m'a conféré l'onction
pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Il m'a envoyé proclamer aux captifs la libération
et aux aveugles le retour à la vue,
renvoyer les opprimés en liberté,
19 proclamer une année d'accueil par le Seigneur.
20 Il roula le livre, le rendit au servant et s'assit ; tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui. 21 Alors il commença à leur dire : « Aujourd'hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l'entendez. » 22 Tous lui rendaient témoignage ; ils s'étonnaient du message de la grâce qui sortait de sa bouche, et ils disaient : « N'est-ce pas là le fils de Joseph ? » 

Luc 4,38-44
38 Quittant la synagogue, il entra dans la maison de Simon. La belle-mère de Simon était en proie à une forte fièvre, et ils le prièrent de faire quelque chose pour elle. 39 Il se pencha sur elle, il commanda sévèrement à la fièvre, et celle-ci la quitta ; et se levant aussitôt, elle se mit à les servir. 40 Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades de toutes sortes les lui amenèrent ; et lui, imposant les mains à chacun d'eux, les guérissait. 41 Des démons aussi sortaient d'un grand nombre en criant : « Tu es le Fils de Dieu ! » 
Alors, leur commandant sévèrement, il ne leur permettait pas de parler, parce qu'ils savaient qu'il était le Messie.
42 Quand il fit jour, il sortit et se rendit dans un lieu désert. Les foules le recherchaient ; puis, l'ayant rejoint, elles voulaient le retenir de peur qu'il ne s'éloignât d'eux. 43 Mais il leur dit : « Aux autres villes aussi il me faut annoncer la bonne nouvelle du Règne de Dieu, car c'est pour cela que j'ai été envoyé. » 44 Et il prêchait dans les synagogues de la Judée.

Luc 5,1-11

1 Or, un jour, la foule se serrait contre lui à l'écoute de la parole de Dieu ; il se tenait au bord du lac de Gennésareth. 2 Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs qui en étaient descendus lavaient leurs filets. 3 Il monta dans l'une des barques, qui appartenait à Simon, et demanda à celui-ci de quitter le rivage et d'avancer un peu ; puis il s'assit et, de la barque, il enseignait les foules. 
4 Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance en eau profonde, et jetez vos filets pour attraper du poisson. » 5 Simon répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. » 6 Ils le firent et capturèrent une grande quantité de poissons ; leurs filets se déchiraient. 7 Ils firent signe à leurs camarades de l'autre barque de venir les aider ; ceux-ci vinrent et ils remplirent les deux barques au point qu'elles enfonçaient. 
8 A cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus en disant : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur [un coupable]. » 9 C'est que l'effroi l'avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu'ils avaient pris ; 10 de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient les compagnons de Simon. 
Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu auras à capturer. » 11 Ramenant alors les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent.

dimanche 23 novembre 2025

Liturgie du culte Découverte du Protestantisme 2025

Culte découverte du protestantisme - 2025 - Déroulement liturgique (23/11/2025 - Bordeaux)

Introduction


Bienvenue pour ce culte « découverte du Protestantisme » ! 
Qui que vous soyez… croyants ou non-croyants… protestants, catholiques, orthodoxes…. agnostiques, athées… ou peut-être simplement en chemin, en question… soyez les bienvenus !

1ère question : qui sont les Protestants ?

En quelques mots, le Protestantisme est une des branches du Christianisme, avec les Catholicisme et l’Orthodoxie. 

Les Protestants croient en un seul Dieu… et en Jésus, reconnu comme le Christ, l’envoyé de Dieu. 
Ils partagent les mêmes Écritures, la même Bible que les autres confessions chrétiennes. 

Le Protestantisme est né des mouvements de la Réforme du 16ème siècle, avec des réformateurs comme Martin Luther, Ulrich Zwingli, Jean Calvin, Martin Bucer, Philippe Mélanchthon… et bien d’autres. 

La pensée protestante a continué d’évoluer au fil du temps… à se réformer… Aujourd’hui, le protestantisme français est marqué par plusieurs courants : le protestantisme luthéro-réformé (issu des réformateurs Luther et Calvin…qui comporte lui-même plusieurs approches : une approche classique / orthodoxe, et un une approche plus libérale), l’anglicanisme et le protestantisme évangélique (qui comporte aussi plusieurs sensibilités : baptistes, charismatique, pentecôtistes, adventistes, etc. …).

La démarche que je vous propose aujourd’hui, c’est de découvrir le Protestantisme luthéro-réformé, à travers un culte protestant. 

Je ne vous parlerai donc pas ce matin du protestantisme évangélique, faute de temps… mais seulement du protestantisme réformé.

Nous allons ainsi suivre le déroulement d’un culte habituel, sauf que nous allons prendre le temps, exceptionnellement, d’expliquer brièvement chaque moment du culte, pour en comprendre sa signification.  

2ème question  (avant de commencer) : Pourquoi se retrouver au culte ?

Les Protestants (comme beaucoup de croyants d’ailleurs) se retrouvent ensemble une fois par semaine, pour prier, pour méditer la Bible… Pourquoi ?

Cela n’est pas une obligation, cela ne nous apporte pas le salut.
Mais, tout simplement, le culte est un temps de pause, de respiration, de prière, de méditation, de ressourcement. 

C’est l’occasion, de se retrouver soi-même avec Dieu…. de se mettre à l’écoute des textes de la Bible… pour prendre du recul sur notre vie… Et de rencontrer d’autres croyants, qui sont aussi en recherche, en quête de spiritualité. 

Un culte protestant est habituellement organisé dans un déroulement, qu’on appelle une liturgie et qui propose différentes étapes. 

Le mot « liturgie » désigne une œuvre publique, un service partagé… autrement dit, un service rendu au peuple, dans lequel chacun peut se construire ou se reconstruire, en accueillant une Parole qui l’aide à structurer sa foi. 

Le propre de la liturgie est de nous permettre d’entrer dans un cheminement, au cours duquel on trouve une occasion d’exprimer les sentiments qui nous traversent… ils peuvent être ou non les nôtres à cet instant… mais nous pouvons nous y associer. 

Ainsi, vous allez vivre un déroulement « type » d’un culte simple - sans la Sainte Cène, pour ne pas être trop long, ce matin…  
Commençons… en musique… avec une introduction à l’orgue.

Orgue 

1er temps : La salutation / L’annonce de la grâce

Le premier temps du culte commence par la salutation ou l’annonce de la grâce. Comme on se souhaite « bonjour » ou « bonne nuit », Dieu nous souhaite la bienvenue au culte. 

Le mot « Évangile » signifie « Bonne Nouvelle ». La bonne nouvelle centrale pour les chrétiens, c’est l’amour gratuit et inconditionnel de Dieu : sa grâce.

Annoncer la grâce, c’est rappeler que Dieu nous aime sans condition, indépendamment de nos actions. Dieu nous accueille tels que nous sommes.

Pour les protestants, c’est le message fondamental : Dieu est une Présence bienveillante, Une Force d’Amour… comme un Père ou une Mère, qui prend soin de chacun… et nous veut du bien. Parce qu’il nous aime, nous pouvons lui faire confiance et lui confier notre vie. 

Cette grâce est un cadeau qui nous permet de déposer nos soucis… de nous savoir reconnus, accueillis, comme des êtres uniques à ses yeux.

Je vous invite à entrer dans cette liturgie de la grâce 
.../…
Grâce

Nous sommes venus ce matin, pour rechercher la présence de Dieu, pour écouter sa parole et la méditer. 

Que chacun de vous se sente accueilli ici comme chez lui. 

Et avant toute chose,
nous nous rappelons la bonne nouvelle de l'évangile :

Qui que vous soyez, quoi que vous ayez fait, 
la grâce et la paix vous sont données 
de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ notre sauveur. 

Je vous invite à la prière :

Seigneur, notre Dieu et notre Père, 
C’est toi qui nous appelle ce matin.
C’est toi qui nous rassemble et nous unit.

Nous ne sommes pas sûrs de bien te connaître, 
nous sommes même sûrs de mal te comprendre.

Alors… Nous déposons ce matin toutes nos fausses idées 
pour être simplement devant toi… 
comme un chercheur errant en quête d'un indice, 
comme un voyageur du désert qui aperçoit une Source.

Seigneur, nous t'attendons, 
Viens toi-même au-devant de nous. 
Donne-nous de t' accueillir 
comme une parole nouvelle, 
comme une alliance nouvelle, 
comme une bonne et grande nouvelle.   Amen.

Cantique (par exemple 35-07. (1,2) Saint-Esprit, Dieu de lumière / Ou 12-07 (1) Tournez les yeux vers le Seigneur)

La louange / ou Prière de gratitude

Louer Dieu, c’est lui dire merci et reconnaître son importance, sa bonté et sa splendeur. 

Les chrétiens emploient, par exemple, le mot « gloire » : Gloire à Dieu.
Ça signifie, pour nous, que Dieu est important, qu’il compte, qu’il a du poids !

C’est une manière d’exprimer notre gratitude, pour la vie, la création… pour le bonheur d’exister, et pour tout ce qu’il y a de bon dans la vie. 

Comme on apprend aux enfants à dire « merci », la louange aide les croyants à se rappeler qu’ils reçoivent beaucoup et qu’ils ne sont pas seuls.

Pour les protestants, seul Dieu doit être glorifié : il est l’Éternel, le « Tout Autre », révélé par des portes-paroles : des prophètes et par Jésus-Christ, son envoyé, reconnu comme le Christ, comme le porteur de l’Esprit divin.

Ainsi, les protestants prient Dieu, au nom de Jésus, et peuvent invoquer l’Esprit saint (le Souffle de Dieu), mais ils ne pratiquent pas de dévotion pour les saints ni envers Marie. 

Rien d’autre que Dieu ne doit être considéré comme « sacré » : ni lieu, ni institution, ni idéologie.

