vendredi 16 décembre 2022

Meditation Jn 5, 33-36

 Jn 5, 33-36 - Méditation pour RCF Bordeaux. - vendredi 16/12/22


https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-0?episode=318151


33Vous avez envoyé des messagers à Jean et il a rendu témoignage à la vérité. 

34Je n'ai pas besoin, moi, qu'on témoigne à mon sujet ; mais je dis cela pour que vous puissiez être sauvés. 

35Jean était comme une lampe qu'on allume pour qu'elle éclaire et, pendant un moment, vous avez bien voulu vous réjouir à sa lumière. 

36Mais j'ai pour moi un témoignage qui a plus de poids que celui de Jean : car les œuvres que le Père m'a donné d'accomplir, ces œuvres que je fais, témoignent à mon sujet que le Père m'a envoyé



Quelle est l’autorité de Jésus ? D’où tire-t-il sa légitimité ? 

Qu’est-ce qui peut en témoigner ? 


Ce sont les œuvres que Jésus a faite au nom du Père, qui rendent témoignage de la bonté de Dieu et qui atteste que Jésus est bien son envoyé : le fils envoyé par le Père, pour révéler son salut : la libération et la guérison offerte au monde. 


Quel scandale, en effet, pour autorités religieuses de l’époque, que Jésus ait osé parler de Dieu comme son propre Père… qu’il ait accompli tant de signes et de guérisons… au nom même de l’Éternel.


Comment accepter que celui qui a fait tous ces signes, ait pu agir, malgré tout, sans s’attacher aux traditions du temple, sans respecter le jour du sabbat, tout en côtoyant des gens considérés comme impurs. 

Comment un « rebelle » – qui a même chassé les marchands du temple –pourrait-il être l’envoyé de Dieu ?


Quelle est donc sa légitimité ? 


Il y a 2000 ans, Jésus a fait scandale dans l’institution : c’est certain ! et cela interroge notre capacité à dépasser les préjugés et les apparences, pour s’arrêter sur le fond : Quels fruits produisait-il ? Et quels fruits produisons-nous, aujourd’hui ? 


N’agissait-il pas en faisant le bien ? en guérissant ceux qu’ils rencontraient ? en les libérant des emprises mortifères ? 

D’où cette force thérapeutique lui venait-elle ? Quelle était l’origine de cette faculté d’apporter le salut, partout où il se déplaçait ?


L’évangéliste Jean est clair : Jésus était bien l’envoyé de Dieu ; c’est pour cela qu’il a pu accomplir tous ces signes et ces guérisons. Et, bien sûr, la résurrection attestera qu’il était le Juste, le Christ révélateur, envoyé par Dieu.  


Ce passage biblique interroge, aujourd’hui, tous ceux qui travaillent pour une institution : qu’elle soit religieuse ou politique. 


On peut toujours tirer son autorité d’une tradition ou d’une place, d’un poste, d’un rang… fut-il celui de pasteur, d’évêque ou de ministre. Mais quels sont les fruits produits ? 


Le Christ rappelle, dans l’évangile de Matthieu, que c’est à ses bons fruits qu’on reconnait un bon arbre. L’arbre malade, quant à lui, produit de mauvais fruits (cf. Mt 7, 16-18).


Il ne s’agit donc pas seulement de « dire », mais il faut « faire » la volonté du Père… sa volonté qui est synonyme de recherche de justice, de paix, de partage et de pardon. 


Un Messie qui n’aurait pas apporté la réconciliation… réconciliation de l’être humain avec lui-même, avec les autres et avec Dieu… n’aurait jamais pu être l’envoyé de Dieu, puisque Dieu est amour (cf. 1Jn 4). 


Définitivement, pour attester qu’un homme est sur le bon chemin… qu’il est « enfant de Dieu »… un geste de bonté sera infiniment plus puissant qu’un long discours. Puisqu’il révèle la Source de ce qui nous anime. 


Laissons-nous donc pleinement inspirer par le Souffle de Dieu… pour accomplir le bien autour de nous. 


jeudi 15 décembre 2022

Meditation Lc 7, 24-30

 Lc 7, 24-30 - Méditation pour RCF Bordeaux - Jeudi 15/12/22


https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-0?episode=318150


24Après le départ des envoyés de Jean, Jésus se mit à parler de celui-ci à la foule en disant : « Qu'êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ? 

25Alors qu'êtes-vous allés voir ? un homme vêtu d'habits magnifiques ? Mais ceux qui portent de riches habits et vivent dans le luxe se trouvent dans les palais des rois. 

26Qu'êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, vous dis-je, et même bien plus qu'un prophète. 

27Car Jean est celui dont l'Écriture déclare :

“Voici que j'envoie mon messager devant toi, pour préparer le chemin devant toi.”

28Je vous le déclare, ajouta Jésus, il n'est jamais né personne de plus grand que Jean ; pourtant, celui qui est le plus petit dans le règne de Dieu est plus grand que lui. 

29Tout le peuple et les collecteurs d'impôts l'ont écouté, ils ont reconnu que Dieu est juste et ils se sont fait baptiser par Jean. 

30Mais les pharisiens et les spécialistes des Écritures ont rejeté ce que Dieu voulait pour eux et ils ont refusé de se faire baptiser par Jean. »



« Qu’êtes-vous allés voir ? » demande Jésus aux foules, au sujet de Jean le Baptiste.


Il livre la réponse : Jean était « plus qu’un prophète », puisqu’il était le dernier prophète : l’annonciateur de l’arrivée du Messie, destiné à préparer sa venue.  

Il se tient ainsi sur le seuil du Royaume initié par Jésus. 


Cette position entre deux mondes explique pourquoi le Baptiste est, à la fois, le plus grand dans le monde humain (puisqu’il est le dernier prophète) et le plus petit dans le Royaume (puisqu’il est à l’aube du monde nouveau). 


Ce monde nouveau annoncé n’est pas celui du jugement, mais du salut. 

Précisément, parce que le salut est là, parce qu’il s’annonce avec l’arrivée de Jésus, il est temps de se convertir pour pouvoir l’accueillir. 


La conversion – la nécessité de changer de mentalité et de comportement – était le point commun du discours prophétique de Jean et de Jésus. 


Le croyant était appelé à se mettre à l’écoute de la volonté bonne de Dieu et à produire de bons fruits. Ce qui implique un changement de mentalité : sortir du chacun pour soi, de l’égoïsme, des rivalités… pour entrer dans le chemin de l’amour du prochain, du partage, du pardon. 


Jean proclamait un baptême de conversion, en vue du pardon des péchés.

Jésus, lui, disait que le règne de Dieu est déjà là, à notre portée. 


Il appelait ses disciples à y entrer, en recevant la bonne nouvelle de l’amour de Dieu et en adoptant un nouvel état d’esprit, marqué par le don de soi et la volonté, à chaque occasion offerte, de prendre l’initiative du bien : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites le vous-même d’abord pour eux » (Mt 7,12). 


Ces paroles prophétiques ont, malgré tout, créé des divisions :


Car certains ont écouté l’enseignement de Jean, ils ont demandé son baptême, en y reconnaissant la voie de Dieu : il s’agissait des pauvres, des petits, des pécheurs… 

Tandis que d’autres – ceux qui avaient la prétention du savoir religieux – les Pharisiens et les légistes – l’ont refusé. 


Ainsi, la sagesse de Dieu est venue contredire la sagesse des hommes. 

Les premiers se sont retrouvé les derniers. 


Le temps de l’avent – qui est le temps de l’attente et de l’espérance – est marqué par cette double réalité : 

  • - D’un côté, l’annonce de la venue du salut en Jésus Christ, dont le visage se révèle à Noël… puisqu’en Lui, Dieu est venu planter sa tente parmi nous. 
  • - D’un autre côté, l’annonce du jugement – encore présente et indissociable – puisque – deux mille ans après la venue de Jésus – nous avons toujours l’espérance du retour du Christ. Nous attendons la pleine manifestation du règne de Dieu. Ce qui implique qu’une lumière sera faite, un jour, sur notre âme. 


En attendant, nous sommes appelés à rester vigilants… à convertir nos cœurs… pour qu’ils soient à même d’accueillir Celui qui vient !


mercredi 14 décembre 2022

Meditation Lc 7, 18b-23

 Lc 7, 18b-23 - Méditation pour RCF Bordeaux - mercredi 14/12/22


https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-0?episode=317699


18b Jean appela deux de ses disciples 

19et les envoya au Seigneur pour lui demander : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous attendre quelqu'un d'autre ? » 

20Quand ils arrivèrent auprès de Jésus, ils lui dirent : « Jean le baptiste nous a envoyés pour te demander : “Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?” » 

21Au même moment, Jésus guérit beaucoup de personnes de leurs maladies, de leurs infirmités, il les délivra d'esprits mauvais et rendit la vue à de nombreux aveugles. 

22Puis il répondit aux envoyés de Jean : « Allez raconter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés de leur lèpre, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. 

23Heureux celui qui n'abandonnera pas la foi à cause de moi ! »



« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous attendre quelqu'un d'autre ? » 


C’est la question que beaucoup de nos contemporains se posent encore : 

Comment se fait-il qu’il y ait tant de malheurs, tant de souffrances sur notre terre ? 

Seigneur Jésus, es-tu vraiment celui qui est envoyé par Dieu… es-tu le Christ de Dieu ?… 

Et si oui : comment se fait-il que le monde ne soit pas transformé ? 

Où est ton règne, ton royaume ?


Jésus ne donne pas de réponse quant à l’origine du mal… mais il met en avant sa modeste contribution pour faire changer les choses : pour que le monde trouve enfin la voie du salut. 


Pour éveiller les consciences, il n’agit pas du haut du ciel… comme par enchantement… d’un coup de baguette magique… mais il agit dans l’en-bas de nos vies… au gré des rencontres quotidiennes… humain après humain… il apporte guérison, libération et réconciliation. 


Jésus ne prétend même pas être le Messie : il annonce simplement ce qu’il fait : guérir du mal et du malheur ; libérer les humains des emprises mortifères ; rendre la vue aux aveugles… comme l’annonçait déjà le prophète Esaïe : il est celui qui permet aux boiteux de marcher… aux lépreux d’être purifiés… aux sourds d’entendre… et même aux morts de ressusciter. 


En d’autres termes, Jésus manifeste la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu et son salut partout autour de lui. 

Des signes sont donnés aux hommes, pour leur permettre de retrouver enfin confiance. 

Quelque chose de vraiment nouveau se manifeste : c’est la réalité du Ciel qui vient jusqu’à nous sur notre terre, pour ouvrir les horizons, pour apporter la lumière et espérance.  


Pourtant, Jean le Baptiste se posait la question : Jésus est-il réellement celui qui doit venir ?

Il attendait sans doute un Messie glorieux et écrasant… un Messie capable de libérer Israël de sa soumission humiliante au pouvoir des Romains impies. 


La question est donc légitime, car Jésus ne ressemble pas à ce Messie, libérateur politique, capable de chasser l’occupant romain… pour restaurer la royauté d’Israël. 

Il n’est pas, non plus, ce Messie apocalyptique qui vient juger le monde. 


Pourtant, il est bien celui qui doit venir… mais différemment : 

il vient dans la fragilité d’un enfant… qui rentrera à Jérusalem monté sur un âne… et qui finira sa vie sur une croix. 

Il ne vient pas comme on l’attend. 


Il n’est certes pas le Messie insolent et tout-puissant… qui usera de force, de ruse ou de violence pour s’imposer… 

Sa seule puissance est celle de la foi, de l’amour et du pardon. 


Et c’est bien de ce Messie-là dont notre monde a besoin… face à tant de violences et de crises… puisqu’il nous assure du bonheur des Béatitudes :


Heureux ceux qui sont doux, ils auront la terre en partage !

Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés ! 

Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu ! 


mardi 13 décembre 2022

Meditation Mt 21, 28-32

Mt 21, 28-32 - Méditation pour RCF Bordeaux - Mardi 13/12/22


https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/priere-0?episode=317696


28 « Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. S’avançant vers le premier, il lui dit : “Mon enfant, va donc aujourd’hui travailler à la vigne.” 

29 Celui-ci lui répondit : “Je ne veux pas” ; un peu plus tard, pris de remords, il y alla. 

30 S’avançant vers le second, il lui dit la même chose. Celui-ci lui répondit : “J’y vais, Seigneur” ; mais il n’y alla pas. 

31 Lequel des deux a fait la volonté de son père ? » – « Le premier », répondent-ils. Jésus leur dit : « En vérité, je vous le déclare, collecteurs d’impôts et prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu. 

32 En effet, Jean est venu à vous dans le chemin de la justice, et vous ne l’avez pas cru ; collecteurs d’impôts et prostituées, au contraire, l’ont cru. Et vous, voyant cela, vous ne vous êtes pas dans la suite davantage repentis pour le croire. »



Qu’est-ce que faire la volonté de Dieu ?


Pour Jésus, « Faire la volonté du Père » ce n’est pas seulement « dire », mais c’est « faire », c’est obéir, c’est s’engager, c’est franchir le pas d’une confiance qui ouvre un chemin avec Dieu. 


On peut parfois hésiter… où être pris par d’autres projets que ceux de Dieu. 

Nous ne sommes pas toujours à l’écoute de son appel. 


Parfois, il faut du temps pour prendre conscience que Dieu veut le meilleur pour nous… pour réaliser que notre désir peut rejoindre le sien.  


Car ce que nous désirons, en vérité, ne peut pas se limiter aux biens matériels, aux petits bonheurs terrestres… au confort, à l’avoir ou au pouvoir… ni même à la soif de reconnaissance, de réussite ou de notoriété. 


Si notre âme est faite pour Dieu… notre véritable soif est certainement bien plus grande : seul l’infini peut nous combler. 

C’est pour cela que Jésus nous appelle à chercher « le règne de Dieu et sa justice » (Mt 6,33). 


La philosophie du Christ est destinée aux amoureux de l’intensité, aux amants du vivant. 

Elle s’adresse à des êtres dont le désir est tellement grand, qu’il n’acceptera pas moins qu’une vie infinie… c’est-à-dire une vie avec Dieu.


Dans la parabole des deux fils, le premier exprime d’abord son refus d’obéir à la volonté du père. Pris de remords, il évolue et change plus tard d’avis. 

Il va finalement habiter le désir du père, mais à sa manière : il ira dans la vigne, c’est-à-dire qu’il habitera le champ du possible, en s’éloignant de la maison familiale.


En effet, le verbe grec signifie : « aller », littéralement « s’éloigner » : « il y alla, il s’éloigna », c’est-à-dire qu’il accepte de se laisser déplacer. 


Le second fils répond avec une tournure que l’on peut traduire soit par une affirmation : « J’y vais Seigneur », soit par une interrogation : « moi, Seigneur ? ». 

C’est l’indice d’un sujet divisé, qui ne sait comment se situer. 


Finalement, il laisse entendre un « oui » qui est en fait un « non ».  


Qui a fait la volonté du père ?


Évidemment, le premier ! Il renvoie à ceux qui ont cru en Jean-Baptiste et en Jésus et se sont convertis. 


Les responsables religieux, quant à eux, n’ont pas « changé d’avis ». Ils sont restés figés dans leurs certitudes et leurs habitudes. 


Ainsi, « obéir à la volonté du Père » suppose : d’être au clair sur son véritable désir… et d’accepter de rejoindre – à sa façon – le désir de Dieu : accepter de s’en aller, de se laisser déplacer… pour aller à la vigne, pour prendre part au règne de Dieu, c’est-à-dire au règne du Bien… puisque c’est le fait de participer au Bien qui nourrit et illumine notre âme.  


lundi 12 décembre 2022

Meditation Mt 21, 23-27

 Mt 21, 23-27  -pour RCF Bordeaux - Lundi 12/12/22


23 Quand il fut entré dans le temple, les grands prêtres et les anciens du peuple s’avancèrent vers lui pendant qu’il enseignait, et ils lui dirent : « En vertu de quelle autorité fais-tu cela ? Et qui t’a donné cette autorité ? » 

24 Jésus leur répondit : « Moi aussi, je vais vous poser une question, une seule ; si vous me répondez, je vous dirai à mon tour en vertu de quelle autorité je fais cela. 

25 Le baptême de Jean, d’où venait-il ? Du ciel ou des hommes ? » Ils raisonnèrent en eux-mêmes : « Si nous disons : “Du ciel”, il nous dira : “Pourquoi donc n’avez-vous pas cru en lui ?” 

26 Et si nous disons : “Des hommes”, nous devons redouter la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète. » 

27 Alors ils répondirent à Jésus : « Nous ne savons pas. » Et lui aussi leur dit : « Moi non plus, je ne vous dis pas en vertu de quelle autorité je fais cela. »



« En vertu de quelle autorité fais-tu cela ? Et qui t’a donné cette autorité ? » 


La question est claire : les anciens veulent connaitre la Source des paroles et des actes de Jésus ? Au nom de quoi agit-il ainsi ? De quel droit tient-il un enseignement nouveau ? Quelles sont ses références ? ses garanties ? 


Pour les humains, il faut toujours prouver sa « valeur » en référence à un CV, une école, une tradition… de laquelle on devrait dépendre, pour avoir du crédit. 

Mais, Jésus, au contraire, refuse le formatage et les codes religieux. Puisqu’il trouve son inspiration en Dieu lui-même. 


Cette inspiration divine lui donne sa liberté et son autorité : celle de libérer des déterminismes et de faire grandir les autres. C’est le sens étymologique du mot « autorité » (augere) : faire croitre, faire grandir. 


En écoutant la voix du cœur – celle de Dieu – il en vient à contester tout ce qui finit par scléroser les comportements. Aussi, il assume une nouvelle forme d’actions, en guérissant les malades un jour de sabbat, en pardonnant les péchés, en entrant triomphalement à Jérusalem (mais seulement sur un âne), en chassant les marchands du temple. 


Il agit au nom de Dieu, mais cette autorité nouvelle entre en tension avec celle des grands prêtres et des anciens, qui se sentent contestés et affaiblis. 


Il est vrai que Jésus plaçait la recherche de la justice, la liberté, l’amour du prochain… comme des valeurs prioritaires, et cela ne pouvait que gêner les tenants des traditions et de l’ordre établi. 


Aussi retourne-t-il la question, en interrogeant les chefs religieux au sujet de Jean le Baptiste : 

  • - Le baptême de Jean relève-t-il d’une origine « humaine », connue, maitrisable, mondaine ?
  • - Ou fait-il altérité ? Relève-t-il « du Ciel » ?


Ses interlocuteurs sont mis en difficulté : 


  • - Ils ne peuvent reconnaitre l’origine céleste ou spirituelle du baptême de Jean, puisqu’ils n’y ont pas cru et ne sont pas convertis. 
  • - Ils ne peuvent pas n’ont plus affirmer que le baptême de Jean n’est qu’un rite « humain » sans valeur, car ils voient bien qu’une foule nombreuse a suivi les enseignements du prophète, et ils auraient peur de la désapprouver publiquement. 


Ils refusent donc de prendre position, prétextant une ignorance. Ce qui est plutôt surprenant pour des responsables religieux, supposés détenir un certain « savoir » en la matière. 


Jésus démasque ainsi la perversion du discours mensonger de ses adversaires, puisque leur parole n’est pas vraie.  


Dès lors, puisque cette parole n’a aucune valeur, une réponse de Jésus s’avère inutile, d’autant qu’on ne cherche qu’à l’accuser. 


A travers cet épisode, Jésus nous invite à élargir notre conscience, et nous libère de devoir justifier nos paroles et nos actes : 

Tant que nous marchons sur le chemin de l’amour de Dieu et du prochain, nous n’avons pas de compte à rendre… puisque nous agissons à la manière du Christ.


dimanche 11 décembre 2022

Mt 11, 2-11

 Lectures bibliques : Jr 29,11 ; Rm 12,2 ; Mt 11, 2-11 (voir en bas de cette page)

Thématique : l’espérance 

“Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?” (Mt 11, 3)


Prédication de Pascal LEFEBVRE – Bordeaux – temple du Hâ, le 11/12/22


Les bleus ont gagné leur place en demi-finale hier soir. 

Les français avaient de l’espoir : et ils se sont qualifiés

Cet espoir s’est concrétisé !


Mais, ce matin… je ne vais pas vous parler d’espoir… 

Surtout pour un sujet, certes, brillant, mais qui n’a, en réalité, aucun impact sur notre vie quotidienne et notre avenir.  

Je vais vous parler d’espérance ! C’est autre chose !


“Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?” (Mt 11, 3)

La question posée est justement celle de l’espérance !


Le prophète Jean Baptiste a été arrêté… il est au fond du trou, dans sa prison… mais il a encore une espérance… non pour lui-même, parce qu’il se doute certainement que la fin est proche. Mais il a une espérance pour le monde : il attend le Messie, l’envoyé de Dieu, qui doit apporter salut et guérison au monde. 


Alors la question se pose : Que faut-il espérer de ce Jésus de Nazareth ? Est-il réellement Celui que Dieu nous envoie ? 

Que faut-il en attendre ?


L’évangéliste Matthieu répond à cette question, non pas en dissertant sur l’identité de Jésus… sur son origine… sa naissance, son C.V. ou sa formation… Mais en mettant le focus sur les œuvres que Jésus réalise, sur ce qu’il fait :

Il opère des guérisons, il rend la vue aux aveugles, il permet aux boiteux de marcher, il purifie des lépreux… il est donc celui dont le prophète Esaïe parlait autrefois : celui qui fait entendre les sourds, qui annonce la Bonne Nouvelle aux pauvres, et même qui relève des personnes de la mort. 


Pour Matthieu, Jésus est donc bien Celui que Dieu envoie pour libérer l’humanité des ses maux et ses malheurs… celui qui apporte délivrance et guérison. 


Mais à bien y regarder… 2000 ans plus tard… la question de Jean le Baptiste dans sa prison, retrouve une certaine actualité. 

Car, face à l’état du monde, qui traverse, aujourd’hui, tant de conflits et de crises (crise écologique, énergétique, économique, sanitaire) … nous aimerions, nous aussi, avoir des signes et même l’assurance que Dieu entend notre appel et va nous apporter une réponse. 


Oui… lorsqu’on vit une situation difficile… lorsqu’on voit la misère, la corruption, l’injustice ou la souffrance… comme Jean, il y a 2000 ans…  et comme nous, aujourd’hui, si on regarde lucidement l’état du monde… on est en droit de se poser la question de l’espérance : 


Que faut-il attendre dans notre situation ?

Y a-t-il encore des raisons d’espérer ?


La réponse est « oui » bien évidemment !


L’abbé Pierre le disait : « l’espérance, d’abord, c’est croire que la vie a un sens ! »


Même quand tout va mal… l’espérance, c’est croire que Dieu est là… que nous ne sommes pas seuls.

C’est croire que Dieu nous entend et nous attend… et, quoi qu’il arrive, qu’il est à nos côtés… qu’il prendra soin de nous et nous délivrera… aussi bien, à titre individuel (dans notre situation personnelle) qu’au niveau collectif (pour l’ensemble de notre monde).


L’espérance, c’est que Dieu trouve toujours une porte de sortie… même quand l’humanité semble s’être mise dans une impasse. C’est l’espérance du salut : de la libération, de la guérison. 


L’espérance, c’est donc accepter de ne pas regarder seulement les épreuves et les difficultés, les catastrophes et les horreurs… mais de voir un peu plus large, un peu plus haut… c’est regarder au-dessus de l’horizon. 


Voir au-dessus de l’horizon : C’est ce que Dieu nous permet de faire quand nous nous souvenons de l’évènement de Pâques : 


Quelques années après Jean Baptiste, pour Jésus aussi ce fut le temps de l’épreuve : lui aussi a été arrêté et s’est retrouvé en prison. 

L’espoir semblait alors totalement perdu, Jésus s’était mis à dos les autorités religieuses, en chassant les marchands du temple… il avait été abandonné et même trahi ou renié par les siens… puis il fut crucifié comme un agitateur… 

Il n’y avait – apparemment – plus rien à attendre !


Et pourtant, quelques jours après, il s’est passé « quelque chose »… une expérience spirituelle … Jésus est apparu comme « Vivant » dans une autre sphère de réalité à une poignée de disciples. 

Ils ont compris que Dieu avait relevé le Christ, son envoyé… 


Dieu avait donc trouvé une porte de sortie, en manifestant la résurrection spirituelle de son fils… 

C’était une porte de sortie pour dire qu’il y a un « après », un « autrement »…que Jésus était bien « le Juste » tant attendu. 


Pâques est la réponse définitive à la question de Jean le Baptiste. 

Et c’est une réponse qui est offerte à toutes nos angoisses, nos peurs du lendemain. 

Mais en attendant, l’évangéliste Matthieu propose une autre réponse : actuelle… une réponse qui nous renvoie à l’aujourd’hui de nos vies, ici et maintenant. 


« Quelle espérance faut-il avoir ? » demande Jean

Matthieu répond : « Regarde, il se passe des choses incroyables…  

Jésus accomplit des signes : il guérit des gens, il libère les humains des emprises mortifères, il rend la vue aux aveugles… il permet à des sourds d’entendre… il manifeste la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu et son salut partout autour de lui. »


Cette parole redonne ainsi confiance à Jean : un autre avenir est possible … Dieu veille, il est là… il nous donne « un avenir à espérer » comme le souligne aussi le prophète Jérémie (cf. Jr 29,11). 


Aujourd’hui… les choses sont un peu différentes… 

Jésus n’est pas là, avec nous, en chair et en os… mais son Esprit est toujours présent : 

L’Esprit saint continue de souffler et de nous inspirer (si nous l’écoutons). 

Des hommes et des femmes accomplissent encore des choses formidables et exceptionnelles au 21e siècle.


Partout – comme l’évangile nous y appelle – des gens recherchent « le règne de Dieu et sa justice » (cf. Mt 6,33). 

Il y a des O.N.G., des associations, des organismes humanitaires, des personnes exceptionnelles qui œuvrent et tentent de changer les choses partout dans le monde… par exemple, Medair, l’Adra, l’Armée du salut, Action contre la faim, Aide et action, les apprentis d’Auteuil, le Père Pedro à Madagascar… pour ne citer que quelques exemples, parmi des dizaines de milliers d’œuvres. 


Il y a donc des raisons d’espérer… car des gens ont pris la suite de Jésus. 


Il y a des disciples … des « petits Christ » comme les appelait le réformateur Luther… qui luttent contre la pauvreté, l’exclusion, les injustices… et qui tentent d’apporter aide, solidarité, alimentation, éducation, avenir… en de multiples endroits du monde. 


Il y a des gens – des témoins d’espérance – qui se sont mis à l’écoute de l’Evangile et qui tentent de vivre et de partager le bonheur des Béatitudes :

Heureux ceux qui sont doux, ils auront la terre en partage !

Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés ! 

Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu ! 


Il y a donc de quoi espérer ! Les choses bougent !

C’est ce que Jésus répondait déjà à Jean, il y a 2000 ans… et c’est ce que nous devons savoir aujourd’hui encore. 


Il y a de l’espérance, parce que Dieu et son Royaume sont en chemin… parce que le monde est certes encore dans les douleurs de l’enfantement – comme l’écrivait l’apôtre Paul à la jeune église de Rome (cf. Rm 8) – il attend encore la délivrance… telle une femme enceinte qui est sur le point d’accoucher… Mais cette libération est promise : elle vient… elle arrive !


Il faut le dire à nos jeunes, à nos enfants, réunis aujourd’hui : il y a des raisons d’espérer ! Un cap nous est donné !


« L’espérance une boussole, dont l’aiguille s’affole en permanence en raison de tout ce qui se passe dans le monde, mais qui résiste à l’agitation en gardant avec persévérance son cap » (cf. Nicolas Meyer)… puisqu’il y a toujours une issue favorable. 


Il y a quelques années, le pasteur Michel Bertrand écrivait ces paroles :

« En un temps où le sens et les repères s’effacent, il s’agit de partager et susciter par nos paroles et par nos actes des raisons d’espérer dans une société qui pense ne plus en avoir. 

Témoigner, dans ce monde, d’une Parole à la fois porteuse d’espérance et critique envers tout ce qui empêche l’espérance ».


C’est là, je crois, notre mission de Chrétiens : être des porteurs d’espérance… des ministres de l’espérance pour les autres… pour ceux qui en manquent… ou ceux qui n’y croient plus. 


Espérer, c’est croire aux promesses de Dieu et s’engager lucidement en faveur d’un monde meilleur, en attendant avec persévérance leurs pleines réalisations. 


Espérer, ce n’est pas simplement y croire… et attendre patiemment. 

Espérer, c’est s’engager…  comme si tout dépendait de nous… tout en sachant, en réalité, que nous sommes peu de chose… des serviteurs quelconques (cf. Lc 17)… et que tout appartient à Dieu. 


Cela commence donc par une confiance…


Car précisément, Dieu nous fait confiance :

Il nous fait confiance pour agir comme les bons serviteurs de la parabole des talents (cf. Mt 25) : pour faire valoir ce que nous sommes – nos dons, nos potentialités, nos qualités, nos talents – pour nous laisser renouveler par son St Esprit… et nous engager, dans l’attente du salut… nous engager pour mettre de la lumière, là où il y a de l’obscurité… pour semer de bonnes choses… afin que notre monde puisse récolter de bons fruits…  il nous fait confiance pour vivre une espérance active. 


L’écrivain Jules Verne, passionné par les sciences et la littérature, a écrit : « Rien ne s’est fait de grand qui ne soit une espérance exagérée ». 


L’histoire lui donne raison !

Qu’on pense à des personnages qui ont marqué leur temps : comme,  mère Theresa, l’abbé Pierre, Gandhi, Martin Luther King… et bien d’autres… ils ont de commun qu’ils ne se sont pas conformés au monde présent… et qu’ils ont déployé une confiance et une espérance extraordinaire… ils ont donné leur cœur et leur énergie… ils sont entrés avec leurs talents et leurs qualités dans le don de soi… et avec leur foi, ils ont déplacé des montagnes de problèmes… pour offrir quelque chose de nouveau au monde : un monde plus juste et plus fraternel. 


C’est là – chers amis – notre vocation de Chrétiens, l’appel que reçoit chaque être humain : « cherchez le règne de Dieu et sa justice ! » avec « la foi et l'amour comme cuirasse, et l'espérance du salut comme casque » (cf. 1 Th 1,8), ainsi que l’écrivait l’apôtre Paul dans une de ses lettres. 


La période de l’Avent – vous le savez – symbolise ce temps d’attente avant Noël où l’on entre dans l’espérance. 


L’espérance qui se manifeste à Noël, c’est la venue de la nouveauté, à travers la naissance de Jésus Christ, c’est la venue de l’espérance incarnée pour ce monde. 


2000 ans plus tard… en attendant la réalisation des promesses de Dieu : l’espérance d’un monde enfin libéré et réconcilié … l’espérance – peut-être – du retour du Christ… et l’espérance de la vie éternelle… il nous est donné, à notre tour, de pouvoir « incarner » l’espérance de Dieu. 


Car, si nous avons une espérance pour aujourd’hui et pour demain, Dieu aussi a une espérance : 

C’est qu’enfin nous puissions vivre libres et heureux – tous ensemble – sur cette terre… qu’enfin, nous puissions vivre son Royaume de justice, de partage, de réconciliation, de paix et d’amour. 


Alors, Chers amis, ouvrons nos cœurs – en ce période de l’avent – pour accueillir Celui qui vient : 

il vient aujourd’hui encore – souffler son Esprit saint sur notre monde – pour que nous incarnions l’espérance du salut offert à tous. 


Amen. 


Lectures bibliques 


Jr 29,11 

Car moi, le Seigneur, je sais bien quels projets je forme pour vous ; et je vous l’affirme : ce ne sont pas des projets de malheur mais des projets de bonheur. Je veux vous donner un avenir à espérer. 


Rm 12,2

Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait.


Mt 11, 2-11

2 Or Jean, dans sa prison, avait entendu parler des œuvres du Christ. Il lui envoya demander par ses disciples : 

3 « Es-tu “Celui qui doit venir” ou devons-nous en attendre un autre ? » 

4 Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : 

5 les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ; 

6 et heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! »

7 Comme ils s’en allaient, Jésus se mit à parler de Jean aux foules : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? Un roseau secoué par le vent ? 

8 Alors, qu’êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu d’habits élégants ? Mais ceux qui portent des habits élégants sont dans les demeures des rois. 

9 Alors, qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le déclare, et plus qu’un prophète. 

10 C’est celui dont il est écrit : Voici, j’envoie mon messager en avant de toi ; il préparera ton chemin devant toi. 

11 En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont nés d’une femme, il ne s’en est pas levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui.