Lectures bibliques : Gn 4, 23-26 ; Ep 4,31-32 ; Rm 12,21 ; Mt 18, 21-35 = voir textes en bas de cette page
Thématique : Dans quel monde voulons-nous vivre ? De la dette à la Grâce
Prédication de Pascal LEFEBVRE - temple du Hâ, le 13/09/26 & temple de Talence, le 18/10/26
Introduction - « Combien de fois dois-je pardonner ? »
Le pardon est un sujet délicat… On pardonne assez facilement une petite broutille, mais dès qu’il s’agit d’un sujet sensible ou familial, qui touche à notre vie personnelle ou intime, ou à une personne aimée… dès qu’il s’agit d’une cause de souffrance ou de blessure… « pardonner » peut s’avérer beaucoup plus compliqué…
L’apôtre Pierre le sait certainement… mais il attend de Jésus des réponses concrètes et peut-être une règle de vie : qu’est-ce qui est pardonnable et qu’est-ce qui ne l’est pas… et combien de fois est-on appelé à pardonner ? « Jusqu'à sept fois ? ».
Pierre cherche une limite. Il cherche à savoir où s’arrête son obligation.
Pardonner sept fois, c’est déjà beaucoup !
Pierre pense probablement faire preuve d’une grande générosité…
Mais Jésus répond : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. »
Évidemment, personne ne va sortir sa « calculatrice », pour faire la multiplication, et retenir le chiffre 490… Ce que Jésus veut dire… c’est qu’il n’y a pas de règle… pas de chiffre limite à atteindre… Il déconstruit la question elle-même.
Pour lui, le pardon est « hors comptabilité »… Il invite Pierre à sortir de toute calcul… et à dépasser la logique habituelle des comptes… pour le remboursement de la dette et la réparation de la faute…
Jésus parle d’un autre monde, d’une autre logique… et pour ce faire il parle en parabole…
« Une dette impossible à payer »
Justement, dans cette parabole, la faute qui mérite réparation, est comparée à une dette…
En théorie, si quelqu’un commet une erreur et porte préjudice à autrui… il doit normalement réparer sa faute, et payer sa dette, en reconnaissant ses torts, en faisant amende honorable et en s’attachant à « réparer » le mal subi… en tout cas, en offrant une sorte de compensation.
Dans la petite histoire, Jésus présente le premier serviteur, qui a cumulé une dette de 10 000 talents. … qui représentent 60 millions de deniers. C’est une somme d’argent astronomique et totalement impossible à rembourser à l’époque antique… puisque ça représentait environ 200 000 années de travail, pour un travailleur ordinaire.
Autrement dit… on est dans une hyperbole… Jésus choisit volontairement une somme invraisemblable… pour signifier que le serviteur est « foutu » : il ne pourra jamais rembourser…Il se trouve devant une dette colossale qui dépasse complètement ses capacités.
Dans le dialogue qui suit, il fait appel à la patience et à la compassion de son maître. Et ça marche… Le roi est bon… Il se laisse émouvoir et fait quelque chose d’inattendu :
« Ému aux entrailles… saisi de compassion envers ce serviteur…le maître le laissa aller et lui remit la dette. »
En d’autres termes, il lui fait grâce… Il abandonne son bon droit… il lâche-prise… il accepte de ne jamais obtenir réparation, par le paiement de la dette.
Il fait ainsi quelque chose qui échappe complètement à la logique comptable de la dette - à ce monde où tout se paie, se marchande et se vend - lui, remet totalement la dette.
Les verbes grecs employés sont les mots « délier », laisser aller… et « remettre », c’est-à-dire libérer, abandonner, pardonner.
Ce n’est pas seulement une belle action ou un geste de gentillesse… en réalité, le roi (de la parabole) fait quelque chose de totalement insensé : Il renonce à maintenir son serviteur dans l’esclavage… sous l’obligation de rendre… Il fait carrément disparaître ce qui était impayable…
Et là - tout se suite - l’auditeur comprend… la figure de ce roi peut nous faire penser à Dieu… à la Grâce de Dieu.
Personne ne mérite la Grâce divine… personne ne peut rembourser sa dette… celle de la Vie… ou celle du péché… Mais, pourtant, cette Grâce : on la reçoit… car Dieu est comme ce roi saisi de compassion.
La Grâce, c’est donc une réalité transcendante… c’est quelque chose qui ne fonctionne plus selon la logique du « dû »… Ce qui surmonte totalement le calcul.
