dimanche 22 mai 2022

Appelés à se laisser transformer par l'amour de Dieu

Lecture biblique : Mt 22, 1-14 (Volonté de Dieu : Ep 4, 17-24) : voir texte en bas de cette page

Thématique : Appelés à se laisser transformer par l’amour de Dieu

Culte au temple du Hâ (Bordeaux) – le 22 mai 2022

Prédication de Pascal LEFEBVRE 


 

Comme souvent, Jésus parle en paraboles, pour inviter ses auditeurs à une prise de conscience, un changement de mentalité, ou pour leur proposer d’adopter un nouveau comportement, un nouveau style de vie… qui se découvre dans la proximité de Dieu… et qu’il appelle le « règne de Dieu ». 

Il invite ses disciples à entrer dans ce « monde nouveau de Dieu » et à y prendre part. 

 

Pour ce faire, il nous propose de comparer le règne de Dieu auquel nous sommes invités, à l’appel d’un roi qui nous convie à un festin de noces. 

 

La parabole commence bien : la vie avec Dieu, ce serait d’abord une fête, un festin : un repas de noces pour son fils. Les auditeurs de l’Evangile sont invités à la fête. C’est une bonne nouvelle !

 

Déjà une question émerge : avons-nous réellement conscience de cette invitation de Dieu, ici et maintenant ?... Nous sentons-nous concernés par cet appel ? 

 

On apprend alors que beaucoup sont invités, mais que peu y répondent. 

Chacun a autre chose à faire : il est vrai que les tâches de la vie quotidienne sont prenantes et monopolisent notre attention : il y a toujours à faire ! 

On n’a pas forcément le temps de s’arrêter… pour se joindre au repas de noces du fils de Dieu. 

 

Les excuses semblent valables : l’un va à son champ… l’autre à son commerce… chacun est pris par le quotidien… il faut bien pouvoir subvenir à ses besoins matériels et ceux de sa famille.

 

C’est vrai ! Mais est-ce que l’évangile ne nous a pas déjà alerté à ce sujet ?

 

La vie – la vraie vie – n’est-elle pas plus que la préoccupation de la nourriture et du vêtement ?

 

Jésus avait déjà interpelé ses auditeurs à ce sujet dans son sermon sur la montagne :

 

« Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où les mites et les vers font tout disparaître, où les voleurs percent les murs et dérobent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel » (cf. Mt 6,19.20a)

« Ne vous inquiétez donc pas, en disant : “Qu’allons-nous manger ? qu’allons-nous boire ? de quoi allons-nous nous vêtir ?” 

– tout cela, les païens le recherchent sans répit –, il sait bien, votre Père céleste, que vous avez besoin de toutes ces choses. 

Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné par surcroît. »

 

Les auditeurs de l’Evangile devraient donc chercher ce monde nouveau de Dieu, auquel nous sommes conviés … mais voilà que l’inquiétude et les soucis du quotidien dominent… les réalités de ce monde prennent souvent toute la place… et comme les auditeurs de la parabole, parfois, nous différons notre réponse : nous remettons l’invitation à plus tard. 

 

Pourtant si le Maître nous invite au festin, c’est d’abord pour un lâcher-prise : Il nous invite à élargir notre regard… à faire confiance à Dieu (dont la Providence est à l’œuvre) … à poser nos soucis et nos préoccupations… Et à passer du souci de soi à une autre réalité essentielle : la recherche du Royaume et de la justice de Dieu.

 

C’est un appel fondamental à la foi… pour retrouver le sens de la vie : sortir de la peur du manque, de l’inquiétude, ou du désir de posséder, d’avoir toujours plus… lâcher un peu le matériel… apprendre à faire des pauses dans notre quotidien… pour entrer dans la confiance de Dieu … pour chercher, en nous et dans notre vie, ce monde nouveau de Dieu.

 

Ce n’est pas seulement pour après… mais ça commence ici et maintenant !

 

Dans la parabole, les choses se compliquent… car d’autres invités, non seulement refusent l’invitation du maitre, mais maltraitent les serviteurs et les envoyés du roi. 

 

L’Évangéliste Matthieu fait certainement allusion ici aux prophètes d’autrefois, aux porte-paroles que Dieu a envoyé régulièrement au peuple d’Israël et qui ont été rejetés, malmenés et même tués. 