La liturgie de la louange permet de combattre l’oubli, de reconnaître les bénédictions qui nous entourent et de se souvenir des dons reçus dans la vie.
…/…
Ce matin, je vous propose d’entendre un extrait du Psaume 36

Louange

Nous entrons dans la louange…

C'est chez toi qu'est la source de la vie,
c'est ta lumière qui éclaire notre vie.

Seigneur, ta bonté a les dimensions du ciel, 
ta fidélité monte jusqu'aux nuages. 
Ta loyauté va aussi haut que les plus hautes montagnes. 
Tes décisions ont la profondeur du grand océan. 

C'est chez toi qu'est la source de la vie,
c'est ta lumière qui éclaire notre vie.

Seigneur, tu viens au secours des hommes […].
Que ta bonté est précieuse, ô Dieu ! 
Les humains cherchent refuge sous tes ailes. 
Tu les combles des bienfaits de ta maison, 
tu les fais boire au fleuve de ta bonté. 

C'est chez toi qu'est la source de la vie, 
c'est ta lumière qui éclaire notre vie.

Cantique  (par exemple, Ps 92. (1,2) Oh ! que c’est chose belle / ou Psaume 36 (1,2) O Seigneur, ta fidélité)

La repentance ou la confession du péché


La liturgie propose ensuite un temps de confession du péché… pour nous inviter à l’introspection… à l’humilité et l’honnêteté. 

Reconnaître son « péché », c’est admettre que nous sommes faillibles, incomplets, limités, imparfaits… et parfois défaillants… qu’il nous arrive de faire « fausse route » dans nos relations, avec les autres ou vis-à-vis de Dieu. 

Le mot « péché » signifie d’ailleurs « rater sa cible ».

La repentance consiste à regarder nos erreurs en face, sans complaisance, afin de progresser et de ne pas les répéter. C’est un acte de lucidité qui exprime aussi un désir de transformation : c’est la « conversion », c’est-à-dire la volonté de changer de cap et d’adopter une manière de vivre plus juste, en marchant avec Dieu.

Il ne s’agit pas seulement de demander pardon pour de petites fautes, mais de relire sa vie à la lumière de l’Évangile, pour poursuivre un chemin nouveau, qui passe par une prise de conscience… et le désir d’expérimenter une meilleure version de nous-mêmes. 

La repentance nous place devant Dieu en vérité et en confiance.
/…
Repentance

Assurés de l’amour de Dieu en Jésus-Christ, reconnaissons notre péché.

Silence

Père, nous voulons te dire notre désarroi 
devant la souffrance du monde 
et reconnaître notre part de responsabilité,
car notre manière de vivre ne transforme pas forcément ce monde.

Pardonne-nous d’agir parfois comme des égoïstes 
et de ne pas toujours aimer notre prochain.

Oui… Père, pardonne-nous :

Tu as mis sur nos chemins des affamés
et nous n’avons songé qu’à notre faim.

Tu as mis sur nos chemins des assoiffés de tendresse
et nous sommes restés attentifs aux seuls battements de nos coeurs.

Tu as mis sur nos chemins 
des frères et des soeurs à consoler
et nous n’avons pleuré que sur nous-mêmes.

Tu as mis sur nos chemins des frères et des soeurs à soutenir
et nous n’avons porté que nos fardeaux.

Tu as mis sur nos chemins tous les sanglots du monde
et nous n’avons pensé qu’à notre réussite, nos succès et nos joies.

Père, pardonne-nous. 
Donne-nous de pouvoir offrir désormais,
le pain, l’espérance et la joie 
à ceux qui croiseront nos chemins. Amen

Cantique (par exemple : 43-02. (1) Vers toi j’élève mon âme / ou 44-14 ( 2) Oh ! Prends mon âme)

Le pardon


Le pardon chrétien s’enracine dans la grâce de Dieu, qui est compassion, tendresse et miséricorde. Dieu se laisse toucher par la faiblesse humaine et par ceux qui reconnaissent leurs fautes.

Dans la Bible, la faute est comprise comme une dette : on doit réparation à la personne lésée. 

Deux moyens existent pour être libéré de cette dette : - soit la compenser par une réparation ou une punition, - soit demander pardon, c’est-à-dire demander à l’autre de renoncer à son droit légitime, par pure compassion.

Le pardon est donc un acte de libération : il libère le coupable de sa dette et libère aussi celui qui pardonne de la rancœur. 

C’est un geste qui dépasse la simple logique humaine de la rétribution, en accédant à une voie supérieure : celle de l’amour.

Jésus enseigne que Dieu agit ainsi : il est généreux, plein de compassion, et pardonne à celui qui reconnaît sa faute. 

La justice de Dieu n’est pas la justice humaine : elle est marquée par sa réalité même, par sa nature : Dieu est amour et miséricorde.

Le pardon de Dieu ne nie pas le mal, mais il le surmonte. Il relève l’être humain et lui permet de repartir, pour une vie renouvelée : nous devenons des « pécheurs pardonnés ». 

Les protestants appellent cela la justification par grâce, reçue par la foi : le pardon est un don gratuit, qui libère du passé et ouvre un avenir nouveau.

Il ne reste alors qu’à accueillir ce pardon dans la prière.
…/…
Pardon

“ Le Seigneur Dieu est tendresse et pitié, 
patient et d’une immense bonté.
Il ne fait pas constamment de reproches,
Il ne garde pas rancune indéfiniment.
Il ne nous traite pas selon nos péchés, 
il ne nous rend pas selon nos fautes. 
Sa bonté pour ses fidèles monte aussi haut 
que le ciel au-dessus de la terre.
Il met entre nous et nos mauvaises actions
autant de distance qu'entre l'est et l'ouest.
Le Seigneur aime ses fidèles
comme un père aime ses enfants. (...)
La bonté du Seigneur durera toujours. ”  (cf. extr. Ps 103)

Et voici une parole certaine que nous pouvons accueillir : 
“ Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs. ” (cf. 1 Tm 1,15)  

Que Dieu nous mette au cœur l’assurance de son pardon
et qu’Il nous donne de marcher vers son Royaume.

Chantons notre reconnaissance.

Cantique (par exemple : 52-17. (1,2) Libres de nos chaînes / ou 43/10 (4) – Tel que je suis / ou Cantique : 43/06 (3) - Mon Dieu, mon Père)

La prière d’illumination

A présent… c’est le moment de nous mettre à l’écoute de la Bible… 
Pour les protestants, en effet, la Bible est le moyen essentiel par lequel Dieu se fait connaître.

Mais, avant cela, la liturgie nous propose une prière, qui s’appelle « prière d’illumination ». De quoi s’agit-il ? 

Tout simplement de demander à l’Esprit saint d’éclairer chacun d’entre nous… afin que la Parole lue et entendue, soit reçue personnellement, comme une Bonne Nouvelle.

Pour les Réformateurs, notamment Calvin, c’est le témoignage intérieur du St Esprit qui convainc les croyants de l’autorité de la Bible : le même Esprit qui a inspiré les auteurs bibliques agit encore aujourd’hui pour rendre la Parole vivante.

Ainsi, lire la Bible devient une véritable démarche spirituelle, faite dans un esprit d’écoute et d’ouverture, afin d’en avoir une compréhension renouvelée.

Je vous invite à vous associer à cette prière  :  …/…

Illumination

Nous demandons à Dieu son Esprit avant de lire les Écritures, 
afin qu'elles deviennent, pour nous, Parole de vie.

Silence

Nous voici devant toi, prêts à entendre ta parole. 
Nous te prions de venir à notre rencontre, 
toucher notre cœur et notre intelligence, 
donner du sens à nos pas. 

Que ta parole soit une lampe, 
une lumière sur nos sentiers.   (d'après Ps 119,105) 

La lecture de la Bible puis Prédication

Nous allons donc écouter des lectures bibliques que vous avez sur vos feuilles…et les méditer ensemble…
Voir textes et prédication, en suivant le lien : 

https://ducotedelevangile.blogspot.com/2025/11/decouverte-du-protestantisme-trois.html

Orgue ou Cantique (par exemple : 44-13 (1,2) .Mon Dieu, par ta lumière OU Cantique : 31/28 (1,4) Toi  qui es lumière)

 
Dire la foi / La confession de foi

Comme la prédications l’a rappelé : la foi est un lien vivant avec le Père, l’Eternel, la Source, l’Inconditionné…  le Dieu d’amour… à qui on choisit de se confier. 

Il faut distinguer la foi-confiance, qui est une relation existentielle avec Dieu, de la foi-croyance, qui exprime - par des mots - les convictions qui découlent de cette confiance (par exemple : croire que Dieu s’est révélé en Jésus, que celui-ci a été ressuscité, etc.).

Une confession de foi sert à rappeler ce en quoi on croit collectivement, à exprimer notre espérance et à situer la foi de l’Église. 

La confession de foi a donc une portée communautaire : c’est un acte de foi partagé… un acte acte solidaire… qui dépasse notre seule conviction personnelle.

Dans le culte protestant, on n’utilise pas forcément les anciens Credo : on peut choisir des textes plus contemporains, comme cela va être le cas ici.

…/…

Confession de Foi

Nous nous levons pour confesser ensemble notre foi

Je crois que Dieu nous aime. 
Il se tient patient auprès de nous. 
Il prend la main que nous ouvrons 
pour nous faire découvrir la paix et la joie. 

Il nous demande d'exister dans une identité renouvelée
de fils et de filles, à la suite de Jésus-Christ. 
Je crois que Jésus-Christ est venu incarner l'amour de Dieu. 
Cet amour a été donné par ses gestes et ses paroles 
à des hommes et des femmes qui nous ressemblent. 

Il a su se laisser porter par Dieu
pour faire advenir son Royaume.
Sa souffrance témoigne 
de la douleur de Dieu devant la souffrance humaine. 
Sa résurrection est une manifestation 
de la présence de Dieu dans toutes nos ténèbres. 

Je crois que l'Esprit Saint nous fait recevoir l'amour de Dieu. 
Il est à l'œuvre dans le monde d'aujourd'hui 
et il met en route une multitude d'hommes et de femmes. 
Il nous fait reconnaître les signes du Royaume, 
donnés dès maintenant. 

Je crois qu'au sein de la communauté chrétienne
se transmet le rôle de veilleur pour dire notre espérance au monde. 

Cantique (par exemple : 42-05.(2,5)  Oui, je veux te bénir / OU 61/81 (3) – Je crois en Dieu le créateur / OU 23/11 (1) Je crois en toi )

Pas de Ste Cène (aujourd’hui)

Célébrer la Ste Cène, c’est faire mémoire de ce que Jésus a dit et fait lors de son dernier repas avec ses disciples… et c’est y prendre part… dans la communion avec le Christ ressuscité… et ensemble, les uns avec les autres. 

Pour ne pas être trop long, nous ne partagerons pas le sacrement de la Sainte Cène aujourd’hui. / Je vous invite à venir dimanche prochain, si vous voulez découvrir les paroles et les geste de ce rite particulier.

Annonces

Nous accueillons ensuite un temps d’échange et d’information sur la vie de notre église locale… ou régionale… ou nationale. 

Offrandes  (Orgue pendant la collecte)

Le dimanche matin nous accueillons aussi un temps de collecte, d’offrande… qui est une manière d’exprimer notre reconnaissance à Dieu pour tous ses dons… et un moyen nécessaire à notre église, pour lui permettre de poursuivre sa mission d’annonce de l’Evangile… 

En effet, l’Église ne vit que grâce au don généreux des fidèles…. Elle ne reçoit aucune subvention, aucun subside de l’État. 

Offrande Voici donc le moment de l’offrande.

Par l'offrande, nous exprimons notre soutien à l'Eglise, 
pour qu'elle soit toujours un lieu vivant, 
de rencontre les uns avec les autres, 
et de rencontre avec Dieu. 

Seigneur, nous allons te remettre l’offrande de notre argent, 
Nous te remettons aussi l’offrande de notre cœur, 
de notre âme et de tout notre être. 
Merci pour tous tes bienfaits. 
A toi soit la gloire en tout temps et en tout lieu.  Amen.

La Prière d’intercession ou prière universelle 

Nous approchons de la fin du culte… la prière d’intercession - ou prière universelle -  est un temps de prière les uns pour les autres…

C’est un temps de prière où l’on présente à Dieu : l’Église, le monde, les êtres humains, avec leurs joies et leurs misères, leurs souffrances. 
Prier n’est pas un repli égoïste : c’est s’ouvrir aux autres et porter leurs besoins devant Dieu. 

Face au mal, alors que l’être humain fuit, se résigne ou se révolte, le christianisme répond par la prière. 

« Intercéder », c’est envoyer de l’énergie vers Dieu et vers les autres… c’est regarder le mal en face et le confier à Dieu… dans l’espérance qu’il puisse le transformer - transformer les personnes et les situations - et apporter libération et guérison.

C’est une réalité… notre monde est souvent « malade »… le confier à Dieu, c’est un peu le remettre au Médecin dont il a besoin. 

Ceux qui intercèdent pour les autres, deviennent alors des intermédiaires, des médiateurs, à l’image du Christ. 

La prière devient un acte d’amour, de compassion et de solidarité : 
elle met les croyants en communion avec les personnes, les souffrances d’autrui et les place sous la lumière apaisante et bienfaisante de Dieu.

A l’issue de cette prière d’intercession, nous récitons ensemble la prière du « Notre Père ». 

Faisons-le ensemble… prions :  …/…. 

Intercession

Nous nous unissons dans la prière :

Père, ta Parole nous a redit ton amour pour ce monde.

Nous voulons aujourd’hui tout remettre entre tes mains : 
Nous-mêmes, nos proches, nos familles, nos amis, notre travail, nos engament…

Nous déposons devant toi tous nos soucis 
afin que tu t’en préoccupes,
notre inquiétude, afin que tu l’apaises, 
nos espoirs et nos vœux, 
afin que soit faite ta volonté et non la nôtre.

Nous te prions pour tous ceux qui sont dans la peine, 
pour ceux qui sont sur un lit de souffrance, 
pour ceux qui vivent dans l’exclusion ou la solitude.

Nous te prions aussi pour ceux qui vivent dans l’angoisse de l’avenir, l’incertitude ou le doute. 

Réponds à l’attente de ceux qui te cherchent dans la nuit.
Restaure le regard de ceux dont l’espoir est brisé. 

Nourris de ta présence ceux qui sont en proie à la violence !

Réveille en nous l’amitié pour les autres et le goût du partage en ton Nom ! 

Donne à chacun le goût de te suivre dans la liberté 
et la joie de ton service, en avançant fidèlement 
sur le chemin que tu ouvres devant nous…  Amen.

Nous voulons te redire ensemble la prière 
            que Jésus nous a enseignée
: Notre Père… 

Notre Père

Notre Père qui es aux cieux, 
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne, 
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ;
pardonne-nous nos offenses 
comme nous pardonnons aussi 
à ceux qui nous ont offensés.
Ne nous laisse pas entrer en tentation 
mais délivre-nous du mal, 

car c’est à toi qu’appartiennent  
le règne, la puissance et la gloire, 
aux siècles des siècles.  Amen.

La bénédiction 

Dans la vie chrétienne, tout commence par la grâce et s’achève par la bénédiction, qui signifie « dire du bien ». 

Dieu rappelle ainsi qu’il nous accompagne sur notre route, qu’il nous veut du bien et qu’il nous encourage à avancer en confiance. 

Le dimanche matin, on arrive parfois au culte avec ses soucis, mais on en repart généralement porté par une Bonne Nouvelle (une Parole de confiance et d’espérance qu’on redécouvre dans la Bible) et par cette bénédiction finale.

La bénédiction n’est pas la promesse d’être épargné du mal… Mais l’assurance que Dieu marche avec nous et nous souhaite la vie en plénitude, l’amour et le bonheur. 

Parfois, le pasteur l’exprime par des gestes symboliques, comme l’imposition des mains, pour manifester concrètement cette bienveillance de Dieu sur l’assemblée.

Alors… recevons la bénédiction de Dieu sur nous et notre vie… puisqu’il nous aime : …/…

Bénédiction

Je vous invite à vous lever.…à recevoir une parole d’envoi …

"Ayez soin les uns des autres." (1Co 12, 25)
"Portez les fardeaux les uns des autres." (Ga 6, 2)
"Réconfortez-vous les uns les autres." (1Th 5, 13)
    
"Aimez-vous les uns les autres... dit Jésus,
alors tous sauront que vous êtes mes disciples." (Jn 13, 34-35)

Recevons la bénédiction de la part de Dieu :

“Dieu vous bénit et vous garde ;
Dieu tourne sa face vers vous et vous accorde sa grâce ;
Dieu porte sur vous son regard et vous donne la paix.”    Amen.

Cantique (par exemple : 62-79 (1,2) Rendons gloire à Dieu, notre Père) 

Orgue (sortie)

Découverte du Protestantisme : trois manières d'entendre l'Evangile

Prédication pour le Culte « Découverte du protestantisme 2025 » : voir plus bas (après les lectures)

Lectures bibliques : Luc 15,1-3. 11-24 ; Éphésiens 2, 4-5. 8-9 ; Romains 10, 9-10 ; Philippiens 2,12-13 ; Apocalypse 3,20 ; Jean 10,10

Thématique : Marcher dans la Grâce : trois manières d’entendre l’Évangile
Prédication de Pascal LEFEBVRE - le 23/11/25 à Bordeaux (temple du Hâ)


Introduction

Quelques mots d’introduction avant de nous mettre à l’écoute de la Bible. Puisque nous avons un culte particulier aujourd’hui…  de « découverte du protestantisme »… je voudrais saisir cette occasion, pour vous présenter trois manières de comprendre des grands thèmes chrétiens : A. la grâce, / B. la foi,  / C. la liberté et la responsabilité…. 

Nous allons essayer d’entendre trois façons nuancées… dont l’Evangile peut résonner selon nos traditions et nos sensibilités : 
    •    la manière catholique,
    •    la manière luthéro-réformée (ou protestantisme « classique »),
    •    et la manière du protestantisme libéral, qui lit la foi - de façon plus libre, avec un regard moins dogmatique. 

Je ne dirai pas laquelle est la meilleure. Car toutes cherchent à rendre fidèlement témoignage à l’Évangile de Jésus-Christ. Chacune éclaire une facette, comme les couleurs d’un vitrail.

Nous allons écouter différents passages bibliques qui serviront de base à cette méditation. Ces textes vont nous guider comme des balises, pour comprendre comment Dieu nous parle encore aujourd’hui. 

LECTURES BIBLIQUES

Luc 15,1-3. 11-24 
1 Les collecteurs d'impôts et les pécheurs s'approchaient tous de [Jésus] pour l'écouter. 2Et les Pharisiens et les scribes murmuraient ; ils disaient : « Cet homme-là fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » 3 Alors il leur dit cette parabole : […]
11[…] « Un homme avait deux fils. 12Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir.” Et le père leur partagea son avoir. 13Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout réalisé, partit pour un pays lointain et il y dilapida son bien dans une vie de désordre. 14Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans l'indigence. 15Il alla se mettre au service d'un des citoyens de ce pays qui l'envoya dans ses champs garder les porcs. 16Il aurait bien voulu se remplir le ventre des gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui en donnait. 17Rentrant alors en lui-même, il se dit : “Combien d'ouvriers de mon père ont du pain de reste, tandis que moi, ici, je meurs de faim ! 18Je vais aller vers mon père et je lui dirai : Père, j'ai péché envers le ciel et contre toi. 19Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Traite-moi comme un de tes ouvriers.” 20Il alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut ému aux entrailles [fut pris de pitié] : il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. 21Le fils lui dit : “Père, j'ai péché envers le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils…” 22 Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez la plus belle robe, et habillez-le ; mettez-lui un anneau au doigt, des sandales aux pieds. 23 Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, 24 car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.”

