dimanche 31 mars 2024

Pâques, chemin vers la foi

Lectures bibliques : Mc 16, 1-8 ; 2 Co 4,16 – 5,1 ; Col 3, 1-4. 12-15 = voir textes en bas de cette page

Thématique : l’évènement de Pâques, chemin vers la foi

Prédication de Pascal LEFEBVRE - Pâques 2024 (31/03/24) – temple du Hâ


Prédication 


L’épisode de la résurrection est raconté par l’évangéliste Marc de façon très brève. Et il semble finir son évangile de façon assez curieuse, par l’affolement provisoire des femmes, témoins des conséquences de la résurrection.   


On peut repérer plusieurs étapes dans cet épisode… que l’on peut lire, à la fois, comme le récit du cheminement des femmes dans la découverte de l’évènement de Pâques… et comme le cheminement de tout croyant dans la foi. 


1) L’évènement en trois étapes 


Voyons ensemble les différentes étapes que l’évangile met en avant : 


Première étape : les femmes sont certainement tristes et désemparées face à la mort terrible de le Maître sur la Croix, mais elles veulent lui rendre un dernier hommage… et pour ce faire, elles apportent les aromates nécessaires, afin d’embaumer son corps défunt. 


En route, elles se demandent quand même comment elles vont s’y prendre… comment faire… puisque le tombeau où le corps a été déposé est fermé par une grosse pierre qu’elles n’auront certainement pas la force de déplacer. 


Or, en arrivant sur place, elles voient que la pierre a déjà était roulée, malgré sa grande taille… donc que le tombeau est ouvert. 


Cette première étape est symbolique de ce qui est nécessaire pour entrer dans la foi : 

Comme ces femmes… nous avons besoin des autres… nous avons besoin que quelqu’un nous précède, pour rouler la pierre du tombeau… pour créer une brèche, une ouverture… pour entrer dans la foi.


Nous ne pouvons pas accéder à la portée de l’évènement de Pâques par nous-mêmes : Quelqu’un avant nous… a dû ouvrir le tombeau… et notre conscience… 

Quelqu’un a dû ouvrir un espace où nos certitudes sont brisées… où quelque chose de radicalement nouveau peut apparaitre et émerger… 


Ici, on ne sait pas qui a ouvert ce tombeau avant les femmes : 

Est-ce le Christ ressuscité lui-même ? 

Est-ce l’ange, le messager, le jeune homme vêtu d’une robe blanche ? 


Pour entrer dans la foi, nous avons besoin aussi que quelqu’un témoigne… qu’un message – et un messager – soit là, avant nous… qui vient nous dire : il y a une nouvelle heureuse et incroyable… une altérité… un autre possible… 


Malgré la mort, malgré les enfermements… quelqu’un a réalisé l’impossible… quelqu’un se tient là… qui est capable d’ouvrir les tombeaux… et de relever de la mort… pour permettre une vie nouvelle. 


Dans notre réalité… nous ne sommes pas seuls… livrés à nous-mêmes et à nos impasses… 

Dieu envoie sur nos routes des personnes, des messagers, pour nous aider à « rouler » nos pierres, à enlever ce qui bouche nos horizons et notre avenir. 


La bonne nouvelle est déjà là : quelqu’un – au-devant de nous – a roulé la pierre de la violence, de la souffrance et du désespoir !


Deuxième étape de ce cheminement, les femmes voient le messager et la pierre roulée… mais elles sont saisies de frayeur. 


N’est-ce pas ce qui peut se passer quand on est saisi et submergé par quelque chose d’imprévu ?... par un évènement ou une nouvelle totalement inattendue qui change tout ? 


Est-ce que la foi ne produit pas d’abord cela ?... une crainte devant l’étrangeté, devant l’inouï… une stupeur devant ce qui est impossible à croire…. et qui dépasse notre expérience ordinaire et notre rationalité. 


Quelqu’un vient nous témoigner d’une expérience bouleversante… d’une ouverture improbable… et forcément cela remet en question tout ce qu’on croyait connaître ou savoir…

Le dernier mot... n’est pas celui qu’on imaginait… il y a encore autre chose : mais quoi ?


Quand quelque chose de totalement nouveau surgit devant nous, nous sommes effrayés… 

Nous perdons pied face à l’inconnu… Toutes nos certitudes sont ébranlées. 