Car les prophètes sont des gens dérangeants qui viennent secouer les peuples et les rois : rappeler l’injustice du monde et appeler à agir pour y remédier. 

 

Généralement, on préfère se débarrasser des gêneurs, des lanceurs d’alerte, de ceux qui dénoncent la corruption ou l’injustice des puissants… Car les écouter nous obligerait à sortir de notre zone de confort, à essayer de changer les choses… à remettre en cause le système… à dénoncer les privilèges et l’enrichissement des puissants… à réorganiser la société… à écouter enfin les « petites gens » et à prendre en considération les plus pauvres : ceux qui - il faut l’avouer - n’intéressent pas « grand monde ».  

 

Les choses n’ont pas vraiment changé depuis le temps de Jésus… même en France, pays riche et industrialisé… la précarité est en augmentation depuis 15 ans : 

Plus de 5 millions de personnes vivent avec moins de 920 euros par mois (soit 8% de la population) et plus de 9 millions de personnes vivent avec moins de 1100 euros (soit presque 15% de la population qui se trouve sous le seuil de pauvreté). 

On se demande alors comment toutes ces personnes vont pouvoir faire face à la hausse de l’inflation… Et je ne parle pas de la situation des pays en voie de développement. 

 

Alors, oui, bien des choses auraient besoin d’être changées… mais les prophètes ont toujours dérangé les souverains ou les tenants du pouvoir en place … et dans la parabole… ceux qui invitent à changer quelque chose, à quitter les habitudes mondaines ou quotidiennes, à adopter un nouveau comportement, pour entrer dans le monde nouveau de Dieu : ceux-là sont finalement maltraités et éliminés.

 

Pour autant, dans cette histoire, une chose est remarquable : le maître ne se décourage pas… il ne renonce pas !

Face au refus d’Israël de participer aux noces du « fils », et à la violence de certains, il revient à la charge, et décide d’élargir l’invitation à tous, sans distinction : 

« Allez donc aux places d’où partent les chemins et convoquez à la noce tous ceux que vous trouverez » (Mt 22,9).

 

C’est ce que font les serviteurs du roi… et finalement ils rassemblent tous ceux qu’ils trouvent – mauvais et bons, justes ou injustes – dit la parabole. 

Il n’y a pas critères dans l’invitation. Et la salle de noce est enfin remplie de convives. 

 

C’est alors que la leçon de la parabole nous est donnée à travers la situation insolite et inattendue d’un homme qui ne portait pas de vêtements de noces. 

“Mon ami - lui dit le roi - comment es-tu entré ici sans avoir de vêtement de noce ?” Celui-ci resta muet. 

Alors le roi dit aux servants : “Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors : là seront les pleurs et les grincements de dents.” 

 

C’est le genre de réplique qui vient un peu gâcher l’ambiance de la fête !

 

Il faut pourtant relever que le critère d’exclusion de celui que le roi nomme « ami », n’est ni la méchanceté, ni l’injustice, mais « le vêtement de noce » que celui-ci n’a pas revêtu. 

 

Concernant ce vêtement - qu’on avait coutume de mettre, pour se rendre à une fête de mariage - plusieurs lignes d’interprétation ont pu être proposées : 

 

L’idée de revêtir un vêtement signifie une transformation de son identité, de son comportement, ou de son appartenance à un groupe social ou une communauté.  

 

Si l’homme invité auquel le maitre s’adresse se retrouve sans vêtement de noces, c’est qu’il n’a rien changé à ses habitudes de vie… et c’est bien là le problème : 

Tous sont appelés (c’est la conclusion de la parabole) … mais cet appel implique de changer quelque chose dans sa vie… de se laisser transformer… de revêtir une « nouvelle identité ».  

 

L’apôtre Paul le formule en appelant à revêtir « Christ » ou à revêtir « l’homme nouveau » fruit d’une conversion, d’une transformation spirituelle (cf. Ga 3,23-29 ; Ep 4, 17-24). 

 

La métaphore a été diversement interprétée :

 

Certains théologiens ont vu dans ce vêtements « les bonnes œuvres » du disciple ou encore « la justice supérieure » qu’il doit manifester, ou « les fruits » qu’il doit porter. 

Ce serait, en quelque sorte, l’adoption d’un nouveau comportement éthique, le vêtement de la justice et de la bonté que le croyant est appelé à revêtir et à porter. 

