dimanche 2 février 2014

Lc 2, 22-39 - La Chandeleur - Présentation de Jésus au temple

Fête de la chandeleur / Présentation de Jésus au temple

Lectures bibliques : Lc 2, 22-39 ; Lc 5, 27-32 ; Lc 6,31.36
Thématique : prendre part au salut / à la délivrance offerte par Jésus… et le/la transmettre
Prédication de Pascal LEFEBVRE / Fête de paroisse avec repas au temple de Marmande, le 02/02/14

Prédication = voir plus bas

Introduction au début culte

La Chandeleur – Fête des chandelles – est une fête populaire d’origine païenne liée à la lumière. Elle correspond également à une fête religieuse chrétienne, appelée « la présentation de Jésus au temple ».[1]
Les grecs appelèrent cette fête « Hypapante », c’est-à-dire « Rencontre », parce que Syméon et Anne se trouvèrent au temple au moment où Jésus et ses parents y vinrent. (Le mot grec signifie « aller au-devant », « rencontrer »).
Lors de cette rencontre, Syméon s’écrie en voyant l’enfant : « Mes yeux ont vu ton salut » et chante Jésus « lumière des nations » (cf. Lc 2, 22-39).
Par la suite, l’Eglise se souviendra de cet événement et le fêtera en portant des lumières en procession à l’occasion de cette fête… qui mêlera finalement la « chandeleur » (fête des chandelles) avec la proclamation de Jésus comme « lumière » qui vient nous éclairer… qui vient illuminer notre route.

Aujourd’hui, on connaît surtout la Chandeleur à travers son aspect traditionnel et festif : ses fameuses crêpes. On dit que les crêpes, par leur forme ronde et dorée, rappellent le disque solaire, évoquant le retour du printemps après l’hiver sombre et froid.
Finalement, cela rejoint – d’une certaine manière – la signification de la galette des rois à l’Epiphanie, le 6 janvier. C’est à ce moment là que les jours commencent à s’allonger de façon sensible. On célèbre alors l’Épiphanie, comme la manifestation de la Lumière. Par sa forme ronde et sa couleur dorée, la galette symbolise ici encore le soleil.

Quoi qu’il en soit de ces différents aspects… disons-le clairement : L’être humain trouve toujours une bonne excuse pour faire la fête !… Et il a raison !
Pour autant, d’un point de vue « chrétien » (ce qui nous intéresse !), tout cela a quand même un sens :
A travers cette fête des chandelles, qui suit de 40 jours la fête de Noël, l’Evangile vient nous redire que la lumière du Seigneur … qui vient briller comme une étoile dans la nuit… doit maintenant gagner notre cœur et tout notre être… pour illuminer notre vie et celle des autres, dans le concret et le quotidien de l’existence.

Comme Jésus a été présenté au temple par ses parents, pour rappeler que sa vie appartient à Dieu, qu’elle lui est, et lui sera, consacrée… nous sommes, nous aussi, appelés à nous placer devant Dieu, pour lui dire notre confiance, pour le laisser agir en nous, pour nous laisser inspirer et transformer par son Esprit saint… par sa lumière.
Alors, ce matin, prions ensemble…

[Prière – Proclamation de la grâce – suite du culte]

Prédication

* Ce récit de l’évangile est très simple en apparence : Il nous raconte l’arrivée de Jésus avec ses parents au temple de Jérusalem, à l’occasion de la purification de Marie (qui a accouchée 40 jours plus tôt) et de la présentation de Jésus (consacré au Seigneur, comme tous les premiers-nés des fils d’Israël (cf. Ex 13, 2.12-15)).
Ce déplacement au temple va être l’occasion d’une rencontre avec Syméon, au cours de laquelle le vieillard va accueillir et recevoir l’enfant comme le Sauveur, tout en faisant ses adieux et en prophétisant à son sujet.

Je vous propose, ce matin, de nous arrêter sur trois aspects :
La joie, la délivrance (que Jésus va apporter), et la propagation de la lumière de l’Evangile (qui incombe désormais aux disciples, c’est-à-dire à nous-mêmes).

* La 1ère chose que nous laisse entendre ce passage, c’est la joie de Syméon, lorsqu’il rencontre l’enfant Jésus. Cette joie est, bien sûr, liée à une attente, une espérance.
Cet homme (dont Luc nous précise qu’il était un homme pieux et juste) a attendu toute sa vie « la consolation » pour Israël… et voilà que l’Esprit saint (dont Luc nous dit qu’il était sur lui)[2], lui permet de reconnaître en Jésus le Messie (l’Oint du Seigneur), celui qui apportera le salut, non seulement pour Israël, mais pour tous les peuples (v.31-32).

Dès lors, cette découverte, cette rencontre avec celui qui sera le Sauveur du monde, pousse Syméon à la reconnaissance (il rend grâce à Dieu) et à une parole ou un geste de bénédiction pour Jésus et ses parents.[3]

Bien entendu… à  travers cette histoire, Luc en profite pour donner quelques indices à ses lecteurs concernant l’identité de Jésus : il révèle « qui » est cet enfant – le Messie – et le salut (la libération et la guérison) que Jésus va apporter autour de lui, dans notre monde. 

