dimanche 4 octobre 2026

Mt 21, 23-32

Lectures bibliques : Esaïe 1, 16-17 ; Michée 6, 8 ; Mt 7,21 ; Mt 21, 23-32 = voir lectures en bas de cette page
Thématique : Une foi qui se laisse déplacer… Sommes-nous encore capables de changer ?
Prédication de Pascal LEFEBVRE - Temple du Hâ - 04/10/2026

Il nous arrive parfois d’avoir des certitudes…  Sur certains sujets, nous pensons savoir ce qu’il faut penser, ce qu’il faut croire, ce qu’il faut faire… Nous avons tous des convictions, des habitudes, des repères. 
Et tout cela est évidemment important : nous avons besoin de points d’appui, pour avancer dans la vie.

Mais il arrive aussi que ces repères deviennent des certitudes tellement solides, qu’elles finissent par nous empêcher d’entendre autre chose… ou même de regarder autrement une situation ou une personne…

Nous pouvons alors être certains et convaincus de ce que nous croyons… tout en passant à côté de quelque chose de nouveau et d’essentiel. 

C’est un peu ce qui se joue dans le texte de l’Évangile que nous venons d’entendre :

Jésus se trouve à Jérusalem. Les grands prêtres et les anciens viennent lui demander au nom de quelle autorité il agit. 
Mais, au fil de la discussion, une question plus profonde apparaît : Comment reconnaître ce qui vient véritablement de Dieu ? 

Et surtout, sommes-nous prêts à nous laisser transformer par ce que nous reconnaissons ?


Car il ne suffit pas toujours de savoir ce qui est juste. Encore faut-il accepter d’en tirer les conséquences.

L'autorité : à qui / à quoi faisons-nous confiance ?

La scène commence par une question adressée à Jésus : « Par quelle autorité fais-tu cela ? Et qui t’a donné cette autorité ? »

La question n’est pas absurde… Elle semble même légitime. 
Les grands prêtres et les anciens sont responsables de la vie religieuse du peuple. Ils cherchent à comprendre au nom de quoi Jésus intervient dans le Temple et bouscule certaines habitudes.

Mais Jésus ne répond pas directement… Il leur pose, à son tour, une question à propos de Jean-Baptiste : son baptême venait-il du ciel ou des humains ?

Et c’est là que les choses deviennent étonnantes… et basculent… car les interlocuteurs de Jésus se mettent à calculer… Ils ne semblent pas chercher à savoir ce qui est vrai. Ils calculent plutôt les conséquences de leur réponse. 

S’ils disent que Jean venait de Dieu, Jésus leur demandera pourquoi ils n’ont pas cru en lui. 
Et s’ils disent qu’il venait des humains, ils craignent la réaction de la foule.
Ils refusent donc de se positionner ! 

Autrement dit… ils raisonnent moins en fonction de la vérité que de la position qu’ils risquent de perdre.
Ils sont enfermés dans une logique de « préservation » : ils veulent préserver leur autorité, leur réputation, leur place.

Il faut se demander si cette logique de « préservation » ne révèle pas, en réalité, une peur… car s’ouvrir à la nouveauté implique forcément d’accepter de remettre en question ses présupposés. 

Au-delà de cette confrontation… cette scène nous renvoie à une question qui nous concerne tous : Qu'est-ce qui fait véritablement autorité dans notre vie ?

Nous sommes traversés par différentes formes d'autorité : la loi, la raison, la science… notre éducation, notre histoire, nos traditions, les personnes auxquelles nous faisons confiance… nos convictions, notre expérience… 
Et, pour nous chrétiens - bien sûr - les Écritures et la Parole du Christ.

Toutes ces références peuvent nous aider à avancer, à discerner, à faire des choix… Mais aucune ne devrait devenir un prétexte pour cesser de réfléchir, d’écouter et de nous interroger.

Car il y a une différence entre une autorité qui nous aide à grandir… et une autorité dont nous nous servons pour nous protéger de toute remise en question.

L’autorité de l’Évangile, elle, n’est pas destinée à nous enfermer dans une soumission passive ou une obéissance aveugle. Elle nous appelle à une « suivance »… qui engage notre liberté, notre discernement et notre responsabilité

Mais encore faut-il savoir reconnaître ce que cette parole nous demande réellement… Et c’est précisément ce que la parabole va nous aider à comprendre…

Le discernement : comment reconnaître la volonté de Dieu ?

Jésus raconte l’histoire de deux fils auxquels leur père demande d’aller travailler dans la vigne : 
- Le premier refuse, puis change d’avis et y va. 
- Le second accepte, mais n’y va pas.

Et Jésus pose cette question : lequel des deux a fait la volonté du père ?