Car si Dieu est juste et bon : être invité au banquet de la noce organisé par le Roi, implique de se mettre à son école, d’écouter ses directives… Autrement dit, de se laisser transformer spirituellement… de revêtir la tunique de la justice et de l’amour, qui sont ses attributs. 

 

D’autres théologiens ont vu dans l’image du vêtement une métaphore baptismale. L’habit de noce symboliserait l’appartenance à la communauté des sauvés. 

Par le baptême, Dieu offre le vêtement de la grâce et de la foi qu’il s’agit de revêtir… vêtement du pardon reçu… que le croyant est aussi appelé à donner. 

Le vêtement symboliserait l’appartenance à la communauté de ceux qui partage une confiance commune, qui appelle à la justice et l’amour du prochain. Le vêtement de noces reflèterait l’adoption d’un style de vie chrétien.   

 

Mais ce qui est frappant dans la fin de la parabole, c’est le mutisme de l’homme interrogé sur son absence de vêtement adéquat. 

Le maître vient à sa rencontre et essaie d’entrer en dialogue avec lui. Mais celui-ci ne répond pas un mot. 

C’est cette absence de réponse qui semble provoquer son exclusion de la salle de noce. 

 

C’est comme si l’homme n’avait pas conscience qu’il avait besoin d’être revêtu d’un autre vêtement que le sien propre… il ne semble pas reconnaitre ce besoin, cette nécessité d’une transformation, pour pouvoir participer pleinement à la fête de la vie éternelle.

 

Si l’homme est ainsi rejeté, c’est qu’il n’a rien changé : 

L’appel qu’il avait reçu n’a finalement eu aucun effet sur lui. 

Son identité ou sa vie n’ont pas été transformées. 

Il n’a pas été touché par la Parole et la Grâce de Dieu. 

Il n’a tiré aucune conséquence de cette invitation dans sa vie réelle.

 

A travers le focus pointé sur cette situation, la parabole appelle donc les auditeurs de Jésus à adopter une attitude différente : à prendre au sérieux le fait que la foi – en tant que confiance, en réponse à la grâce de Dieu – implique un changement de mentalité et de comportement de la part du croyant :

Chacun est appelé à se laisser transformer par l’amour de Dieu. 

 

En ce sens, une troisième ligne d’interprétation est proposée par le théologien Anselm Grün. Je vous propose de l’écouter pour conclure cette méditation :

 

Celui-ci interprète cette parabole, à l’aide de la psychologie des profondeurs, comme une image du chemin de l’individu vers sa pleine humanité, vers son unification intérieure.

 

Pour lui, le but de l’Église, de la communauté, de la prière, est d’ouvrir un chemin pour que l’homme puisse rencontrer Dieu, pour que l’âme humaine puisse s’unir à l’Esprit divin, pour que nous puissions ainsi accéder à notre vrai Soi, à cette part de lumière qui est en nous et qui peut se connecter à Dieu, s’unir à Lui, pour nous transformer entièrement. 

De sorte quetout notre être puisse revêtir la tunique de l’amour.

 

Je vous livre sa réflexion :

 

« La parabole décrit le cheminement intérieur vers l'humanité et vers l'union à Dieu. Chacun de nous est invité au festin de noce ; notre vocation de chrétien ne consiste pas simplement à respecter les commandements, mais à répondre à l'invitation. Le but de notre vie est l'humanisation, qui nous unit au noyau divin [qui est] en nous : le Soi.

 

Souvent, nous nous désintéressons de l'invitation ; la première fois, nous entendons à peine les appels légers de notre cœur. Nous soupçonnons bien que notre vraie vocation est de nous laisser plonger dans le sein de Dieu, mais la voix est si faible qu'elle ne parvient pas à notre conscience. 

Ou bien - et c'est la deuxième invitation - nous avons en tête des préoccupations qui nous importent davantage : accroître nos biens, courir après le succès, vaquer aux affaires quotidiennes. 

Parfois, nous allons même jusqu'à étouffer en nous ces appels ; ils nous sont désagréables, ils ne nous laissent pas de repos, et nous les masquons par nos activités, ou nous les empêchons tout simplement de nous parler.

 

Celui qui tue les serviteurs envoyés par le roi, c'est l'ego. 

Il ne veut pas se laisser perturber dans ses entreprises égocentriques. 

Mais le roi envoie encore une fois ses serviteurs ; tout, en nous, est invité.

Ceux qui sont là au bord des chemins, ce sont les pauvres. 