Mais, en même temps, tout n’est pas joyeux dans cette rencontre, surtout si on s’arrête quelques instants sur la prophétie de Syméon :
Le vieux sage annonce déjà que Jésus et son message ne vont pas faire l’unanimité… que cette histoire de salut va mal finir pour lui, pour ses proches et pour beaucoup :
« Il est placé là – dit-il de Jésus – pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël et pour être un signe de contradiction. Quant à toi-même – dit-il à Marie – un glaive te transpercera l’âme. Ainsi seront dévoilés les débats de bien des cœurs. » (cf. Lc 2, 34-35).

Cette prophétie n’est pas forcément très réjouissante pour Jésus ni pour Marie… et même plutôt déstabilisante. Dès le début de son évangile, Luc annonce que Jésus – tout en apportant la lumière et le salut – va aussi apporter des questions, des interrogations fondamentales, qu’il va venir nous bousculer… nous déranger… nous secouer… renverser nos schémas de penser, nos mentalités et nos comportements… et que cela ne va pas plaire à tout le monde… et même susciter le refus de certains, en même temps que le « relèvement » de beaucoup.

Bref… l’évangéliste nous dit que, tout en apportant le salut (la guérison, la délivrance, la paix), Jésus va aussi diviser (cf. Lc 12,51ss), être un signe, un révélateur de nos contradictions… qu’il va susciter le débat… et donc qu’il va nous conduire à nos positionner.

C’est d’ailleurs ce que Jésus dira lui-même plus tard : « qui n’est pas avec moi est contre moi et qui ne rassemble pas avec moi disperse » (cf. Lc 11,23). A bon entendeur, salut ! Si vous voulez prendre part au salut, venez avec moi, suivez-moi, soyez mes disciples !

Sur un autre plan – et comme il est question aujourd’hui de fête et de chandelles – il est intéressant de noter que Syméon utilise le terme « lumière » pour parler du salut, comme si le premier geste de salut posé par Jésus, consistait justement à venir nous éclairer… pour nous permettre d’y voir plus clair dans notre vie et notre monde… pour faire toute la lumière sur notre situation présente… afin que nous puissions prendre conscience et discerner toutes potentialités qui s’offrent à l’humanité, les dons reçus… mais également les difficultés et les résistances qui demeurent.
La lumière, c’est bien sûr un élément indispensable, pour pouvoir nous guider, pour nous permettre d’évoluer, de changer… pour prendre la bonne direction.

La prophétie de Syméon nous laisse donc entendre que Jésus sera, à la fois, un messie lumineux et un messie contesté… un messie souffrant.  
Mais cela ne doit pas occulter l’aspect positif de cette révélation et la joie de Syméon et d’Anne… la joie d’avoir trouvé l’accomplissement d’une espérance : la consolation d’Israël (selon Syméon) et la libération de Jérusalem, c’est-à-dire de « tout le peuple » (pour la prophétesse Anne). Tel est le salut qui va se réaliser en Jésus Christ.[4]

* Alors… ce matin… on peut légitimement se demander si ce passage de l’évangile (qui nous parle du salut apporté par Jésus) a encore une actualité pour nous, vingt siècles plus tard : Attendons-nous encore la délivrance dans/pour notre monde ?
Je crois que cette joie que procure la rencontre de Jésus, peut nous interroger, encore aujourd’hui : En quoi Jésus est-il, pour nous, une Bonne Nouvelle ?... une nouvelle réjouissante… synonyme de salut ?

Nous avons la chance d’être dans une communauté, dans une Eglise qui n’offre pas un « prêt à croire » à avaler tout rond… mais qui appelle chacun de ses membres au discernement, à la liberté de conscience et la responsabilité.
Du coup, je crois que c’est à chacun de trouver ses propres réponses, en fonction de son histoire personnelle : En quoi Jésus est-il, pour moi, synonyme de salut, de délivrance, de liberté ?
Tout dépend, en réalité, de quoi nous souffrons… tout dépend de ce qui nous retient captifs… de ce dont nous sommes encore prisonniers ou dépendants dans notre vie. C’est là une 1ère question à nous poser.

En effet, nombre de récits dans les évangiles nous montrent la délivrance reçue… pour un homme aveugle, un paralytique, une femme hémorroïsse, une enfant, un collecteur d’impôts, une prostituée, etc., etc. Mais, nous voyons bien que ceux qui prétendent être auto-suffisants – comme les Pharisiens, par exemple, qui s’offusquent de ce que Jésus fréquente des gens jugés infréquentables (cf. Lc 5,30ss) – que ceux qui pensent ne souffrir d’aucun mal, n’avoir pas besoin de Jésus… ne sont finalement sauvés de rien… puisqu’il n’y a aucune place en eux, aucune ouverture, aucun espace, pour quelque chose d’Autre, quelque chose de nouveau.  