« Pourquoi celui qui a été gracié ne sait-il pas faire grâce ? »
Et c’est là que la parabole devient presque incompréhensible :
À peine sorti de chez son maître, ce serviteur rencontre quelqu'un qui lui doit 100 deniers…. Et il réclame son « dû » : « Paie ce que tu dois ! » dit-il. Puis il le fait jeter en prison.
La disproportion est évidemment énorme : D’un côté 10 000 talents, une somme gigantesque. / D’une autre côté, 100 deniers, l’équivalent de trois mois de salaire de base.
Mais ce qui pose question, ce n’est pas seulement la disproportion des sommes. C’est l’agir de ce serviteur :
Comment peut-on recevoir une grâce immense, tout en continuant immédiatement à fonctionner selon la logique de la dette ?
Ça semble incompréhensible !… Mais - à bien y regarder - n’est-ce pas ce que nous faisons pourtant parfois, nous aussi ?
Le constat vers lequel nous entraine la parabole, c’est que le premier serviteur a reçu le pardon, mais qu’il semble ne pas l’avoir intégré dans sa vie relationnelle avec les autres.
Il a été libéré de sa dette, mais il continue à vivre comme si le monde était toujours gouverné par la dette.
Pour le dire autrement, il est sorti de la dette… mais la dette, elle, n’est pas sortie de lui.
Bien qu’il découvre le monde de la Grâce, il continue à vivre dans celui du « donnant-donnant »… il continue d’agir comme si tout devait être payé…
Et c’est là que se trouve la faille… C’est là que la parabole nous rejoint :
Nous pouvons, nous aussi, avoir reçu énormément de la vie, de Dieu ou des autres : de la compréhension ; de la bienveillance ; de la confiance ; de l’amour… du pardon ; de la patience ; des secondes chances… tout en continuant, parfois, à tenir des comptes avec les autres.
Qui n’a jamais entendu autour de lui… qui n’a jamais dit ou pensé : « Après tout ce que j’ai fait pour toi... », « Tu me dois bien ça. », « Je ne pourrai jamais oublier ce que tu m’as fait. », « Il faut bien qu’il paie. »…
Tant d’expressions qui trahissent, intérieurement, le livre de comptes, qui reste parfois ouvert en nous.
Car il existe des dettes financières… mais aussi des dettes affectives, familiales… des dettes morales ou symboliques… Et parfois nous continuons à entretenir ce livre de comptes intérieur.
C’est alors qu’interviennent les compagnons… témoins de l’attitude intransigeante du serviteur gracié… Ils sont choqués par son manque de compassion…
Leur tristesse porte le questionnement qui est posé à l’auditeur de la parabole :
« Qu’est-ce que tu as réellement fait de la Grâce que tu as reçue ? »… « Cette Grâce est-elle active dans ta vie ? »… « En es-tu conscient ? »… « Ou l’as-tu déjà oubliée ? »
« Comme Dieu vous a pardonné »
Précisément… l’autre texte que nous avons entendu auparavant, l’épître de Paul aux Éphésiens (cf. Ep 4,31-32), nous permet de réactiver la mémoire de cette Grâce.
Je cite : « Que toute amertume, toute animosité, toute colère [...] disparaissent du milieu de vous. Soyez bons les uns envers les autres, compatissants ; pardonnez-vous réciproquement comme Dieu vous a pardonné en Christ. »
Le mot important est : « comme ».
Paul ne dit pas simplement : « Pardonnez, parce que c’est moralement préférable. ».. Il dit : « Comme Dieu vous a pardonné, faites de même. »
C’est toute la logique de la parabole. L’histoire commence par la Grâce originelle, offerte par le Roi.
Le pardon chrétien n’est donc pas d’abord une performance morale. Il est une conséquence de la Grâce.
Nous ne pardonnons pas pour être de gens biens… des « bons Chrétiens »… aimés de Dieu… Nous apprenons à pardonner, parce que nous croyons être déjà aimés et pardonnés…
Nous sommes appelés à vivre dans le prolongement de la Grâce reçue… pour la faire circuler… et ainsi prendre part au monde nouveau de Dieu.
« Dans quel monde voulons-nous vivre ? »
En d’autres termes, la parabole nous place devant deux mondes :
- Le monde de la dette… où tout se compte, tout se mérite, tout se rembourse.
Toute faute appelle réparation… toute blessure entraine une réponse…. toute dette doit être soldée.
C’est un monde de comptes… dans lequel nous sommes parfois enfermés… ou dans lequel nous choisissons de vivre, de génération en génération…
- Et puis il y a le monde de la Grâce… un monde où une dette impossible peut être remise… où le passé ne produit pas nécessairement une condamnation définitive.
C’est un monde où quelqu'un peut recommencer… où un avenir nouveau est possible… où l’on peut recevoir sans avoir mérité.
A travers cette petite histoire, Jésus semble poser cette question : Dans quel monde voulez-vous vivre ?
Parce qu’il faut faire un choix… Nous ne pouvons pas avoir les deux…
Le premier serviteur aurait bien voulu bénéficier du monde de la Grâce pour lui-même, tout en continuant à faire vivre, autour de lui, le monde de la dette. Mais ça ne fonctionne pas ! C’est précisément ce que la parabole dénonce.
Genèse 4 : de la spirale de la vengeance à la spirale du pardon
Un écho avec le livre de la Genèse… nous révèle que la question de la dette, c’est aussi une manière de nous parler de la vengeance et du pardon… Et cela nous le voyons bien, si nous mettons en perspective ce texte de Matthieu 18 avec celui de Genèse 4.
Dans le livre de la Genèse, souvenons-nous qu’après le meurtre d’Abel par Caïn, Dieu met une marque sur Caïn et déclare que celui qui le tuera sera vengé sept fois. La menace de cette vengeance doit dissuader ceux qui voudrait tuer Caïn de devenir, à leur tour, violents.
Ainsi, cette marque rappelle le crime commis, mais elle vise aussi à protéger Caïn : elle sert d’avertissement pour lui épargner la vengeance des autres hommes.
Quelques versets plus loin, apparaît ensuite le personnage de Lamek, un descendant de Caïn…. Lamek vient de tuer un homme. Et il déclare à ses femmes : « Caïn sera vengé sept fois, et Lamek soixante-dix-sept fois. »
C’est une parole qui montre l’escalade de la violence :
Caïn : sept fois. / Lamek : soixante-dix-sept fois.
Le texte décrit ainsi l’accentuation d’une logique déjà présente : une violence appelle une vengeance… qui appelle une vengeance plus grande encore.
Et c’est précisément là - en écho à ce récit - que la parole de Jésus prend une profondeur extraordinaire.
Pierre dit : « Jusqu'à sept fois ? » / Jésus répond : « Non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois. »
D’une certaine manière, il reprend l’amplification de Lamek. Mais il en inverse la logique :
Chez Lamek, c’était soixante-dix-sept fois… la vengeance.
Chez Jésus, c’est soixante-dix fois sept fois… le pardon.
C’est un peu comme si Jésus disait : Vous connaissez la logique qui multiplie la violence… Je vous propose une autre logique : celle qui multiplie la Grâce.
Et si le pardon était une manière de briser la chaîne ?
Tout cela c’est très bien - me direz-vous… Mais, alors, qu’en est-il vraiment dans nos existences ?
Souvent, une offense produit une blessure… La blessure produit de la colère… un sentiment d’injustice et un besoin de réparation…
La colère produit également du ressentiment… Et le ressentiment produit parfois une nouvelle violence. Et ainsi de suite….
Ce n’est pas un hasard si l’épitre aux Éphésiens parle : « d’amertume, d’animosité, de colère… »
Face à cette spirale… le pardon est un acte d’abandon de la dette, un acte de « lâcher-prise »… Il ne signifie pas que ce qui s’est passé n’est pas grave. Il ne vise pas à relativiser les choses…
Il témoigne plutôt du fait qu’il est possible de refuser que le mal me détermine : je peux refuser que le mal qui m’a été fait, continue à produire du mal en moi et à travers moi.
C’est ce que Paul propose dans l’épitre aux Romains (cf. 12,21) : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. »
« Pardonner » : ce n’est pas forcément oublier… ce n’est pas excuser… ce n’est pas dire que le mal était acceptable… ce n’est pas nécessairement se réconcilier.
C’est plutôt un abandon, un renoncement consenti : renoncer à laisser l’offense déterminer entièrement ce que je vais devenir… refuser de se laisser empoisonner par le mal… permettre de s’en détacher…
C’est ce qui donne au pardon une dimension de libération.
Conclusion : le jugement comme révélation de ce que nous choisissons de vivre
Pour conclure… il faut également s’arrêter sur la fin de la parabole…
Le texte semble se terminer durement : « C’est ainsi mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »
Cette parole peut sembler « contredire » la Grâce. Mais la parabole nous invite à entendre cette finale autrement :
En effet, le premier serviteur voulait bénéficier de la Grâce, tout en continuant à vivre selon la logique de la dette. Or, Jésus nous montre que ces deux logiques sont incompatibles… Un choix s’impose…
Nous sommes donc appelés à franchir le pas de la foi… en entrant dans le monde de la Grâce…
Refuser absolument de « pardonner », c’est refuser de vivre dans le monde du pardon.