La réponse paraît assez évidente… Pourtant, elle touche à une question théologique fondamentale : Qu’est-ce que faire la volonté de Dieu ?
S’agit-il simplement d’avoir la bonne réponse ? Ou de la vivre ?


Et quelle est-elle donc cette volonté divine ? 


Nous pourrions être tentés de répondre qu’il s’agit avant tout d’obéir à ses commandements, de respecter les prescriptions religieuses, de faire ce qui est demandé… Mais les prophètes d’Israël nous ont précisément appris à nous méfier d’une religion qui se contenterait de pratiques extérieures, sans transformation de la vie.

Le prophète Michée résume ainsi ce que Dieu attend de l’être humain :
« Pratiquer la justice, aimer la fidélité et marcher humblement avec ton Dieu. »

La volonté de Dieu n’est donc pas d’abord une affaire de conformité religieuse… de règles… d’obéissance scrupuleuse… 

Elle se reconnaît dans la justice, la miséricorde, la fidélité… et même l’humilité… dans ce qui permet à la vie de grandir et aux relations humaines de devenir plus justes et plus fraternelles.

Et cela nous invite à nous poser cette question : comment discerner, concrètement, ce que Dieu attend de nous ?

Il ne suffit pas de répéter des principes, même bibliques. 
Il nous faut aussi apprendre à écouter, à regarder les situations, à considérer les conséquences de nos choix… à entendre la parole de ceux qui nous ont précédé, mais aussi la parole de ceux que nous n’écoutons pas toujours spontanément.

Le discernement suppose de ne pas confondre trop vite nos propres convictions, nos intérêts ou nos habitudes… avec la volonté de Dieu.

C’est aussi ce que rappelle Jésus, dans l’Évangile selon Matthieu, lorsqu'il dit : « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : ‘Seigneur, Seigneur’, qui entreront dans le Royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté de mon Père. » (cf. Mt 7,21)

Cela signifie que la foi ne peut pas rester une simple déclaration d’intention. Elle ne peut pas se limiter à de belles paroles… ou même à une appartenance ancestrale (parce que mes ancêtres étaient de « bons croyants »… si possible des protestants réformés ou luthériens)

Plus fondamentalement, la foi est appelée à prendre corps, à s’incarner… à devenir une manière de vivre… pour produire des fruits de justice, de paix et de fraternité.

Depuis la Réforme, les protestants ont beaucoup insisté sur la Grâce de Dieu - et c’est fondamental ! - Mais l’Évangile nous rappelle aussi que cette grâce, lorsqu’elle est reçue, ouvre notre vie à une transformation progressive…

Autrement dit… même lorsque nous avons entendu une parole juste, même lorsque nous avons entrevu ce que Dieu attend de nous… rien n’est encore joué… Il reste encore une question : celle de l’appropriation, de l’intégration et de la transformation. 

Car nous pouvons bien savoir ce qui est juste … sans parvenir à le reconnaître dans notre propre situation… ou sans parvenir à le vivre…

Nous pouvons aussi reconnaître que nous nous sommes trompés… sans parvenir à remettre en question nos certitudes… sans rien vraiment changer en profondeur…

En d’autres termes, le discernement est nécessaire… mais il ne peut se réaliser sans humilité, sans remise en question… et il appelle encore une étape suivante : celle de la transformation…

C’est précisément ce qui va apparaître dans la dernière partie de cette parabole.

La conversion : accepter d'être déplacé

A nouveau… regardons bien les deux fils de la parabole :
- Le premier dit « non » à son père. Puis il change d’avis et va travailler dans la vigne.
- Le second dit « oui », mais finalement n’y va pas.

À première vue, nous pourrions simplement en tirer une leçon sur la nécessité de tenir ses engagements : mieux vaut faire ce que l’on dit, que se contenter de belles paroles.

Mais Jésus va plus loin… Car ce qui distingue les deux fils, ce n’est pas seulement leur choix initial et leur comportement. C’est aussi leur capacité - ou leur incapacité - à évoluer.

Le premier avait commencé par refuser. Il n’était pas à l’écoute, pas disponible. Il ne voulait pas répondre à la demande de son père. Et pourtant, quelque chose a changé en lui. Il est revenu sur sa décision.

Le second, lui, avait donné la « bonne réponse » du premier coup. Il avait dit ce qu’il fallait dire. Mais son « oui » n’a pas été suivi d’un déplacement réel.

Et c’est ici que cette parabole nous parle véritablement… 

Car nous avons tous nos propres refus, nos résistances, nos hésitations. 
Nous avons tous des moments où nous ne sommes pas prêts, pas disponibles… des moments où nous ne mesurons pas les enjeux, où nous ne voulons pas entendre ce qui nous est proposé. 