Ainsi, pour recevoir le salut… je crois qu’il faut commencer par nous poser une question individuelle (au niveau personnel) et collective (au niveau de notre société) : qu’est-ce qui empêche notre monde / mon être, ma personne, mon esprit d’évoluer… de progresser… de s’épanouir ?... ou, pour le formuler autrement… de quoi suis-je malade ? de quoi ai-je besoin d’être sauvé ?

Evidement se poser ce genre de question, implique une certaine humilité (reconnaître avoir besoin d’un Autre), une certaine confiance (l’assurance que Jésus peut m’apporter le salut) et un minimum de réflexion (de quoi ai-je besoin d’être sauvé ?... qu’est-ce qui va… et ne va pas, dans ma vie, dans le monde ? Pourquoi ?).

C’est exactement la même question que nous pose un médecin quand nous le consultons, pour établir un diagnostic : « de quoi souffrez-vous ? Qu’est-ce qui vous arrive ? Quel est votre problème ? »
Si vous lui répondez, « je n’ai aucun problème »… il vous dira simplement « je ne peux rien faire pour vous ! » ou alors « on va quand même vérifier : faites une analyse biologique ! »

Recevoir Jésus comme sauveur, c’est se reconnaître, à la fois, bien-portant et malade. Cela commence par le fait d’admettre que certaines choses vont bien et même très bien dans notre vie… Heureusement et tant mieux ! (Ces choses n’ont pas forcément besoin d’être changées)… mais aussi que des choses ont besoin d’évoluer, car elles ne répondent pas vraiment à notre potentialité d’être, à nos charismes, à nos choix ou à nos désirs de vie… en un mot, à notre vocation d’enfants de Dieu.

Il faut alors écouter les conseils de Syméon… et nous tourner vers Jésus et son Evangile, pour recevoir et prendre part à la délivrance qu’il apporte.

* « Très bien ! – me direz-vous – mais qu’est-ce que c’est exactement cette délivrance, ce salut, que Jésus peut apporter ? »

Parmi les réponses que nous livrent les évangiles, nous pouvons nous souvenir d’un passage en particulier (cf. Lc 7,18-23) :
Alors que Jean baptiste s’interroge au sujet de Jésus – « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » – Luc raconte tous les signes que fait Jésus et la réponse qu’il donne (je cite) :
« A ce moment-là, Jésus guérit beaucoup de gens de maladies, d’infirmités et d’esprits mauvais et il donna la vue à beaucoup d’aveugles. Puis il répondit aux envoyés : "Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres" » (cf. Lc 7, 21-22).

Ce témoignage, comme celui de toutes les guérisons accomplies par Jésus, nous montre que l’œuvre du Christ est essentiellement un processus de libération (de délivrance, de bien-être) :
Il libère les malades de leur maladie, les mourants de la mort, les pauvres de leur misère, les riches des possessions qui les enferment, les hautains de leur orgueil, les religieux de leurs certitudes qui excluent les autres, etc.
Il nous délivre de tout ce qui vient nous réduire, nous écraser : de l’idolâtrie, du poids du passé, de la culpabilité, d’un prêt à croire, d’une morale étriquée, d’une loi transformée en commandements strictes et rigides (cf. Ep 2,15ss).

En d’autres termes… Jésus remet les choses à l’endroit, les personnes et les relations humaines dans leurs bons sens. Et du coup, le monde autour de lui se trouve transformé par son offre de liberté et de confiance avec Dieu.

Mais ce n’est pas tout ! Comme pour propager cette onde de salut… Jésus appelle ses disciples à le suivre et à faire de même (cf. Jn  14,12)… en plaçant leur confiance en Dieu (cf. Lc 17,6)… en commençant par vivre dans le don et le partage… en étant le plus « juste » possible avec toutes les personnes que nous côtoyons… en vivant des relations humaines harmonieuses et paisibles… en nous préoccupant des autres, plutôt que de nos possessions (cf. Lc 12,13-34)… en ne vivant pas dans le « moi d’abord » et le « chacun pour soi ». Car c’est bien là le mal qui gangrène l’humanité : la convoitise (cf. Gn 3), le fait de ramener toute chose à soi, pour en jouir, sans se préoccuper du prochain ou des conséquences de ses actes.
Partout dans l’évangile, on retrouve ce même appel que Jésus nous adresse : à mener une « vie juste » devant Dieu, à recherchez la justice pour nos frères et sœurs (cf. Mt 5,6.10 ; 6,33 ; 7,21-23).

L’Evangile nous apprend que Jésus a pleinement vécu ce salut… qu’il l’a offert – jusqu’à en mourir – à tous ceux qui ont croisé sa route. Mais, pour ne pas rester un hapax, un phénomène unique, il nous encourage, nous aussi, à le vivre. Il nous donne confiance pour le suivre.

Face à l’injustice, à la misère, à l’indifférence, il nous dit : vous pouvez apporter votre grain de sel sur cette terre ! (cf. Mt 5,13) votre petite lumière ! (cf. Mt 5,14-16). Vous en êtes capables !… vous en avez la potentialité, la possibilité !
Vous pouvez vous aussi changer le cours des choses, influencer le monde autour de vous, en adoptant une nouvelle mentalité (cf. Mc 1,15), en vivant en communion avec moi, avec ma manière d’agir.
En me suivant, vous rendez concret et visible le règne de Dieu dans le monde.