La pauvreté en nous est plus ouverte à Dieu que le succès [cf. Mt 5,3]. 

Les serviteurs sont chargés d'aller partout dans le royaume, jusqu'au bout des routes. Toutes les régions de notre âme, toute l’histoire de notre vie, même les zones marginales de notre inconscient : tout en nous est appelé à s'unir à Dieu, rien n'est exclu, pas même le mal. 

C'est là un message réconfortant.

 

La seule condition que Dieu nous pose, c'est de faire honneur à son invitation, de lui ouvrir tout ce qui est en nous.

 

Le vêtement de noces signifie pour moi que je respecte le roi qui m'invite, que je traite avec soin tout ce que j'ai, si pauvre et si abîmé que ce soit, et que je l'associe à la fête. 

Il s'agit d'être attentif et prudent. 

Je n'ai pas à extirper le mal en moi, mais à le percevoir et à le revêtir de la tunique de l'amour. 

Je dois poser sur tout ce qui est en moi un regard aimant et le présenter ainsi à Dieu ; 

alors il m'est permis de participer au banquet nuptial et, tel quel, de m'unir au Père.

 

Mais [si je reste inconscient, insouciant ou étranger à tout cela,] si je me traite moi-même avec légèreté, dans mon être et mon avoir, je serai rejeté, chassé de mon centre, plongé dans les ténèbres intérieures et déchiré par ce que je n'aurai pas voulu voir : 

C’est ce que signifient les pleurs et les grincements de dents.

Si je ne suis pas prêt à regarder ma vérité en face et à l'offrir à Dieu, elle me brisera, et ma vie ne sera plus qu'une plainte. Le mal en moi deviendra source d'affliction, de désespoir et de non-sens.

 

[…] [Tout en mettant l’accent sur la prépondérance de la grâce], Matthieu exhorte l’homme à répondre à l’appel [de Dieu], […] à se faire disponible en réformant ses actes et son état d’esprit. […]

 

L’individu est ambivalent, rempli d’oppositions [de toutes sortes] : bien et mal, lumière et ombres, disponibilité et refus. 

Matthieu nous exhorte à prendre conscience de ce qu'il y a en nous et de le revêtir de la tunique que Dieu nous offre : un amour inconditionnel qui nous accepte tels que nous sommes.

 

Si, le refusant, nous continuons à vivre dans l'inconscience, alors nous refusons la vie […] », nous refusons l’amour que Dieu nous offre pour nous aider à nous accepter vraiment, pour élever notre conscience et nous permettre de nous transformer, en revêtant la tunique de son amour 

(Cf. Anselm Grün, Jésus, le maître du salut, ed. Bayard, 2003, p.97-99.).

 

* C’est donc là, frères et sœurs, ce que fait cette parabole de l’Evangile : elle nous met en mouvement ; elle nous invite à répondre à la grâce de Dieu qui nous appelle à revêtir son Esprit d’amour dans toutes les dimensions de notre vie.

 

Tout peut accéder, en nous, à l’unité avec Dieu… y compris les dimensions obscures ou disgracieuses de notre être… y compris tout ce qui est vulnérable : les faiblesses qui sont les nôtres, ou les difficultés qui ont marqué notre histoire… Tout doit être intégré dans notre relation à Dieu, en vue d’être purifié et transformé. 

 

Alors… ce matin… comme chaque jour… en toute confiance… acceptons de nous placer devant notre Père céleste… et laissons-nous pleinement transformer par son Souffle, son Esprit d’amour, pour advenir à notre véritable humanité unie à Celui qui nous apporte la paix, le pardon, la lumière et la réconciliation.

 

Amen.



Lecture biblique : Mt 22, 1-14


1Et Jésus se remit à leur parler en paraboles : 
2« Il en va du Royaume des cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils. 
3Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités. Mais eux ne voulaient pas venir. 
4Il envoya encore d’autres serviteurs chargés de dire aux invités : “Voici, j’ai apprêté mon banquet ; mes taureaux et mes bêtes grasses sont égorgés, tout est prêt, venez aux noces.” 
5Mais eux, sans en tenir compte, s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; 
6les autres, saisissant les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. 
7Le roi se mit en colère ; il envoya ses troupes, fit périr ces assassins et incendia leur ville. 
8Alors il dit à ses serviteurs : “La noce est prête, mais les invités n’en étaient pas dignes. 
9Allez donc aux places d’où partent les chemins et convoquez à la noce tous ceux que vous trouverez.” 
10Ces serviteurs s’en allèrent par les chemins et rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, mauvais et bons. Et la salle de noce fut remplie de convives. 
11Entré pour regarder les convives, le roi aperçut là un homme qui ne portait pas de vêtement de noce. 
12“Mon ami, lui dit-il, comment es-tu entré ici sans avoir de vêtement de noce ?” Celui-ci resta muet. 
13Alors le roi dit aux servants : “Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors : là seront les pleurs et les grincements de dents.” 
14Certes, la multitude est appelée, mais peu sont élus. »