Le jugement final veut simplement nous montrer qu’un jour notre vie sera exposée à la Lumière… Nous serons confrontés à la vérité de ce que nous choisissons de vivre.
C’est bien ce qui arrive au serviteur, qui choisit de rester dans le monde de la dette… Il ne peut pas réellement entrer dans le monde de la Grâce…
En réalité… il est resté dans la prison de la dette… parce qu’il a refusé d’en sortir avec les autres… alors que le roi lui avait donné la clé…
La petite histoire le présente ainsi comme un « contre-modèle »… du fait de son intransigeance.
Jésus nous invite également - à travers cette parabole - à ouvrir les yeux sur la Source du pardon et la bonté providentielle qui viennent de Dieu.
Notre Père céleste ne compte pas… alors, pourquoi devrions-nous compter ?
Nous vivons de ce que nous n’avons jamais mérité. Nous vivons de la Grâce.
C’est la raison pour laquelle, le pardon n’est pas une « bonne action », une belle chose que Dieu nous demande de faire… C’est une autre manière d’habiter le monde… qui permet de briser la chaîne de la réciprocité et du mal…
Le Christ nous invite donc à prendre part à ce monde nouveau de Grâce et de liberté… en transmettant autour de nous cet acte de libération que Dieu nous offre toujours, à nouveau, inlassablement.
Qu’il en soit ainsi, chers amis !
Amen.
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Lectures bibliques
Volonté de Dieu
Éphésiens 4,31-32
31Que toute amertume, animosité, colère, clameur, calomnie, ainsi que toute malfaisance, soient enlevées du milieu de vous. 32Soyez bons les uns envers les autres, pleins d'une tendre bienveillance ; pardonnez-vous mutuellement, comme Dieu vous a pardonné en Christ. [faites-vous grâce, comme Dieu vous a fait grâce dans le Christ.]
Rm 12,21
21 Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien.
Lectures bibliques
Genèse 4, 23-26
23 Lamek dit à ses femmes : « Ada et Cilla, écoutez ma voix !
Femmes de Lamek, tendez l'oreille à mon dire !
Oui, j'ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure.
24 Oui, Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois. »
25 Adam connut encore sa femme, elle enfanta un fils et le nomma Seth, « car Dieu m'a suscité une autre descendance à la place d'Abel, puisque Caïn l'a tué ». 26 A Seth, lui aussi, naquit un fils qu'il appela du nom d'Enosh. On commença dès lors à invoquer Dieu sous le nom de SEIGNEUR.
Mt 18, 21-35
21 Alors Pierre s'approcha et dit à Jésus : « Seigneur, quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois lui pardonnerai-je ? Jusqu'à sept fois ? » 22 Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois.
23 « Ainsi en va-t-il du Royaume des cieux comme d'un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. 24 Pour commencer, on lui en amena un qui devait dix mille talents. 25 Comme il n'avait pas de quoi rembourser, le maître donna l'ordre de le vendre ainsi que sa femme, ses enfants et tout ce qu'il avait, en remboursement de sa dette. 26 Se jetant alors à ses pieds, le serviteur, prosterné, lui disait : “Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.” 27 Pris de pitié [ému, saisi de compassion], le maître de ce serviteur le laissa aller et lui remit sa dette. 28 En sortant, ce serviteur rencontra un de ses compagnons, qui lui devait cent pièces d'argent ; il le prit à la gorge et le serrait à l'étrangler, en lui disant : “Rembourse ce que tu dois.” 29 Son compagnon se jeta donc à ses pieds et il le suppliait en disant : “Prends patience envers moi, et je te rembourserai.” 30 Mais l'autre refusa ; bien plus, il s'en alla le faire jeter en prison, en attendant qu'il eût remboursé ce qu'il devait. 31 Voyant ce qui venait de se passer, ses compagnons furent profondément attristés et ils allèrent informer leur maître de tout ce qui était arrivé. 32 Alors, le faisant venir, son maître lui dit : “Mauvais serviteur, je t'avais remis toute cette dette, parce que tu m'en avais supplié. 33 Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j'avais eu pitié de toi ?” 34 Et, dans sa colère, son maître le livra aux tortionnaires, en attendant qu'il eût remboursé tout ce qu'il lui devait. 35 C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »
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