* Ainsi donc… chers amis… en regardant à Jésus… nous pouvons, nous aussi, faire le même constat que Syméon et rendre grâce à Dieu en disant : nos yeux ont vu ton salut… ils ont vu ta lumière briller et resplendir en Jésus Christ.
Pour autant… j’oserais dire que ‘nous ne pouvons pas en rester là’. Nous ne pouvons pas nous contenter de cette confession de foi, sans voir qu’elle nous implique personnellement… sans entendre que le vieux sage parle du salut pour « tous les peuples » :

Ce que notre cœur désire vraiment voir… ce n’est pas seulement le salut de Dieu en un homme, en Jésus… mais c’est le salut de Dieu dans le monde, c’est-à-dire en nous, pour nous… pour tous les humains.
Et cela, je crois que nous ne pourrons le voir, que si nous y participons, que si nous relayons le message et la confiance que suscite Jésus… que si nous-mêmes, nous sommes artisans de ce salut… si nous faisons briller la lumière de l’Evangile, comme Jésus nous y invite.

Personnellement, en regardant le monde tel qu’il est – dans toute sa beauté et sa splendeur, mais aussi avec ses laideurs (il suffit d’ouvrir le journal ou la télévision) – j’ai du mal à croire à un salut qui nous tomberait du ciel tout prêt et tout cuit… comme une « bonne crêpe sucrée ou salée » dans notre assiette. Je me permets d’utiliser cette image (un peu triviale), puisque c’est la fête de la chandeleur !

Bien davantage, je crois que ce salut dont le monde a besoin et que Jésus vient manifester – en nous montrant la seule et unique recette de la bonne pâte à crêpe, qui réchauffe les papilles et dilate les cœurs : Cette recette, c’est bien sûr celle de l’amour de Dieu et du prochain (cf. Lc 10,27) – il nous appelle à en être des relais, des échos, des courroies de transmission… il nous invite à en être des artisans.

Si tel n’était pas le cas, j’ai bien peur que l’Evangile reste « lettres mortes »… qu’on finisse par le ranger au placard des belles idées ou des utopies sans lendemain.

Pour que cet Evangile soit Parole vivante, Parole du « oui » de Dieu dans nos vies, qui nous libère… il faut nous-mêmes le rendre concret, l’incarner dans notre existence… Il faut nous-mêmes être les cuisiniers et les cuisinières qui vont aux fourneaux, pour préparer et faire cuire la pâte à crêpe… en suivant la recette indiquée par Jésus.

Maintenant que nous savons qui est cet homme – l’envoyé de Dieu – maintenant que nous savons ce qu’il attend de nous – l’amour, la justice et la paix – il n’est plus temps de faire comme Syméon – d’attendre patiemment la manifestation du Christ [5] – il est temps, pour nous, d’agir… de reprendre la route et de passer à l’action.

Si vous voulez goûter la meilleure recette de crêpe offerte au monde… des crêpes qui changent le goût de la vie… qui libèrent, qui guérissent, qui réjouissent… Revêtez vous-mêmes la toque du cuisinier… prenez le tablier de Jésus… et mettez-vous au travail !
Prenez l’initiative, en suivant les indications du chef, comme l’Evangile nous y appelle (cf. Mt 7,12 // Lc 6,31.36) :

« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous (et si vous voulez quelque chose de bon, le meilleur dans votre vie) faites-le vous-mêmes pour eux (faites-le d’abord pour les autres) : c’est la Loi et les Prophètes (c’est tout ce que Dieu demande) : Soyez bons, généreux et compatissants, comme votre Père céleste. »

Alors… frères et sœurs… n’attendons pas… agissons !
Et ne venons pas nous plaindre… si nous ne trouvons pas de bonnes crêpes à nous mettre sous la dent… ou si celles que nous proposent le monde et l’industrie agro-alimentaire sont indigestes. Personne ne nous oblige à les consommer !
Agissons nous-mêmes : préparons-les et partageons-les avec notre prochain. Puis, donnons-lui la recette, pour qu’il en fasse autant.
C’est ainsi que ce transmettra – de proche en proche – la recette de « la crêpe du royaume de Dieu »… et c’est ainsi que nous aurons tous part au festin du Seigneur.

Amen.





[1] La chandeleur se fête le 2 février, soit 40 jours après Noël. C'est la purification de Marie et la présentation de Jésus au temple de Jérusalem. L'Évangile de Luc raconte (cf. Lc 2,22) : Et lorsque furent accomplis les jours pour leur purification, selon la Loi de Moïse, ils l'emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur.
Selon la loi juive de cette époque (cf. Lv 12), une mère qui accouche d'un garçon était considérée comme impure pendant 7 jours et devait ensuite attendre la purification de son sang pendant 33 jours (donc pas question de se rendre dans un lieu sacré durant cette période). Après la naissance d'une fille, les délais étaient plus longs : la mère était impure pendant 14 jours et la purification avait lieu au bout de 66 jours.
[2] Le passage insiste sur l’action de « l’Esprit » : cf. Lc 2, 25.26.27 (cité 3 fois)
[3] On peut supposer une bénédiction de la famille. Mais, au v.34, le texte grec (autous/eux) ne précise pas qui reçoit cette bénédiction : uniquement le père et la mère, ou, les parents et Jésus.
[4] Le « salut » est ici à entendre comme délivrance, comme libération. Tout d’abord, parce que c’est ce qu’évoque la prophétesse Anne : « la libération / délivrance de Jérusalem » (v.38). Mais aussi par rapport à l’affirmation de Syméon : « Maintenant, Maître, tu laisses ton serviteur s’en aller en paix selon ta parole » (v.29). Si l’on traduit cette phrase de façon littérale, cela donne : « Maintenant [c’est] dans la paix [que] tu délies ton esclave, ô Maître, selon ta parole ». Avec cette expression « délier l’esclave », il s’agit bien d’une offre de délivrance.
[5] « Le Christ du Seigneur », « l’Oint du Seigneur » : cf. Lc 2, 26.

dimanche 26 janvier 2014

Mc 10, 46-52 - Bartimée

Mc 10, 46-52 / Bartimée
Lectures bibliques : Mc 10,46-52 ; Jn 8,12   /  Louange : Ps 146
Thématique : quand la guérison passe par la parole / Bartimée
Prédication de Pascal LEFEBVRE / Tonneins, le 26/01/14
Inspirée en partie de E. Cuvillier, l’Evangile de Marc & J-M Babut, Actualité de Marc.


L’histoire de Bartimée est bien connue des lecteurs de l’Evangile. Depuis les pères de l’Eglise, elle a été longuement commentée par nombre de théologiens et d’exégètes. Ce matin, sans être exhaustif, je vous propose de nous arrêter sur 3 points :

- 1er point… on peut se demander pourquoi les évangélistes ont absolument tenu à nous transmettre l’histoire de cette rencontre entre un aveugle et Jésus.
La réponse la plus évidente, c’est qu’à travers ce récit, ils veulent nous dire quelque chose de l’identité de Jésus.
Pour eux… Jésus est celui en qui le règne de Dieu s’est approché.
Les miracles en sont des signes… des signes – il est vrai – ambigus, si on les réduit à une dimension magique et surnaturelle.
Bien au-delà de leur aspect spectaculaire, les miracles sont d’abord là – et racontés par les évangélistes – pour témoigner qu’un changement est toujours possible… que la nouveauté peut toujours surgir dans notre vie… quand on se place sous le regard du Seigneur, quand on ose lui faire confiance.

C’est précisément ce que fait Bartimée quand il crie avec force vers Jésus, quand il veut attirer son attention, quand il implore sa bonté et sa compassion, comme une prière pour crier sa détresse, son isolement et sa souffrance.
Bien sûr, cela conforte ce qui est dit dans autre passage des évangiles où Jésus nous donne cet enseignement : «  demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira » (cf. Mt 7,7).
Jésus nous appelle à nous placer devant Dieu, à oser nous confier à lui, pour lui faire part de nos demandes, de notre désarroi, de nos besoins, de nos projets.
Si Dieu est le Dieu vivant, le Dieu de la vie, il veut répondre à nos désirs de vie… à tout ce qui nous rend vivant, à tout ce qui nous fait grandir et avancer. Il veut nous soutenir et nous accompagner.
Mais, ce que laisse aussi entendre notre passage – à travers l’attitude de Jésus (qui suscite le courage de l’homme aveugle en l’invitant à se mettre en mouvement) – c’est que Dieu ne veut pas faire ça tout seul, sans nous.
Il veut que nous soyons acteurs de notre vie… même si lui en est l’auteur. Il veut nous assister, sans faire de nous « des assistés ».
Il nous offre son Esprit d’amour et de guérison, tout en sollicitant notre concours… notre désir et notre engagement.
On voit bien dans cette rencontre avec Jésus, combien Bartimée est actif… la façon dont il prend l’initiative… puis – à travers ses gestes et ses paroles – la manière dont il exprime sa volonté de changement, son désir de s’en sortir… pour vivre autrement.

La 1ère chose que nous laisse entendre ce récit, c’est le cri répété de Bartimée… un cri qui exprime sa souffrance – je l’ai dit – mais aussi son espérance et sa confiance :
« Fils de David, Jésus, aie pitié… aie compassion… de moi ! » (v.47)

Evidemment, on comprend mieux le sens de ce cri quand on connaît la situation d’un aveugle au temps de Jésus. A cause de son handicap, l’homme est complètement exclu : il est « assis sur le bord du chemin » (v.46), c’est-à-dire marginalisé.
Son handicap l’a rejeté aux marges de la société ; il l’a rendu passif et totalement dépendant… le privant de toute vie sociale épanouissante… l’empêchant d’être reconnu comme un être humain à part entière… le réduisant à occuper un rôle d’« infirme » condamné à perpétuité à la mendicité.

Il faut remarquer ici le titre inhabituel « Fils de David » qu’il donne à Jésus.
Le « Fils de David », c’est le roi dont Dieu a parlé jadis à David par la bouche du prophète Natan (2 S 7,12-16) : « Quand […] tu seras couché avec tes pères, j'élèverai ta descendance après toi [...] et j'établirai fermement sa royauté. […] Ta maison et ta royauté seront stables à jamais, ton trône affermi pour toujours ».

Au temps de Jésus il y a déjà six siècles que la dynastie de David a disparu, mais on sait que Dieu ne peut faillir à sa promesse.
En cette période troublée – vécue sous la domination de l’occupant romain – on attend plus que jamais le roi promis qui doit venir sauver Israël.
Le titre « Fils de David » sert donc à désigner ce roi sauveur que Dieu a promis ; c’est une autre appellation du Messie.

Comment Bartimée en est-il arrivé à penser que Jésus était ce roi sauveur attendu ? Probablement par la rumeur publique. Mais il est clair que Bartimée en est profondément convaincu.
Avec ses contemporains, il sait que l’arrivée du Messie doit apporter enfin un grand retournement de situation.
Il se rappelle, en effet, que, selon le livre d’Esaïe (cf. Es 35,5-6), quand le Messie viendra, « les yeux des aveugles verront, les oreilles des sourds entendront, le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie » (voir aussi Mt 11,5).

Pour Bartimée, l’aveugle… l’heure de la délivrance a donc sonné. Il ne faut surtout pas la laisser passer. D’où la vigueur – presque la violence – qu’il déploie pour se faire entendre par-dessus le brouhaha du cortège des pèlerins qui accompagnent Jésus.

Ce titre messianique utilisé par Bartimée, peut, d’ores et déjà, nous poser une question, à nous aussi :
Croyons-nous – comme lui – que Jésus est ce Messie capable de changer notre vie ?
Croyons-nous – nous aussi – qu’il nous est possible d’adresser nos prières au Seigneur ? …. Non pas pour demander tout et n’importe quoi… non pas une prière magique où Dieu aurait tout à faire à notre place… mais une prière qui nous engage avec lui… une prière qui nous incite nous-mêmes au changement… en demandant à Dieu qu’il nous donne la force d’accepter et d’opérer des transformations dans notre vie et notre monde ?

- Le 2ème point que je voulais révéler avec vous concerne justement l’attitude de foi engagée de Bartimée… à qui Jésus adressera cette fameuse réponse : « Va, ta foi t’a sauvé » (v.52).

Après avoir crié vers Jésus… et après que celui-ci se soit arrêté… Marc nous raconte que Jésus le fait appeler (v.49)… que l’aveugle rejette son manteau, qu’il se lève d’un bond, et qu’il s’avance vers Jésus (v50)… alors qu’il n’y voit strictement rien.

Il faut s’arrêter un instant sur ces précisions, notamment sur ce manteau qu’il laisse tomber : Dans la Bible, le vêtement est signe d’identité. En soulignant qu’il rejette son vêtement, Marc veut nous dire que Bartimée se dépouille de ce qui fait son identité aux yeux de ceux qui le croisent chaque jour sur le bord de la route. Il ne veut plus de cet habit trop étroit qu’on lui colle à la peau, qui l’enferme et le réduit à un rôle d’aveugle et de mendiant.

Par ce geste, il manifeste également son courage : Il ose abandonner ses défenses et ses protections… la carapace derrières laquelle il se protégeait des autres. Il se met, en quelque sorte, à nu et expose encore plus sa faiblesse et ses difficultés. Puis il prend le risque de se lever et de se diriger seul vers Jésus… en aveugle.

Mais les choses ne s’arrêtent pas là : Comme si ce n’était pas évident… et comme si ce n’était pas suffisant… après l’avoir incité à se lever et à se mettre en mouvement (v.49), pour occuper un statut d’homme debout… Jésus lui demande alors d’exprimer son désir de guérison… comme s’il fallait que l’aveugle confirme sa prise d’autonomie par la parole.

« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »
L’aveugle répondit « Rabbouni, que je retrouve la vue » (v.51)

Par cette question, Jésus nous montre une chose : la guérison à laquelle aspire Bartimée, ne peut advenir qu’à travers sa parole… une parole qui le restitue à lui-même.
Pour retrouver sa dignité, Bartimée doit devenir un être de parole qui exprime publiquement, et sans détour, son manque et son désir… ce qui le fait souffrir et dont il veut être libéré. 

L’aveugle répond à Jésus en l’appelant « Rabbouni »… un terme qui exprime une confiance et une proximité avec le « Rabbi », le maître Jésus.
Ce titre montre qu’il s’agit pour lui d’une rencontre personnelle et intime, qui le touche au plus profond de son existence.
En Jésus, il a enfin rencontré quelqu’un qui est prêt à le reconnaître pleinement… qui est prêt à écouter son désir… qui est prêt à l’aimer tel qu’il est.
Un tel amour – qui accueille et qui relève – est évidemment libérateur.

Alors, sans que Jésus ne fasse aucun geste… en reconnaissant simplement la démarche de confiance inouïe de Bartimée, par cette seule parole : « va, ta foi t’a sauvé » … Marc nous dit que l’homme, non seulement, retrouva la vue, mais qu’il s’engagea à la suite de Jésus sur le chemin… autrement dit, qu’il devint son disciple (v.52).

Ce qui se passe dans ce récit de guérison est très intéressant :
Marc ne relate aucun geste magique qui nous inciterait à classer ce miracle dans la catégorie des événements mystérieux et surnaturels.
Ce qu’il met en avant, c’est la rencontre de foi d’un homme qui advient à la parole, grâce à un autre homme (Jésus) dont la Parole est aimante et libératrice. 

Autrement dit… tout se joue ici par la Parole du fils de Dieu : une parole (une question, en réalité) qui incite Bartimée à changer de place et à prendre la parole… et qui se fait parole d’accueil et de libération.

La manière dont Jésus s’y prend avec cet homme aveugle peut nous instruire sur notre façon de comprendre le salut… et sur notre façon de comprendre les miracles…

Je crois qu’il y a deux écueils à éviter :
- D’une part, on entend parfois autour de nous cette expression : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon dieu, pour mériter ça ».
Croire aux miracles, ce n’est évidemment pas une question de « mérites ». Bartimée n’a pas mérité son handicap, comme il n’a pas mérité son salut, sa guérison.
Tout ce qui peut nous arriver dans la vie n’est pas forcément une question de « mérites »… Heureusement !… mais bien plus une question de « rencontres ».
Bien évidemment, dans certaines situations, nous pouvons subir les conséquences de nos actes… mais nous pouvons aussi rencontrer des événements fortuits, imprévus et accidentels… nous pouvons en être victimes, sans en être responsables.

- D’autre part, croire aux miracles, ce n’est pas croire que Dieu agirait du haut du ciel indépendamment de nous, de notre personne, de notre volonté, de notre liberté. Ce n’est pas croire que Dieu aurait tout à faire, sans que nous n’ayons rien à faire.

L’attitude de Jésus dans cette rencontre nous montre que le Seigneur ne veut pas agir à notre place. Il ne veut faire qu’avec nous. Il veut que nous soyons partie prenante de notre salut.
Nous voyons que, par son appel et son questionnement, Jésus rend Bartimée pleinement acteur de sa guérison… alors qu’au début du récit, il faisait simplement « partie du décor »… appelé à patienter indéfiniment au bord du chemin… car c’était la place que la société de l’époque – avec la complicité des hommes – réservait aux personnes handicapées.

Entre parenthèses… la manière d’agir de Jésus peut nous faire penser à un autre passage de l’évangile quand il ose demander à un homme paralysé depuis 38 ans au bord de la piscine de Bethzatha … si, vraiment, il veut guérir (cf. Jn 5,6).

Bien entendu… notre expérience quotidienne nous montre qu’il ne suffit pas forcément de vouloir guérir, pour y parvenir… sinon beaucoup de fauteuils roulants seraient vides autour de nous…
Mais, pour le moins, ce que l’évangile nous rappelle, c’est qu’il faut déjà – et quand même – le vouloir et y croire, pour s’engager dans un chemin de guérison… que toute guérison implique notre participation… qu’on ne peut pas demander au Seigneur du changement dans notre vie, si nous ne sommes pas prêts, nous-mêmes, à changer… à nous y engager.

Du coup… je crois que nous pouvons réfléchir personnellement et collectivement à cette question posée par Jésus : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » ; « veux-tu guérir ? »
Voilà, en réalité, une question qui s’adresse à chacun d’entre nous…
Qu’aurions-nous à lui répondre aujourd’hui ?
Sommes-nous vraiment d’accords pour que des choses changent dans notre vie et dans notre monde ?... quitte à ce que cela vienne nous bousculer dans nos fonctionnements, nos croyances et nos habitudes… quitte à devoir renoncer à certaines choses… et peut-être, dans nos sociétés occidentales, à un certain confort… à nos prérequis et nos prés-carrés, notre argent ou notre pouvoir… pour plus de justice autour de nous ?
Sommes-nous prêts à nous laisser renouveler et transformer par l’Esprit de Dieu ? à faire place à la nouveauté ?

- Enfin, je terminerai par un 3ème et dernier point dans notre passage. Il s’agit de l’attitude de la foule… et celle de « disciple(s) ».

A travers le comportement de ceux qui sont autour de Jésus, Marc nous interroge sur ce que signifie « voir » ou « être aveugle » :

Au départ, il nous présente une foule d’admirateurs qui suit Jésus, mais sans forcément reconnaître en lui le Messie, celui qui peut changer les choses, pour autant qu’on lui fasse vraiment confiance, qu’on s’engage avec lui.
Quand un aveugle se fait remarquer sur le chemin, en criant, en vociférant, elle le rabroue et cherche à le faire taire (v. 48)… alors que tout en étant aveugle, il est justement en train de crier sa foi en Jésus, comme Messie… comme son Sauveur.
Il faudra alors l’insistance de Bartimée et l’intervention de Jésus, pour que la foule change d’avis, pour qu’elle accepte que l’homme quitte la place qu’on lui avait assignée, pour qu’elle cesse de faire obstacle à la rencontre et finisse, au contraire, par encourager l’homme à s’approcher (v. 49).