 

dimanche 17 avril 2022

Sortir de la peur, Ressusciter la confiance

 Lectures bibliques : Mt 16, 21-25 ; Mt 28, 1-20 (voir en bas de cette page)

Thématique : Sortir de la peur, Ressusciter la confiance : Le Christ nous précède. 

Prédication de Pascal LEFEBVRE, temple du Hâ, Bordeaux - Pâques 2022 – 17/04/22

 


Notre monde va mal : c’est malheureusement le constat que l’on peut faire en écoutant quotidiennement le journal télévisé. Et c’est d’ailleurs sans doute une des raisons pour laquelle de moins en moins de Français regarde la télévision. 

 

On nous y montre la plupart du temps la laideur du monde : maladies, pandémies, intempéries, catastrophes, dérèglement climatique, violences, guerres, conflits, risques de pénuries… sans cesse les médias suscitent la peur… Et, bien souvent, nous y sombrons : peur du lendemain, peur de la covid et de ses variants, peur que le conflit en Ukraine se transforme en guerre mondiale, peur que la hausse des prix de l’énergie et des denrées de base (huile, blé, etc.) ne précarise un peu plus notre situation économique, peur de la dette et de l’inflation, peur du résultat des élections présidentielles (que Macron reste à nouveau au pouvoir ou que Marine Le Pen y accède) …. 

Bref, d’après les médias, on aurait toutes les bonnes raisons d’avoir peur, de sombrer dans la paralysie, l’immobilisme ou la déprime. 

 

Mais le message de Pâques nous dit le contraire : 

Celui qui est Vivant nous précède en Galilée !

 

Les disciples aussi ont peur le jour de Pâques : selon les récits évangéliques, on peut discerner de multiples peurs : peur devant la découverte du tombeau vide, peur qu’on ait enlevé le corps du maître, peur des autorités qui pourraient arrêter les proches disciples de Jésus, peur devant l’inouï, la nouveauté de Pâques, peur aussi du côté des autorités que cette nouvelle incroyable se répande, peur des disciples qui n’arrivent pas à comprendre et qui ont des doutes…

Bref, la bonne nouvelle du matin de Pâques est d’abord occultée par la peur. 

 

Face à cela, tous les partenaires de Dieu essaient de rassurer les êtres humains : 

-      L’ange du Seigneur, le messager habillé d’un vêtement d’une blancheur éclatante, dit aux femmes « Soyez sans crainte ». Malgré tout l’évangéliste précise que les femmes quittent le tombeau à la fois avec crainte et grande joie.

-      Quand le Ressuscité apparait, sa première parole est « Soyez sans crainte » 

-      Quand les grands prêtres apprennent la nouvelle, ils ont peur, eux aussi : ils tiennent conseil avec les Anciens, et – face à la crainte que la nouvelle se propage – ils complotent. Car, comme disent à juste titre « les complotistes » (les lanceurs d’alerte) : « s’il y a des complotistes, c’est qu’il y a des comploteurs ». Ce fut bien le cas, là aussi, semble-t-il. On y retrouve tous les ingrédients du complot : mensonge, corruption, médiatisation d’une « fake news », « infox » ou fausse nouvelle. Et si les soldats corrompus venaient à être découvert, ils reçoivent la promesse d’une dissimulation de leur méfait, pour qu’ils ne soient pas inquiétés par le gouverneur. Ainsi, la vérité est achetée à prix d’argent, pour laisser place au mensonge et à la manipulation. 

-      Enfin quand la nouvelle de Pâques arrive jusqu’au disciples, et même que le Christ ressuscité leur apparait, certains ont encore des doutes. 

 

Il me semble qu’on tient là, chers amis, dans ce contexte, la première Bonne Nouvelle de Pâques !