La foi peut alors apparaitre… et même croitre … quand on accepte ce déplacement… quand on autorise ce changement de regard sur la vie… quand on accepte de s’ouvrir à une nouvelle réalité… à entrer dans une nouvelle confiance…


Et bien souvent, les paroles des messagers autour de nous sont là… ce sont les mêmes que ceux du jeune homme vêtu de blanc : « ne vous effrayez pas ! » « Ayez confiance ! » « Soyez en paix ! » : 

Dieu est capable d’agir… il est capable de réaliser l’impossible… et déjà quelqu’un, devant nous, a ouvert le chemin… il nous précède sur la route de la foi… de la foi au quotidien … et de la vie éternelle. 


Celui qui témoigne nous conduit alors au Christ… à celui qui nous précède dans ce chemin de la mort à la vie… dans l’ouverture vers une radicale nouveauté. 


Troisième étape : le messager nous propose de nous mettre en route… pour suivre celui qui nous précède…


C’est ce que le jeune homme en blanc dit aux femmes : allez témoigner, vous aussi… allez le dire aux autres… osez racontez votre découverte… 


« Allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit.” » 


C’est au moment de cette étape qu’il y a un pas à franchir… et c’est là que quelque chose peut dérailler ou coincer… 


En fait l’évangéliste Marc – en concluant son récit sur la peur des femmes – nous révèle qu’il faut du temps pour s’approprier la Bonne Nouvelle de Pâques… et pour oser franchir la stupeur et le pas de la confiance, qui nous permettra de suivre le Christ… et même d’en parler aux autres… 


Paradoxalement, l’évangile finit ainsi sur le constat du bouleversement des femmes… 

Mais c’est évident que ces femmes ont fini par témoigner de leur expérience bouleversante… sinon il n’y aurait jamais eu de suite… sinon l’évènement de Pâques n’aurait pas été raconté ni transmis… et il ne serait pas arrivé jusqu’à nous. 


Passer de la peur à la confiance… accepter de lâcher ses certitudes et ses repères, pour changer de vision sur la vie, sur Dieu et sur le monde… cela prend forcément du temps… 


Mais on peut penser que les femmes ont peu à peu accepté d’entrer dans ce mouvement, dans cette dynamique de la foi, en accueillant cette incroyable nouvelle de Pâques… 

Et qu’elles ont fini par témoigner de leur expérience inouïe et bouleversante. 


En achevant ainsi son récit, l’évangéliste Marc nous rappelle tout ce que l’entrée dans la foi nécessite en matière de lâcher prise, d’abandon et de confiance… pour opérer un déplacement…


Cela n’a rien d’évident… puisqu’il s’agit d’entrer dans la foi comme sur un chemin inexploré, qui implique d’abandonner nos croyances… de revoir nos conceptions, nos certitudes… pour nous laisser déplacer vers quelque chose de tout à fait nouveau. 


Et pourtant ce chemin n’est pas complètement inexploré… puisque Jésus nous y précède. 


Il faudra donc du temps aux femmes et aux disciples pour comprendre tout ce qu’implique l’évènement de Pâques… et tout ce qu’il signifie, dans notre rapport à la vie, à Dieu et aux autres…


2) Les conséquences de Pâques 


Je voudrais m’arrêter avec vous un instant sur ce point… car la résurrection du Christ – ainsi relevé de la mort par Dieu - constitue vraiment un retournement pour les disciples… et du coup, pour nous aussi. 


Cela signifie d’abord que notre savoir sur l’existence est limité et partiel… 


L’évènement de Pâques vient nous révéler – contre les apparences – que la mort n’est pas la fin définitive de la vie… mais une fin provisoire et transitoire… un passage…


Une brèche est désormais ouverte… il y a un « après » et un « autrement »… et cela change notre perspective sur l’existence humaine…


Cela signifie déjà – dans notre vie quotidienne – que nous ne devons pas baisser les bras devant les prétendues « fatalités » : Rien n’est définitif… rien n’est insurmontable… en tout cas, pour Dieu !


Dieu est Amour, Dieu est le Vivant, il est l’Éternel… et il nous entraine dans une dynamique de vie, qui est capable de surmonter toute chose, y compris nos certitudes, nos échecs, nos enfermements… et même la mort : c’est une incroyable bonne nouvelle !


Cela signifie enfin que nous pouvons vivre dans l’espérance : 

L’avenir n’est pas clos… il est toujours ouvert pour chacun. 


Nous sommes ainsi appelés à ne jamais baisser les bras, ni nous résigner face au mal ou au malheur... il y a toujours une issue... une porte de sortie... vers une résilience ou une résurrection...  puisque l'amour peut vaincre la haine .. la lumière peut surmonter l'obscurité... 

Il y a toujours un chemin... même s’il nous semble parfois inaccessible ou introuvable. 


L’évènement de Pâques nous apporte une lumière nouvelle sur notre réalité… une lumière dont notre monde a un criant besoin, face à la peur, au défaitisme ou au pessimisme ambiant. 


Dieu, l’Éternel, notre Père céleste, est là… il veille à nos côtés... il saura – en toute situation, et pour autant que nous nous ouvrions à la confiance du Christ – nous aider à trouver l’impossible chemin... qui ouvre et éclaire l’avenir. 


Pour conclure…. Il faut ajouter que l’évènement de Pâques ne change pas seulement notre perspective sur l’avenir… il change aussi notre présent et notre façon d’habiter ce monde. 

C’est ce dont l’épître aux Colossiens témoigne.


3) La résurrection : un évènement passé qui ouvre l’avenir… et qui se conjugue toujours au présent… 


L’auteur de la lettre affirme qu’en entrant dans la confiance du Christ… et en le suivant… nous sommes déjà « ressuscités avec le Christ »… et donc qu’une vie nouvelle nous est offerte. 

Ce n’est pas conjugué au futur… mais c’est déjà fait !


Cette vie nouvelle nous inspire des comportements nouveaux… qui nous appellent à orienter nos priorités sur la vie relationnelle et spirituelle…


Puisque Pâques nous rappelle que le matériel et le corporel sont certes importants, mais qu’ils ne sont pas tout… qu’ils ne sont que transitoires… et que seul l’amour demeure… nous sommes désormais appelés à cultiver ce qui est durable… 


Et l’apôtre Paul précise dans une de sa 2ème lettre aux Corinthiens (cf. 2 Co 4,18) que ce est durable, ce n’est pas ce qui visible (notre réalité matérielle et corporelle immédiate)… mais ce qui est invisible… à savoir la foi, l’espérance et l’amour… 


C’est pourquoi l’espérance de la vie éternelle nous appelle à cultiver dès maintenant – dès ici-bas – ce qui a vraiment de l’avenir… ce qui est éternel… 


L’apôtre appelle ainsi les disciples du Christ à semer ce qu’ils veulent récolter durablement… à savoir « des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience ». 

« Et par-dessus tout – dit-il – revêtez l’amour : c’est le lien parfait ». 

Et il conclut par une exhortation : « Vivez dans la reconnaissance ».


Oui… l’évènement de Pâques… ouvre pour chacun de nous une promesse de vie en plénitude et de lumière… au-delà des épreuves, des obstacles provisoires ou des pseudo-impasses… 

Et cela nous ouvre pleinement à la gratitude et à la joie !


Le Christ nous libère de la mort… du fataliste et du défaitisme… 

Il ouvre nos horizons vers l’infini de son Amour ! 


Comme le dit une belle formule de bénédiction…

Puisque le Père surmonte le mal par l’infini de son amour, manifesté en Jésus-Christ :

Que la paix de Dieu vous construise.

Que son amour vous guérisse.

Que sa confiance vous réjouisse !  


« En Christ… vous êtes déjà dans la dynamique de la Résurrection ! »


Amen.


Lectures bibliques 


Mc 16, 1-8 - Les femmes au tombeau

1 Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller l’embaumer. 

2 Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil étant levé. 

3 Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre de l’entrée du tombeau ? » 

4 Et, levant les yeux, elles voient que la pierre est roulée ; or, elle était très grande. 

5 Entrées dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d’une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur. 

6 Mais il leur dit : « Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié : il est ressuscité, il n’est pas ici ; voyez l’endroit où on l’avait déposé. 

7 Mais allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit.” » 

8 Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.


2 Co 4,16  - 5,1 L’assurance de la résurrection devant la crainte de la mort

16 C’est pourquoi nous ne perdons pas courage et même si, en nous, l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. 

17 Car nos détresses d’un moment sont légères par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu’elles nous préparent. 

18 Notre objectif n’est pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel.

1 Car nous le savons, si notre demeure terrestre, qui n’est qu’une tente, se détruit, nous avons un édifice, œuvre de Dieu, une demeure éternelle dans les cieux, qui n’est pas faite de main d’homme.


Col 3, 1-4. 12-15 -  La vie nouvelle

1 Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ; 

2 c’est en haut qu’est votre but, non sur la terre. 

3 Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. 

4Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. […] 12 Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. 

13 Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement ; comme le Seigneur vous a pardonné, faites de même, vous aussi. 

14 Et par-dessus tout, revêtez l’amour : c’est le lien parfait. 

15 Que règne en vos cœurs la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés tous en un seul corps. Vivez dans la reconnaissance.

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