On voit bien ici l’inversion des rôles entre « aveugle » et « voyants » :
Alors que l’homme est médicalement aveugle, il voit parfaitement clair par le cœur et par la foi. Il a discerné qui est Jésus, malgré son handicap.
Au contraire, alors que la foule est vraisemblablement constituée d’hommes et des femmes bien-voyants, elle fait, d’une certaine manière, preuve de cécité, d’un aveuglement spirituel. Elle ne voit pas encore Jésus avec les yeux de la foi.

Par ce jeu de croisement, le récit nous appelle à nous positionner : comment voyons-nous Jésus, nous aussi ? Le reconnaissons-nous comme notre sauveur personnel ?... comme celui qui vient manifester le projet de salut de Dieu ?

Par ailleurs, cette inversion des rôles nous invite à nous questionner de  deux façons différentes :

- D’abord, que penser de cette foule de bien-voyants qui « suit » Jésus, mais qui ne semble pas avoir compris ce que « suivre » signifie vraiment… dans la mesure où le regard de cette foule reste insensible à l’appel de cet homme ?
Qui sont ces disciples qui semblent attentifs au Christ, mais qui n’ont même plus d’yeux pour ceux qui sont bloqués et enlisés au bord du chemin… qui ne voient même plus ses aveugles et ses mendiants… sauf pour les faire taire et les empêcher de déranger ?
Qui est vraiment « aveuglé » dans cette histoire ?
Et qu’en est-il de nous aujourd’hui ?

Malheureusement, il suffit de fréquenter – à l’occasion – les métros parisiens pour se rendre compte que les choses n’ont pas complètement changé.
Certes, aujourd’hui, les aveugles peuvent toucher une « allocation adulte handicapé », qui leur confère un revenu de base, leur permettant de ne plus vivre de la mendicité. Mais qui se soucie réellement d’eux ?
Qui regarde encore tous les laissés-pour-compte affalés sur les sièges ou à même le sol sur les quais du métro ? Qui s’en préoccupe réellement ? Vingt siècles après Jésus… on peut s’étonner de notre incapacité et de notre inaptitude au changement… on peut s’interroger sur le manque de motivation de l’homme, pour réellement changer les choses. Et cela nous indique que le combat contre l’indifférence et l’exclusion est loin d’être terminé.

- D’autre part – et d’une autre manière – ce récit nous invite également à nous interroger sur le rôle de disciple(s) :
« Être disciple »… « suivre le Christ »… ce n’est sûrement pas « faire obstacle » à la rencontre avec le Seigneur…comme la foule a d’abord tenté de le faire avec Bartimée. C’est, au contraire, tout faire pour la permettre… pour « favoriser » cette rencontre.

Du coup… ce passage vient questionner notre aptitude au témoignage :
Que pouvons-nous faire pour favoriser la rencontre de nos contemporains avec l’Evangile… pour permettre à nos amis, à nos voisins, à nos connaissances d’approcher Jésus, comme cet aveugle ?
Osons-nous dire que nous sommes Chrétiens et Protestants autour de nous ?
Mieux encore : Pourquoi n’oserions-nous pas proposer à une personne de notre entourage de découvrir le Protestantisme, de venir à un culte, au moins une fois, par curiosité ?
En bref… osons-nous faire entendre ce qui fonde notre espérance et notre confiance dans la vie : le fait que nous plaçons notre foi en un Dieu Vivant… en un Dieu Créateur et Sauveur.  

* Je crois, chers amis, que ce que nous redit l’Evangile de ce jour, c’est que l’accueil, le témoignage et la guérison passent par la parole.

Alors… n’ayons pas peur… n’ayons aucune crainte !
Accueillons dans nos cœurs Jésus-Christ… celui qui vient incarner la Parole de salut de Dieu… et osons faire connaître cette Parole autour de nous. Car elle est véritablement susceptible de transformer notre vie et notre monde… pour peu que nous lui donnions plus d’espace en nous et autour de nous… pour peu que nous acceptions de quitter le manteau des convenances, des apparences, des règlements, de la morale peut-être… pour recevoir et adopter celui d’enfants de Dieu.

C’est bien là, fondamentalement, ce que nous rappellent les récits de miracles : Ils manifestent l’irruption de la grâce de Dieu… Ils nous redisent que cette grâce a le pouvoir de briser les déterminismes… qu’elle permet aux hommes de franchir et de dépasser les frontières, les limites et les obstacles que les circonstances, l’histoire et les usages humains ont parfois posés de façon injuste et arbitraire.

Face à l’injustice… face à tous ce qui nous enferme et nous aveugle… l’Evangile vient nous redire que la grâce et la foi ont la capacité de faire sauter des verrous, d’ouvrir des yeux et des portes, pour nous rendre libres et vivants, à la suite de Jésus Christ.

Amen.