Mais un refus n’est pas nécessairement définitif. 
Une erreur… un mauvais choix… ne condamne pas toute une existence. 
Nous pouvons revenir sur une décision, reconnaître que nous nous sommes trompés, changer de direction.

Le premier fils nous rappelle ainsi que nos premiers mots - nos premiers choix - ne peuvent pas résumer toute notre histoire.

Le verbe grec utilisé par Matthieu pour parler de ce changement d'attitude est « metamelomai ». Il évoque le fait de revenir sur une décision, de regretter, de changer d’avis. 

C’est une dimension essentielle de la conversion : 

« Se convertir » : ce n’est pas seulement corriger un comportement. C’est aussi accepter de reconnaître que notre manière de voir, de comprendre ou de juger était peut-être insuffisante… et laisser cette prise de conscience transformer notre manière d
’agir.

Cela implique d’accepter de ne pas avoir toujours raison… 
Ce qui demande une certaine humilité… et une prise de risque : la capacité de mettre régulièrement en jeu certaines de nos croyances…

La réalité… c’est que nous aimons bien nos convictions. Elles nous rassurent ! … Elles donnent de la cohérence à notre existence… Et nous avons besoin de repères !… Mais il arrive aussi qu’elles deviennent des certitudes tellement figées, qu’elles ne nous permettent plus d’entendre une parole nouvelle, susceptible de les interroger.

Nous pouvons être tellement attachés à ce que nous croyons savoir de Dieu que nous ne reconnaissons plus ce qu’il est en train de nous révéler… d’une autre façon…

C’est précisément ce qui arrive aux grands prêtres et aux anciens… 

Au verset 32, Jésus leur reproche de ne pas avoir changé d’attitude, même après avoir vu ce qui s’était passé : 

Ils ont vu des publicains et des prostituées accueillir la prédication de Jean-Baptiste. Ils ont vu des personnes considérées comme éloignées de Dieu, reconnaître un appel et prendre un autre chemin… C’était pourtant des signes !… Mais cela ne les a pas conduits à revoir leur jugement.

Le même changement que le premier fils a été capable d’opérer, les interlocuteurs de Jésus n’ont pas été capables de l’accomplir.

Et c’est sans doute là que se trouve le véritable problème : 
- Non pas de s’être trompé… mais de ne plus être capable de se remettre en question.
- Non pas d’avoir des convictions… mais de ne plus accepter qu’elles soient interrogées.
- Non pas d’avoir dit « oui » ou « non »… mais de ne plus pouvoir changer de réponse.

Ce passage de l’évangile nous rappelle qu’une forme de « fermeture spirituelle » peut parfois se cacher derrière une grande assurance religieuse.

On peut connaître les Écritures, parler de Dieu, défendre des convictions justes, et pourtant ne plus se laisser transformer par l’Évangile.

La foi devient alors une sorte de territoire familier… dans lequel nous nous installons… plutôt qu’un chemin sur lequel nous avançons.

Le paradoxe mis en-avant par Jésus dans cette parabole, c’est que ceux que l’on croit éloignés de Dieu, peuvent parfois nous précéder dans la dynamique du Royaume.

Des situations et des personnes peuvent nous rappeler que Dieu peut nous surprendre… que sa Grâce peut se manifester là où nous ne l’attendions pas… et que nous avons toujours quelque chose à apprendre des autres, de ceux que nous avions peut-être trop vite jugés.

« Se convertir » : C’est donc aussi accepter d’être déplacé dans nos regards et nos représentations sur les autres.
C’est renoncer à croire que nous détenons définitivement la bonne manière de comprendre Dieu, les autres et le monde.
C’est demeurer disponible à une parole qui peut nous questionner, nous déranger, et nous conduire ailleurs.

Cela ne veut pas dire - bien évidemment - que tout se vaut… que toutes les convictions seraient équivalentes ou qu’il faudrait renoncer à discerner le vrai et le juste… 
Cela signifie plutôt que notre discernement lui-même a besoin d’être continuellement nourri, éprouvé, approfondi… C’est ce qui fait de la foi : une foi véritablement vivante ! 

Une foi vivante n’est pas une foi qui n’a plus besoin de se convertir. 
C’est - au contraire - une foi qui demeure capable de l’être.

Conclusion - Une foi qui se remet en chemin

Pour conclure… cette parabole vient donc nous interpeller : sommes-nous encore capables de nous laisser déplacer ?… déplacer dans nos certitudes, nos habitudes, dans notre façon de comprendre ce que Dieu attend de nous.

Car le véritable danger : ce n’est pas seulement de dire « non » à Dieu…. c’est aussi de lui avoir dit « oui » un jour, et de ne plus jamais nous demander ce que ce « oui » implique vraiment dans notre vie.