Éphésiens 2, 4-5. 8-9
4 Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, 5alors que nous étions morts à cause de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ […] 8C'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n'y êtes pour rien, c'est le don de Dieu. 9 Cela ne vient pas des œuvres, afin que nul n'en tire fierté.

Romains 10, 9-10
9 Si, de ta bouche, tu confesses que Jésus est Seigneur et si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé. 10En effet, croire dans son cœur conduit à la justice et confesser de sa bouche conduit au salut.

Philippiens 2,12-13
12 Ainsi, très chers amis, vous avez toujours été obéissants quand je me trouvais auprès de vous. Eh bien, soyez-le encore plus maintenant que je suis absent ! Agissez pour votre salut [travaillez / mettez en œuvre votre salut] humblement, avec respect, 13 car c'est Dieu qui agit en vous et qui vous donne le vouloir et le faire selon son projet bienveillant.

Apocalypse 3,20
20 Voici, je me tiens à la porte et je frappe.
Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte,
j'entrerai chez lui et je prendrai la cène avec lui et lui avec moi.

Jean 10,10
10 je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance.


PRÉDICATION

Pour les Chrétiens… le dessein de Dieu est d’apporter « le salut » à l’humanité… en offrant sa Grâce… Quelles sont les différentes façons de le comprendre et les nuances… entre catholiques, protestants classiques, et protestants libéraux ?

A - La Grâce (et les sacrements) : Comment Dieu s’approche de nous et agit dans notre vie ?

1) La vision catholique : la grâce comme vie… qui transforme et qui guérit (en vue d’une vie sanctifiée)


Dans la vision catholique, le dessin de Dieu est de nous guérir. Il nous transforme et nous appelle à une vie sanctifiée.

La Grâce, c’est cette force vivante de Dieu qui nous sauve, qui nous transforme intérieurement.
 Elle est, en quelque sorte, une médecine, un souffle, un feu qui change le cœur.
 Elle agit dans les sacrements, dans la prière, dans la charité.

Dans la lettre aux Philippiens, quand Paul affirme : « C’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire. » (Ph 2,13), la tradition catholique entend : Dieu agit en nous, pour nous guérir et nous rendre capables d’aimer.

Quand les catholiques entendent la parabole de Jésus, l’histoire du fils prodigue (cf. Luc 15, 11-24), ils voient avant tout un Dieu qui guérit. Il ne se contente pas de pardonner : il relève, il restaure, il redonne une dignité.

Après son éloignement du père, le fils prodigue revient honteux, affamé, brisé… et le père lui dit : « Vite, apportez la plus belle robe, et habillez-le! » (cf. Luc 15, 22)

Ce n’est pas seulement un pardon que le père lui offre, c’est une transformation.
Il répare ce qui a été blessé par le péché. Il restaure le fils et lui offre une guérison, pour l’ouvrir à un nouvel avenir, pour le rendre « participant » à une « vie nouvelle » avec lui. 

Le salut s’opère quand le fils est transformé… quand il reçoit l’amour du père et devient capable d’aimer, à son tour. 

Pour un catholique, la Grâce est cette force intérieure qui nous répare en profondeur… pour nous permettre de devenir saint. 

Le théologien catholique Karl Rahner affirme ainsi que le salut n’est pas extérieur à l’homme. C’est Dieu qui se donne, qui s’auto-communique… qui communique son être au cœur de l’homme.

Les sacrements : 

C’est dans le même sens que sont compris les sacrements, dans la foi catholique (qui sont au nombre de 7). Ce sont « des moyens de grâce »… c’est-à-dire que Dieu agit réellement à travers eux, pour communiquer sa vie divine au croyant.

Ainsi, le baptême efface le péché (il purifie du péché originel) ; il fait de la personne un enfant de Dieu. 

Dieu utilise des signes visibles (l’eau, l’huile, des paroles, des gestes, le pain, le vin…) pour transmettre une réalité invisible : la vie divine. La « grâce », c’est cette vie divine communiquée à l’être humain.

Dans la vision catholique, le prêtre est au service de la médiation du Christ. Quand il baptise, il absout, il consacre l’eucharistie, le prêtre agit « dans la personne du Christ », comme un instrument de sa présence. 

Nous en venons maintenant à la vision du protestantisme luthéro- réformé… 

2) La vision luthéro-réformée : la grâce comme don immérité… qui offre réconciliation et libération

Pour Luther et Calvin (les Réformateurs phares du XVIe siècles), le cœur de la Grâce est présenté dans l’épitre aux Éphésiens - au chapitre 2 :

« C’est par grâce que vous êtes sauvés… ce n’est pas par les œuvres. » (cf. Ep 2)

La grâce précède tout. Elle est première. C’est un don gratuit - un cadeau immérité - indépendant de nos bonnes actions. Nous n’y sommes pour rien.

C’est ce qui se joue dans la parabole de Luc : Le fils prodigue n’a encore rien fait, ni rien dit… Il n’a pas eu le temps de se racheter, ni de prouver quoi que ce soit… que, déjà , le père « court vers lui… pour se jeter à son cou… et le couvrir de baisers » (cf. Luc 15,20). 
 

Il ne pose pas de conditions. Il ne demande pas d’explications. Il ne fait aucun reproche. Il enlace son fils cadet de sa tendresse et sa bienveillance. 

Voilà la Grâce, pour les Réformés : Un amour qui précède tout effort… un pardon offert, sans condition.

La grâce justifie le pécheur, avant même qu’il ne parle et ne confesse son péché…
Ce père qui court vers son fils bien-aimé : c’est l’Évangile pur ; la bonne nouvelle de l’amour premier de Dieu.

Pour le réformateur Martin Luther, le salut, c’est cet acte gratuit : 
En Christ, Dieu surmonte le péché. Il accepte le pécheur et le déclare juste, malgré sa culpabilité.


C’est le moment où le père du fils prodigue affirme : « Mon fils était perdu et il est retrouvé » (cf. Luc 14,24).

Le salut vient uniquement de l’initiative du Père. 
[La transformation et la sanctification viendront après.]

Être sauvé, c’est avant tout être réconcilié par Dieu et libéré du poids du péché.

Les sacrements :

L’approche des sacrements (qui sont au nombre de 2) est un peu différente chez les luthériens et les réformés. Sans entrer dans le détail, on peut dire que : les sacrements sont « des signes visibles de la Grâce invisible ». Ils manifestent la Grâce… par la parole attachée au signe… quand ils sont reçus dans la foi.

C’est l’Esprit saint qui agit. C’est la promesse de Dieu qui donne la grâce. 

« Le sacrement est la Parole visible » disait Luther. Sans la Parole, il n’y a pas de sacrement.

Le Saint-Esprit peut se servir du sacrement pour communiquer la Grâce divine. - Ainsi le Christ est présent au moment de la Ste Cène, soit avec l’élément pain, pour les Luthériens, soit spirituellement présent, pour les Réformés - Mais l’Esprit peut aussi donner la Grâce indépendamment du rite. 

Dieu n’attend pas les sacrements, pour communiquer sa Grâce ! Il est totalement libre et souverain dans la façon dont il apporte le salut. 

Par ailleurs, en vertu du sacerdoce universel, le pasteur est reconnu dans une fonction : il a reçu une formation biblique et théologique ; il annonce la Parole et administre les sacrements. Mais il n’est pas un médiateur du Christ. En réalité, tous les croyants sont appelés à s’engager à la suite du Christ. 

3) La perspective du protestantisme libéral : la grâce comme accueil inconditionnel, qui ouvre notre conscience et libère nos potentialités

Le protestantisme libéral se positionne différemment. D’abord, il ne croit pas à la doctrine classique du « péché originel » telle que l’a développée St Augustin.  L’être humain n’a jamais été parfait, avant une hypothétique « chute ». Depuis le début, l’homme est limité, faillible et vulnérable,… mais il évolue peu à peu, il progresse…

Pour les protestants libéraux, la grâce n’est pas une réparation du péché. Ce n’est pas seulement un pardon, c’est une libération de ce qui nous empêche de vivre… en vue d’une transformation.

Les libéraux observent autre chose dans la parabole de Luc (chap. 15) : ils voient un père qui ouvre un espace de vie. Il ne fait pas qu’accueillir et habiller son enfant retrouvé, avec son plus beau vêtement, il lui rend sa dignité et sa place de fils. Il est accueilli pour le partage et la communion de la fête… c’est comme « une résurrection », l’offre d’« une vie nouvelle ».


Ils entendent ainsi résonner ce que Jésus affirme ailleurs dans l’évangile de Jean, au chapitre 10 : « Je suis venu pour que les êtres humains aient la vie… la vie en abondance. » (cf. Jn 10,10)

Quand le fils prodigue retrouve la maison du père, il découvre qu’elle est un lieu où il n’a pas besoin de jouer un rôle. Il y est accueilli tel qu’il est. 
Il est aimé, malgré ses failles, ses errances, ses peurs et ses limites. 
Il prend conscience de l’amour infini du père. Et ce faisant, il prend conscience de sa propre dignité d’être humain, de fils. 

La grâce reçue a une dimension existentielle : elle ouvre la possibilité de vivre pleinement, d’oser être soi-même, de se libérer de ce qui nous écrase… pour découvrir et vivre nos plus belles potentialités.

Le salut… c’est une transformation de la conscience, qui s’ouvre et qui s’élargit… pour accéder à une vie plus libre, plus authentique, plus abondante (cf. Jn 10,10). 

Le salut, c’est le chemin qui permet au fils de sortir de la peur, d’oser revenir à la maison, jusqu’au moment où il est accueilli… et retrouve sa dignité et sa place… son humanité profonde et sa liberté intérieure.

Les sacrements : 

Dans le protestantisme libéral, les sacrements occupent une place différente. Ce ne sont pas des moyens objectifs de grâce. Ils sont perçus comme des symboles vivants, au service de la foi et de la communauté.

La grâce n’est pas liée aux rites, mais à l’expérience religieuse intérieure. 
C’est par sa conscience, sa foi, sa relation intérieure à Dieu - et non par un acte rituel - que le croyant reçoit la Grâce divine. 

En d’autres termes, les sacrements sont reçus comme des signes symboliques et existentiels de la foi et du salut offert. Ils expriment publiquement ce que le croyant pense, espère et cherche.

La Sainte Cène, par exemple, est perçue comme un espace d’interprétation personnelle. Chacun peut y trouver : un symbole d’amour gratuit (où l’on fait mémoire de Jésus-Christ qui a incarné l’amour radical), … un appel éthique au partage et à la fraternité… un encouragement spirituel… et une invitation à se recentrer ensemble sur l’essentiel.

Nous en venons maintenant à la question de la foi…  de façon un peu plus brève…
Pour les Chrétiens, la foi est vue comme un don (un don de Dieu), mais elle contient aussi un aspect réceptif (elle appelle une réponse humaine)…. Voyons les différentes nuances : 


B - La foi : Comment l’être humain répond à Dieu ?

1) La vision Catholique : la foi comme adhésion vivante et coopération


Pour les Catholiques, la foi est un don, qui appelle une réponse. C’est un « oui »  libre, qui s’exprime en actes.

Dans l’épitre aux Romains, quand l’apôtre Paul appelle à « croire dans son cœur … et confesser de sa bouche… en vue du salut » (cf. Rm 10, 9-10)… les catholiques entendent que la foi consiste à répondre « oui » à Dieu, avec tout son être : son cœur, son intelligence, ses paroles et ses gestes. 

La foi est un chemin quotidien… une confiance qui grandit… et qui doit se manifester par des oeuvres bonnes. 

2) La vision Luthéro-réformé : la foi comme confiance qui se reçoit

Pour les Réformés, la foi n’est pas liée à nos mérites, c’est une relation. 
C’est le moment où l’on accueille la Grâce de Dieu… le moment où l’on laisse Dieu être un Dieu d’amour pour soi… où on le reçoit ainsi… et on se repose en Lui ! 

Comme le souligne le théologien Paul Tillich : « On accepte d’être accepté, bien qu’on soit inacceptable ».

Dans la parabole de Luc… la foi, c’est le moment où le fils prodigue cesse de se débattre avec sa honte et sa culpabilité… et se laisse tomber - avec confiance - dans les bras de son père. Il s’abandonne à Lui. 

La foi, c’est ouvrir son coeur, lorsque le Christ « frappe à notre porte » (cf. Apocalypse 3,20). 

3) La perspective du protestantisme libéral : la foi comme chemin intérieur et ouverture

Pour le Protestantisme libéral, la foi est un cheminement… C’est un éveil… 

C’est ce qui se joue, d’une part, quand on « rentre en soi-même » comme le fils prodigue (Luc 15,17) et, d’autre part, quand on s’ouvre à l’accueil inconditionnel du père (Luc 15, 22-24). 


C’est l’instant où la conscience s’ouvre à quelque chose de nouveau… à quelque chose de plus vrai que nos peurs.

Pour les libéraux, la foi n’est pas d’abord adhésion à des dogmes, mais ouverture intérieure… expérience de profondeur… où l’on se laisse saisir par l’Esprit du Christ… pour accueillir sa vérité qui libère (cf. Jn 8,32).

C’est « le courage d’être » - dirait Paul Tillich - le courage de dire « oui » à son existence, en s’appuyant sur la Grâce de Dieu… malgré le sentiment de culpabilité ou l’angoisse qui nous étreint.  

Nous abordons à présent 2 thématiques pour la dernière partie cette méditation : la liberté et la responsabilité, dans les différentes traditions ou sensibilités… 

C - La liberté et la responsabilité : Comment Dieu libère ? A quoi appelle-t-il l’être humain ?

1) La vision Catholique : la liberté restaurée par la grâce / la responsabilité comme coopération


Dans la vision catholique, Dieu apporte le salut, pour que l’homme puisse répondre librement.

En apportant son salut, en guérissant la liberté… la Grâce rend la responsabilité humaine possible.
L’être humain est appelé à répondre à l’amour de Dieu. 

C’est ce que Paul rappelle aux Philippiens (cf. Ph 2,12-13) : « Agissez / Travaillez à votre salut… car Dieu agit en vous ».
Puisque Dieu agit en nous et pour nous… nous sommes appelés à œuvrer dans le même sens…

Les croyants sont invités à coopérer efficacement avec Dieu…. à collaborer avec Lui.


Comme le fils prodigue accueilli par son père, va réapprendre à vivre dans la maison paternelle… nous sommes appelés à marcher avec Dieu… à vivre et à agir, selon sa volonté… 

Nos actes sont appelés à entrer « en synergie » avec le projet de salut divin.

2) La vision Luthéro-réformé : la liberté comme fruit de la justification / la responsabilité comme gratitude active

Nous l’avons vu… pour les Réformés… le salut est une initiative divine. Nous n’y sommes pour rien ! 

Martin Luther pense que, sans la grâce, l’être humain est « captif »… « esclave » du péché…
Mais une fois justifié par la grâce de Dieu, il devient libre dans la confiance.

Par l’accueil inconditionnel du père, le fils prodigue est libéré de sa honte et de sa culpabilité.

La vraie liberté commence quand on comprend qu’on n’a plus à se justifier soi-même… qu’on n’a rien à prouver… rien à mériter. 

En conséquence, nous pouvons agir gratuitement… non pas pour être sauvés (car ça ne dépend pas de nos mérites)… mais parce que nous sommes aimés…. Nous désirons répondre à l’amour de Dieu, pour exprimer notre gratitude. 

Ainsi, les œuvres ne sauvent pas… Elles sont seulement des fruits… une façon d’agir - dans le sens de l’Évangile - pour exprimer notre reconnaissance.

3) La perspective du protestantisme libéral : la liberté comme don premier… à réveiller / une responsabilité éthique : suivre Jésus- Christ, pour vivre une humanité accomplie

Pour le christianisme progressiste, la liberté est de toujours ! 
Dieu ne donne pas la liberté après la conversion : il la donne dès le début, dès la création. 

Puisqu’il est libre… l’être humain peut faire un mauvais usage de cette liberté …et se laisser « aliéner »… Il peut aussi revenir vers le père, comme le fils prodigue…

La liberté est donc déjà au fond de nous… dès le départ… 
L’Évangile vient nous éclairer… nous sortir de nos impasses, de nos mauvais pas, de nos conditionnements, de notre égoïsme… en élevant notre niveau de conscience. 


Jésus vient réveiller (ressusciter) la liberté qui est en nous… et l’élever… pour nous permettre de vivre notre « véritable humanité ».

[Pour le dire avec les mots de Paul… « Si quelqu’un est uni au Christ, il est créé à nouveau (il est une nouvelle créature) » (cf. 2 Co 5, 17). Ainsi transformé, le croyant agit de façon nouvelle.]

La vie de Jésus-Christ est vue comme un modèle de vie à suivre… car il a vécu une vie unifiée (dans toutes les dimensions de l’être) et mue par l’amour. Il nous montre ce qu’est « être pleinement humain ». 

Pour les libéraux, la responsabilité chrétienne est éthique.
Les croyants sont appelés à aimer, à pardonner, à relever, à lutter contre l’injustice.
C’est le Royaume (le monde nouveau de Dieu) que nous sommes invités à vivre au présent.

Dieu nous confie la tâche de rendre le monde plus humain… plus fraternel, plus juste, plus paisible… en donnant le meilleur de soi. 

D - Des différences et des rapprochements :

Dans le cadre de cette méditation, nous ne pouvons pas faire une liste exhaustive des différences et des points de convergences. 

Il y a un certain nombre de divergences entre ces approches…. que nous n’avons pas toutes détaillées… en particulier sur :

    ⁃    La vision ecclésiologique, 
    ⁃    La question des ministères (le sacerdoce universel / le sacerdoce ministériel),
    ⁃    La conception des sacrements (2 sacrements / 7 sacrements),
    ⁃    La question de l’autorité et du rapport à la tradition (Sola scriptura / Ecritures + tradition + magistère),
    ⁃    Etc.

Mais il existe aussi des rapprochements :

    ⁃    Par exemple, au moment des Réformes, au XVIe siècle, les Luthériens et Calvinistes ont beaucoup insisté sur la justification par grâce, par le moyen de la foi / tandis que les Catholiques insistaient sur les mérites à acquérir, sur la nécessité de la charité et des œuvres bonnes. Aujourd’hui… avec le temps… la formulation catholique est devenue plus proche de celle de Luther : la foi est centrale ; la coopération humaine est seconde. Sur la question de la justification, il y a eu un rapprochement : les catholiques reconnaissent que la foi est le « pivot » du salut, comme le soulignaient les luthériens.

    ⁃    Les protestants classiques (Luthériens et surtout Réformés) ont aussi évolué. Au XVIe siècle, ils ont fortement insisté sur le « monergisme » : c’est-à-dire que le fait que Dieu seul sauve, que l’homme ne peut rien apporter. Ce fut une conviction forte des Protestants. Cependant, ils reconnaissent - comme le soulignait les Catholiques - que si la foi est un don de Dieu, elle nécessite une coopération humaine dans la réception. Sans en être l’auteur, le croyant est appelé à « participer » à la Grâce, en l’accueillant et en se laissant transformer par Dieu. [Sur ce point, les Protestants ont donc évolué : ils seraient peut-être plus proches aujourd’hui des convictions de Melanchthon, Arminius, Wesley, que de Luther, Calvin ou Zwingli.]

Sur la question de la liberté et de la responsabilité humaine, on constate une convergence théologique : Dieu initie toujours, mais l’homme répond librement.

E - Conclusion : Qu’est-ce que ça change pour nous aujourd’hui ?

J’aimerais maintenant dépasser ces distinctions, pour revenir au cœur de notre vie quotidienne… Car au fond, l’Évangile ne nous demande pas d’avoir raison, mais de sortir de la peur, pour mener une existence libre et aimante avec Dieu.

Alors, que faisons-nous de tout cela aujourd’hui ?

1) Recevoir la grâce comme une main tendue… comme un cadeau 


Dans nos existences souvent surmenées… à chaque étape de notre vie, depuis notre jeunesse, dans le monde professionnel, dans nos divers engagements, nous sommes appelés à faire nos preuves… pour réussir, pour trouver notre place dans la société… 

Autrement dit, nous cherchons sans cesse à prouver notre valeur… à être reconnu… à nous « justifier »… parce que nous vivons dans cette mentalité de la performance, de l’évaluation et du « chacun pour soi »… où chacun doit mériter ce qu’il peut obtenir… par la force de son travail. 

Mais faut-il « mériter » quoi que ce soit, pour vivre ? 


A rebours de la société… l’Evangile vient nous redire qu’aux yeux de Dieu, il n’en est rien ! 
La parabole du fils prodigue nous rappelle que la Grâce est un don gratuit de Dieu. 
La vie est un cadeau ; l’amour de Dieu aussi. 

Dieu nous accueille, là où nous sommes, tels que nous sommes. 
Quelle merveilleuse nouvelle ! 

2) Ouvrir la porte de la confiance… pour goûter la liberté et l’espérance

Nous vivons aussi dans un monde… où la peur joue un rôle prépondérant. 

Inconsciemment, malgré nous… nous transmettons des peurs de génération en génération… à nos enfants…

Plus largement - et de tout temps - par différentes formes de pressions ou de propagandes… le pouvoir politique ou religieux nous manipule aussi par la peur… Celle-ci nous immobilise, nous paralyse… Elle nous culpabilise, nous limite et nous contraint… Ce qui permet de contrôler et d’assoir l’autorité de ceux qui la détiennent. 

A contrario, nous avons entendu que la foi est une confiance. 
La foi en Dieu constituerait donc une forme de contre-poids… de contre-pouvoir… susceptible de nous libérer de nos peurs. 

Dans la parabole de Luc… parce que le père est accueillant et compatissant (il est ému aux entrailles, au moment du retour de son fils), parce qu’il est bienveillant… le fils prodigue va pouvoir croire en lui et vivre dans la confiance. Il n’aura plus jamais peur… par ce qu’il se sait aimé… quoi qu’il ait fait auparavant… et quoi qu’il arrive à l’avenir.

La foi est ce mouvement intérieur par lequel nous laissons Dieu nous accueillir, nous guider et agir dans notre histoire… pour nous libérer et nous faire grandir. 

Dans le livre de l’Apocalypse  (Apo 3,20), le Christ ressuscité dit cette parole : « Je me tiens à la porte et je frappe. »
Il ne force rien. Il attend. Il espère. Il nous appelle à ouvrir la porte de notre coeur, pour nous faire entrer dans la voie de la confiance. 

Ce que le Christ nous offre : c’est la possibilité de surmonter toutes nos peurs primitives… liées à notre passé ou notre avenir…. C’est de ne pas nous laisser écraser ni par nos angoisses, ni par la fatalité, ni par les épreuves…. Mais d’oser croire en la Vie, en l’Amour, au Pardon… croire en quelque chose de plus grand… en une Réalité plus vaste… qui nous éclaire, nous relève et nous donne une espérance. 

Notre monde en a tellement besoin ! 

3) Laisser Dieu agir en nous… entrer dans un processus de transformation

Enfin, dernier point… Dans l’épître aux Philippiens, Paul lance un appel : « Agissez / travailler à votre salut… car c’est Dieu qui agit en vous … » 

L’apôtre affirme ainsi que nous ne marchons pas seuls… que Dieu nous accompagne… qu’il peut agir dans notre intériorité, pour nous transformer… nous permettre d’évoluer, de progresser dans la voie de l’amour et de la justice. 

Il suffit - si j’ose dire - de lui laisser de la place dans notre vie…
C’est une invitation à entrer dans une relation personnelle avec Dieu… non pas pour croire à des dogmes ou des choses incroyables… mais pour nous laisser guider par une Force d’Amour, qui veut notre bien. 

Ainsi… chers amis… puisque nous sommes aimés de Dieu… osons expérimenter cette confiance !

Quelles que soient nos convictions… que chacun de nous trouve son propre chemin vers la maison du Père.    

Amen.


mercredi 19 novembre 2025

Méditation Mc 2, 18-22

 Mc 2, 18-22 : 18 Les disciples de Jean et les Pharisiens étaient en train de jeûner. Ils viennent dire à Jésus : « Pourquoi, alors que les disciples de Jean et les disciples des Pharisiens jeûnent, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » 19 Jésus leur dit : « Les invités à la noce peuvent-ils jeûner pendant que l'époux est avec eux ? Tant qu'ils ont l'époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. 20 Mais des jours viendront où l'époux leur aura été enlevé ; alors ils jeûneront, ce jour-là. 21 Personne ne coud une pièce d'étoffe neuve à un vieux vêtement ; sinon le morceau neuf qu'on ajoute tire sur le vieux vêtement, et la déchirure est pire. 22 Personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; sinon, le vin fera éclater les outres, et l'on perd à la fois le vin et les outres ; mais à vin nouveau, outres neuves. »

Méditation 

L’actualité de ce passage de l’évangile ne saute pas forcément aux yeux… pourtant son message nous concerne toujours. 

Contexte : Cet épisode s’inscrit dans une série de controverses entre Jésus et les représentants du Judaïsme de son temps… Le début du chapitre 2 de l’évangile de Marc montre un Jésus bousculant les codes religieux : il pardonne les péchés ; il mange avec des pécheurs ; il ne respecte pas la pratique du jeûne.
A cette époque, le jeûne était une pratique de repentance, de pénitence ou d’attente : on jeûnait dans les moments de détresse ou de préparation, en vue d’obtenir le pardon de péché, ou pour hâter la venue du Messie.

Le fait que le disciples ne jeûnent pas, est vu comme un signe de désinvolture spirituelle aux yeux des Pharisiens. Le jeûne, était un signe de piété et de fidélité à Dieu. Mais Jésus répond à cette critique par une image. 

L’époux est là, c’est donc le temps de la fête, pas de la pénitence. Dans la Bible, l’« époux » symbolise souvent la présence de Dieu (ou la venue de son salut), en relation d’alliance avec son peuple (cf. Osée 2 ; Esaïe 62).
En se présentant comme l’époux, Jésus s’identifie à Celui qui vient parler à agir au nom de Dieu, à Celui qui vient renouer et renouveler cette alliance.

Jésus propose ensuite deux mini- paraboles qui illustrent son propos :
On ne peut pas réparer un vieux vêtement, avec une pièce d’étoffe neuve, sinon il se déchire.
On ne peut pas mettre du vin nouveau dans de vielles outres. Il faut le mettre dans des outres neuves. 

Ces courtes comparaisons appuient la même idée : 
On ne peut pas simplement rajouter un peu du message de Jésus - de la nouveauté de l’Evangile - à l’ancien système religieux.
La nouveauté que le Christ apporte transforme tout : elle exige un « récipient » nouveau, une manière de penser et de vivre renouvelée.

Ce passage de l’évangile ouvre - pour nous - des questions, toujours actuelles…

1) Que signifie accueillir la nouveauté du Christ dans notre vie ?… et dans notre Eglise ?

Le message de Jésus ne s’ajoute pas à nos habitudes religieuses ou morales : il les transforme.
Ainsi, Jésus ne supprime pas le « jeûne », il en redéfinit le sens. 

S’il s’agit de « jeûner » quand « l’époux sera enlevé » (ce qui est une allusion à sa Passion), cela veut dire que le jeûne n’est plus à comprendre comme un temps de pénitence, mais qu’il peut devenir le lieu du souvenir de la présence du Christ (comme la Sainte Cène), et un moyen d’exprimer notre fraternité, notre compassion et notre solidarité avec ceux qui souffrent (à l’image de ce qu’a fait le Christ). Il devient ainsi un geste de liberté et d’amour, et non une forme de contrition ou de punition (inspirée par un Dieu-Juge, qui nous ferait sentir « pécheurs » ou « coupables »). 

D’autre part, il nous invite à devenir « des outres neuves » : des personnes disponibles à l’Esprit saint, ouvertes au changement et à la vie nouvelle (offerte par le Christ). 

Cela nous pose question : sommes-nous prêt(e)s dans notre vie, à accueillir du neuf ?… à nous laisser transformer par la nouveauté de l’Evangile ?
Ou est-ce que nous n’avons pas tendance à nos accrocher à nos « veilles outres » ? 

De la même manière, dans notre église… comment nos communautés peuvent-elles se renouveler, plutôt que simplement d’essayer de « maintenir » l’existant… ou « réparer » l’ancien ?

Qu’est-ce qui motive nos choix : l’habitude, la tradition, la nostalgie du passé, la peur… ou ce message de l’Evangile, qui nous appelle recevoir et expérimenter « la nouveauté » ? 

2) Comment vivre et partager la joie que nous offre le Christ ?

Jésus décrit sa mission comme des « noces » : c’est une image de fête, de communion, pas de contrainte. Le chrétien ne vit pas d’abord sous la Loi, mais dans la Joie de la présence du Christ.

Ainsi, la foi n’est pas d’abord une question de devoir, d’obligation, de privation… mais de plénitude, de communion, de vie…  Elle n’est pas tristesse, mais joie.

Comment notre église et  nos communautés - sont porteuses - et transmettent cette foi, comme joie de la présence du Christ dans notre vie ? 

3) Enfin, comment annoncer l’Évangile - dans la fidélité à cet épisode - qui nous invite à sortir du « religieux », pour entrer dans « la relation » et « la confiance » ?

Les interlocuteurs de Jésus (les religieux de son temps) sont obsédés par le faire (jeûner, observer, mériter). Jésus, lui, parle d’être : être avec, être en relation, être vivant, être renouvelé.

Comment… dans notre Église / nos communautés / nos existences quotidiennes… vivre davantage dans la relation… comment mieux « vivre ensemble », faire communauté, partager la fraternité ? 

Qu’est-ce qui relève parfois de l’obligation, des habitudes, du rite, du réflexe religieux ? Et qu’est-ce qui exprime une proposition ou une soif de liens… une vraie relation au Christ ? 
Quelles initiatives / quelles nouveautés… bien inspirées (par l’Esprit saint)… nous permettent d’accueillir de nouveaux membres… pour nous laisser renouveler ensemble ? 

Conclusion : Le vin nouveau du Royaume ne peut être enfermé dans nos vieilles habitudes ou nos vieilles peurs. / Le vin nouveau, c’est l’Esprit du Christ, c’est la Grâce, c’est la Vie de Dieu qui déborde… et qui nous permet d’oser… avec confiance et audace…
Le Christ ne vient pas « recoudre » nos vies éclatées ou « réparer » ce qui est déchiré ; il vient nous donner un vêtement neuf, une nouvelle identité d’enfants de Dieu. / Il ne vient pas remplir nos outres usées ; il vient faire de nous « des outres neuves », capable d’accueillir son Esprit saint. 

Prière : 

Seigneur Jésus, 
toi l’Époux venu à la rencontre de ton peuple,
 tu nous invites à la joie de ta présence,
 et pourtant, trop souvent,
 nous restons attachés à nos vieilles habitudes,
 à nos traditions, à nos sécurités.

Apprends-nous à reconnaître que tu es là, au milieu de nous, dans la simplicité de nos vies… de la prière et des rencontres…
 Apprends-nous à nous laisser renouveler par toi,
 à ne pas te « coudre » comme un ajout, un patch, une rustine, sur nos vêtements usés.

Nous voulons t’accueillir
 comme une vie nouvelle,
 comme le vent frais de ton Esprit, 
comme le vin nouveau,
 qui déborde et fait éclater nos limites,
pour nous permettre de les dépasser, 
pour élargir nos consciences et notre capacité à aimer. 

Délie nos cœurs de la peur,
 de la tristesse, de la force des habitudes.
 Fais tomber nos rigidités ecclésiales,
 nos certitudes trop étroites,
 et rends-nous souples, disponibles,
 ouverts à ta nouveauté et à l’altérité. 

Seigneur, remplis-nous de ton vin nouveau : 
le vin de la grâce,
 le vin de la liberté, 
le vin de la joie.

Fais de ton Église une outre neuve,
 capable d’accueillir ton Royaume 
et de partager ton amour autour d’elle.

Seigneur,
 que nos vies soient assoiffées de relations…
du désir de t’accueillir, de te rencontrer… et de te faire connaître aux autres…


Merci d’être… l’Époux qui nous aime,
 le Dieu qui fait toutes choses nouvelles.  Amen.

dimanche 2 novembre 2025

Mt 21, 28-32

 Lectures bibliques : Mt 5, 33-37 ; Mt 21, 23-27 ; Mt 21, 28-32 (= voir textes en bas de cette page)

Thématique : La conversion, un chemin vers l’unité intérieure

Prédication de Pascal LEFEBVRE - 02/11/25 - Temple du Hâ, à Bordeaux 



Il nous arrive parfois dans la vie de dire « oui », par gentillesse, pour faire plaisir, ou par complaisance, par facilité… et ensuite de le regretter. 

Car il nous aurait fallu davantage de temps, pour approfondir nos choix, pour discerner quelle est vraiment la volonté profonde de notre coeur. 


A l’inverse, il nous arrive parfois de dire « non », parce que nous voyons les choses sous l’angle de l’obligation ou de la contrainte… ou alors par manque de confiance, parce que nous avons peur … 


Ici, nous ne savons pas pourquoi le premier élan du fils (de la parabole) est le refus… mais il s’agit d’aller « travailler à la vigne »… alors, bien sûr, « travailler », ça ne fait pas forcément envie… ça demande un effort !

Quoi qu’il en soit, il est possible de changer d’avis avec le temps… après une période de maturation… parce que nous avons évolué… gagné en lucidité et en conscience.


Ce matin, l’évangile raconte ces 2 mouvements de conversion, à travers une petite parabole… où nous pouvons discerner 2 dynamiques de changement…


Dans le premier cas, le premier fils dit « non », puis se ravise…  il évolue et agit finalement, en répondant à la volonté de son père. 


Dans le second cas, l’autre fils dit « oui »… mais, finalement, n’agit pas en cohérence avec cette décision… Son « oui » n’est que de façade… La réalité de son engagement correspond, en fait, à un « non ». 


A travers cette petite parabole, Jésus s’adresse aux chefs religieux, aux prêtres et aux anciens du peuple, qui remettent en question son autorité, refusent de lui faire confiance… ou de voir en lui un porte-parole de Dieu. 


Deux attitudes spirituelles 


Les deux fils représentent deux attitudes spirituelles :


- Le premier fils… qui dit « non » à son père, mais ensuite change d’avis et obéit… représente celles et ceux qui ont d’abord vécu dans l’éloignement de Dieu, loin de la foi… mais qui finissent par se convertir… à l’image des collecteurs d’impôts et des prostituées.


- Le second fils… qui dit « oui », mais ne fait rien… symbolise ceux qui professent la foi ou la fidélité à Dieu en paroles, mais dont les actes ne suivent pas. Cette comparaison - qui traduit une certaine duplicité - sert évidemment à dénoncer l’orgueil et l’hypocrisie des responsables religieux qui prétendent connaitre la volonté de Dieu et se pensent « justes »… tout en croyant n’avoir rien à changer. 


De la morale à l’existence


Toutefois, il semble qu’à travers cette petite parabole, Jésus ne parle pas de morale… Il révèle davantage notre condition humaine : 


- Bien souvent, nous sommes divisés en nous-mêmes : entre le dire et le faire, le vouloir et le pouvoir, le « oui » de la foi et le « non » de la peur. Soit nous manquons de cohérence, de confiance… soit nous ne prenons pas le temps d’interroger les désirs de notre âme. 


- Nous avons donc besoin de conversion…. Ce terme « religieux » qui traduit un changement de direction, un retournement… ou tout simplement un cheminement : un chemin vers l’unification du cœur… où la liberté devient écoute et engagement, et la vérité devient amour et don de soi.


En ce sens, le premier fils symbolise le croyant en chemin, celui qui élargit son niveau de conscience… pour trouver ce qui fait « vérité » pour lui… pour trouver son unité intérieure… et agir en conséquence. 

Dans la bouche de Jésus, il est comparable aux publicains et aux prostituées, qui précèdent les autres sur le chemin du Royaume… parce que leur repentir - leur évolution - les rend lucides et unifiés.

Deux fils, deux manières d’exister


En surface, on peut avoir l’impression que cette petite histoire - cette comparaison - parle d’obéissance.

Mais en profondeur, c’est une parabole de l’unité intérieure.

Jésus nous parle de deux manières d’exister…

Ce qui distingue les deux attitudes, c’est le cheminement vers la cohérence et l’unification : 


Si, le chemin du premier fils passe du refus à l’accord, de la division à la cohérence… celui du second fils, en revanche, ne lui permet pas d’évoluer. Il reste figé dans un décalage : son « oui » ne débouche pas sur un engagement vécu. Il parle de foi ou d’amour, mais sans vraiment se les approprier… sans les laisser agir en lui.


Ce que Jésus veut nous montrer - à travers cette petite histoire - c’est que le problème fondamental de l’être humain, n’est pas d’abord de dire « non » à l’appel divin, car nous avons reçu la liberté… et nous avons la possibilité d’expérimenter différents chemins… Mais le problème, c’est de rester figé dans une existence divisée, où la parole et le cœur ne s’accordent pas.

L’exemple du premier fils montre la possibilité - pour chacun - de « grandir », de trouver un chemin d’unité intérieure.

L’évolution spirituelle se joue dans le cœur humain, là où se rencontrent le vouloir et le faire, le dire et l’agir

Seules la lucidité et la confiance nous permettent de surmonter nos divisions. 

Ce que ça peut nous dire aujourd’hui


Il me semble que cette parabole a une portée toujours actuelle… et peut encore résonner dans notre monde… 


Notre époque - aujourd’hui encore - est saturée de contradictions : entre ce qu’on affiche et ce qu’on vit… entre ce qu’on montre de soi sur les réseaux sociaux ou devant les autres, et ce qui se joue vraiment dans notre coeur, au plus intime de nous-mêmes… entre les images et la vérité. 


A travers cette parabole, le Christ nous appelle à trouver - ou retrouver - une unité intérieure :

Que ton « oui » soit un vrai « oui », dit Jésus ailleurs, dans l’évangile (Mt 5,37).

Le Christ lui-même nous donne l’exemple de ce qu’est un être vraiment unifié, par la cohérence de sa vie… entre ses paroles et ses actes.

Il appelle chacun à vivre en cohérence avec l’image de Dieu, qui est en chacun de nous… avec notre vrai Soi…  notre coeur… et à devenir ainsi un être unifié à Dieu, et donc pacifié.

Le second fils symbolise le drame de la division intérieure


Le second fils… que Jésus compare aux chefs religieux de son temps… est un personnage intéressant…

Car il pourrait être « chacun d’entre nous ».


En théorie, tout le monde veut le bien… Nous disons oui à la vie, à la justice, à l’amour, à la paix, à l’Evangile… Mais est-ce que nous engageons vraiment ? 


Nos gestes ou notre faible implication, ne trahissent-ils pas parfois la vanité de nos mots et la fragilité de nos intentions ?

Nous portons parfois des visages de foi - nous adhérons au message du Christ - mais nos cœurs restent distraits, dispersés, partagés et mêmes divisés.

Notre époque est révélatrice de cette fracture intérieure… qui peut tous nous toucher :

- On parle d’authenticité, mais on vit dans la peur de l’avenir ou la peur du regard de l’autre ;

- On voit tout ce qui dysfonctionne autour de nous (dans notre société, notre église ou ailleurs), mais on se positionne « en consommateur » ;
- On cherche la vérité, mais - en réalité - on vit dans l’agitation… on fuit le calme et le silence d’où cette vérité pourrait se révéler.


Dans cette parabole, Jésus met le doigt sur cette fracture existentielle :

Quand l’être humain se divise… quand il se sépare d’une partie de lui-même… il devient incapable d’entrer pleinement dans la confiance en la Vie et en Dieu… incapable de recevoir la Lumière.

L’honnêteté et la lucidité du premier fils 


Mais… il y a une Bonne Nouvelle dans ce message ! c’est la possibilité d’évoluer ! Dieu peut rendre notre cœur entier ! 


C’est cela, la foi : non pas la certitude d’être juste… mais la confiance que Dieu peut nous accompagner et nous inspirer… afin de rendre notre cœur unifié.

Ce que nous montre la parabole… c’est que pour changer… il faut être capable « d’humilité » et de « lucidité ». 

Il faut être capable de lâcher son ego et son orgueil… pour observer la situation telle qu’elle est… reconnaitre nos failles… et examiner les véritables désirs de notre âme. 


C’est ce mouvement intérieur qui se produit chez le premier fils :

En apparence…il commence mal : il dit non.
Mais ce non a au moins une vertu : il est vrai.
Il exprime une résistance sincère, une lutte intérieure.

C’est souvent à partir de notre honnêteté que Dieu peut travailler notre cœur : que ton « non » soit « non » / que ton « oui » soit « oui » (cf. Mt 5,37).


C’est alors que vient la lucidité : il prend conscience des choses / il se ravise.
Il reconnaît que son refus le sépare de la vérité de la relation… et la vérité de son être… Dans ce retournement, sa volonté s’aligne sur celle du Père :

Il devient alors un être unifié.
Ce qu’il pense, ce qu’il dit, ce qu’il fait, s’accordent enfin.

Le mouvement de la vie spirituelle 

A travers ce premier personnage de la parabole, Jésus décrit le mouvement de toute vie spirituelle : 

- passer du refus instinctif à une obéissance libre ;
- passer de l’illusion de l’autonomie à une vérité accueillie et habitée ;
- passer du « je veux faire ma vie, en toute indépendance » au « je veux vivre en Dieu… connecté à l’Esprit saint… dont je reçois la Vie et l’Amour ».


C’est la lucidité et la foi qui permettent ce cheminement intérieur : 


Pour surmonter la division ou la dispersion, il faut donc être capable de s’examiner humblement, de voir qui nous sommes vraiment… quels sont les désirs de notre âme… et ensuite de croire que Dieu peut nous réconcilier avec nous-mêmes.


La lucidité et la foi, sont les deux forces qui nous permettent de trouver un chemin d’unification, de pacification. 


Le Royaume comme unité retrouvée

Avec cette parabole, il y a 2000 ans, Jésus a certainement choqué ses auditeurs :

« les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu » a-t-il osé dire aux Religieux !

Bien sûr, il ne voulait pas dire que ces hommes et ces femmes étaient « parfaits », mais que leur conversion sincère les ouvrait à la Grâce divine — alors que l’orgueil ou l’indifférence des autres risquaient de les enfermer dans une fausse religiosité. 

Les publicains et les prostituées ont été capable d’évolutionparce que leurs cœurs blessés sont devenus réceptifs : 

Marqués par les difficultés et les épreuves de la vie… ils ont connu des ruptures intérieures, et ont expérimentés en eux-mêmes la division. 

Ils ont alors pu accueillir le pardon, que Jean Baptiste et Jésus ont manifesté, comme un baume capable de les guérir… comme une Grâce capable de leur rendre leur dignité, de les recomposer intérieurement.


En d’autres termes… c’est parce qu’ils ont perçu l’Amour divin… même au creux de leurs choix « contestables » ou de leur « égarement »… cet Amour révélé par des témoins, comme Jean le Baptiste… c’est parce qu’ils ont reconnu en Jésus quelque chose de la Présence Eternelle, de l’Amour de Dieu en acte… c’est parce qu’ils ont vécu, dans leur chair, la Vie divine à l’œuvre… que le Christ affirme qu’ils devancent les autres dans le Royaume…


Jésus affirme ainsi que le Royaume n’est pas une récompense pour les « parfaits », mais une Réalité qui témoigne d’un présent transformé… 

C’est l’espace intérieur où le cœur devient « Un »… où le « oui » de l’homme et le « Oui » de Dieu se rejoignent.


Croire à l’Evangile, c’est croire en cette Grâce divine et c’est croire aussi à notre propre évolution… à la possibilité de grandir et de croître… dans une chemin d’unité avec le Divin… dont Jésus est, pour nous, un modèle. 

L’Evangile nous rappelle qu’il n’y a pas de fatalité… Chacun peut, à tout moment, se laisser toucher par la Grâce, décider de se relever, d’avancer, de se laisser transfigurer par Dieu, pour oeuvrer « à la vigne ».

Quel que soit notre passé…  nos décisions… notre éloignement… nos refus d’hier… il est toujours possible de changer. 

Ce qui compte, c’est le chemin… le pas de lucidité et de foi que nous pouvons franchir… qui va nous rendre capable d’évoluer… 

Un appel à travailler à la vigne

Pour conclure - chers amis - je dirai que ce passage de l’évangile appelle chacun de nous à un déplacement…

Dans un monde souvent marqué par le cynisme et la méfiance à l’égard de la religion, il contient une parole libératrice : 

Dieu ne cherche pas des gens parfaits, mais des gens vrais, sincères, capables de se remettre en question et de s’engager. 

Le Christ nous appelle à un travail d’unification intérieure… que l’Esprit saint - le Souffle divin - peut réaliser en nous… pour autant que nous lui laissions la place de le faire. 

Mettre sa foi en actes… nécessite d’abord de se laisser transformer par Dieu… d’entrer dans un chemin de reconnaissance, de conversion, de lucidité et de foi… pour ensuite aller « travailler à la vigne »… c’est-à-dire, servir, entrer dans le don de soi, aimer, pardonner, regarder les autres avec espérance, donner le meilleur de soi. 

Avoir un cœur unifié : c’est accorder ensemble sa conscience, sa volonté et son action… et les mettre en résonance… au diapason de la volonté divine. 

C’est à cela que nous sommes appelés dans notre vie personnelle… professionnelle… relationnelle et spirituelle… dans notre vie d’église… en examinant  - avec lucidité - la vérité de notre cœur… et en faisant confiance à la bonté du Père céleste. 

Le Père, dans la parabole, représente la Source, la Vérité, l’Esprit divin :  s’aligner sur Lui, c’est retrouver son unité profonde.

Qu’il nous soit donné - chers amis - d’avancer dans ce chemin d’unification intérieure…  qui nous ouvre les portes du Royaume…  

Puissions-nous répondre pleinement au Souffle qui vient ainsi renouveler et restaurer notre existence.  

Amen.

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Lectures bibliques

Mt 5, 33-37

33Vous avez aussi entendu qu'il a été dit à nos ancêtres : “Ne fais pas de faux serments, mais accomplis ce que tu as promis par serment devant le Seigneur.” 34Eh bien, moi je vous dis de ne pas jurer du tout : ne jurez ni sur le ciel, car c'est le trône de Dieu ; 35ni sur la terre, car elle est un escabeau sous ses pieds ; ni par Jérusalem, car elle est la ville du grand roi. 36Ne jure pas non plus sur ta tête, car tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. 37Si c'est oui, dites “oui”, si c'est non, dites “non”, tout simplement ; ce que l'on dit en plus vient du Malin (du Mauvais).

Mt 21, 23-27

23Quand il fut entré dans le temple, les grands prêtres et les anciens du peuple s'avancèrent vers lui pendant qu'il enseignait, et ils lui dirent : « En vertu de quelle autorité fais-tu cela ? Et qui t'a donné cette autorité ? » 24Jésus leur répondit : « Moi aussi, je vais vous poser une question, une seule ; si vous me répondez, je vous dirai à mon tour en vertu de quelle autorité je fais cela. 25Le baptême de Jean, d'où venait-il ? Du ciel ou des hommes ? » Ils raisonnèrent en eux-mêmes : « Si nous disons : “Du ciel”, il nous dira : “Pourquoi donc n'avez-vous pas cru en lui ?” 26Et si nous disons : “Des hommes”, nous devons redouter la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète. » 27Alors ils répondirent à Jésus : « Nous ne savons pas. » Et lui aussi leur dit : « Moi non plus, je ne vous dis pas en vertu de quelle autorité je fais cela. »

Mt 21, 28-32

28« Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. S'avançant vers le premier, il lui dit : “Mon enfant, va donc aujourd'hui travailler à la vigne.” 29Celui-ci lui répondit : “Je ne veux pas” ; un peu plus tard, pris de remords, il y alla. 30S'avançant vers le second, il lui dit la même chose. Celui-ci lui répondit : “J'y vais, Seigneur” ; mais il n'y alla pas. 31Lequel des deux a fait la volonté de son père ? » – « Le premier », répondent-ils. Jésus leur dit : « En vérité, je vous le déclare, collecteurs d'impôts et prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu. 32En effet, Jean est venu à vous dans le chemin de la justice, et vous ne l'avez pas cru ; collecteurs d'impôts et prostituées, au contraire, l'ont cru. Et vous, voyant cela, vous ne vous êtes pas dans la suite davantage repentis pour le croire. »