 

Cette première bonne nouvelle est un appel adressé à l’humanité tout entière. Il se résume facilement : que les humains arrêtent enfin d’avoir peur !qu’ils fassent confiance à Dieu pour aujourd’hui et pour demain, puisque Dieu a cru bon de ressusciter Jésus – son fils, son envoyé - pour manifester son amour. 

 

Face à la peur, le cri répété de Pâques, c’est d’abord : ayez confiance ! soyez sans crainte !

 

Écoutons donc cette parole et mettons-là en pratique : arrêtons d’avoir peur, car Dieu est là, le Christ est ressuscité : il nous promet la vie, la vie en plénitude, pour aujourd’hui et pour demain. Car c’est bien là le message et le projet de Jésus.

 

Voici son programme tel qu’il l’annonce dans l’évangile selon Jean (Jn 10, 10) : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’il l’ait en abondance, en plénitude ! »(Sans doute un des plus beaux versets de l’Évangile)

 

Arrêtons donc d’avoir peur… quels que soit les évènements, les difficultés, les épreuves, le résultat du conflit ukrainien, le résultat des élections présidentielles… Arrêtons d’écouter ceux qui nous manipulent par la peur... Soyons sans crainte : 

Car Dieu est plus grand que nos soucis ou nos problèmes... il est plus fort que nos difficultés ou nos épreuves. Faisons lui confiance !

 

Et l’évangile va plus loin… et nous dit pourquoi ne pas avoir peur / pourquoi entrer dans cette confiance. 

La raison est simple : il nous précède en Galilée !

 

En Jésus Christ, Dieu nous précède : il est toujours à nos côtés… non seulement à nos côtés, mais il nous prépare la route… il est au-devant de nous, pour nous ouvrir le bon chemin. 

 

S’il nous précède, s’il nous guide tel le bon berger (cf. Ps 23), il vient également au-devant de nous, à notre rencontre, tel le Père du fils prodigue, qui prend son enfant de retour dans ses bras pour l’accueillir et le couvrir de baisers…. Et c’est d’ailleurs à cet instant que le Père affirme que son enfant, qui était comme mort, est revenu à la vie (cf. Lc 15). 

 

C’est donc Pâques aussi pour Dieu quand ses enfants reviennent à lui !

 

Alors – j’insiste – pourquoi avoir peur, si Dieu nous montre le chemin, nous accueille et nous protège ainsi ?

 

Mais, encore faut-il (me direz-vous) nous mettre à son écoute…. Et c’est là le Deuxième appel de Pâques (ou la deuxième bonne nouvelle) : n’ayez pas peur… écoutez-moi ! dit le Seigneur : je vous précède sur vos chemins. 

Mettez-vous donc à mon écoute ! Devenez mes disciples !

 

C’est ainsi qu’on peut entendre la conclusion de l’Évangile selon Matthieu : gardez tout ce que je vous ai prescrit (dit le Christ) ; je suis avec vous tous les jours.  

 

Les auditeurs de l’Evangile (que nous sommes) sont ainsi invités à se remémorer les enseignements de Jésus … et à reprendre les commandements du maître, pour les faire vivre quotidiennement, dans notre vie personnelle et relationnelle : aimer son prochain comme soi-même, même ceux qui vous traitent en ennemi ; ne pas jugez, mais pardonner ; adopter un nouveau style de vie fondé sur la gratuité et le don de soi (pour dépasser la réciprocité) ; donner et agir sans compter ; vivre dans la bienveillance ; risquer sa vie pour ne pas la perdre ; donner pour recevoir ; croire en l’autre pour susciter le changement ; etc. 

 

Enfin, la troisième bonne nouvelle de Pâques – à côté de la confiance / de l’appel à l’écoute / c’est, bien entendu, la victoire sur la mort. 

 

Dans l’évangile selon Matthieu, elle est figurée par la découverte du tombeau vide : le crucifié n’est pas ici, il est ressuscité ! il a été relevé de la mort, il est debout, il vous attend déjà pour un ailleurs et un autrement !

 

Si le tombeau est vide, c’est que la mort n’a pas pu enfermer le Christ, c’est que Dieu a eu et aura toujours le dernier mot : celui de la vie ! 

 

C’est cela la bonne nouvelle de Pâques. : croire en un Dieu qui est le Dieu des vivants… le Dieu de la vie, plus forte que la mort. 

 

Et c’est, bien sûr, aussi la raison pour laquelle, il n’y a plus de raison d’avoir peur. Car « si Dieu est pour nous, qui sera contre nous »dit l’apôtre Paul (cf. Rm 8,31). 

 

Si Dieu a le dernier mot, il ne nous reste qu’à lui faire confiance… et tout le reste a finalement beaucoup moins d’importance.

 

La bonne nouvelle de Pâque est donc là : simplement dans la confiance en un Dieu vivant, un Dieu de Vie, dynamisme créateur, au fondement de l’être.

 

Bonne nouvelle d’un Dieu qui surmonte la mort… toutes les petites morts du quotidien : les échecs, les erreurs, les bêtises, les manques d’amour, les mesquineries… et même les fautes plus graves : les complots, les mensonges, la corruption, les manipulations des puissants… tout ce qui peut faire souffrir autrui par avidité d’avoir ou de pouvoir. 

 

Le Dieu de vie est miséricordieux : il surmonte notre avidité, notre égoïsme, notre ignorance, notre mépris. 

 

Voilà l’incroyable nouvelle de Pâques, celle d’un Dieu tellement bon qu’il croit en nous (malgré tout) au point qu’il surmonte l’injustice et la méchanceté humaine… au point de nous adopter, de nous prendre pour ses enfant, pour nous faire entrer dans le sillage de sa vie éternelle … au point de nous appeler à devenir des enfants de lumière, à l’image du Christ ressuscité. 

 

L’espérance que Pâques nous donne, c’est celle-là : celle d’un Dieu qui surmonte toute chose par amour : le péché et la mort… et qui nous appelle à demeurer en lui, et à faire vivre sa Parole en nous et autour de nous…pour nous laisser transformer et pour transformer le monde à la lumière de l’Évangile. 

 

* Pour conclure, je vous propose d’écouter une autre voix… et d’entendre les mots du théologien Anselm Grün qui revient sur le récit de Pâques dans l’évangile de Matthieu :

 

« Le messager du Seigneur descendait du ciel. Il s’approcha, fit rouler la pierre et s’y assis. […] 

Tous les mots que Matthieu emploie pour décrire son action n’exprime pas seulement le mystère de la Résurrection de Jésus, mais aussi celui de la nôtre, après notre mort, mais déjà ici et maintenant. 

Si un messager entre dans ma vie et roule la pierre qui me bloque et m’empêche de vivre, alors quelque chose en moi se met en mouvement, et je peux ressusciter.

 

C’est alors que Matthieu revient sur les gardiens du sépulcre, qui tremblent de peur et tombent à la renverse. 

La résurrection n’est pas décrite directement, mais à travers cette réaction des gardiens qui la reflète et que les femmes peuvent constater. 

 

De tels gardiens, il n’y en avait pas seulement devant le tombeau de Jésus, il y en a aussi dans notre âme ; ils veillent à ce que tout reste en l’état, que nous ne devenions pas tout à fait humains, que notre Soi, notre vraie nature, reste enfoui dans le tombeau de la peur et de la tristesse. 

 

Matthieu donne à voir deux gestes qui reflètent la résurrection : la descente de l’ange qui, dans le fracas du tremblement de terre, roule la pierre, et la chute des gardiens. 

 

Quand le Christ ressuscite en nous et nous remet debout, [il nous redonne courage et confiance, et] cela devient visible dans notre façon de vivre, dans une liberté et une vivacité nouvelle. Nous osons marcher sans béquilles, nous rejetons la tutelle des gardiens de la mort.

 

C’est alors que l’ange devient aussi porteur d’un message. Il s’adresse aux femmes : « Ne craignez rien ! […] »

 

[Ensuite Matthieu montre Jésus leur apparaissant] […] Il leur parle presque dans les mêmes termes que l’ange : « ne craignez rien. Partez. Dites à mes frères de se rendre en Galilée, car là, ils me verront ». […]

 

Matthieu interprète les faits dans une vision d’avenir ; notre foi en la résurrection agit aujourd’hui encore sur notre vie, elle nous met en mouvement, afin que nous ne restions pas tournés vers le passé. […] La mission du Ressuscité n’est pas terminée : notre foi doit se manifester dans notre vie […]. 

 

Pour Matthieu, il n’est pas de foi sans dimension éthique. Il ne suffit pas de faire l’expérience de Dieu, de sentir sa proche présence salvatrice, d’être en lui ; la foi demande que nous suivions tous les commandements que Jésus nous a donnés. […] Il nous enjoint de changer notre comportement pour le rendre conforme à la Parole de Jésus, et à témoigner ainsi de son message, qui prête à l’homme des possibilités nouvelles. […] 

 

[le dépassement de la réciprocité, l’amour inconditionnel, le pardon sans limite, la bienveillance, la compassion, la réconciliation, l’engagement, le don de soi, le service du prochain…] […]

 

[Le message de Pâques n’est pas naïf.] Il ne nous donne pas à croire que rien de mauvais ne saurait nous arriver. Nous pouvons, tout comme Jésus, tomber dans l’abandon, la solitude, la peur et l’impuissance devant la mort, mais [il nous ouvre à la possibilité de la confiance : ] même là, nous sommes dans la main protectrice de Dieu.

 

C’est pourquoi l’évangile de Matthieu nous livre un important conseil : Vis de la confiance et non de la peur ! 

 

Tu n’es pas seul sur ton chemin, près de toi, il y a le Christ, Emmanuel, il vient au-devant de toi, quand tu es, comme Pierre, pris dans les vagues de la vie et en danger de sombrer ; il t’accompagne quand ta charge est trop lourde, quand tu es crucifié et ne sais comment t’en sortir. 

 

La croix, telle que l’entend Matthieu, ne signifie pas que nous devons chercher les difficultés dans la vie, mais plutôt qu’il faut apprendre la confiance la plus profonde dont l’être humain est capable : nous laisser aller, en mourant, [en nous abandonnant] dans les bras du Père qui nous aime. 

 

La croix, c’est la clé de la vie. Porter la sienne, c’est accepter que se brise cet egoqui se crispe sur lui-même. 

 

Pour les mystiques de toutes les religions, ce renoncement à l’égoest la clé de l’expérience de Dieu la plus profonde que l’être humain soit capable de faire : celle qui permet de saisir Dieu comme toujours omniprésent, et d’être tout entier dans l’instant. 

Matthieu appelle cette expérience la "vigilance". »[1]

 

Goûter la proximité et la présence de Dieu. 

 

C’est la présence de Dieu qui nous donne de ressusciter… Dieu, l’Éternel présent, nous redonne souffle et courage… il relève notre âme et nous rend à la Vie. 

 

Christ est ressuscité… Il nous appelle à ressusciter avec lui, en Dieu !

 

Amen. 

 

 

Lectures bibliques 

 

Mt 16, 21-25

21A partir de ce moment, Jésus Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter. 

22Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander, en disant : « Dieu t’en préserve, Seigneur ! Non, cela ne t’arrivera pas ! » 

23Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Retire-toi ! Derrière moi, Satan ! Tu es pour moi occasion de chute, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

 

Mt 28, 1-20

1Après le sabbat, au commencement du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent voir le sépulcre. 

2Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. 

3Il avait l’aspect de l’éclair et son vêtement était blanc comme neige. 

4Dans la crainte qu’ils en eurent, les gardes furent bouleversés et devinrent comme morts. 

5Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes : « Soyez sans crainte, vous. Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié. 

6Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit ; venez voir l’endroit où il gisait. 

7Puis, vite, allez dire à ses disciples : “Il est ressuscité des morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez.” Voilà, je vous l’ai dit. » 

8Quittant vite le tombeau, avec crainte et grande joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. 

9Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent de lui et lui saisirent les pieds en se prosternant devant lui. 

10Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte. Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » 

11Comme elles étaient en chemin, voici que quelques hommes de la garde vinrent à la ville informer les grands prêtres de tout ce qui était arrivé. 

12Ceux-ci, après s’être assemblés avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une bonne somme d’argent, 

13avec cette consigne : « Vous direz ceci : “Ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé pendant que nous dormions.” 

14Et si l’affaire vient aux oreilles du gouverneur, c’est nous qui l’apaiserons, et nous ferons en sorte que vous ne soyez pas inquiétés. » 

15Ils prirent l’argent et se conformèrent à la leçon qu’on leur avait apprise. Ce récit s’est propagé chez les Juifs jusqu’à ce jour.

16Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. 

17Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais ils eurent des doutes. 

18Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. 

19Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, 

20leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »

 



[1]Extr. Anselm GRÜN, Jésus, le Maître du Salut – Évangile de Matthieu, ed. Bayard, 2003, p.135-146.