La bonne nouvelle, c’est que Dieu ne nous enferme pas dans nos réponses d’hier. Il ne nous réduit, ni à nos refus, ni à nos incohérences, ni à nos erreurs… Il nous appelle encore et toujours. Il ouvre encore un chemin pour chacun de nous…

Mais Jésus nous rappelle aussi qu’une foi vivante n’est pas seulement celle qui a toujours les bonnes réponses… C’est celle qui demeure capable d’écouter une parole nouvelle, de discerner, de changer de regard et de se remettre en chemin.

Qu’est-ce que l'Évangile est encore en train de transformer en moi ?

Quelle nouveauté peut-il faire advenir dans ma vie ?… et dans ma relation aux autres ? 


La volonté de Dieu n’est pas simplement que nous parlions de justice, de paix, de fraternité ou de Grâce…. C’est que ces paroles puissent devenir un témoignage concret… quelque chose de vivant dans notre manière d’être… de vivre ensemble… à la fois, dans nos relations, dans nos engagements, et dans notre Église. 

Une communauté chrétienne n’est pas appelée à être celle qui aurait définitivement tout compris, qui détiendrait toutes les réponses ou qui serait arrivée au terme de son chemin.

Dans l’évangile, le Christ est toujours celui qui appelle, qui interpelle, qui met en route, qui envoie, qui ressuscite… Il est « chemin, vérité et vie »… Nous ne pouvons pas le réduire à une vérité que nous posséderions une fois pour toutes : il demeure celui qui nous conduit vers une vie nouvelle.

Une communauté chrétienne est ainsi appelée : à demeurer à l’écoute, à se laisser interroger et transformer… pour que d’autres puissent découvrir, à leur tour, à travers elle, quelque chose de cette Grâce active et de cette Parole nouvelle qui ouvrent un avenir.

L’Évangile ne nous demande pas seulement de dire « oui » ou « amen » à Dieu… Il ouvre, aujourd'hui encore, un chemin de transformation… pour que ce « oui » devienne une manière de vivre… et qu’il puisse, à travers nous, ouvrir un avenir pour d’autres.

Ainsi soit-il !


Lectures bibliques

Esaïe 1, 16-17


« 16Lavez-vous, purifiez-vous. Otez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal.
17Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, tirez d'affaire l'opprimé, rendez justice à l'orphelin, défendez la cause de la veuve. »

Michée 6, 8

« On t'a fait connaître, ô humain, ce qui est bon ; et ce que le Seigneur réclame de toi : rien d'autre que de pratiquer la justice, d'aimer la fidélité et de marcher humblement avec ton Dieu. »

Matthieu 7,21

21« Il ne suffit pas de me dire : “Seigneur, Seigneur !” pour entrer dans le Royaume des cieux ; il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. »

Matthieu 21, 23-32

23Quand il fut entré dans le temple, les grands prêtres et les anciens du peuple s'avancèrent vers lui pendant qu'il enseignait, et ils lui dirent : « En vertu de quelle autorité fais-tu cela ? Et qui t'a donné cette autorité ? » 24Jésus leur répondit : « Moi aussi, je vais vous poser une question, une seule ; si vous me répondez, je vous dirai à mon tour en vertu de quelle autorité je fais cela. 25Le baptême de Jean, d'où venait-il ? Du ciel ou des hommes ? » Ils raisonnèrent en eux-mêmes : « Si nous disons : “Du ciel”, il nous dira : “Pourquoi donc n'avez-vous pas cru en lui ?” 26Et si nous disons : “Des hommes”, nous devons redouter la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète. » 27Alors ils répondirent à Jésus : « Nous ne savons pas. » Et lui aussi leur dit : « Moi non plus, je ne vous dis pas en vertu de quelle autorité je fais cela. »

28« Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. S'avançant vers le premier, il lui dit : “Mon enfant, va donc aujourd'hui travailler à la vigne.” 29Celui-ci lui répondit : “Je ne veux pas” ; un peu plus tard, pris de remords, il y alla. 30S'avançant vers le second, il lui dit la même chose. Celui-ci lui répondit : “J'y vais, Seigneur” ; mais il n'y alla pas. 31Lequel des deux a fait la volonté de son père ? » – « Le premier », répondent-ils. Jésus leur dit : « En vérité, je vous le déclare, collecteurs d'impôts et prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu. 32En effet, Jean est venu à vous dans le chemin de la justice, et vous ne l'avez pas cru ; collecteurs d'impôts et prostituées, au contraire, l'ont cru. Et vous, voyant cela, vous ne vous êtes pas dans la suite davantage repentis pour le croire. »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire